MONTAGNES VOLCANIQUES
extérieure, un trait caractéristique. Leur surface est parcourue par de nombreux sillons, d*une régularité si parfaite qu^avec les saillies qui les séparent le volcan ressemble à un édifice gothique, appuyé sur d'énormes contreforts (i). Ces sillons sont Tœuvre des pluies qui, dans les régions tropicales, n*ont pas de peine à entraîner les matériaux meubles des cônes de débris, en y faisant naître des ravins, s*élargissant peu à peu jusqu'à la base du cône et atteignant souvent jusqu'à 200 mètres de profondeur. Cet effet ne se produit pas sur les volcans actifs, parce que les matériaux rejetés viennent combler, au fur et à mesure, les ravinements que les pluies ont pu creuser.
Les couches successives dont sont formés les cônes de débris présentent souvent une double pente, à l'intérieur, vers rorifiee de la cheminée, à l'extérieur vers la base de la montagne (fig. 88). Cette disposition est facile à comprendre, la partie intérieure à contrepente étant constituée par les matériaux qui, après chaque explosion, sont retombés dans la cheminée et par ceux qui résultent de l'éboulement continuel de
Kig. 88. — Cône de débris à double pente.
ses parois, lesquelles, ouvertes au milieu des cônes eux-mêmes, sont nécessairement très instables. La couleur des cônes de débris non recouverts par la végétation est le rouge, par suite de l'oxydation du fer qu'ils contiennent; la végétation transforme cette teinte en brun noirâtre.
Les cônes de débris se forment souvent avec une très grande rapidité. En 1669, un cône parasite de scorieô, de 250 mètres de hauteur, s'éleva en trois mois sur le flanc de l'Etna. En 1874, sur la menue montagne, on vit se former en quelques heures un cône principal et 35 cônes secondaires, dont un atteignait 25 mètres de hauteur. On estime à 1 551 000 mètres cubes le volume des matériaux rejetés pendant cette très courte éruption. Quelques jours avaient suffi, en 1865, pour que les cônes secondaires nés au pied de la crevasse du Finimento atteignissent 100 mètres de hauteur.
Quand les cendres dominent parmi les produits rejetés, l'inclinaison des couches est d'environ 40 degrés. Les cônes de cendres sont généralement assez pointus et leur talus s'allonge davantage dans la direction opposée à celle d'où vient le vent dominant. Les cendres soustraites à l'action atmosphérique sont noires : mais elles rougissent à l'air libre.
Cômes de tufs. — Enfin il y a aussi des cônes de tufs, ou plutôt des nappes coniques de tufs, qui se forment par la consolidation de matières boueuses; tantôt ce sont des mélanges de pierres et de débris, qui ont fait éruption avec des torrents d'eau chaude; tantôt ce sont des cendres, dont la chute a été accompagnée de pluies abondantes et de dégagements de vapeur d'eau. Les matériaux y sont disposés en couches, dont l'inclinaison se tient entre 15 et
(1) Boscowitz in Reclus, La Terre, It. p. 645.
I>B LAPPAREIIT, TRAITÉ DE GÉOLOGIB. 28
50 degrés : leur couleur dominante est le brun jaunâtre, à cause de la part que l'eau a prise à Toxydation des éléments ferrugineux.
Cène» mixte». — Les débris et les cendres, soit séparément, soit associés ensemble, constituent la plupart des cônes adventifs qui naissent sur les fissures dans les éruptions latérales des grands volcans. Quant au cône terminal, il est généralement formé de débris, les cendres ayant été projetées au loin en raison de la force exceptionnelle des explosions dans la cheminée centrale. Les laves, le plus souvent issues de crevasses sur les flancs de la montagne, forment, par leur juxtaposition bien des fois répétée, un cône plat irrégulier, sur lequel le cône temnnal se dresse avec un profil plus accentué. Enfin, au pied de la zone des laves s'étend celle des tufs, entraînés plus loin en vertu de leur liquidité. D'après M. de llochstetter, le volcan de Rangitoto, dans la Nouvelle- Zélande, réalise cette disposition avec une régularité remarquable (fxg, 89).
