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JURA

les deux lèvres de ces ruptures. L'existence des failles qui divisent le massif paraît être la cause essentielle des formes qu'ont prises les dislocations élémentaires et qui, vraisemblablement, sont dues à la compression éprouvée par les voussoirs entre les lèvres des cassures qui les limitaient.

On peut, dans le massif jurassien, distinguer trois zones : 1° celle des hautes chaînes, où les dislocations linéaires sont nettement accusées, avec nombreuses failles à regard français dominant ; 2° celle de V exhaussement central, qui présente des phénomènes de soulèvement en masse avec directions linéaires plus oblitérées; 3° celle des plateaux, où toutes les causes de dislocation se montrent notablement affaiblies, à l'exception des failles, dont les rejets ont plus d amplitude que dans les hautes chaînes.

La physionomie générale du Jura français est celle d'un grand plateau, relativement peu tourmenté, mais fortement dénudé et sillonné de vallées profondes. Ce plateau est compris entre deux bandes étroites de failles ou de plissements. Les failles de la bande occidentale sont multiples et s'y ramifient en passant du

Chaux du Domoief

S* Claude

Valser me

Lac de Cenève

Fig. 591. — Coupe au 250000* du Jura occidental, d'après H. Choffat. 1, trias ; 2, jurassique inférieur ; 3, jurassique supérieur ; 4, dépôts crétacés ; 5, dépôts tertiaires.

N. E.-S. 0. au N. S., pour revenir converger au mont Poupet, point culminant de celto partie du massif (1).

La bande orientale de dislocations contient les cimes culminantes de la chaîne et se termine par une arête bien dessinée, à partir de laquelle le sol s'abaisse en pente rapide et d'un seul jet jusqu'aux lacs de Neuchàtel et de Genève (fig. 594).

Failles do Jura. — Le Jura a longtemps passé pour le type le plus parfait des régions de plissements alternativement anticlinaux et synclinaux. Cependant les failles y abondent et les renversements n'y sont pas rares. Sur la lisière occiden-

Lighc de Besancon à Veaoul

fc Z 1 1 2 1

Fig. 505. — Coupe de l'ouest à l'est passant par la forêt de Chaillux (d'après M. Bertrand).

1, trias ; 2, système Hasique ; 3, bajocien et bathonien ; 4, étages oolithiques supérieurs ;

5, couches crétacées ; 6, pliocène.

taie de la chaîne, la région des plateaux offre, dans les couches jurassiques encore à peine dérangées de l'horizontalité, des cassures nombreuses (fig. 595) et la figure 415 (2) montre comment, aux environs de Besançon, un massif, pincé

(1) Bertrand, Xotice explic. de la feuille de Besançon. — (2) Voir p. 885.

subir, par suite du plissement, dans la région du Jura. Du lac de Genève à Saint-Claude, sur 16800m, se succèdent 4 plis principaux, lesquels, après développement, exigeraient 22000m. La contraction a donc été de 5200m, soit \ de la longueur primitive. De Biel au nord de Sainte-Ursanne la contraction serait de 5500m pour 29 300m, soit £, en 9 plis. Enfin le Jura oriental donnerait une perte, beaucoup plus sensible, de 7000m pour 12 000m, soit fo en deux plis. La contraction moyenne totale serait donc comprise entre J et £.

Liaison du Jura et des Alpes. — Les dislocations du Jura sont intimement liées à celles des Alpes sardes et françaises, où Ton voit les mêmes lignes dé rupture se prolonger avec le même regard. Thurmann reconnaissait en 1855, dans les principales cluses du Jura, la continuation des grandes cassures alpines. L'âge du plus grand effort de dislocation est d'ailleurs le même dans les deux chaînes, dont l'histoire ne saurait être séparée. Enfin, malgré la réelle individualité des Alpes orientales, on ne peut manquer de les rattacher aussi à ce grand phénomène orogénique qui a si puissamment marqué sa trace dans toute l'Europe centrale.

Si maintenant l'on cherche à résumer ce que nous enseigne l'examen de la structure des Alpes relativement à l'origine de la chaîne, il est évident d'abord qu'aucune poussée de roches éruptives ne peut être invoquée comme cause du soulèvement et que tout ce qui s'y rencontre en fait de roches cristallines a subi; comme les couches sédimentaires, les effets d'une dislocation due à une action beaucoup plus générale. Le granile alpin n'est connu en filons que dans les gneiss et les micaschistes ; le porphyre existe en cailloux roulés dans le jurassique des Windgâlle (1), ce qui prouve l'antériorité de son éruption; le mélaphyre et la spilite sont interstratifiés au milieu du verrucano, comme l'euphotide dans le trias du Dauphinè, et M. Favre a trouvé, dans le conglomérat carbonifère de Valorsine, des galets du granité tourmalinifère qui perce les schistes cristallins des Aiguilles Rouges. Ainsi, dans les Alpes, le rôle passif des roches d'origine interne est incontestable, et partout où elles apparaissent, c'est à la faveur de mouvements mécaniques qui ont affecté indifféremment et ces roches et les assises sédimentaires.

Cela posé, la diversité des directions alpines, qui contraste avec la continuité géographique de la chaîne, doit trouver son explication dans les circonstances au milieu desquelles l'effort de dislocation a dû se propager.

Traits généraux de l'effort orogénique dans l'Europe centrale. — Ainsi

que l'a fait observer M. Suess (2), le massif primitif des îles d'Hyères et des Maures, le bord oriental du Plateau Central de la France, la pointe méridionale des Vosges et de la Forêt Noire, le contour du massif de la Bohême, marquent les limites occidentales et septentrionales de la région à l'intérieur de laquelle les chaînes du système alpin se développent avec une surprenante régularité. De

(1) Heim, Mcrhanismus der Gebirgsbildung, 1878, II, p. 116.

(2) Entslehung der Alpcn, p. 17.

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