‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 128 sur 483 · VARIATIONS DE L'ACTIVITÉ VOLCANIQUE · texte numérisé non relu

VARIATIONS DE L'ACTIVITÉ VOLCANIQUE

pour former 223 grammes de chlorhydrate. Mais la lave ne coule que rarement sur des prairies et, pour le volcan de Vulcano, qui émerge directement du sein de la mer, l'explication est absolument inadmissible. En somme, Tacide chlorhydrique, Tazote et Thydrogëne existent dans toutes les émanations volcaniques; il reste donc à* imaginer une réaction capable de les combiner ensemble. Or M. Helssens ayant soumis, dans un tube, du charbon, de Teau et de Tacide ehlorhydrique à un courant d'air et d'hydrogène sulfuré, a obtenu sur le charbon un dépôt de chlorhydrate d'ammoniaque. Dans les volcans, où ce sel est toujours entouré de soufre, une réaction de ce genre a très bien pu se produire.

On sait d'ailleurs que, sous l'influence de l'étincelle électrique, l'azote peut se combiner avec l'hydrogène de l'eau, ce qui explique la fréquence de l'ammoniaque dans les pluies d'orage.

11 convient de rapprocher de ce qui précède une observation faite, en 1879, sur l'Etna par M. Henri de Saussure. Plusieurs fumerolles dégageaient une odeur tout à fait semblable à celle du bois vert calciné, sans qu'il fût possible de l'attribuer, en aucune façon, à la combustion de végétaux; car cette odeur se retrouvait dans les fumerolles émises par les laves bien au-dessus de la limite de la végétation et jusqu'au bord du cratère principal.

Le soufre existe très probablement à l'état d'hydrogène sulfuré, car on n'a jamais vu de vapeurs de soufre sortir directement des volcans.

L'oxydation de cet hydrogène sulfuré produit de l'acide sulfureux et de l'acide sulfurique. Ce dernier donne naissance à des sulfates, sulfates alcalins et magnésiens so lubies, sulfate de fer, sulfate de chaux. Quant à la silice des silicates décomposés par l'acide sulfurique, elle est entraînée par les eaux sulfatées et se dépose à l'état d'opale, surtout au début.. L'alumine, par réaction avec les sulfates alcalins, donne tantôt de l'alun, tantôt du sous-sulfate insoluble ou alunite. Le kaolin est aussi ijji produit ordinaire de cette décomposition des silicates. La présence des hydrocarbures peut s'expliquer par des réactions dépendant uniquement de la chimie minérale. En effet, M. Berthelol a obtenu Y acétylène CMI' en faisant passer de l'oxyde de carbone raôlé de vapeurs chlorhydriques sur du siliciure de magnésium chauffé au rouge. On peut aussi obtenir le même corps par l'action de l'étincelle électrique, jaillissant entre deux pointes de charbon dans une atmosphère d'hydrogène.

Quant à l'hydrogène, nous avons vu que son association avec une certaine quantité d'oxygène libre permettait de l'attribuer, en partie du moins, à la dissociation de l'eau sous l'influence d'une température excessive.

▼ARIATIOH8 DE L'ACTIVITÉ TOLGAHIQUE. - TOLGAHS PERMAMBMTS

¥ariaMllté de l'activité ▼oleAalqne. — Nous avons dit que l'activité volcanique normale comportait une succession de paroxysmes et d'intervalles de

DE LAPPARERT, IKhllt DE GÉOLOGIE. ^7

il 8 DYNAMIQUE LNTERiNE.

repos. Il reste à indiquer la manière dont cette succession s'accomplit. Disons de suite qu'elle ne paraît obéir à aucune loi générale et qu'il y a, pour ainsi dire, autant de modes distincts qu'il y a de volcans, depuis les cratères en activité constante jusqu'à ceux dont aucune manifestation n'a été enregistrée ni par l'histoire ni par la tradition, bien qu'il n'y ait pas de doute possible sur leur identité avec les volcans actuels. Pour ce motif, on ne saurait établir de distinction fondamentale entre les volcans actifs et les volcans éteints, ceux-ci pouvant se réveiller tout d'un coup après une longue période de repos.

Toutefois, et malgré la continuité des phénomènes géologiques, il est difficile de comprendre dans le cadre de cette étude, uniquement applicable à la manière d'être actuelle de la dynamique interne, des régions volcaniques comme celles de l'Eifel, du Monl-Dor et du Cantal; non seulement l'activité éruptive ne s'y est jamais directement révélée à nous ; mais la stratigraphie fournit la preuve que ses paroxysmes remontent à une époque bien antérieure à la nôtre et, à part quelques manifestations attardées, comme l'éruption du Tartaret, dont il est possible que l'homme ait été le témoin, les volcans de ces districts sommeillent depuis une assez longue suite de siècles pour que les agents atmosphériques aient eu le temps d'effacer la plupart de leurs caractères originels. Nous nous bornerons donc à considérer ceux des volcans dont la tradition a pu enregistrer les paroxysmes.