Fi g. 89. — Volcan de Rangitoto (Nouvelle-Zélande), d*aprés M. de Hochstetler. /, tufs; /, laves;
j»r, scories et cendi'es.
Très souvent les cônes de débris abondent en filons et en massifs de laves» injectés à travers leurs fissures. Cette disposition, qu'on observe à l'Etna dans une notable partie du grand cône qui porte le cratère terminal, a pour effet de donner aux amas de débris une solidité exceptionnelle, en même temps qu'elle amoindrit leur pente par le mélange des coulées de lave. De là résulte le pi-ofil particulier de l'Etna {fifi. 90), qui n'offre qu'une pente moyenne de 10 degivs^
Simeto R
Craiêre central
Valdel Bove
FIg. 90. — Profil de TEtna, de l'ouest à l'est, montrant la gibbosité centrale et l'échancrure
du Val del Bove.
se décomposant en plusieurs éléments distincts. A la base s'étend une sorte de terre-plein bombé, d'une inclinaison de 2 ou 5 degrés, portant un cône surbaissé, de 7 à 8 degrés d'inclinaison, qui forme ce qu'on appelle les talfls latéraux de l'Etna. Ces talus aboutissent, à 2000 mètres d'altitude, à la gibbanié centrale, comme l'appelait Élie de Beaumont, ou Mongibello des Siciliens, protubérance en forme de bosse, avec des talus d'environ 52 degrés, que cou-^ ronne, à 2990 mètres d'altitude, la petite plate-forme inclinée dite Piano det
CRATÈRES. Aoo
Lago. Enfin sur celle plale-forme s'élève le cône lerminal, haul de 515 mèlres el creusé à son sommel du cratère; son inclinaison esl aussi de 52 degrés. Tandis que ce dernier esl uniquement composé de matériaux meubles, la gibbosité centrale offre un mélange intime de couches de débris el de coulées ou filons de laves, injeclés peu à peu dans une masse qui, dans Torigine, consistait en blocs el lapilli rejetés par la cheminée centrale; quant aux talus latéraux, leur surface est principalement formée par les coulées successives issues des fentes latérales du grand cône.
Diinenflion des cônes Toleaniiiuefl. — Les cônes volcaniques peuvent offrir les dimensions les plus diverses, depuis celles des petits cônes advenlifs de l'Etna et du Vésuve jusqu'aux proportions colossales du premier de ces deux volcans, qui élève à plus de 5500 mèlres dans les airs sa masse entièrement formée de produits volcaniques. Dans les régions polaires, le mont Erèbe a 5900™. Mais le volcan actif le plus haut de tout le globe paraît être le Klioutschevskoî (ou Klioutschevskaia-Sopka) du Kamtschatka, dont la cime atteint presque 5000 mèlres (4), tandis que sa base n*a pas moins de 550 kilomètres de circuit. Il est vrai que le Colopaxi dépasse 5900" el que le sommet du Gualalieri, en Bolivie, s'élève à OTOO"; mais ces volcans ont leurs bases situées à des altitudes de 2000 ou 5000 mètres, de telle sorte que le cône volcanique proprement dit y est inférieur à celui du Kamtschatka.
Il est bon d'tgouter que la hauteur d'un volcan actif esl susceptible de varier avec l'époque où on l'observe, le cône pouvant être tantôt accru, tantôt en partie démantelé par les éruptions qui s'y produisent. Ainsi le Vésuve n'atteignait en 4749 que 4014 mètres. En 4822, sa cime était parvenue à 4242"», pour redescendre à 4181" en 4852 et remonter à 4202"» en 4845. En novembre 4867, grâce à la formation, au centre du cratère, d'un côneadventif de 67 mètres de hauteur, raltilude du sommet du Vésuve è\mi portée à 4296"» (2) et un an après elle était encore de 4289". Dans ces dernières années elle s'est abaissée à 4250. De même l'Etna avait 5560" en 4819 et 5502" seulement en 1854 ; aujourd'hui sa cime esl à 5545" (5).
