DÉPÔTS D'EAU PROFONDE
Dépôt* littoraux d'eau profonde. — Si la mer rejette de son sein, pour les
accumuler sur les côtes plates, les cailloux, les graviers et une partie des sables
ou des limons, il est un grand nombre de matériaux très fins que leur dimension
condamne à flotter sans cesse dans les eaux agitées sans pouvoir s'y déposer. De
ce nombre sont les fragments, siliceux ou autres, dont le diamètre n'a pas -^ de
millimètre et les boues fines qui résultent de la trituration de roches tendres,
argileuses ou calcaires.
Ces matériaux ne peuvent cependant pas flotter indéfiniment dans les eaux
littorales et une sorte de filtrage naturel finit par les amener dans des parages
plus voisins de la haute mer, où l'agitation des flots cesse à peu de distance de
la surface; alors les particules tombent lentement sur le fond et s'y accumulent
en donnant naissance à des dépôts littoraux d'eau profonde. Cette accumulation
est facilitée par la propriété que possède l'eau de mer de retenir les matières
fines en suspension beaucoup moins longtemps que l'eau douce. Ainsi, d'après
M. Sidell (1), l'eau de la mer se clarifie en quinze fois moins de temps que celle
des rivières et pourtant, en raison de sa plus grande densité, elle fait perdre aux
corps qui s'y trouvent plongés ^ de plus de leur poids. En expérimentant sur
des dissolutions artificielles de sel commun, de sel de magnésie et d'alun,
M. Sidell a constaté qu'une précipitation qui exigeait de 10 à 14 jours dans l'eau
douce, se faisait en 14 ou 18 heures dans les dissolutions salines. De son côté,
M. Hilgard a constaté que le dépôt des troubles argileux se faisait très vite dans
une eau contenant un peu de chaux ou de sels neutres, tandis que, dans une
eau alcaline, l'argile restait indéfiniment en suspension.
Les dépôts littoraux s'effectuent autour des continents et des îles et les entourent d'une ceinture ininterrompue, dont les récentes explorations sous-marines ont permis de fixer la largeur moyenne à 250 kilomètres; mais cette largeur peut
(1) Dana : Manual ofGeology, 3« édition, p. 677.
quelquefois, comme devant les côtes du Brésil, atteindre 600 kilomètres, les matériaux transportés par un grand fleuve, tel que celui des Amazones, élant entraînés au loin par les courants marins sous l'empire desquels ils tombent.
Zone des sables et gravier». — La première partie de cette ceinture est ■constituée par des matériaux sableux. Autour des côtes européennes, la zone des sables et graviers forme un mince ruban qui va en s'élargissant à l'ouest du Finistère, de manière à embrasser toute la région des îles Britanniques et de la nier du Nord, ce qui s'explique par la faible profondeur de ces parages. Mais dans toute cette étendue, il y a beaucoup de points où il ne se fait aucun dépôt; ainsi au large de la Bretagne et du Cotentin; ainsi encore dans le Pas de Calais où, sur le tiers de la surface, la craie et l'argile du fond sont souvent complètement à nu; ainsi dans la Baltique et près de la Scandinavie occidentale; dans tous ces points, l'absence de dépôts tient évidemment à la puissance des courants, demeurés capables de décaper, en quelque sorte, le lit d'une mer sans profondeur.
Les dépôts sableux de la zone littorale sont généralement stratifiés en couches horizontales, leur formation ayant lieu surtout sous l'influence de la pesanteur. Les coquilles d'animaux ayant vécu en place y sont associées aux fragments brisés d'organismes marins. La vibration causée par les vagues y produit, jusqu'à 400 ou 150 mètres de profondeur, des rides ou ripple-marks.
Mais les couches cessent d'être horizontales si les courants de marée atteignent une puissance suffisante ; en pareil cas, l'horizontalité ne se maintient que dans les dépôts qui se forment pendant les périodes relativement tranquilles de la haute et de la basse mer. Dans l'intervalle, les couches sont inclinées sous un angle d'autant plus grand que le courant de marée est plus fort. Ainsi se produisent des alternatives de lits horizontaux avec des assises [à stratification oblique.
En tout cas, il convient de remarquer que la stratification des dépôts, c'est-àdire leur division en couches distinctes, ne peut se produire que là où des variations fréquentes ont lieu dans les conditions du mouvement des eaux. Pour que des sables fins alternent avec des graviers, il faut que l'intensité du flot subisse des fluctuations qui modifient sa puissance de transport. De même, pour qu'un dépôt de sable, de grain uniforme, laisse apercevoir des plans de stratification, il est nécessaire que sa formation soit de temps en temps interrompue par des périodes de repos. Autrement le dépôt des sédiments aurait lieu à la manière des précipités chimiques, qui descendent en masse au fond de la liqueur mère.
Dans certaines circonstances, il peut arriver que des particules vaseuses, primitivement isolées, se concentrent en petits amas pendant leur descente et donnent naissance à des nuages floconneux dont le dépôt ne s'opère plus qu'avec une grande lenteur.
Zone des vases. — L'expédition du Challenger a permis de reconnaître que.