ÉMISSIONS DE LAYES
quelles la roche fondue étincelle, faisant parfois éclater son enveloppe. C*est par suite de ce combat entre la lave et la croûte de scories que cette dernière revêt l'aspect hérissé et déchiqueté, si caractéristique des sciarre de l'Etna et des cheire$ d'Auvergne. L'un des plus beaux exemples de ce genre qu'on puisse citer est la surface de la coulée qui, à Cotteuge, occupe le fond de la vallée de la Couze, à moitié chemin entre Besse et Issoire.
Souvent les explosions qui se produisent sont assez fortes pour faire naître, au-dessus de la coulée, des monticules en forme de pains de sucre dont le centre reste creux et peut se transformer ultérieurement en une grotte. C'est justement le cas de la caverne décrite par Bory de Saint-Vincent (1) sous le nom de Caverne de Rosemond et située à la base du piton Bory dans l'île de la Réunion. Cette grotte a 4 8 ou 20 mètres de largeur sur une quarantaine de mètres de . longueur. Sa voûte, élevée de 4 ou 5 mètres, était autrefois très régulière ; mais elle est aujourd'hui en partie effondrée (2). Les stalactites de lave, longues de 0",50 à O^jiO, ont la grosseur du bras. Le massif qui contient cette grotte forme une saillie conique à la surface d'un courant de lave visqueuse ; c'est donc une ampoule qui s'est formée, pendant la coulée, sous l'effort des gaz.
«aines en Tonaels. — En même temps que la surface de la coulée se solidifie, contre les deux parois du canal d'écoulement s'accumulent des débris de scories, qui cheminent avec la lave comme les moraines latérales cheminent avec un glacier. Enfin une consolidation semblable a lieu au contact de la coulée avec la roche sous-jacente. De cette façon, Élie de Le«jmont a pu dire que € la lave se meut en quelque sorte dans une gaine ae gccries, qui s'allonge avec le courant ». En outre, le front de la coulée pousse devan lui une ligne de scories, véritable moraine frontale que la lave dissémine au idi et à mesure sur son lit, pavant ainsi son propre cheminy comme l'a remarqué Hoffmann.
Il résulte de là que, sur des pentes modérées, la lave liquide est si bien enveloppée dans sa gaine qu'elle peut échapper complètement à l'observation directe. Tel était le cas, notanunent, en novembre 1880, pour le grand courant de lave issu du Hauna Loa, dans les îles Sandwich. Ce courant charriait, à sa surface, d'énormes quartiers de rocher, et son front formait une muraille de 5 à iO mètres de hauteur, cédant constamment sous la pression et se déchirant débris aussitôt recouverts (5).
Lorsqu'un courant de lave chemine ainsi dans sa carapace de scories, le boyab liquide demeure plein aussi longtemps que le foyer souterrain continue à fournir de la lave ; mais quand l'écoulement cesse, le niveau baisse, le boyau se vide et, si la carapace est suffisamment résistante, il reste, en définitive, une sorte de tunnel où l'on peut pénétrer lorsque le refroidissement est complet. Les tunnels de lave sont très communs aux Açores; quelques-uns ont plus d'un kilomètre de
(1) Voyage dant leê quatre principales île» des mert tT Afrique ^ III, p. 59.
(2) Yélain, Mission à Vile Saint-Paul, p. 140.
(3) Ultre de M. W. L. G(*een à M. Daubrée. CompUs rendus, XGII, p. 48.
long, avec une hauteur et une largeur de plusieurs mètres. Celui d'Angra est haut de 5 à 6 mètres et large de 10. Sa voûte est garnie de stalactites noirâtres, et les parois latérales portent de nombreuses moulures qui marquent les temps d'arrêt subis par la lave dans son mouvement de progression (1). Ces sortes de tunnels ne se rencontrent que dans les laves basaltiques, seules assez fluides pour couler longtemps dans une enveloppe de scories.
TejKtare celluleiis«. ASSmiumememt des covlées. — Un caractère assez général des laves modernes est leur texture celluleuse. Cette texture est le résultat des gaz et des vapeurs que la lave entraîne avec elle, et c'est surtout à la surface qu'elle se produit, le centre demeurant assez compact. Parfois la quantité des gaz emprisonnés est telle que les cavités, lorsque leurs parois sont devenues solides, affectent les dimensions de véritables cavernes. Les parois de ces cavernes sont généralement recouvertes d un enduit vitrifié.
En 1803, Ilumboldt observa, dans une coulée récente, des cavités de 2 mètres de longueur sur 1 mètre de hauteur. La grotte des Clièvres, située sur TEtna, devrait, paraît-il, son origine à un phénomène de ce genre.
Il ne faut pas confondre avec ces cavernes celles qui se produisent parfois» notamment en Islande, quand la nappe de lave vient à s'abaisser au-dessous de la croûte déjà compacte. C'est à la même cause que M. Fouqué (2) attribue certaines cavernes des coulées de lave des Açores et notamment celle de Graciosa, qui a 200 mètres de longueur sur 1 00 à 120 mètres de largeur et une voûte, d'une seule portée, atteignant au milieu 50 mètres de hauteur. 11 est visible que cette cavité provient d'un affaissement survenu dans les bancs profonds de la coulée, alors que les parties supérieures conservaient leur position primitive.
Vitesse et pente des «calées. — La vitesse d'un courant de lave dépend de trois éléments : 1« la liquidité de la coulée; 2® l'importance de la masse; 3* la pente du terrain.
Comme chiffres extrêmes on a constaté les vitesses suivantes : au Mauna Loa, en 1852, 3™ 30 par seconde, soit plus de deux fois la vitesse des grands cours d'eau près de leur embouchure. Au Vésuve, en 1776, 2™ 40 par seconde ; en 1855, depuis 2 mètres jusqu'à O'^jOS et 0'",06 par seconde. La plus grande vitesse qui ait jamais été observée est d'environ 8 mètres.
En revanche, Monticelli a observé, en 1822, une coulée qui, près de Résina,, ne parcourait que 1^,50 par heure et Dolomieu en cite une autre qui a mis deux années à parcourir 3,800 mètres.
Élie de Beaumont a mis en lumière l'influence que la pente exerce sur la constitution des courants de lave. Dans le voisinage de l'orifice d'écoulement, sur des pentes de 18 à 30 degrés, la vitesse est grande, les scories sont peu nombreuses et très allongées. Dans la partie moyenne du cours, avec des pentes de 2 à 5 degrés, la croûte est dure et épaisse et la lutte qui s'établit entre elle et la lave pro-
(1) Fouqué, Revue des Deux Mondet, !•' janvier 1873.
(2) Sanlorin et êei érupiiontt p. 430.