Sa«cession des phénomènes an Vésove. — Le Vésuve, antérieurement à l'an 79 de l'ère chrétienne, n'avait donné, de mémoire d'homme, aucun signe d'activité. C'est sur son sommet cratériforme, alors occupé par une vigne sauvage, que Spartacus était venu camper avec dix mille esclaves, et s'il est vrai que Strabon reconnaissait l'action du feu dans les pierres, d'apparence calcinée, cjui en couvraient la cime, personne du moins ne soupçonnait la vraie nature de cette montagne. C'est en 79 qu'elle se révéla d'une façon terrible, engloutissant Ilerculanum et Pompéi sous une pluie de cendres et de boue, et coûtant la vie à un grand nombre d'hommes, parmi lesquels Pline le naturaliste. Depuis cette époque jusqu'au treizième siècle, il y eut presque toujours une grande éruption tous les cent ans; peut-être cette période active doit-elle être étendue jusqu'au quatorzième siècle, car il est question d'un paroxysme en 1 506; mais la réalité en a été contestée. Ensuite intervint une période de calme de trois siècles, pendant laquelle le cratère se couvrit de végétation, laissant croître dans son voisinage les chênes et les châtaigniers, tandis que deux sources chaudes témoignaient seules de son état primitif. Les éruptions recommencèrent avec une extrême violence en i65i et elles n'ont guère discontinué depuis. Vers i865, cependant, le Vésuve semblait presque réduit à la condition de solfatare, lorsque son activité se réveilla, mais d'une façon assez calme, sans projections violentes et avec ascension progressive de la lave dans le cratère. Cette lave débordait en 4867, assez tranquillement pour que de hardis observateurs, comme M. Diego Franco, pussent se hasarder à aller étudier le phénomène sur les bords mômes du cra-

VARIATIONS DE L'ACTIVITfï VOLCANIQUE.

1ère et, pendant ({uelque temps, on pouvait croire que le Vésuve était entré définitivement dans une phase nouvelle, comportant des éruptions tranquilles par le sommet, sans explosions et sans crevasses du cône. Mais en avril 1872 avait lieu une éruption par fissure et M. de Verneuil (1) cçnstatait qu'il s'était produit une projection de cendres et de lapilli inusitée depuis 1822, en sorte que, malgré une accalmie momentanée, le foyer intérieur n'avait rien perdu de sa puissance.

Quelques résultats généraux peuvent être déduits de cette rapide revue de la manière d'être du Vésuve. La violence des paroxysmes de 79 et de 1631 nous apprend que, en général, l'intensité des éruptions est d'autant plus grande que la période antérieure de repos a été .plus longue, ce qui prouve que les gaz dégagés de l'intérieur ont dû s'accumuler peu à peu au point d'acquérir une pression considérable. Ensuite, il suffit de jeter les yeux sur une carte du Vésuve (fig. 76) pour constater qu'il s'est produit, au dix-neuvième siècle, un

Fig. 76. — Le Vésuve et la Somma,

notable déplacement dans la direction de l'activité éniptive. Ce déplacement serait surtout marqué si l'on avait pu figurer à part les laves émises depuis 1855. En effet, à partir de cette époque, les émissions laviques semblent avoir abandonné les pentes se dirigeant vers Pompéi pour se porter de préférence à l'ouest, vers l'Observatoire. Ce fait s'est reproduit successivement en 1855, 1858, 1860, 1867, 1871, 1872. Les coulées tendent à passer entre la pointe de la Somma et l'Observatoire en empiiintant le ravin délia Vetrana, qu'elles risquent de combler peu à peu en rendant de plus en plus critique la position du poste d'études intrépidement choisi par M. Palmieri.

(I) Comptes renduty LXXIV, p. 1373.

¥oleans dînera. — LTpomeo, situé dans Tile d*Ischia, s*est reposé pendant dix-sept siècles avant sa dernière éruption de 4502. A Java, le Gelung-Gung n* avait jamais laissé soupçonner le foyer qui bouillonnait dans son voisinage lorsque éclata, en 1822, une éruption aussi formidable qu*inattendue.

La plupart des grands volcans des Andes ont de longues périodes de repos et on en peut citer un, au Mexique, le Ceboruco, dont l'activité s'est révélée pour la première fois en 4870. Presque tous les volcans du Chili sont en ce moment inactifs et souvent leurs cratères, comme ceux de l'Islande, sont envahis par des amas de glace ou de neige, d'où s'échappent parfois des émanations gazeuses. D'autres, au contraire, comme le Cotopaxi, ont des éruptions assez fréquentes et il en est un dans l'Equateur, le Sangay, peut-être le volcan le plus destructeur qu'il y ait au monde, dont l'activité ne s'endort jamais; ainsi, en temps normal, Wisse et Garcia Moreno y ont compté jusqu'à 267 explosions par heure, d'intensité variable et avec projections de cendres et de sable.

L'Etna peut encore être cité au nombre des volcans dont l'activité s'est le plus régulièrement soutenue. Les tufs qui en entourent la base attestent que les éruptions y ont commencé bien avant la période actuelle. A maintes reprises l'histoire a enregistré des paroxysmes dont témoignent suffisamment les innombrables cônes parasites qui jonchent les flancs de la montagne et les éruptions qui se sont produites de nos jours, comme celles de 1865 et de 1879, ont gardé exactement le môme caractère que celles qui les avaient précédées.

