TUÉORIE DES RÉCIFS CORALLIENS
prend tous : en outre, d'après le même auteur, les atolls secondaires ne se rencontrent qu*au voisinage de canaux largement ouverts, qui découpent le récif principal et donnent à la mer un libre accès dans Tintérieur.
THÉOmB PBS RÉCIFS CORALLIENS
Ancleuies théories. — La forme remarquablement annulaire de la plupart des atolls a de bonne heure attiré Tattention; tandis que les uns y voyaient une preuve du merveilleux instinct des coraux, qui leur faisait choisir la disposition la mieux appropriée pour résister aux attaques de Tocéan, les autres ont émis Topinion, longtemps acceptée, que chaque atoll était une construction élevée par les organismes coralligènes au-dessus d*uu ancien cratère. La nature volcanique de presque toutes les îles du Pacifique prêtait d'ailleurs à cette hypothèse un certaîu caractère de vraisemblance.
Toutefois une telle manière de voir se heurte aux plus graves objections. En premier lieu, il faut admettre que tous les cratères servant de base aux atolls ont été immergés après leur formation ; or l'expérience permet d'affirmer qu'en raison de la nature meuble des matériaux qui le composent, un cratère est généralement incapable de résister à l'action des vagues. En second lieu, 'il faudrait que le fond de l'océan eût été tapissé de cratères (jusqu'à soixante-dix dans un seul archipel) et que tous eussent atteint la même hauteur, puisqu'une profondeur d*eau de moins de 40 mètres suffit pour empêcher le développement des coraux. Or cette identité d'altitude dans les cratères faisant partie d'un même groupe est un fait sans exemple dans les régions volcaniques connues.
D'ailleurs certains de ces cratères devraient avoir au moins 95 kilomètres de diamètre et ceux de 57 à 50 kilomètres seraient communs. De pareilles dimensions sont bien loin d'être réalisées dans les volcans actuels.
Enfin pour justifier une telle abondance de montagnes cratériformes aujourd'hui noyées, il faudrait au moins que, dans les lies volcaniques du Pacifique, il y eût un nombre considérable de cratères au-dessus du niveau de l'océan. Il n'en est rien et, en particulier, on en chercherait vainement sur les îles Marquises, les îles Gambier ou celles de la Société, c'est-à-dire dans les trois archipels les plus voisins de celui de Paumotou, si riche en manifestations coralliennes.
Théorie de Darwin. — Il faut donc recourir, pour trouver la raison de la forme des atolls, à une autre explication. Celle qu'a proposée M. Ch. Darwin(l) et à laquelle l'adhésion de H. J. D. Dana est venue donner un nouveau poids, semble s'accorder, de la manière la plus satisfaisante, avec tous les faits observés. Nous allons exposer succinctement les principes de cette ingénieuse théorie qui, en même temps qu'elle rattache l'activité coralligène à l'un des grands faits de la dyna-
{\) Onthe structure and diêttHmtion ofCoral Reeft^ London, 1842.
nique interne» groupe dans un baimonieux ensemble non seulement les diverses formes d'atolls, mais toutes les variétés connues de récifs coralliens.
Le trait saillant de la structure des atolls» comme de celle des barrières de récifs, c'est leur épaisseur souvent considérable et bien supérieure à cette profondeur de 57 métrés aiu delà de laquelle nous savons qu*il ne se développe pas de formations coralliennes. Si, à l'extérieur d'un récif, on jette la sonde par des fonds de plusieurs centaines de métrés, sans doute on ne ramène plus de coraux vivants; mais la roche que l'outil rapporte est identique avec celle qui forme le corps du récif près de la ligne de la basse mer et possède incontestablement la même origine. Or il est impossible que cette roche ait pris naissance à une profondeur de phis de vingt brasses; donc elle n'a pu être amenée dans la situaffra qu'elle occupe que par un affaissement du sol, assez lent pour maintenir fevjours le sommet de l'édifice corallien en voie d'accroissement dans le voisinage de la surface de l'océan. Ainsi la tendance du fond de la mer à s'affaisser lentement, au moins dans les latitudes équatoriates, nous apparaît au premier abord comme la condition nécessaire du développement de puissants massifs de coraux.
