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PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA THÉORIE

Relation do phénomène sédlmen taire avee le phéa«a^Be oroféalane.-

C'est une particularité cligne de remarque que les étages sédimentaires sont en général, beaucoup plus épais et beaucoup plus continus dans les district* montagneux que dans les pays de plaines (1). Ainsi le versant méridional des Alpes offre une puissante série de dépôts triasiques, jurassiques et crétacés, prcsentant un caractère pélagique, tandis que, sur le bord septentrional, les mêmes étages n'ont qu'une épaisseur insignifiante, et sont généralement à l'état de formations littorales. Tandis que ces dernières présentent, par le contraste de leur? faunes successives, des éléments de classification assez précis, nous avons ra que, pour le jurassique et l'infracrétacé, parfois même pour le tertiaire, la seri* biologique alpine était à la fois uniforme et continue, ce qui était encore li source de grandes difficultés pour le classement exact des assises. Ce caradèrt? n'est pas moins marqué dans les Alpes orientales, et M. Stur a montré que, dans la bande calcaire septentrionale de ce dernier massif, le caractère pélagique s'accentuait à mesure qu'on se dirigeait vers le sud. De même, on a pu remarquer plus d'une fois que les faunes alpines, soit dans le permien, soitdai* le trias, ou même le rhétien, étaient caractérisées par le retour de formes an ciennes (Orlhoceras, Retzia, Productus, Spirigera), et ce que nous savons aujourd'hui nous autorise à penser que ce privilège de longévité appartient surtout aui espèces d'eau profonde.

Ajoutons que partout où ces sédiments pélagiques, par exemple ceux du trias, ont été observés, que ce soit dans les Carpalhes, au Spitzberg, dans l'Himalaya dans la Cordillière américaine ou en Nouvelle-Zélande, les couches en étaient fortement disloquées (2). La seule région d'Europe où le paléozoïque se montre en couches horizontales est la Russie ; or la série des couches s'y fait remarquer par des lacunes qu'on ne retrouve plus en Scandinavie ou dans la Grande-Bivtagne. 11 y a donc un rapport nécessaire entre l'état de dislocation d'un ma»ii et les conditions primitives de son dépôt, de telle sorte que, pour un bon nombre de termes de la série sédimentaire, nous avons vu que les mots de type alpinei de type pélagique pouvaient être regardés comme synonymes.

(1) Suess, Entsiehung der Alpcn.

(2) Loc. cit., p. 102.

Ainsi les parties, aujourd'hui si fortement redressées, de la chaîne des Alpes et des autres régions montagneuses correspondent à d'anciennes dépressions qui, pendant une très longue durée, n'ont cessé de s'approfondir. Il est permis d'en conclure que le phénomène orogénique est intimement lié aux causes qui accroissent l'activité de la sédimentation, ce qui n'a d'ailleurs rien de surprenant, car on sait que cette dernière est singulièrement favorisée par la mobilité du sol. On peut dire en résumé que le prélude de la formation d'une chaîne est un affaissement survenu sur l'emplacement même ou dans le voisinage immédiat de cette chaîne future.