Toicans en activité constante. Stronboli. — A peu de distance de l'Etna, dans les îles Lipari, se trouve le Stromboli. Ce volcan, dont le sonmiet atteint 925 mètres d'altitude, est percé, un peu au-dessous de la cime, d'un cratère de 725 mètres de diamètre, où, de mémoire d'homme, la lave n'a jamais cessé de bouillonner. Grâce à des circonstances exceptionnellement favorables, quelques observateurs, notamment Spallanzani, Hoffmann et Poulett-Scrope, ont pu apercevoir le fond du cratère à travers les nuages de vapeur qui s'en échappent sans cesse. On a reconnu que la lave bouillante montait toutes les deux minutes de six mètres pour retomber ensuite. Au point culminant de sa course, la surface se gonflait, des bulles de gaz de plus d'un mètre de diamètre s'en échappaient et projetaient en crevant une pluie de cendres et de scories. Ces oscillations de la lave sont évidemment dues à la vapeur d'eau qui, en s'accumulant dans les profondeurs du foyer, soulève la matière fondue jusqu'à ce que sa pression soit devenue assez forte pour lui permettre de triompher du poids qu'elle supporte. D'après Hoffmann, il y a dans le cratère des ouvertures distinctes, l'une pour les vapeurs sulfureuses, une autre pour les projections de scories incandescentes, une troisième, située plus bas, pour l'émission d'une lave basique analogue à celle (le l'Etna. Le sel ammoniac est fréquent parmi les produits sublimés du Stromboli.

La frappante régularité dont ce volcan fai» preuve depuis tant de siècles a engagé quelques observateurs et notanmient Ch. Sainte-Claire Deville (i), à le

(1) Comptée rendus, LXYI, .677.

considérer comme le type d*un mode d^activité auquel on a appliqué Tépithéte deStrombolienne et dont la caractéristique est rémission» relativement tranquille, de la lave par le sommet, sans projections violentes. De la sorte, les volcans seraient destinés à traverser successivement la phase explosive, puis la phase strombolienne, pour arriver à la phase solfatarienne^ qui ne comporte plus que des dégagements gazeux. Mais les alternatives fréquentes que nous avons constatées au Vésuve entre les diverses manières d'être de l'activité volcanique empêchent de considérer celte succession comme un phénomène général et régulier, d'autant plus qu'il existe, notamment à Java, des volcans où aucune manifestation strombolienne ne sépare les explosions les plus violentes de l'état solfatarien. Sans doute l'état de la cheminée volcanique est le facteur principal dans la production du mode strombolien, qui semble exiger une communication constante et bien ouverte entre la surface et le foyer intérieur.

¥oleaii de Hamia-Loa. Cratère de KUanea. — Le plus intéressant des volcans caractérisés par la permanence du bouillonnement de la lave est celui de Kilauea, dans les îles Sandwich. Il se compose d'un cratère elliptique ouvert, à 1200 mètres d'altitude, sur le flanc du Mauna-Loa, dont le sommet, à environ 4200 métrés au-dessus du niveau de la mer, est lui-même occupé par le cratère de Moku-a-Weo-Weo. La chaudière de Kilauea, car c'est bien le nom qu'il convient de lui donner, a 4900 mètres de grand axe et 42 kilomètres de tour. Ses parois à peu près verticales dominent de 184 mètres un premier fond au milieu duquel s'ouvre une dépression, à parois également verticales, de 120 mètres de profondeur et c'est au centre de cette dernière dépression que se trouvent des lacs permanents de lave bouillante, dont le plus grand avait r>00 mètres enl840,lorsde la visite de M. J. D. Dana, à qui la figure 77 est empruntée. La lave y était constamment agitée de mouvements oscillatoires; on eût dit d'un fleuve qui apparaissait un moment à la surface pour disparaître ensuite. Les projections de scories ne se produisaient que jusqu'à 20 mètres de hauteur et la lave bouillante était recouverte d'écume; l'ascension de la lave se faisait d'ailleurs si tranquillement qu'il semblait douteux que

, -, «.^ , , Fig. 77.— Le cratère de Kilauea (d'après J.D. Dana).

la vapeur d eau y fut pour quelque chose. i, lac de lave; ll, seconde dépression; m, pre-

A„«i«r,.^i'^:« ,.«« x»«,.«^ :»^^»»..^ r„:» w,«« mière dépression; IV, cratère latéral de Ki-

Quelquefois une cause inconnue fait mon- ,^^^. . ^ ^^-^ i;ter;nèdiaire. ter la lave à Kilauea bien au-dessus des

bords du lac. Le grand cratère peut alors se trouver rempli jusqu'à une hauteur de 120 et même de 150 mètres. A ce moment, sans doute sous l'influence de la pression déterminée par l'ascension d'une telle colonne, la lave finit par se frayer une issue au dehors en profitant de cavités souterraines, comme cela est

An D^^AMIQOE INTERNE.

arrivé en 1840 et en 4868. Alors se produisent tous les phénomènes qui accompagnent d'ordinaire la sortie de la lave à Tair libre.

