TEMPÉRATURE DANS LES SONDAGES
d*erreur ont pu altérer le résultat, la prudence la plus élémentaire commandait de n'attacher qu'une médiocre importance aux variations du degré géotheimique d'une station à Tautre, surtout en considération de la grande distance verticale qui sépare les stations 8, 9 et 10 et de la difficulté croissante des observations avec la profondeur.
Ms«««stoii des résultats. — Cependant cette règle de circonspection n'a pas été observée et l'introduction assez inopportune des mathématiques dans la discussion des résultats obtenus a conduit quelques auteurs à formuler à cet égard des conclusions pour le moins hasardées. C'est ainsi qu'en appliquant la méthode des moindres carrés, M. Dunker a cru pouvoir représenter la loi de variation de la température par la formule
dans laquelle T désigne la température, exprimée en degrés Réaumur et S la profondeur en pieds rhénans.
Il résulterait de cette formule, appliquée dans toute sa rigueur, que la température devrait atteindre à 5162 pieds (1621 mètres), un maximum égal à 50*»,87 : qu'ensuite elle diminuerait constamment pour devenir nulle à 10874 pieds (5420 mètres) et négative au delà de celte profondeur. Telle est pourtant la conclusion devant laquelle plusieurs pei^sonnes n'ont pas reculé, malgré l'évidente absurdité de l'extension de cette formule au delà du point où la température, parvenue à son maximum, eût dû être tout au plus considérée comme invariable jusqu'au centre. C'est alors que M. Cari Vogt (1), appelant la croyance à la chaleur centrale « un avatar de l'ancien mythe du Tartare », s'écriait : « Un résultat semblable (à celui de Sperenberg) serait-il possible, si cette source de chaleur existait au centre de la terre ? Comment veut-on prouver au simple bon sens qu'en approchant son doigt d'une flamme, il faut parcourir des distances de plus en plus grandes, à mesure qu'on s'en approche, pour sentir plus de chaleur? n'arriverait-on pas à la conclusion la plus invraisemblable, pour n'en dire plus, savoir : qu'en approchant du noyau incandescent, il faudrait faire même des milliers de mètres pour trouver une augmentation d'un degré I » De son côté M. Mohr (2) écrivait que l'ancienne doctrine de la chaleur centrale avait été cruellement anéantie par les résultats du sondage de Sperenberg.
Ceux qui ne se résignaient pas à cet écroulement essayèrent d'abord d'expliquer l'abaissement de la température par la dissolution dans l'eau du sel gemme, qui formait les parois du trou de sonde. Mais on dut reconnaître que le refroidissement tout momentané qui en pouvait résulter, ne saurait persister au delà de l'instant où la saturation est complète et comme le géothermomètre, protégé contre les courants par ses obturateurs en caoutchouc, demeurait dix heures en place, il fallut abandonner cette explication.
(1) Association française, session de Lyon, p. i047.
(2) Geschichle (1er Erde, 2« édition, p. 199.
M. Ilenrich (1) reprit alors l'examen de la formule de M. Dunker. Après avoir fait remarquer que cette formule introduit, entre les nombres calculés et les nombres observés, des différences énormes, de plus de 2 degrés, c'est-à-dire très supérieures aux erreurs d'observation qui ont pu être commises avec de bons instrumenis, permettant de lire jusqu'au quart de degré, M. Henrich s'est élevé contre l'introduction, dans la formule, de la température moyenne à la surface. Quelle que soit la cause qui détermine l'augmentation de la température avec la profondeur, cette cause est évidemment indépendante des conditions thermiques de la surface, et on a d'autant moins le droit de faire intervenir ces dernières qu'entre l'orifice du trou de sonde et 220 mètres, il n'a pas été fait une seule obser\'ation. Or si l'on se borne à considérer les mesures réellement effectuées et que, prenant les profondeurs pour abscisses, on porte en ordonnées rectangulaires des longueurs proportionnelles aux températures observées, on voit du premier coup d'œil qu'à l'exception de l'observation n<> 3, évidemment défectueuse, toutes les autres, jusqu'à la neuvième, se groupent le long d'une même ligne droite. Par suite, l'ensemble des résultats ne peut être représenté que par une équation du premier degré. M. Ilenrich s'en tient à la formule
qui résume les huit premières observations avec une grande exactitude. Pour tenir compte de la neuvième, il faudrait modifier un peu les coefficients et écrire
Dans le premier cas, le degré géothermique moyen serait de 32'",27 ; dans le second, sa valeur atteindrait 33 mètres.
Du reste, M. Ilenrich (2) a constaté que les résultats obtenus pouvaient être tout aussi bien représentés par une fonnule du 3« degré, telle que
T=1I,419 + 0,0084487S— 0,000 0002il 986 8*+ 0,000 000 000 00 256 645 S\
M. Dunker est ultérieurement revenu sur ses premières appréciations et, en discutant les observations recueillies à Grenelle, à Prégny, près de Genève, et aux environs de Magdebourg, il a reconnu que l'ensemble des résultats conduisait à une formule du premier degré, c'est-à-dire que l'augmentation de la chaleur devait être considérée comme continue et capable, par conséquent, d'atteindre le degré de fusion des roches.
Disons, pour faire apprécier l'importance de l'obturation pour la mesure des températures, qu'à 8perenberg, l'observation n® 9 ayant été faite sans isolement de la colonne, on trouva un chiffre inférieur de 3^,75 à celui que donnait la mesure avec isolement. Ainsi la descente de l'eau froide de la surface suffisait pour abaisser de près de 4 degrés la température du milieu.
(1) y eues Jahrbtich fur Minéralogie ^ 1876, p 716.
(2) ^eueê JaJirbuch, 1878, p. 807.