Cratères. — Le cratère d'un volcan est l'ouverture, en forme de coupe ou d'entonnoir, par laquelle débouche la cheminée d'éruption. La forme du cratère résulte en général des explosions qui ne cessent de se produire à l'orifice de la cheminée et qui, au milieu d'un amas de scories et de cendres, ne peuvent manquer de faire naître une cavité en entonnoir. Le plus souvent le cratère d'un volcan esl central ; mais il peut quelquefois, comme au Slromboli, s'ouvrir sur le flanc du cône, à quelque distance du sommel, ou encore deux cratères d'égale importance peuvent se partager l'activité d'un même volcan. D'ailleurs, chacun des cônes parasites d'une éruption par fissure esl lui-même percé d'un cratère, et
(1) K. Fuchs, Les Volcans et les tremblements de terre^ Paris, 1878, p. 10, donne 5014; mais lieclus indique seulement 4804.
(2) De Verneuil, Comptes rendus, LXVIII, p. 1309. (5) K. Rosenbuscb, Neues Jahrbuch, 1880, p. 390.
456 DViNAMiQDE INTEBNE.
c est ainsi que Ton peut compter au Vésuve trente et, à FEtna, sept cents cratères adventifs.
Parmi les grands cratères des volcans actifs, on doit mentioimer celui du Popocalepetl, qui a 1600 mètres de grand axe et 325 mètres de profondeur et celui du Pichincha, auquel Humboldt attribue le môme diamètre, avec une profondeur de 488 mètres.
Le cratère de Vulcano, dans les îles Lipari, a 550 mètres de diamètre au sommet et 480 mètres au fond. Ses parois, qui atteignent tantôt 120, tantôt 180 mètres de hauteur, sont verticales près de la base et, plus haut, affectées d*un plongement de 45". Il est presque entièrement composé de débris, souvent bien stratifiés et à double pente (J). Enfin ce cratère n'occupe pas exactement le sommet de la montagne.
Le cratère proprement dit du Vésuve s'ouvre au sommet du cône de cendres et de débris qui forme le volcan actif et dont la pente extérieure est d'environ 53 degrés. L'ouverture du cratère, assez exactement circulaire, avait, antérieurement à 1865, 700 mètres de diamètre. Ses parois étaient constituées, sur les trois quarts de sa circonférence, par des falaises verticales ouvertes dans le cône de cendres. C'est au nord-ouest que le bord du cratère atteignait sa plus grande altitude, marquée par la Punta del Palo.
Le fond du cratère, à 60 ou 70 mètres au-dessous du bord, consistait en une plaine presque horizontale, couverte d'accumulations irrégulières de blocs, de scories et de cendres, traversée par des fentes dégageant de la vapeur et au milieu de laquelle débouchait l'ouverture très variable de la cheminée ; cette ouverture, constamment modifiée par les éruptions est tantôt un cône en relief, tantôt un entonnoir.
¥ariabiucé des cratères de débris. — Rien n'est plus variable que la forme des cratères de débris; celui du Vésuve se modifie à chaque éruption. Tantôt le cône terminal est tout à fait régulier; tantôt il est découpé par des brèches en pyramides distinctes. Quelquefois le cratère est simple et percé au fond de trous où bouillonne la lave (voir ûg. 75) ; d'autres fois il sert simplement d'enceinte à un cône puissant qui s'emboîte dans le premier et le dépasse en hauteur^ comme en 1867. Nous avons vu qu'à cette époque il n'existait pour ainsi dire plus de cavité cratériforme. Elle s'est reconstituée depuis, à la suite des projections violentes de 1872 et, en 1878, le cratère, interrompu par une profonde échancrure sur son versant nord, avait environ 300 mètres de diamètre et la lave s'y tenait à une centaine de mètres du bord, portant, sur les scories de sa surlace, deux cônes temporaires (2).
Le cratère terminal de l'Etna est très insignifiant, comparé aux dimensions gigantesques de la montagne ; il avait à peine 300 mètres de diamètre en 1865 at sa profondeur n'était que de 40 mètres : au fond s'ouvrait la cheminée, sou» la
(1) Judd. Geol. Magazinct i875, p. 111.