Du reste, en dehors du bouillonnement régulier de la lave à Kilauea, le volcan du Mauna-Loa est sujet à des paroxysmes par suite desquels la lave s'élève jusque dans le cratère culminant, c'est-à-dire à plusde 4000 mètres d'altitude ; alors s;i pression devient telle qu'elle trouve généralement une issue par une cavité quelconque à travers les flancs de la montagne. Dans ce cas, elle s'échappe avec une si grande force qu'au début la coulée s'élance dans les airs en formant un jet parabolique. En 4852, un jet de ce genre, issu d'une crevasse située à 1600 mètres eu-dessous du cratère culminant, atteignit 100 mètres de hauteur. En 1868, un jet semblable avait 50 mètres de diamètre et s'élevait à 500 mètres de hauteur (l).

Il arrive quelquefois que la lave chemine, au moins sur une partie de son cours, à travers des passages souterrains. Ainsi, en 1840, la lave accumulée dans le grand cratère de Kilauea réussit à s'échapper par un ancien cratère boisé, situé à 10 kilomètres à l'est et à 500 mètres plus bas. Immédiatement le lac de Kilauea se mit à baisser et, en trois semaines, sa surface était descendue de 120 mètres. La coulée, après avoir cheminé quelque temps à l'air libre, reprit sa course souterraine pour apparaître bientôt dans un autre cratère ; de nouveau elle devint invisible pendant plusieurs kilomètres et sortit enfin, à 560 mètres d'altitude et à 45 kilomètres de son point de départ. De là elle employa trois semaines pour parcourir les 20 kilomètres qui la séparaient de la mer. Les différents parcours souterrains de cette coulée étaient jalonnés par d'innombrables fissures émettant de la vapeur.

Le cratère de Kilauea est exposé à de fréquents changements. La figure 78

rnmmm^^^^

Fig. 78. — Le cratère de Kilauea (d'après M. Birgbam). — 1, première dépression; 2, deoxième dépression, dite hlnck h'dtfe; 3, lac du Sud, dit Halemaumau) ; 4, fond du cralêre; 5, seuil; 6, cratère latéral, dit Kiianeiki.

représente la disposition qu'il offrait en 1874, époque de la visite de M. Biigham (2). A la suite de l'éruption de 1868, il s'était fait au fond du cratère un effondrement qui l'avait abaissé de 50 mètres sur 1600 mètres de diamètre (n* 4 sur la figure). De plus, le lac de lave, dit Halemaumau ou lac du sud, avait alors sa surface à 60 mètres au-dessus du fond du cratère, étant retenu à cette hauteur par un bourrelet annulaire, formé peu à peu par le débordement quotidien de la lave. Ce bourrelet, signalé par plusieurs observateurs, paraît très caractéris-

(1) K. Fuchs, Us Volcans et les tremblements de teire^ p. 271.

(2) Peiermann's Mitiheilungen, 1876, p. 3Gi.

tique de U manière d'être de la lave à Kilauea. Enfin le lac était divisé, par un mur transversal de lave solide, en deux bassins dans Tun desquels la surface de la masse liquide se tenait à 5 mètres au-dessus de celle du second.

Immédiatement après Teffondrement de 1868, la lave ayant entièrement disparu du lac, M. Coan avait pu descendre dans la cavité ainsi évacuée et constater qu'elle avait environ 450 mètres de diamètre suri 20 mètres de profondeur . Puis le lac s'était de nouveau rempli et, à force d'élever son bourrelet, avait fini par atteindre presque la hauteur des bords du cratère, lorsque, en avril 4879 (I), il se vida tout d'un coup sans qu'aucun signe précurseur eût fait prévoir cet événement et sans que rien indiquât le chemin par lequel la lave avait pu s'échapper. Pendant plusieurs semaines, les visiteurs désappointés purent croire que c'en était fait désormais du célèbre lac de Kilauea; mais bientôt il revenait à ses proportions normales. 11 parait donc certain que la montagne deMauna Loa, entièrement formée par des coulées successives de lave, présente dans son intérieur de nombreuses cavités à travers lesquelles la roche fondue finit par se frayer des passages souterrains, toutes les fois que, par son ascension dans le cratère, elle a acquis une pression suffisante. Du reste, d'incessants changements doivent se produire à Kilauea par suite de la fluidité exceptionnelle de la lave, dont la composition est celle du verre noir naturel connu sous le nom d'obsidienne ou plutôt de tachylyte.

Cette lave est si parfaitement fluide qu'on la voit parfois s'élancer, par quelque minime ouverture, en jets qui n'ont pas six millimètres de diamètre et qui en retombant se solidifient sous la forme de larmes laviques. Le vent, quand il souffle au-dessus du lac, enlève des gouttelettes et les réduit en filaments qui prennent le nom decheieux de Pelé (Pélé est la déesse qui, au dire des naturels, réside dans les profondeurs du volcan).

Grâce à cette fluidité, la lave de Kilauea, quand elle est protégée contre le rayonnement, par exemple dans des cavernes, ne se solidifie pas. A l'air elle se recouvre d'une croûte ; mais le bain redevient bientôt assez chaud pour refondre sa couverture et il en résulte des alternatives de fusion et de solidification qui, selon M. Green (2), constituent le jeu normal des lacs de lave de Kilauea.