Théorie de M. Dana. — C'est ce que M. Dana (1) a exprimé en plaçant, au début d'un mouvement orogénique, la formation d'un géosynclinal, c'ets-à-dire d'un large pli concave, au fond duquel les sédiments viennent s'accumuler. Tandis que quelques auteurs ont cru que ce mouvement d'affaissement était la conséquence même de l'entassement des dépôts, comme si Técorce terrestre pouvait avoir assez de flexibilité pour s'enfoncer à mesure que sa surface se charge, M. Dana reconnaît que la formation du géosynclinal dérive d'une cause générale et que c'est elle qui, justement, rend possible l'accumulation des sédiments. Mais il admet, suivant une ancienne suggestion due à Herschell, que cette augmentation d'épaisseur de la croûte a pour objet d'y relever les isogéothermes (2) ; car la température ne pouvant guère varier, soit à la surface de la terre, soit au fond des océans, chaque couche d'une trentaine de mètres relève d'environ 1° la température de l'ancien fond de mer qu'elle recouvre. Cette ascension des isogéothermes, dans un géosynclinal où s'accumulent des milliers de mètres de dépôts, aurait pour conséquence le ramollissement, parfois même la fusion de la base de l'écorce solide, et alors la pression latérale qui a fait naître le géosynclinal continuant à se faire sentir, soulèverait cette zone ramollie en l'écrasant contre l'ancien rivage, depuis longtemps consolidé. De cette manière, les chaînes de montagnes viendraient périodiquement, par une suite de ruptures d'équilibre, s'ajouter les unes aux autres, .en accroissant chaque fois le domaine continental. A l'origine, une chaîne se composerait d'une suite de plis synclinaux et anticlinaux; mais ces derniers, disloqués à la clef de voûte, seraient facilement attaqués par les agents d'érosion et disparaîtraient les premiers ; au contraire, les plis synclinaux, où les couches ont été fortement serrées les unes contre les autres et parfois renversées, offriraient assez de résistance pour demeurer, à la fin, à l'état de cimes culminantes ; de la sorte, une chaîne d'ancienne date mériterait le nom de synclinorium (3).

Tendance naturelle an rldement. Théorie d'Élle de Beanmont. — Eli

traitant de la répartition des isogéothermes, nous avons déjà montré (4) comment, en vertu même de l'accroissement de la température avec la profondeur,

(1) Manual of Gcology, 1875, p. 748.

(2) V. antè, p. 382.

(3) Dana, op. cit.% p. 749.

(4) V. antè, p. 383.

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les parties situées sous les chaînes de montagnes doivent être les sors fttibfa de l'écorce, tandis que celles qui forment le fond des mers en constituent plotdt les zones réfutante». Il est donc difficile de comprendre le râle que peut jouer ici l'ascension des isogéo thermes sous l'influence des sédiments aceimiulK alors que, déjà, les conditions voulues pour une rupture d'équilibre sont réalisées sur le bord du bassin en voie d'affaissement. L'intervention de cette nouvelle cause de mobilité nous semble tout à fait inutile et il suffit pleinement pour expliquer le phénomène orogénique, de cette tendance primordiale m ridement, dont l'affaissement du bassin sédimentaire est l'évidente manifestation.

Depuis longtemps celle tendance a èlé définie par Élie de Beaumont el non; ne saurions mieux faire que de reproduire textuellement les termes dont il s>st servi (1) :

« Le phénomène lent et continu du refroidissement de la terre occasion» une diminution progressive de son rayon moyen et cette diminution détermine dans les différents points de sa surface un mouvement centripète qui, en rapprochant chacun d'eux du centre, l'abaisse par degrés insensibles au-dessous o> sa position initiale. Ce mouvement centripète est, à la vérité, contrarié partiellement et temporairement, pour certaines parties de la surface, par les bossdlements lents occasionnés par l'ampleur surabondante de l'écorce; mais, 1 la longue, il doit finir par prévaloir universellement. Le peu d'épaisseur de la croûte du globe, la faiblesse de sa courbure et le nombre indéfini de ses fissure s'opposent à ce qu'on admette que cette croûte puisse se maintenir sans appui;; son poids l'a donc tenue constamment appliquée sur le liquide intérieur. O liquide intérieur n'étant plus assez volumineux pour pouvoir la remplir et pour la soutenir partout, si elle avait conservé sa figure sphéroïdale régulière, qui correspond à un maximum de capacité, elle s'est écartée par degrés de colle (ùrur* en se bosselant légèrement. Mais un pareil bossellenient ne pouvait avoir lit*" sans que certaines partit; s de l'enveloppe éprouvassent une compression, d'aiilre* une extension; sans que les diverses colonnes de la masse liquide intérieure changeassent respectivement de longueur.