(2) Durier, Annuaire du club alpin- frauçait^ 1878, p. 427,
forme d'un puits noir d'une dizaine de mètres de largeur (1). Du reste ce cratère change de forme à chaque éruption; naguère il était double et ses deux orifices fumaient à la fois. De temps en temps un cône d'éruption s'élève au-dessus de la cheminée. Tantôt le cratère est rempli de lave, tantôt il est occupé par la glace. Enfin, quatre fois dans l'espace de sept siècles, de violentes explosions ont réduit en poudre tout le cratère, que les éruptions subséquentes ont peu à peu reconstruit.
Cratères ébréeliés. — Il est rare que les cratères justifient complètement par leur parfaite régularité le nom qui leur a été donné sous prétexte de la ressemblance que présente leur forme avec celle d'une coupe. Leurs bords sont plus ou moins irréguliers et souvent échancrés par une déchirure, qui leur donne une forme de fer à cheval. Ces cratères ébréchés ou égueulés, comme on le» appelle quelquefois, se produisent lorsque la lave se déverse par leur bord au lieu de s'ouvrir un chemin à l'aide de fentes sur les flancs du cône. C'est ce qu^on
Fig.9l.
iMi-.H')! 11.
- Cratères ébréchés des Puys Noir, de Lassolas et de la Vache, en Auvergne..
• l'.iii (li)il"
observe à l'île d'Ischia et dans beaucoup de volcans éteints d'Auvei^e^S^ 94i)4
Cratères de lawes. — A côté des cratères de débris, il en esttdlautre^ditfint
les parois sont surtout formées par des laves et qui, pour cette^roi^oin» cOn^
tuent des édifices beaucoup plus stables, surtout lorsque les,ôrwpljio»Si<no>j$oat
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Fig. 92. — Cratère du Pilon de la Fournaise (lie dç la Réuiyon), d'après M. Vêlain. , , ,, .
pas accompagnées de projections trop violentcis> Dp, ce'nnmbile'Sont'lè&^oiptèros de l'île delà Réunion ou île Bourbon. i, ^. ,i' — .■■oi^oi«K'«'i> h'.'*T.ti;-i>
La figure 92 représente, d'après M. Vélain»<le.cl'ft(èrt5.açUf duPièctaidêilp.Fourii) E. Reclus, ft*w<« </m Z>«« Afom/w. Lvm,^;i25^ -) -j " .'^ ;; .j '/) .'.'in tii-
naise. En 1874 son diamètre supérieur était d'environ 400 mètres, sa profondeur de 150 ou 160 mètres. Les parois laissaient voir une succession de coulées de lave à peu près horizontales et de couches de scories, traversées en tous sens par des dykes ou filons de lave, quelquefois demeurés en saillie. Entre les parois et le fond s'étendait un talus annulaire composé de cendres et de pierres. Les laves du fond, crevassées dans tous les sens, formaient un plan horizontal et, sur le bord nord-est du cratère s'étendait en surplomb un revêtement de lave noire vitreuse retombant en longues stalactites figées. Cette lave s'était déversée par le bord du cratère, après l'avoir complètement rempli, lors de l'éruption qui avait eu lieu quelques mois auparavant. Le cratère doit son élévation à une longue série de coulées qui se sont ainsi régulièrement superposées les unes aux autres.
Cratères d'efTondrement. — Tous les cratères dont il vient d'être question sont incontestablement formés de matériaux, laves ou débris, rejetés par la cheminée, dont l'orifice se maintient ouvert grâce à la puissance des projections. Mais il en est dont la constitution est fout à fait différente. Au premier rang se place celui de Kilauea, dont les parois sont creusées à pic dans une succession de couches horizontales de lave sans intercalations de débris ; l'épaisseur de ces couches varie depuis quelques centimètres jusqu'à dix mètres et on n'a jamais observé, dans le voisinage de ce cratère, de traces de projections violentes. En tenant compte de la position occupée par la chaudière de Kilauea, à 5000 mètres au-dessous du cratère de Hauna Loa, sur le flanc d'une montagne entièrement formée de lave; en se rappelant aussi qu'en 1868 une partie notable du fond s'y est affaissée de plus de 30 mètres, il pamîtra vraisemblable que la cavifé cratériforme de Kilauea doit son origine à un effondrement. La roche sous-jacente, parcourue par de nombreuses cavités, souvent refondue par le passage de coulées fraîches, a cédé en ce point et une dépression y a pris naissance. Du reste, tout autour de Kilauea, il y a plusieurs points où on observe des effondrements analogues, ayant entraîné la formation de cavités de 30 à 60 mètres de profondeur, avec parois verticales. Le cratère terminal du Mauna Loa, le Moku-a-Weo-Weo, paraît lui-même devoir être attribué à une action du même genre.