Or cette masse fluide assez chaude pour refondre ses scories doit, bien souvent aussi, faire reprendre l'état liquide à la lave refroidie qui constitue les parois et le fond du cratère : de là une instabilité qui se traduit par de fréquents effondrements et qui, jointe à l'absence des projections violentes si habituelles sur les autres volcans, donne au foyer des îles Sandwich une place tout à fait à part au milieu des manifestations de l'activité interne du globe.

Tolcans de Java. — Parmi les volcans dont l'activité est permanente, il convient encore de ranger le Lamongang et le Sémeru, situés l'un et l'autre dans l'île de Java. Mais, à l'inverse de ce qui se passe à Kilauea, jamais ces volcans

(1) D' Coan, Anterican Journal of science, Z* série, XIX, p. 227.

(2) Lowthian Green, Vestiges ofthe molten globe j p. 31.

n'émettent de laves ; leurs éruptions sont sèches et se bornent à des projections de pierres et de cendres, qui se succèdent de quart d'heure en quart d'heure dans le Lamongang, toutes les deux ou trois heures dans le Sémeru. Le Lamongang offre, tout autour de son double cône, de petits bassins remplis d'eau. Il paraît que dans ces derniers temps il a donné issue à un courant boueux charriant des débris de lave (1).

Hésomé. — En résumé, lorsque l'on compare entre eux les divers volcans, rien ne semble plus inégal que la répartition, dans le temps, des diverses phases de l'activité éruplive. Invariable en certains points où elle éprouve tout au plus quelques différences d'intensité, cette activité subit ailleurs une évolution des plus rapides. Toutefois il est, à travei's cette diversité, certains caractères généraux qui persistent, imprimant au grand phénomène volcanique une incontestable unité. De môme qu'un paroxysme comporte, en premier lieu, une explosion violente, suivie de l'émission de la lave, à laquelle succèdent- les dégagements ordonnés des fumerolles, de même l'évolution d'un foyer volcanique en décroissance comporte toujours la substitution des émanations gazeuses à l'émission des laves. De plus, ces dégagements suivent la même loi de variation que les fumerolles émises par une seule éruption. Ainsi, dans les Champs Phlégréens, près de Naples, où l'activité volcanique proprement dite n'est endormie que depuis peu, on observe, dans les cratères, d'abondantes fumerolles chlorhydrosulfureuses. De simples solfatares sans acide chlorhydrique, ou des sources d'eau chaude, signalent des volcans plus complètement éteints, comme ceux du Chili et dans le voisinage des foyers depuis longtemps endormis, connue ceux de l'Auvergne et de l'Eifel, on n'observe plus que des mofettes et parfois des dégagements d'hydrocarbures. 11 serait prématuré d'insister sur ce point avant d'avoir étudié en détail les phénomènes geysériens; toutefois nous ne pouvions clore cette rapide étude des phases diverses de l'activité volcanique sans signaler la tendance générale qui s'y manifeste partout.

Dans tous les paragraphes qui précèdent, nous n'avons considéré que les manifestations volcaniques qui s'accomplissent à l'air libre. Mais il en est d'autres qui se produisent au sein même de la masse liquide océanique et dont l'examen est d'autant plus opportun, que quelques-unes d'entre elles, particulièrement bien étudiées dans ces dernières années, appartiennent à une catégorie dont les volcans terrestres nous offrent très peu d'exemples.

Nous commencerons par nous occuper des éruptions dont l'homme a pu être le témoin et qui ont fait surgir des profondeurs de la mer, par une simple accu-

(i) Fuchs, op, cit., p. 243.

niulation de produits rejetés, des îles nouvelles, généralement destinées à une prompte disparition.

Apparition de l'île Jalla. — En 1851, on vit naître à une quarantaine de kilomètres au sud de Selinonte, en Sicile, entre cette île et celle de Pantellaria, un îlot volcanique, tour à tour appelé île Julia, Ferdinandea et Graham et qui devait disparaître au bout de quelques mois pendant que les gouvernements s'en disputaient la possession. Le phénomène ftit annoncé le 28 juin par quelques secousses; vers le 10 juillet, on voyait s'élever du sein des flots, pendant dix minutes, une véritable montagne d'eau et de fumée, atteignant 25 métrés de hauteur. Quelques jours après la môme éruption se renouvelait, mais cette fois la colonne de fumée s'élevait à plus de 500 mètres. Enfin le 18 juillet apparaissait une petite île, de moins de 4 mètres de hauteur, creusée en son milieu d'un cratère d'où s'échappaient de la fumée et des cendres. La mer était couverte de poissons morts et de scories de couleur chocolat.

Le 25 du même mois, Hoffmann trouvait à l'île 250 mètres de diamètre et environ 20 mètres de hauteur, tandis qu'à cette même place les cartes hydrographiques les plus récentes indiquaient encore une profondeur de 200 mètres. La colonne de fumée avait 600 mètres de haut.

Au commencement du mois d'août , la circonférence de l'île atteignait 4800 mètres (1). Mais le 29 septembre. Constant Prévost s'assurait que l'île, uniquement formée par des débris rejetés hors du cratère, ne mesurait plus que 700 mètres de tour. Elle avait encore 55 mètres de hauteur, ce qui, relativement à la profondeur antérieurement constatée, représentait une accumulation verticale de près de 240 mètres. Il était dés lors facile de prédire la prochaine destruction de l'île, et en effet le 28 décembre elle avait disparu.