u Tant que la déformation a été excessivement petite, la résistance de J'ècorw solide a pu contrebalancer toutes ces causes de rupture ou d'écrasement. Mai* comme ces causes sont devenues nécessairement de plus en plus intense* à mesure que la déformation est devenue de plus en plus grande par le progrès du refroidissement, une débâcle a fini par devenir inévitable. La tendance de la masse entière à revenir à une ligure à peu près sphéroïdale a fait naitre un système de forces graduellement croissantes, qui ont fini par réduire l'écorce de la planète a diminuer son ampleur incommode par la formation d'une sorte de rempli. Un pareil rempli ne peut avoir une forme plus simple, plus en harmonie avec la figure sphéroïdale et avec le principe de la moindre action ou de la moindre consommation de force vive, que celle d'un fuseau

(I) Hotice tur Ici ii/tltmet de montagne*, pp. 1237 et suivantes.

comprimé latéralement. La formation de chacun des systèmes de montagnes me parait, en effet, pouvoir s'expliquer par la compression latérale subite d'un fuseau de l'écorce terrestre. Les matières que la compression transversale a forcées à chercher une issue au dehors ont passé à travers la surface auparavant unie du terrain (comme le doigt à travers une boutonnière), mais en crevant de bas en haut les assises superficielles, pour former des intumescences allongées. C'est là, si je ne me trompe, le sens dans lequel on emploie habituellement le mot soulèvement. Dans ce phénomène, il faut distinguer le soulèvement relatif rapporté au niveau de la mer et le soulèvement absolu rapporté au centre de la terre. Lorsque les montagnes ont pris leur relief au-dessus de la surface générale du globe, leurs cimes se sont écartées du centre de la terre, parce que le mouvement de propulsion vers l'extérieur qui les a mises en saillie a surpassé le mouvement général de rétrocession de l'ensemble de la surface vers le centre, d'où il suit que le mot de soulèvement, appliqué à leur mode de formation, est vrai dans un sens absolu aussi bien que relatif. »

C'est eh 1852 que ces pages magistrales ont été publiées, et depuis lors il ne nous semble pas que rien soit survenu qui en doive faire modifier une seule ligne. La théorie des soulèvements a été si souvent dénaturée ou mal comprise, qu'il nous a paru tout à fait opportun de reproduire cet exposé de doctrine, où se trouve si clairement affirmé le rôle des affaissements généraux et des compressions latérales, que plus d'un auteur s'est efforcé de faire prévaloir comme une. sorte d'invention nouvelle, opposée à l'idée des soulèvements. C'était se donner une peine bien inutile, et il n'est que juste de restituer, à l'illustre auteur de la Notice sur les systèmes de montagnes, l'honneur d'une théorie que nul n'a exposée avec plus de justesse ni de largeur que lui.

Formation du rempli. Ruptures d'équilibre. — Ce rempli, pour nOUS

servir de l'expression du maître, par lequel l'écorce terrestre cherche à diminuer son ampleur, comprend deux choses : une dépression et une saillie se faisant face, suivant la loi que nous avons déjà exposée en partant d'autres considérations (1). C'est la dépression qui se produit la première, en donnant naissance au géosynclinal de M. Dana. À peine, d'abord, la crête en est-elle émergée; à chaque effort qu'elle fait pour s'élever, le travail des vagues s'acharne contre elle et en disperse les matériaux sur le bord du bassin en voie d'approfondissement. Cependant un jour vient où les mêmes forces qui déterminent ce mouvement, aidées, peut-être, par la moindre résistance de l'écorce au-dessous de la crête, ont assez de puissance pour élever cette dernière à une grande hauteur, et alors une chaîne de montagnes est formée. Elle subsistera aussi longtemps que les agents atmosphériques, profitant des mille dislocations de sa surface, n'en auront pas éparpillé les éléments dans les plaines basses et les vallées.

Mais cette rupture d'équilibre n'aura satisfait que pour un temps aux nécessités de l'écorce. Bientôt, sans doute, au large de cette région, désormais consolidée

(t) Y. antè, pp. 79, 466.