Cela posé, imaginons un récif qui se soit développé sous la forme de ceinture autour d'une ile placée dans des conditions favorables ; nous savons que le bord extèrieiir du récif croîtra plus vite que la partie qui touche la c^te, d'abord parce qu'il manque à cette dernière le choc direct des vagues et le concours des Httllipores, ensuite parce que les eaux chargées de sédiments y viennent contrarier le travail des coraux.
Si donc (fig. 66) l'ile s'affaisse avec une vitesse moindre que celle de l'accixiis-
Fig. 66. — IVveloppement progressif d'un aloll (d'après I)ana). — I I, II II, III III, niveaux successifs de la mer. AlllB, A2i2B, A335B, profils correspondaiits de Taloll.
sèment dû récif, ce dernier, continuant à se développer mieux à l'extérieur, formera bientôt une barrière (2,2), laissant, entre elle et la terre encore émergée, une lagune de peu de profondeur, peuplée de coraux vivants. Il sufiOra que l'affaissement continue, jusqu'à la disparition des derniers sommets de l'île, pour que la barrière de récifs, contractant toujours son diamètre, devienne un atoll (5,5), aux parois voisines de la verticalité et pouvant offrir, dans l'intérieur de sa lagune, quelques îlots, s'il s'est développé des récifs au-dessus des points les plus élevés de l'île engloutie.
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Toutes las pbâH^es de eeite traafiformaiîon sont refM^ésentée^ paiiui les i^ifs 4!oraUieQ6 ; ceintures en eufSÊmei ûnmédiat avec inie iie« barrières avec ou sans i'^intures à rintérieur, atoUs eatourani un ou plusieurs sonmiets dont Timmer- «ioa seuibie prochame, c^mme aux lies Gambier, enfin atolls annulaires complets fmtiérement conquis à la végétatiofli, «omme celui de Bolabola, parfois luéme anciens atolls à lagunes desséchées oomme celle de Tile Janris, il n est pas tto type de transition qui iasse définit. De plua, la théorie qui vient d*étre exposée justifie bien la grande diversité de forme des atolls^ dont chacun reflète plus «ou moii^ le contour primitif de Tlle disfMrue, ainsi que la foçon irrégulière dont les ouvertures y sont disposées* la place de chacune d'elles ayant été nécessairement déterminée» au début, par les circonstances de la e^ voisine.
On peut encore rattadier sans grande difficulté k cette explication le fait si t»ingulier des atolls secondaires, dont les îles Maldives nous «firent Texemple. Si les diverses parties émergées d'un récif sont assez isolées les unes des autres pour que le régime de la pleine mer se fasse sentir sur toute leur périphérie, chacune d*elles pourra se constituer à Tétat d'atolL, grâce au secours que les vagues apporteront k Taccroissement plus rapide de son bord externe. Enfin le comblement d'une lagune ne poutant guère s opérer que par les débris arrachés au boitl du récif et recelés dans l'intérieur par les vagues de tempêtes, on ne doit pas s*éionn^ de ne trouver de lagunes comblées que dans les îles de tnès petites dimensions, comme les îlota SvKain et Jarvis.
Pour qu*un récif puisse parcourir toutes les pliases qui viennent d*étre indiquées, il faut que la vitesse avec laquelle il s'atEaisse ne soit pas, dans Tensemble, très supérieure à celle de son accroissement. Mous avons vu qu'en moyenne un récif pouvait s'accroître annuellement de 1 millimétré ou 1 millimètre et detni. Telle est donc à peu près la limite de la vitesse moyenne de l'afKaissement. Hais co/^ mouvement n'est pas nécessairement continu; il peut se produire par saccades, pourvu que chacune d'elles n'entraîne jamais une descente de plusde vingtbrasses; autrement le développement de Tédifice corallien serait immédiatement aii^té et on aurait alors un récif mort {dead reef)^ comme celui qui forme le bas-fond de t'hagos, dans l'océan Indien.