En juillet 1865 (2), l'île s'est de nouveau montrée et après avoir atteint en quelques semaines une hauteur de 60 ou 80 mètres, elle a disparu comme en 1851, démolie pierre à pierre par l'action des vagues. Du reste, les traditions locales semblent indiquer qu'en ce point l'activité souterraine ou plutôt sousmarine s'était plus d'une fois révélée jusqu'à la surface avant l'apparition de l'île Julia.

ne Bogoslow. ne Sabrina. — En 1796 apparut, dans la chaîne des îles Aléoutiennes, près d'Unalaska, l'île Bogoslow, qui, en 1819, avait 7 kilomètres de tour et une hauteur de 750 mètres. En 1852 cette île était réduite à la moitié de sa circonférence primitive et n'avait plus que 450 mètres d'altitude.

L'archipel des Açores a souvent vu surgir, près de l'île San Miguel, un cône temporaire de scories. Ces apparitions, dont chacune ne durait que quelques semaines, ont eu lieu en 1658, en 1691, en 1720 et en 1811 ; à cette dernière époque, l'île ainsi formée, nommée Sabrina, avait 90 mètres de hauteur et un cratère au centre. En 1867, une nouvelle éruption s'est produite devant Terceire,

(t) Lyell, Principes, trad. Ginestou, II, p. 703. (2) Reclus, La Terre, I, 703.

mais sans alteindrc U» niveau de la nier, en sorte (jue M. Fouqué n'a pu obser^er que les scories flottantes, les gaz rejelés et les flammes brûlant à la surface de la mer. Parmi les gaz, il a reconnu la présence de 16,75 Vo d'hydrogène protocarboné et de 0,32 % d'hydrogène libre. L'acide carbonique faisait défaut (4). Tous ces exemples sont instructifs en ce qu'ils montrent avec quelle facilité le choc des vagues a raison d'une accumulation de débris volcaniques. Ce n'est que pendant le paroxysme de l'éruption que l'activité interne peut réussir à édifier un cône de débris au milieu de l'agitation des flots ; mais cet amas de matériaux sans cohésion ne peut avoir qu'une durée éphémère et ses restes, étalés au fond de l'océan, sont destinés à y former des ttifsj caractérisés par le mélange des éléments volcaniques avec les produits ordinaires de la sédimentation, s'il s'agit de parages où cette deinière puisse s'exercer.

Ile Saint-Paul. — Il n'en est pas de môme loi'sque les débris volcaniques

sont recouverts par des couches de laves et recoupés par des filons de la môme matière. Alors l'édifice ainsi consolidé peut résister aux attaques des vagues. Tel est le cas de l'île Saint-Paul, dans l'océan Indien.

L'île Saint-Paul (fig. 79) est un ancien cratère ébréché, par l'échancrure duquel la mer pénètre librement dans l'intérieur. Le point le plus élevé du bord du cratère est à 272 mètres d'altitude et le fond est à peu près à 50 mètres au-dessous du niveau de la mer, sauf en un point central, où la sonde indique 69 mètres (2). L'étude des parois abruptes de ce cratère montre que, sauf d'insignifiants amas de scories et quelques tufs, l'île tout entière est formée de laves diverses, en coulées régulièrement superposées, inclinées vers l'extérieur de 20 à 30 de- ^rrés [i\^, 80). Ce volcan, dans ses périodes d'activité, devait donc ressembler

O o ■■ Cohes de scaties

Fig. 79. — L'Ile Saint-Paul (d'après M. Yélain) à rêchelle de nnrûini-

IfT)

[!:Z). Lacw99 acides

Lwna basiquea ^Z3k Tvfs , scaries et cendres

Fij.'. 80. — L'Ile Sainl-Paul (d'après M. Vèlalii). — Les lignes poncluées indiquent les affleuTements des couches de laves sur les Talaises.

A ceux des îles Sandwich. Bien qu'il soit depuis longtemps éteint, sa constitution, exempte de matériaux détritiques, lui a jusqu'ici permis de résister assez

(1) Comptes rendus, LXVI, p. 915.

(2) Yélain, Miêêion à Vile Saint-Paul, Paris, 1879.

Art

bien aux attaques des vagues; néanmoins ce n'est pas à beaucoup près un édifice à toute épreuve. La mer en fait écrouler chaque année quelques parties et si Tactivité volcanique ne s'y réveille pas, cet îlot est condamné à disparaître dans un avenir plus ou moins éloigné.