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parles efforts mêmes décompression qu'elle. a subis, peut-être aussi partes roches éruplives injectées dans ses fissures» une nouvelle dépression s'accentuen destinée à finir un jour par une nouvelle débâcle. C'est alors que, surin flancs du massif de roches primitives antérieurement émergé, les sédiments épais du littoral et les couches pélagiques du premier bassin apparaîtront à kw tour et viendront former en avant une chaîne plus jeune. L'effort nécessaire aon été plus énergique, parce que l'épaisseur de l'écorce s'est accrue dans l'intervalle. Aussi la dernière chaîne dominera sans doute la première, et d'autant pi» que de celle-ci il ne reste peut-être que des lambeaux.

Telle parait être la formule générale du phénomène orogénique. On voit qui se prépare de longue date et il est permis de dire que le plan en est déjà tracé lorsque les premiers îlots de terrain primitif émergent au milieu de l'ocêa cambrien. Dès que chacun d'eux est constitué, son bord faisant face à la mer marque une zone faible de l'écorce, peut-être une cassure dont l'une des parois continuera à glisser sur l'autre et le long de laquelle l'activité sédimentaire et assurée. C'est donc là que, plus tard, se heurtera l'effort de compression latérale venant du large. Quand surviendra la résolution de cet effort, c'est-à-dire. ce qu'on peut appeler la catastrophe (à la condition de ne pas considérer le phénomène comme absolument instantané) (1), les choses se passeront différemment suivant la résistance des roches affectées par le plissement de la crête à rempli. Hais, si plastiques qu'elles soient, il est inévitable que, dans cette partie dilatée, des ruptures se produisent, divisant la masse en voussoirs séparés par des failles et destinés à jouer les uns par rapport aux autres pendant que a produit l'effort transversal d'écrasement; et dans ce jeu mutuel réside leseert des dislocations si variées dont les montagnes nous offrent le spectacle.

Direction des chaînes. — La direction d'une chaîne est déterminée park grand axe de la dépression qui forme la base du rempli et c'est trans versa lemeri à cette direction que doit, en général, se propager l'effort de dislocation. S'il # rencontre sur sa route aucun obstacle, son action se traduira, suivant les cas, par des plis et des cassures parallèles. Mais s'il arrive que, sur son chemin, se présentent des massifs plus résistants, l'effort, en butant contre ces zones rigides, devra éprouver une déviation ; les sédiments plus ou moins plastiques de la surface, serrés contre ces obstacles, s'y relèveront en plis ou en failles à gradins, suivant une direction sensiblement parallèle au front de la zone résistante et ainsi un même effort donnera lieu à des systèmes d'accidents pouvant différer beaucoup par leurs alignements, comme c'est le cas pour le Jura et les Alpes.

Les chaînes de montagnes déjà formées figurent nécessairement parmi le zones rigides de l'écorce ; car les couches y sont devenues compactes en raison des efforts qu'elles ont subis et la pression y a souvent relevé, à de grandes hau-

(1) C'est l'erreur répandue par F. Arago, qui, en popularisant, dès son apparition, la théorie des soulèvements, a laissé croire, bien contrairement aux vues de son auteur, que les mooîagnes avaient dû pousser comme des cltampignont.

teurs, les massifs cristallins rigides, autrefois enfouis dans la profondeur. Aussi ne voit-on jamais deux chaînes de montagnes se traverser mutuellement (1).

DUsjmétrle des rldements. — Puisque l'effort orogénique se résume dans la tendance à la formation d'un rempli, cet effort ne peut qu'exceptionnellement donner naissance à de grands plis anticlinaux avec versants d'égale pente. Le refoulement doit tendre à faire naître des plis dissymétriques et celui des versants de la région soulevée qui fait face à l'ancienne dépression, d'où vient la poussée latérale, est destiné à rester beaucoup plus abrupt. C'est aussi de ce côté que devront se produire les plus importantes fractures et que, s'il y a lieu, les roches éruptives tendront à se faire jour, poussées au dehors par l'effort qui comprime l'écorce.

