ÉMISSIONS DE LAVES
duit la surface rude, inégale et hérissée des cheires. Enfui dans le cours inférieur, par des pentes aâ-dessous de 2 degrés, la lave se refroidit tranquillement et affecte une surface assez plane.
On a, dans le principe, attaché une grande importance à ces caractères extérieurs, avec la pensée que Tétat de la surface d une ancienne coulée permettait de conjecturer la valeur de la pente sur laquelle elle avait dû s'épancher. Mais ce critérium a singulièrement perdu de sa valeur depuis que M. J. Schmidt a vu, en 1855, la lave du Vésuve couler en nappe régulière sur une pente de 30 degrés. Méme,d'aprèsCh.Sainle-Claire-Deville(l), une partie de cette coulée s'était solidifiée sous une inclinaison de plus de 35 degrés, en formant une couche régulière de 1 mètre d'épaisseur sur 40 mètres de long et 15 mètres de large. M. Coan a trouvé au Mauna Loa des nappes qui avaient pris Fétat solide sur des pentes de 49, 60 et même 80 degrés. En 1855, il put voir, de ses yeux, la grande coulée s'épancher comme de l'huile sur une pente de 35 degrés. Lyell cite, sur l'Etna, des nappes de lave parfaitement compacte, épaisses de 0'",50 à 7 mètres, et dont les plans de stratification, exactement parallèles à ceux des couches de débris entre lesquelles elles sont comprises, ont des inclinaisons de 38 à 40 degrés. On lui doit aussi cette observation que souvent la résistance opposée à la marche d'une coulée par les scories terminales a pu arrêter son mouvement pendant des heures et même des jours, auquel cas la solidification de certaines parties se sera opérée sous une pression hydrostatique suffisante pour leur donner une grande compacité.
Ajoutons que, si les laves ont à la surface une texture scoriacée et celluleuse, elles peuvent, lorsqu'elles s'écoulent en nappes profondes, revêtir une structure prismatique tout à fait comparable à celle des basaltes et résultant d'un refroidissement lent. Cette structure s'observe notamment dans quelques laves modernes de la région volcanique de l'océan Indien.
Température des la^es. — La température des laves est toujours très élevée. En 1794, après la destruction de Torre del Greco, on constata que le laiton avait été décomposé, que le cuivre avait cristallisé et que l'argent était ou fondu, ou sublimé en octaèdres, ce qui exige une température d'au moins mille degrés centigrades. Or en ce point, la lave était déjà distante de plus de quatre kilomètres de son orifice de sortie. En 1855, Ch. Sainte-Claire-Deville reconnut qu'un fil de fer plongé dans la lave avait subi un éti rement sensible et qu'il s'était formé, aux dépens de son extrémité, une petite masse sphéroïdale.
Cette haute température peut persister très longtemps à l'intérieur des laves, protégées qu'elles sont contre le rayonnement par la faible conductibilité de leur croûte scoriacée. Spallanzani ayant observé une coulée du Vésuve onze mois après sa sortie, put enflammer immédiatement un bâton en l'introduisant dans les fissures de la croûte. Deux ans après l'éruplion de 1852, Èlie de Beaumont trouva que la lave de l'Etna dégageait une chaleur insupportable. En 1865, M. Mauget
(i) BulUtin de ta Soc. géologique de France, 2« série, III, 1073.
mesurait une température de 72 degrés tout près de la surface solidiGée de la coulée de 1858. Enfin la lave issue en i759 du Xorullo, au Mexique, était encore sensiblement chaude au bout de cinquante ans et, vingt et un ans après l'éruption, on allumait facilement un cigare dans ses crevasses.
Faiblesse de l'aetlon eAlorifl^ne des TolcaBs. — En dépit de cette haute température, c'est un fait très curieux à noter que le peu d'intensité des phénomènes calorifiques de contact auxquels les volcans donnent lieu, même dans leurs périodes de paroxysmes.
Ainsi les coulées de lave se recouvrent promptement d'une couche de scories qui permet à un piéton de cheminer à leur surface, tandis qu'à quelques décimètres de là, subsiste la roche en fusion, à une température de mille ou deux mille degrés. Lorsqu'une coulée rencontre un bois sur son chemin, elle se contente le plus souvent de brûler le§ feuilles des arbres et plus d'un tronc reste debout, dépouillé de son écorce et imparfaitement calciné. Fréquemment la lave se solidifie si vite autour des arbres, qu'elle conserve l'empreinte des détails de leur écorce et forme ainsi une gaine solide autour du tronc simplement carbonisé, comme M. Fouquè l'a constaté en 1865 sur l'Etna.
Mais c'est surtout sur les volcans dont la cime est couverte de neige que cette impuissance des phénomènes calorifiques se manifeste. Le Cotopaxi, dont le sommet est à 5943 mètres d'altitude, offre, sur 2000 mètres de hauteur verticale, un cône régulier, incliné de 40 degrés et couvert, dans les périodes de repos, d'un blanc manteau de neige. Quand eut lieu la grande éruption du 26 juin 1877 (1), une pluie de cendres et de pierres fit disparaître en partie, sous une teinte grise, la blancheur du cône neigeux. Bientôt on voyait la lave liquide et incandescente déborder par le pourtour entier du cratère et comme, à ce moment, d'énormes torrents de boue descendaient de la montagne, entraînant des blocs de glace et atteignant dans la plaine une vitesse de 10 mètres à la seconde, on put croire que toute la neige avait fondu. Cependant lorsque, plusieurs semaines après, l'abbé Wolff tenta l'ascension du cône, il put constater qu'un dixième seulement de la neige avait disparu. Des ravins permirent de s'assurer que, sur plus de 40 à 50 mètres d'épaisseur, les flancs du cône étaient recouverts de neige ou de glace, alternant avec des assises de cendres et de lapilli ; ces dernières protégeaient la neige, grâce à leur mauvaise conductibilité.
Dans TAmèrique du Sud, le volcan de Chillan, qui, en 1861, fit éruption à travers un glacier, recouvre de ses cendres les couches annuelles de neige, avec lesquelles les débris projetés se stratifient (2).
La même chose se passe à l'Etna. Depuis longtemps Lyell a signalé (5) l'observation, faite par lui en 1828, d'un courant de lave reposant, près de la Casa Inglese, sur un glacier qui, l'été précédent, avait été exploité pour les besoins des habi-
(t) Wolff. /oc. cit.
(2) Philippin Petertnann'ê Mittheilungen, VII, 1863.
(3) Lyell, Principes, trad. française de Ginestou, II, p. 40