En résumé^ chaque atoll est, en quelque sorte, un monument funéraire (1), qui marque la place d'une île engloutie et qui atteste, en même temps, U^ efforts faits par le monde organique pour soustraire à la destruction une^ partie du «lomaine terrestre. Quant à l'émersion de l'atoll et au développement de la végétation sur sa surface, ils n'exigent pas nécessairement que le mouvement de des- «'^nte ait cessé. U suffit que ce mouvement soit très lent pour que les vagues ;aient le temps d'entasser sur la plate-forme corallienne les débris qui relèveront au-dessus du niveau de l'océan.
Wreuw^m d^ Vm0màmmtimrmt eu WmHtk^^e. — - Nous avons dit que la grande «épaisseur des récifs, qui parfois atteint 500 ou 600 mètres, était par elle-même
(1) Dana, op, cit„ p. 271.
une démonstration décisive de raffaissement du sol dans le Pacifique. Mais on peut donner d'autres preuves de la réalité de ce mouvement. U y a, sur l'île de Ponape, dans Tarchipel des Carolines, des monuments sacrés d'ancienne date, dont la mer baigne aujourd'hui les fondations. De plus, d'après une remarque de M. Dana, si l'on figure, à Taide des sondages, les lignes d'égale profondeur de la mer autour des îles du Pacifique, on les voit former brusquement des angles rentrants au débouché de chacune des vallées de ces îles, ce qui veut dire que les thalwegs d'érosion se prolongent sous l'océan jusqu'à une assez grande distance. Or nous savons (i ) que cette structure est caractéristique d'un rivage en voie d'affaissement. La fréquence d'une telle disposition dans le Pacifique atteste donc que le fond de cet océan a dû s'affaisser sur de grandes étendues.
Ligne» de dépreaslon. — Toutefois cet affaissement n'est ni uniforme, ni général, et tandis que les parties du Pacifique où abondent les récifs se sont abaissées, d'autres au contraire offrent des signes manifestes d'émersion. D'après M. Dana (2), si l'on tire une ligne droite dirigée N. 70® 0., depuis l'île Pitcaim, la plus méridionale de l'archipel de Paumotou, jusqu'aux îles Pelew, en passant par les îles Gambier, l'archipel des Navigateurs et les îles Salomon, on peut dire c{ue tous les atolls du Pacifique sont au nord de cette limite, tandis que la plupart des récifs aujourd'hui totalement émergés sont au sud. Entre cette ligne et les Sandwich , sur une superficie large de 5700 kilomètres et longue de il 000 kilomètres, il y a 204 îles qui, presque toutes, appartiennent à la catégorie des atolls, tandis que les barrières de récifs abondent dans le voisinage même de la limite et que, au sud, certains récifs d'ancienne formation, comme celui de Métia, sont maintenant à 80 mètres au-dessus du niveau de la mer. La ligne ainsi définie peut donc être considérée comme l'axe d'un grand mouvement d'oscillation ou plutôt de bascule qui a relevé la partie méridionale du Pacifique en abaissant la partie septentrionale. De fait, les atolls sont d'autant mieux caractérisés qu'on s'éloigne davantage de cette ligne et il n'est pas interdit de supposer que les grandes étendues marines, dépourvues d'îles, qu'on traverse au sud des îles Sandwich, recèlent dans leurs profondeurs d'anciens atolls aujourd'hui noyés avec les îles sur lesquelles ils s'étaient établis.
L'axe du maximum de dépression serait dirigé N. 52<» 0, depuis l'extrémité oi-ienlale des îles Paumotou jusqu'au Japon ; il correspondrait à peu près au grand axe.de l'océan Pacifique. Du reste, il semble qu'au lieu d'un mouvement unique d'affaissement, il se soit produit plutôt une série d'ondulations parallèles à une même direction générale. Ainsi les îles Samoa et celles de la Société paraissent avoir éprouvé des changements de niveau moins considérables que les archipels situés, soit au nord, soit au sud de la région qu'elles occupent.
Relation des formations eoralllennes avee les phénomènes Toleanl^pies. — On a prétendu quelquefois établir une dépendance étroite entre les atolls et les
(1) Voy. flw/e, p. 220.
(2) Op. cit., p. 321.