C'est de cette manière, en effet, que les choses se sont passées en beaucoup de points. Nous n'avons qu'à rappeler ce que nous avons dit au début sur la dissymétrie remarquable de presque toutes les chaînes de montagnes, le Jura, les Alpes lombardes, les Pyrénées, l'Himalaya (2). Le Balkan se termine au sud en un versant abrupt, dont le pied est formé par une grande faille, qu'on peut suivre sur une étendue considérable et qui est jalonnée par une ligne presque ininterrompue d' épanche ments éruptifs (3). De même, le versant méridional abrupt de la chaîne des Alpes est beaucoup plus riche en roches éruptives que le versant nord, où l'altitude s'abaisse graduellement par ondulations successives. Enfin c'est sur le versant le plus raide des Andes et des chaînes qui composent les Montagnes Rocheuses que les phénomènes volcaniques se sont manifestés avec le plus d'intensité.

Hauteur des chaînes. — Remarquons maintenant que la hauteur absolue des chaînes n'est pas un critérium suffisant pour juger- de l'intensité* de l'effort qui a déterminé leur soulèvement. Eu effet, puisque le phénomène orogénique a dû affecter une certaine durée, les rides les plus anciennes ont eu plus à souffrir que les autres de la part des agents d'érosion. Tel massif cristallin, aujourd'hui couronné par quelques lambeaux de couches sédimentaires, en portait peut-être autrefois une puissante couverture, que l'érosion a eu le temps de faire disparaître. 11 est donc très possible que certaines chaînes, telles que les Alpes, le Caucase et l'Himalaya, doivent à leur jeunesse relative le privilège qu'elles ont de dépasser en hauteur les Pyrénées, exposées depuis un temps beaucoup plus long aux attaques extérieures. Néanmoins il convient de reconnaître que, plus l'écorce terrestre devient épaisse et plus la débâcle qui termine un effort orogénique doit être énergique. Cette seule cause pourrait donc suffire pour expliquer le privilège d'altitude des chaînes les plus modernes.

Localisation de l'effort orogénique. — L'effort nécessaire à la formation d'un rempli ne peut se faire sentir à la fois sur toute la surface du globe. 11 se

(1) Heira, op. cit.% p. 220.

(2) V. antè% p. 78.

(5) Uochstetter in Suess, Entstehung der Alpen, p. 47.

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concentre dans une zone déterminée qui, sur une sphère homogène et non encore découpée en segments par des dislocations antérieures, ne semble pas susceptible de prendre une autre forme que celle d'un fuseau. Quant à l'amplitude de ce fuseau, l'observation prouve que jamais elle n'atteint le dixième de la surface de la sphère. Les accidents orogéniques sont donc essentiellement limite sous le rapport de l'amplitude et les discordances qu'ils introduisent ne peuroî avoir d'effet en dehors de la zone du fuseau comprimé.

C'est ce qu'Élie de Beaumont a toujours reconnu, comme il résulte des lip* suivantes : « Si l'on suit deux formations à des distances plus ou moins conàdérables des points où la discordance de stratification se manifeste, on tram les secondes posées sur les premières en stratification parfaitement concordant? (voir fig. 156, page 651) et même liées à elles par un passage plus ou moifc graduel, qui prouve que le changement survenu dans la nature du dépM s'al opéré sans que le phénomène de la sédimentation ait été suspendu (I). i 1/ terme de Révolutions, dont on s'est si souvent servi pour désigner le trouble apporté dans l'histoire du globe par le redressement des montagnes, doit dont être entendu dans un sens restreint et ce n'est jamais que sur une fraction <fc la surface terrestre que la perturbation qui en résulte manifeste ses effets. Mie n'est pas, sans doute, la manière de voir qui a régné dans la science au début de ce siècle; mais la lumière est faite à cet égard et personne n'admet plus aujourd'hui de ces catastrophes successives dont chacune aurait entraîné le complet renouvellement des organismes sur notre planète.