Des effondrements sont encore susceptibles de se [produire lorsque, comme à Santorin, des intumescences de lave pâteuse se font jour à une certaine hauteur, poussées par l'expansion des gaz ou par la pression des matières liquides du dessous. Au moment où cesse cette poussée, l'espèce d'ampoule qui s'était formée peut crever en son milieu, donnant naissance à une cavité cratériforme. Ainsi les cratères d'effondrement doivent être comptés au nombre des productions possibles de l'activité volcanique.
Cratère* d'explo»ion. — Mais il est une catégorie qui parait plus nombreuse que la précédente, à laquelle d'ailleurs elle peut se relier par une combinaison mutuelle, c'est celle des cratères d'explosion.
Nous avons dit qu*uii volcan, dans ses périodes d activité, était une mine en charge continue, pi'ojetant en Tair, avec des fragments de lave solidifiés en chemin, les débris arrachés aux parois même de la cheminée. Ces explosions paroxysmaies peuvent avoir des intensités très inégales; le plus souvent elles respectent le massif du cratère, bien qu^elles en ébrèchent plus ou moins les bords. Mais quelquefois leur violence est telle que le cratère de débris disparait tout entier, laissant à sa place une cavité en forme de gouffre.
Les exemples de pareilles explosions ne sont pas rares. En Amérique, le Carguairazo, le volcan de Coseguina, le Capac-Urcu ont été ainsi détruits dans l'espace de quelques heures. Mais c*est surtout aux Indes néerlandaises que ces phénomènes paraissent s*étre manifestés avec le plus dlntensité (1).
Le Pic de Timor, dont le sommet se voyait autrefois comme un phare à 450 kilomètres de distance, sauta en Tair en 1658 et un lac se forma dans le gouffre produit par l'explosion. En 1772, le Pepandajang a vu son cône détruit en une seule nuit, tandis que ses débris anéantissaient quarante villages. Le volcan Ringgit, situé, comme le précédent, sur Tile de Java, s'est effondré en 1586, après une éruption qui coûta la vie à 10 000 habitants. 11 n'en reste plus aujourd'hui qu'un gigantesque pilier, entouré de ruines incohérentes. Dans la même île, Tldjeng n'a conservé de son enceinte primitive que quelques piliers séparés; le volcan Wilis a subi le même sort. Il en est d'autres, à Java, aujourd'hui éteints, dont les cratères sont en partie démantelés et parcourus par de larges et profondes crevasses, conune si l'explosion avait été insuffisante ou s'était bornée à préparer la masse en vue d'une destruction ultérieure.
Dans la plupart des cas, il n'y a pas eu seulement anéantissement plus ou moins complet du cône de débris ; mais il s'est formé à la place des anciens cratères des gouffres de dimensions parfois considérables. La cavité qui occupe la place du cône de Pepandajang et qui est aujourd'hui une immense solfatare <în activité, a, dit-on, 24 kilomètres sur 10.
Au lieu de se borner à détruire un cône de débris, l'explosion peut affecter un massif de laves. C'est ainsi que M. Fouqué (2) a observé, dans la presqu'île de Mélhana, sur le bord méridional du golfe d'Athènes, au lieu dit Kaniéni-Pétra, un cratère très régulier, de 150 mètres de diamètre et de 60 mètres de profondeur, dont les parois, au lieu d'être formées par une accumulation de matières projetées sont constituées par une roche compacte, fendillée, taillée à pic sur l'intérieur et renversée au dehors. L'éruption qui a donné naissance à ce cratère est bien celle qui, survenue quelques années avant l'ère chrétienne, a été décrite à la fois par Ovide et par Strabon. Tandis que le premier parle d'un simple gonflement du sol, sans émission de laves ni projection de cendres, le second signale d'abondants dégagements de gaz chauds et un soulèvement de récifs. M. Fouqué a reconnu, à l'inspection des lieux, qu'une preitiière phase avait dû amener la
11) V. Junghubn, Java, teine Gestalt^ etc. (2) Revue des Deux Mondes, LXVII, p. 480.