Actuellement le bord le plus haut du cratère forme un ovale voisin d'un cercle, dont le plus grand diamètre est d'environ 1600 mètres. Toute manifestation franchement éruptive y a -depuis longtemps cessé et ce n'est plus que par sa forme et par quelques émanations gazeuses, dont il sera question plus loin, que l'île Saint-Paul révèle sa vraie nature.

fiUuitorin. AbcIcmms éruptions. — Un intérêt tout particulier s'attache aux éruptions qui ont eu lieu à tant de reprises à Santorin, dans l'archipel grec des (lyclades, non seulement à cause de leur caractère en partie sous-marin, mais en raison du mode tout spécial d'activité qu'elles mettent en évidence. Les phénomènes de projection y sont aujourd'hui tout à fait secondaires, tandis que la cheminée invisible amène au jour des masses d'une lave peu fusible, qui sans doute foinie au fond du cratère une sorte de noyau massif, se gonflant peu à peu par de nouveaux apports internes. La série des événements qui se sont déroulés à Santorin est d'ailleurs bien connue, grâce aux études approfondies de

M. Fouqiié(l).

Le groupe volcanique de Santorin représente (fig. 81) un immense cirque, eu

grande partie immergé, de H kilomètres

de grand axe sur l^.b de petit axe.; sur

trois côtés, ce cratère, devenu une baie

d'une profondeur moyenne de 300 mètres,

a ses parois formées par les falaises verticales de la grande île de Théra ou

Santorin , s'élevant à pic jusqu'à 200 et

même ^00 mètres de hauteur; en face se

dressent, complétant le circuit, l'Ile de

Thérasia et le rocher d'Aspronisi. Sur les

falaises apparaissent des bancs horizontaux de lave d'un noir foncé, des couches

de scories rougeâtres et des nappes grises

de cendres, plongeant le plus souvent "' ' -^ ^^^

vers l'extérieur, mais parfois aussi vere ^'8- si. — Le groupe de Santonn. (Les profondeurs ^ de la mer sonl indiquées en métrés )

la baie et venant buter, dans la partie

sud-est de Théra, contre le massif métamorphique du mont Saint-Élie; ce massif, haut de 567 mètres, est composé de roches métamorphiques, schistes et calcaires saccharoîdes en couches fortement redressées, comme le sont d'ailleurs toutes les formations anciennes des îles Cyclades. Un tuf ponceux, d'un blanc de neige, parfois épais de 40 à 50 mètres et à la base duquel on a trouvé des fragments (1) Santorin et seê éruptions j Paris, 1879.

de poteries ainsi que des ruines d*habitations ayant conservé leur verticalité, recouvre uniformément les flancs de ce cratère marin.

En 97 avant Jésus-Chnst, on vit surgir, au fond du golfe, une île appelée depuis Palaea Kaméni ou Ancienne brûlée. En Fan 46 de notre ère, un nouvel îlot prit naissance, à peu de distance du premier, auquel il fut bientôt réuni par des éruptions ultérieures. Palœa Kaméni s*agrandit encore en 726. Puis, en 1573, Hikra Kaméni surgit au nord-est de Palaea. En J650, une violente éruption sous-marine, qui pendant trois mois couvrit la terre de ponces flottantes et bouleversa le sol de Théra, détermina, au nord-est de cette île, l'apparition d'un haut fond, recouvert seulement de 40 brasses d'eau. Eniin, de 4707 à 1709, Néa Kaméni ou la Nouvelle brûlée vint prendre place entre Palœa et Mikra. Cette île se composait originairement de deux flots, Tun de ponce blanche très poreuse à laquelle, selon le P. Corée, témoin oculaire, adhéraient encore des huîtres vivantes (1), l'autre, petit cratère en éruption d'où s'épanchait une lave noirAtre qui eut bientôt recouvert le premier îlot. Cette lave paraît avoir été longtemps à l'état d'intumescence, car Néa Kaméni s'abaissait parfois d'un côté pour s'élever d'un autre, et des rochers apparaissaient un moment dans la mer à quelque distance. Renouvelée en 47 H et 4742, cette éruption avait fini par produire un cône de 100 mètres d'altitude, incliné de 33 degrés et couronné par im cratère de 80 mètres de diamètre.

En 1848, Forbes put examiner à loisir l'îlot de ponce décrit par le P. Corée et y recueillir de nombreux mollusques (Pectunculus, Arca, Carditaj Trochus) appartenant à des espèces méditerranéennes bien connues, caractéristiques, en général, d'une profondeur de 66 mètres, et dans un état de conservation tel que certainement elles avaient vécu en place sur ce rocher avant son émersion. L'apparition de cet îlot peut donc être attribuée à un boursouflement comme il s'en produit souvent, sous la pression de la masse intérieure, dans la croûte de scories d'un courant de lave. Mais le phénomène est resté purement local, car les autres Kaménis n'ont été en rien affectées par ce soulèvement.

Éraptions modernes. — Tel était l'état des choses et rien ne révélait plus l'activité volcanique de la baie de Santorin, si ce n'est l'existence, dans l'anse de Vulcano, à la pointe sud-est de Néa Kaméni, d'exlialaisons sulfureuses dont on avait profilé pour y établir une station thermale. En même temps, les navires venaient dans cette anse pour y nettoyer, par l'action des sels métalliques dissous dans l'eau de la mer, leurs carènes encombrées d'oi^anismes. Tout à coup survint la grande éruption de 4866. Dès le 26 janvier, des secousses de tremblement de terre se firent sentir et, cinq jours après, des bulles de gaz se montraient à la surface de la mer. Au début de février, cette deraière se mit à bouillonner dans l'anse de Vulcano avec dégagement d'hydrogène sulfuré, accompagné de flammes et d'épaisses vapeurs blanches. Le 4 février, apparaissait, sans secousse ni bruit souterrain, un récif qui, à 44 heures du matin,