Conséquences de la durée du phénomène orogénique. — Le soulèvement

d'une chaîne étant l'œuvre d'un effort progressif (bien que rapide, relativement à la durée habituelle des périodes géologiques), à mesure que le so! se soûle??, les agents extérieurs, dont la puissance est proportionnelle aux différences dr niveau dont ils disposent, doivent immédiatement s'appliquer à l'attaque pr érosion du terrain émergé. Ce dernier s'y prête d'ailleurs par les innombrable fractures que les efforts de dislocation n'ont pu manquer d'y faire nailre. ?f ainsi le travail du creusement des vallées doit commencer, dans les montres aussitôt que le phénomène orogénique a produit une émersion suffisante. II peu! donc y avoir des vallées de très ancienne date. De 6e nombre sont probablement la plupart de ces vallées transversales (l2) qui, prenant naissance dans l'aie cristallin d'une chaîne, traversent ensuite, dans une gorge étroite, des chaînes secondaires souvent très éloignées de la première. Ce phénomène a été étudié p£' M. Tietze dans les Carpathes et en Perse, où il parait impossible à expliquer, soit par les érosions actuelles, soit par des fractures préexistantes. Plusieurs vallées pyrénéennes peuvent ainsi dater d'une assez haute antiquité, de tell»' sorte que leur formation définitive aurait été traversée par de nombreux incidents géologiques.

(1) Notice sur les systèmes de montagnes, p. 7.

(2) Tietxe, Jahrbuch (1er k. k. geol. Reichsanstalt, 1878, XXVIII, p. 581.

De là résulte une conséquence, très bien mise en lumière par M. Heim (i): c'est que beaucoup des grands lacs de la Suisse et des pays de montagnes peuvent avoir été produits par des mouvements du sol, survenus pendant la formation des vallées. Les grands lacs résultant de barrages glaciaires ou torrentiels ne s'observent que dans les parties tout à fait extérieures des chaînes,' où le travail de l'érosion parvenait toujours à marcher de pair avec celui du soulèvement. Mais, dans l'intérieur, quand l'effort des dislocations a pris l'avance, la pente naturelle a pu se trouver parfois rompue et des lacs ont dû se former.

Ancienneté des détails da relief terrestre. — Les considérations qui précèdent ne font du reste que mettre en lumière quelques cas particuliers d'une loi très générale, celle de V ancienneté de la plupart des détails du relief terrestre. Nous avons vu comment, dans le nord de la France, les failles post-éocènes de l'Artois n'étaient que des réouvertures des anciennes fentes post-carbonifères du Hainaut. Rien ne serait plus facile que de multiplier les exemples de ces coïncidences. Ainsi, en Auvergne, le bord de la fente par laquelle le granité de la Haute-Dordogne s'était épanché entre le micaschiste et le gneiss est devenu, plus tard, une région d'affaissement, dans laquelle s'est formée cette longue bande de sédiments houillers qui s'étend des environs de Mauriac jusque dans l'Allier et même au delà. Postérieurement, une dislocation s'est produite le long de cette bande, engloutissant les assises houillères et leur faisant subir les dérangements et les torsions les plus bizarres. C'est aussi sur une ligne de fente granitique que sont venus s'échelonner les cratères volcaniques de la chaîne des Puys, et c'est l'allure rectiligne du bord oriental du Plateau central qui a préparé de longue date la direction de la vallée du Rhône et de la Saône.

On commettrait donc une grave erreur si, dans l'allure qu'affectent aujourd'hui les détails de l'orographie et de l'hydrographie, on négligeait la part qui peut revenir aux phénomènes dynamiques des âges antérieurs. Chacune des dislocations de la surface terrestre est une résultante, influencée dans sa direction et son intensité par un certain nombre d'éléments plus anciens, dont il importe au géologue de savoir retrouver les traces, quelque voilées qu'elles puissent être.

