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B. DÉPÔTS DIVERS D'ORIGINE VÉGÉTALE

Si les tourbières sont la forme la plus générale sous laquelle le monde des Jantes contribue à l'accroissement de la terre ferme, il est encore certains autres de dépôts, dus à l'action directe des végétaux et dont il convient de faire ici -^mention.

Wmîm flottés. — Les fleuves sibériens entraînent à la mer des bois flottés, «arrachés aux forêts qui bordent leur cours et composés presque uniquement de :roélèxes. Ces bois, transportés pendant des siècles, ont suffi pour garnir presque toutes les côtes de la Mer Glaciale d'une frange noire, qui souvent permet de ^définir la limite entre la glace marine et la neige continentale. Sur divers points, ïèmérsion de la contrée a soulevé, jusqu'à plus de 100 mètres d'altitude, ces aimas de bois désignés par les indigènes sous le nom de bois d'Adam ou bois de Soi, La péninsule de Taïmir, les côtes de la Nouvelle-Zemble et l'archipel François-Joseph sont couverts en maints endroits de ces « montagnes de bois » (1). Les bois flottés par le Mississipi et les fleuves américains arrivent parfois dans le domaine du Gulf-Stream, qui les charrie et les accumule dans des anses, jusqu'en Islande et même au delà. Dans la baie de Yirki, un amas de ce genre s'est formé sur 110 mètres de longueur et 12 mètres d'épaisseur. On dit que l'île de Jan Mayen, du temps où les glaces ne la rendaient pas inabordable, était entourée par des amas de bois flottés couvrant une superficie égale à celle de l'île. Au lieu de s'écouler librement à la mer, les bois flottés encombrent quelquefois le lit des rivières au point de les obstruer complètement et de les obliger à Modifier leur coure. Le lit de la Rivière Rouge, affluent du Mississipi, est encombré en un point par une immense agglomération d'arbres arrachés aux rives d amont et connue sous le nom de Grand Radeau (great raft); cet amas s'étend dune rive à l'autre et les eaux y passent comme sous une voûte ; à mesure que les arbres de la partie d'aval se détachent, d'autres, en plus grande quantité, viennent s'ajouter à l'amont et le radeau paraît ainsi remonter la rivière,

gagnant de 2 à 5 kilomètres par année. En 1855, cet embarras avait 200 kilomètres de longueur; après 22 ans d'efforts infructueux pour le détruire, on abandonna cette tentative pour se borner à l'amélioration des canaux de décharge latéraux, laissant ainsi, dans l'ancien lit du fleuve, les matériaux d'une vaste tourbière (2).

Coaeour» apporté par le» végétaux au travail de l'alluvlonneiiient. —

D'autres fois, sans aller jusqu'à entraver le cours des rivières, les végétaux qui

(1) Hiddendorff in Reclus, Y Asie Iiusse, p. 509.

(2) Reclus, La Terre, I, p. 451.

croissent sur leurs bords s'emploient» en raison de leur mode particulier de développement, à y faciliter la formation des alluvions.

Les cotes méridionales des États-Unis et celles de la mer des Antilles sont bordées par un grand nombre de marécages où se déversent des rivières et dont la série continue se développe sur plusieurs milliers de kilomètres de longueur. On y peut observer tous les genres de végétation parmi ceux qui travaillent à conquérir l'eau et la vase au profit de la terre ferme. Sur les rivages de la Colombie et de 1* Amérique centrale dominent les mangliers et les palétuviers; leurs racines aériennes, entre-croisées en arcades, retiemient avec la vase tous les débris animaux et végétaux. Sur les côtes du Mexique, de la Louisiane, de la Géorgie et de la Floride s'élèvent les cyprières (cypress-sivamps) ou forêts de Cupressus disticha, dont les racines, enfouies dans la vase, projettent au-dessus de l'eau qui baigne le pied des arbres une multitude de petits cônes chargés d'absorber l'air.

Sporite, Minerai de* marais», Tripoli. — Il se forme actuellement, dans les cavernes de l'île de la Réunion, une roche dans laquelle MM. Poisson et Bureau (1) ont reconnu une accumulation de spores de fougères. Cette roche, qui a reçu le nom de sporite, constitue, sur un mètre d'épaisseur, le sol d'une caverne à ouverture très étroite, située par 1200 mètres d'altitude à la base du Piton des Neiges.

Certaines diatomées, de l'espèce dite Gallionella ferruginea, qui vivent en abondance dans les marais, ont la. propriété de fixer dans leurs filaments, avec de la silice, une notable quantité d'hydroxyde de fer. Ainsi se forme le minerai des tourbières ou bog-iron ore. C'est à Ehrenberg qu'est due la constatation de l'origine végétale de ce dépôt.

Quand les diatomées sont exclusivement siliceuses, leurs carapaces, en s'accuuiulant dans les eaux douces, y produisent des couches de silice farineuse, dite

tripoli.

Terre noire ou tehernoizem de Rus»le. — La végétation terrestre arrive quelquefois à modifier d'une manière durable, sur de grandes étendues, la composition du sol superficiel ; c'est ainsi que, d'après Huot et Ruprecht (2), la terre noire ou tchernoïzem de la Russie méridionale et de la Hongrie résulte d'une transformation opérée, sur un sol primitivement siliceux, par la décomposition des herbes des steppes. La terre noire, dont l'épaisseur varie de 0m,60 à im,50, est formée, pour les trois quarts ou les quatre cinquièmes, de sable; elle contient de l'ammoniaque, de la soude, de la potasse, de l'acide phosphorique et une proportion de matières organiques capable de s'élever jusqu'à 10 %» même jusqu'à 17 %» dans les couches supérieures. Cette terre manque presque partout le long des fleuves et des lacs, mais recouvre les plateaux et les collines. Ses limites sont, au sud, les lignes d'ancien rivage de la Caspienne; au nord, les

(1) Association scientifique <lc France, I87C», p. ô00.

(2) Ituprecht: Bull, de l'Académ e des .sciences de Saint-Pétei$bourg, VII, 180.%.

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