sortie, par une crevasse, d*un flot de lave trachytique qui en s*accumulant autour de l'orifice, y formait un monticule sans ouverture ; sans doute une explosion est venue plus tard, qui a produit le cratère et les dégagements de gaz décrits par Ovide, dégagements dont il reste encore, dans la presqu'île, un témoin sous la forme d'une source sulfureuse. Cette éruption offrirait donc les plus grandes analogies avec celles de la baie de Santorin, où les projections sont toujours précédées par une intumescence de laves visqueuses.
Craiéres-ia«s. — La puissance explosive des volcans est encore attestée par l'existence de cavités cralériformes, aujourd'hui occupées par des lacs et qu on appelle généralement cratèreB4acs^ bien que la plupart d'entre elles ne soient pas de véritables cratères, dans le sens où ce mot a été employé jusqu'ici.
Ces sortes de cavités abondent dans l'Ëifel, où on leur a donné le nom de maare et où, peut-être, leur formation est sensiblement antérieure à l'époque actuelle. On en observe aussi en Auvergne : de ce nombre sont le gouffre ou GoMr de Tazenat, près de Manzat et le pittoresque lac Pavin.
Le lac Pavin est bordé par des escarpements presque verticaux d'une lave basaltique, à travers laquelle il a dû être ouvert par une explosion violente. Quant au Gour de Tazenat, c'est un trou de 800 mètres de diamètre et de 10 à 12 mètres de profondeur (1), dominé, sur les trois quarts de sa circonférence, par un amphithéâtre granitique s'élevant jusqu'à 70 mètres. Le granité, à grain fin et parcouru par des filons de porphyre quartzifère, a sa surface parsemée d'une grande quantité de menus fragments de scories et de cendres : on n'aperçoit ni blocs ni coulées de lave. 11 y a donc tout lieu de penser qu'une explosion a ouvert, au milieu du granité, celte cavité cratériforme, destinée à devenir un véritable volcan; mais que l'activité éruptive, épuisée par cet effort ou trouvant ailleurs une issue plus facile, s'y est éteinte sans laisser d'autre trace que les cendres éparses sur le pourtour.
On peut rapporter à la même catégorie les célèbres lacs d'Albano et de Nemi, dans leLatium, ouverts l'un et l'autre sur le flanc occidental du cône du Monte- Cavo. Le lac d'Albano a 5500 mètres sur 2200 et les dimensions de celui de Nemi sont à peu de chose près les mêmes.
M. Judd (2) pense qu'il convient également d'y rattacher le lac de Bracciano, qui mesure \{S^,h de diamètre et même celui de Bolsena, qui en a 16 sur 14*^,5. Les lacs du Latium sont ouverts dans des formations volcaniques, qui consistent en tufs peu solides, dépourvus de lave en filons. Telle est précisément la raison pour laquelle ces grandes cavités y auraient été si facilement produites par voie d'explosion. Sur une montagne telle que l'Etna, où l'enchevêtrement des couches de débris et des laves, comme on peut l'observer au Val del Bove, constitue un édifice d'une grande solidité, une éruption, impuissante à briser la masse en morceaux, se résout en la production d'une fente, qui reste bien ouverte grâce
(1) Poulelt-Scrope, Volcans éteints du centre de la France^ trad. Vimont. CIcrmont, 1866, p. 91. (*2) Geological Magazine, 1875, p. 555.