Permanence possible de l'effort orogénique. — Enfin, si le phénomène

orogénique a bien la nature que nous lui attribuons, on peut se demander pourquoi son œuvre ne se poursuivrait pas même pendant les périodes d'équilibre relatif. Nous avons vu qu'il y a de sérieuses raisons dépenser que, de nos jours, l'écorce terrestre subit en divers points des mouvements en sens contraires. Ces mouvements sont faciles à constater sur les rivages maritimes, grâce à la surface de repère que fournit l'Océan. Mais on peut croire qu'il s'en produit d'analogues dans les régions montagneuses. D'après certains récits, quelques villages de Suisse sont devenus visibles de points d'où il était autrefois impossible de les apercevoir et, sans nier que les tassements et les éboulements puissent amener des résultats de ce genre, il est permis de penser que la cause

(1) Mechanismus, etc., H, p. 231.

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en est parfois plus profonde. Peut-être parviendra-t-on, par des nivellement précis, à mettre le phénomène en évidence. Pour nous, en réfléchissant que les tremblements de terre sont plus fréquents le long des chaînes de montagnes, si bien que nous avons été amené (1) à les considérer, avec MM. Heim, Suess et Dana, comme une des manifestations de l'effort orogénique, nous ne faisons aucune difficulté d'admettre que cet effort, se poursuivant en dehors des période de débâcles, est capable de se traduire par des mouvements devenant appréciables à la longue.

Rapports mutuel* des phénomène* orogéniques et des phénomènes érnptifa. — On a pu remarquer, dans l'étude que nous avons consacrée aux massifs éruptifs, que les roches d'origine interne, aussi bien celles de la série ancienne que celles de la série moderne, apparaissent beaucoup moins dans les grandes chaînes de montagnes que dans les ilôts de terrain primitif, que tout nous porte à considérer comme ayant formé les premiers noyaux de nos continents. Ainsi le Plateau Central, le Morvan, les Vosges, la Forêt Noire, l'Armorique, l'Esterel, la Saxe, la Scandinavie, se montrent très riches en granités franchement éruptifs, en granulites et en roches porphyriques ou mélaphyriques diverses. En revanche, la chaîne centrale des Alpes ne laisse guère voir que le granité qu'on peut appeler fondamental et qui passe par transitions insensibles au gneiss. Les porphyres y font presque entièrement défaut et il s*y trouve peu de roches franchement éruptives en dehors des euphotides et des serpentines. Encore apparaissent-elles sur le bord seul du massif.

De môme, à l'exception des ophites, les Pyrénées sont très pauvres en roche» internes et les variétés granitiques qui se montrent dans le noyau de la chaîne sont d'une date bien antérieure aux premiers essais de formation de celle-ci.

Quant aux épanchements volcaniques modernes, complètement absents de< deux grandes chaînes des Alpes et des Pyrénées, ainsi que de celle des monts Scandinaves, ils abondent en Auvergne, au voisinage des Vosges, en Ecosse, eo Bohême, et on en retrouve des traces dans le Morvan ainsi qu'autour de l'Esterel et aux abords de la Montagne Noire.

Si ces faits ne sont pas particuliers à l'Europe (et il semble que les chain* himalayennes justifient la même conclusion), il en résulterait que les manifestations éruptives se tiennent en général à une certaine distance en avant des montagnes en voie de formation. Tandis que ces dernières occupent des régions de plissement sur le bord d'anciennes zones de dépression, les roches éruptives recherchent les régions de fracture, qu'il est naturel de trouver dans les massifs rigides d'ancienne consolidation.

Mais les deux phénomènes n'en sont pas moins concomitants. Ainsi les éruptions de roches vertes, probablement de nature boueuse, ont accompagné, à la fin de l'éocène, le soulèvement pyrénéo-apennin. L'activité volcanique s'est éveillée, en Auvergne, dans le Siebengebirge, en Hongrie, etc., au moment où

(1) Y. antè, p. 511.

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