(i) Lyell, op. cit., p. 86.

avait 25 mètres de longueur» 8 mètres de largeur et une dizaine de mètres de hauteur; à sa surface adhéraient des galets et des coquilles (i). Ce récif» en continuant de s'accroître silencieusement, avec assez de rapidité pour qu*on eût peine à en suivre les transformations, était devenu» le 7 février, selon H. de Cigalla, qui lui donna le nom de Giorgios, en Thonneur du roi Georges, un monticule elliptique de 70 mètres sur 50 mètres» avec environ 20 mètres de hauteur. On avait vu, pendant la nuit précédente, les roches de Néa Kaméni devenir incandescentes, et de grandes flammes rouges sortir de la fente qui en sillonnait le cône. Le 12 février, Giorgios avait cessé d'être une île et était entièrement réuni à Néa. Le lendemain fut signalé par Tapparition d'un rocher à la pointe sud-ouest de Néa. Après quelques alternatives d'émersion et d'immersion, cinq blocs de lave demeurèrent au-dessus de l'eau, formant un îlot auquel les membres de la Commission scientifique d'Athènes donnèrent le nom d'Aphroessa (fig. 82). Au mois de mai, ce rocher, comme celui de Giorgios, était largement soudé à Néa (fig. 85). Dans l'intervalle, le 20 février, de violentes éruptions de

Giorgio»

Aphpoetfta Aphroevsa

Fig. 82. — Néa- Kaméni en mars 1866 Fig. 85. — Néa-Kaméni le i** mai 1866

(d'après M. Fouqué). (d'après M. Fouqué).

pierres et de cendres avaient eu lieu à Giorgios ; mais, le 12 mars, M. Fouqué constatait qu'aucune cavité cratériforme ne s'y était ouverte. Il y avait seulement des fentes allongées du nord au sud, et le cône était formé de blocs empilés en désordre, à travers lesquels se dégageaient de nombreuses fumerolles et qui laissaient parfois apercevoir au-dessous d'eux la lave incandescente. En même temps, un nouveau centre éruptif, l'îlot de Réka, venait d'apparaître à côté d'Aphroessa et le fond de la baie de Santorin s'exhaussait en divers points, entre Néa et Palœa. Au mois de juin, Aphroessa cessa de grandir; mais les explosions continuèrent avec violence sur Giorgios et, au commencement d'août, le cratère, échancré vers le sud, livrait passage à des torrents de lave» agrandissant toujours le domaine de l'île (fig. 84). Les coulées avaient à peine 1 kilomètre de longueur, mais leur épaisseur atteignait 100 mètres, parfois môme 200. Ces éruptions se renouvelèrent en 1867 et 1868 et devinrent ensuite moins fré-

(i; Association uienti figue de France, Bull, hebdomadaire, n*40, janvier 1881.

DYNAUIQUE LNTERNE.

quenles, pour cesser complètement le J5 octobre 1870. A ce moment, retendue de Néa avait presque quadruplé, et elle n'était plus séparée de Mikra que par

Fig. 84. — Néa-Kaméni en février 1867 (d'après M. Fouqué).

Fig. 85. — Néa-Kaméni en septembre 1870 (d'après M. Fouqué].

un chenal étroit (fig. 85). Mais, cinq ans après, les dégagements de gaz et de vapeurs continuaient encore sur la partie méridionale de Néa.

Caractère des émptions de Santorin. — Les éruptions dc la baie de Sautorin offrent ce caractère particulier que la formation d'un cratère y est tardive et correspond, en général, à une seconde phase d'activité. Dans la première, la lave, poussée par la force élastique des fluides intérieurs, sort en s'élevant «•omme une vaste ampoule; ce n'est que plus tard qu'une explosion s'y produit, rejetant des débris à droite et à gauche et faisant naître une cavité cratériforme. Ainsi se sont passées les choses aussi bien à la naissance du cône de Néa Kaméni que lors de la formation de celui de Giorgios. De plus, les laves de l'Archipel grec sont beaucoup plus siliceuses et moins ferrugineuses que celles de l'Etna ou du Vésuve et, fait remarquable, leur composition n'a pas changé depuis des temps bien antérieurs à l'époque historique. Il est probable qu'un même foyer de lave siliceuse existe sous cet archipel, et que la résistance offerte par celte niasse visqueuse à l'expansion des gaz intérieurs est la cause de ce mode spécial d'éruption, caractérisé par un état d'intumescence précédant les manifestations explosives.

Du reste, selon la remarque de M. Fouqué, les centres d'éruption, à Santorin comme ailleurs, sont alignés suivant des fissures. Ainsi Giorgios, Aphroessa et l'îlot voisin de Réka, les trois principaux centres de l'éruption de 1866, sont situés sur une môme fente rectiligne, dont ils ne sont que des points singuliei-s et, dans l'intervalle qui les sépare, le sol est profondément labouré et déchiré suivant la même direction:

Dégagements gaxeux* — Les gaz dégagés pendant la dernière éruption de

Page 1