à la résistance de ses parois et par où la lave s*écliappe sans difficulté, cet échappement latéral produisant en quelque sorte TefTet d'une soupape de sûreté. Au contraire, dans des amas, peu cohérents, de débris et de tufs, les fentes se faisant mal et se rebouchant d'elles-mêmes, la force éruptiVe finit par se traduire en explosions. Ajoutons que la tension des gaz parait très différente suivant les foyers volcaniques et qu*en général elle atteint son maximum là où les laves font défaut. Ainsi Ton n'observe presque aucun dégagement gazeux violent à Kilauea, où la lave bouillonne en permanence, tandis qu'à Java, l'absence de produits liquides coïncide avec un développement tout à fait exceptionnel de la puissance explosive. Les cônes formés de débris incohérents sont donc ceux que la destruction par les puissances internes menace le plus sûrement.
Maare 4e TEliel. — Bien que les formations volcaniques des régions rhénanes ne paraissent pas appartenir à la catégorie des phénomènes actuels, nous croyons néanmoins convenable de joindre, aux détails qui viennent d'être donnés siu* les cratères d'explosion, un rapide exposé des caractères qui distinguent les gouffres lacustres ou maare de l'Eifel.
Le groupe le plus remarquable est celui de Daun qui, sur une distance de 2200 mètres, permet d'observer, côte à côte, les trois dépressions de Gemûnd, de Weinfeld et de Schalkenmehren, creusées dans les schistes et les grès du dévonien inférieur, sans que ces derniers aient éprouvé ie moindre dérangement. Le maar de Gemûnd, large de 400 et profond de 62 mètres, occupe le fond d'une cavité dont les parois, très inclinées vers l'intérieur, sont formées de schiste et de grès, n'offrant aucune trace d'actions calorifiques. On n'y obsene ni laves ni scories; mais en approchant des deux lacs de Weinfeld et de Schalkenmehren, on voit apparaître les éléments en question; sur le sol, formé d'un tuf volcanique, se montrent, avec des scories et de petites bombes, des fragments de schiste dévonien, couverts d'un enduit vitrifié, tandis qu'à l'intérieur leur structure est intacte (1).
Le maar de Weinfeld a 520 mètres de grand axe, 360 mètres de petit axe et 102 mètres de profondeur. Celui de Schalkenmehren a 550 mètres de diamètre et n'est profond que de 32 mètres ; tandis que ce dernier lac s'écoule par un ruisseau dans la vallée de l'Alf, les deux autres sont sans écoulement, bien que celui de Gemûnd ne soit séparé de la profonde vallée de la Lieser que par une crête à pentes roides, de 220 mètres de largeur.
Le Pulvermaar ou lac de Gillenfeld est entouré d'une ceinture continue de débris, consistant en fragments de schiste et de grès; l'ensemble forme un bourrelet de 45 mètres de hauteur, plongeant, vers l'intérieur, de 45 degrés et, vers l'extérieur, de 55 degrés. Quelques roches volcaniques sont disséminées au milieu de ces débris qui, en ce point, masquent entièrement leur substratum de terrains sédimentaires.
(1) Von Dechen, Geognosliêcher Fûhrer zu der VulcanreUie der Vorder-Eifel, 1861, p. 675. — LyeU, EUmentê, 1865, p. 675.
Enfin le maar de Meerfeld montre sur ses parois, tantôt des couches en place de grès et de schiste, tantôt des amas de débris formés de schiste pulvérisé. Les scories y font défaut, mais on y a trouvé des blocs de péridot et d'autres substances volcaniques. Le diamèti^ moyen de la cavité est de 900 mètres et sa profondeur atteint 200 mètres. Le lac forme une ellipse dont le plus grand diamètre est de 700 mètres.
Un cratère semblable existe sur la rive gauche du Rhin, près de Bonn ; c'est le Roderberg, cavité circulaire de 400 mètres de diamètre et de 50 mètres de profondeur, ouverte dans des grès et schistes anciens, en couches très inclinées qui arrivent, d'un côté, jusqu'au fond du cratère, où elles sont recouvertes par un gravier quartzeux, surmonté par des scories et un sable tufacé. Sur le bord opposé se montrent des cendres et des scories. Ici l'explosion a fait éclater à la fois le terrain ancien et sa couverture d'alluvions, dont quelques galets quartzeux ont sauté en l'air et sont retombés au milieu des débris volcaniques.