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CHAPITRE II

§i DÉPLACEMENT DES LIGNES DE RIVAGE. FAITS OBSERVÉS

Idée générale du phénomène. — Indépendamment des brusques cbangements de niveau qui se produisent à la suite de quelques-uns des paroxysmes volcaniques, Técorce terrestre est sujette à des mouvements d une intensité beaucoup moindre, mais qui, à la longue, finissent par modifier sensiblement les conditions réciproques de la terre ferme et de Tocéan. La réalité de ces mouvements nous est attestée par le déplacement que les lignes des rivages maritimes subissent en de nombreux points du globe et par suite desquels d'anciennes plages se montrent aujourd'hui sensiblement au-dessus du niveau de la mer, tandis que des plaines autrefois émergées sont maintenant ensevelies sous les flots.

Ces déplacements des lignes de côtes s'effectuent avec une grande lenteur et si l'observation nous montre, en certains points, des traces incontestables d'anciens rivages à plus de cent mètres au-dessus du niveau actuel de la mer, il n'est pas douteux que leur émersion n'ait commencé longtemps avant l'occupation par l'homme des contrées correspondantes. Or nous ne devons nous occuper ici que des phénomènes qui se sont accomplis depuis l'ouverture de la période historique et dont la réalité peut être établie à l'aide de témoignages suffisamment authentiques. Nous allons donc passer en revue, en partant des régions arctiques, ceux des mouvements d'émersion ou de submersion qui ont pu être enregistrés avec quelque certitude,

(1) K. Fuchs, op, cit., p. 125.

Contrées polaires. — C'est un fait constaté par les voyageurs que les terres voisines du pôle, telles que la Nouvelle-Zemble et le Spitzberg, ont aujourd'hui une étendue supérieure à celle que leur assignaient les anciens géographes. Des chaînes d'îles sont devenues des langues de terre ininterrompues et des détroits se sont, sur plus d'un point, transformés en isthmes.

Des preuves directes d'émersion viennent d'ailleurs conflrmer le témoignage des hommes. Ainsi l'on observe, entre les rivages des îles du Spitzberg et les collines de l'intérieur, d'anciennes plages doucement inclinées, quelquefois larges de 4 kilomètres et laissant voir, à des altitudes qui atteignent une cinquantaine de mètres, des accumulations d'ossements de cétacés avec des coquilles actuelles.

Il existe de nombreuses preuves du soulèvement graduel des côtes sibériennes, dont les toundras renferment, incorporées à la vase qui en occupe le fond, beaucoup de coquilles arctiques. En même temps on observe, bien avant dans Tintérieur des terres, des traînées de bois de dérive {bois de Noé des habitants], autrefois charriés par les fleuves et rejetés sur la côte par les vagues marines. L'île de Diomida, reconnue en 1760, était, cent ans plus tard, rattachée au contment.

Scanainavie. — L'émersion pogressive du nord de la péninsule Scandinave est connue depuis fort longtemps ; seulement elle a été tout d'abord attribuée à une dépression graduelle du niveau de la mer. Telle était, en 1750, l'opinion de Celsius, lorsqu'il émettait l'idée que la Baltique s'abaissait d'environ l"*,!! par siècle. En 1745, à l'aide du repère qu'il avait placé, de concert avec Linné, au rocher de l'île Loeffgrund, il s'assurait que la différence de niveau avait réellement atteint 0™,18 pour les 15 années écoulées depuis 1750, soit l^jSSo pour cent ans. Il est vrai que, de 1750 à 1849, l'émersion verticale n'a été que de 0'",915, soitO'^,77 par siècle, ce qui prouve tout au moins que le mouvement ne s'accomplit pas avec une vitesse uniforme.

Depuis l'époque de Celsius, on a cru reconnaître que les changements observés devaient être imputés à une sorte de mouvement de bascule, par suite duquel le fond du golfe de Bothnie s'élèverait d'environ l^jôO par siècle, tandis que la pointe terminale de la Scanie s'enfoncerait graduellement sous les eaux. Plusieurs des rues des villes de Trelleborg, Ystad, Malmoe, ont dé}\ disparu; depuis les observations de Linné, Malmoe s'est abaissé de 1"»,50 et la côte voisine a perdu, en moyenne, une zone de 50 mètres de large. A Trelleborg, M. Nilsson s'est assuré qu'en 1856 une grosse pierre était à 120 mètres plus loin de la mer que quand Linné l'avait observée, 87 ans auparavant. Sur la côte, entre Ystad et Falsterboc, la mer recouvre aujourd'hui des couches de tourbe épaisses de 1"»,20 à 2™ et dont la masse, formée de plantes terrestres, contient des coquilles d'eau douce et des pointes de lance en silex. L'axe du mouvement de bascule passerait un peu au sud de l'archipel d'Aland, aux environs de Kalmar.

Le mouvement est moins accentué sur la côte occidentale, où d'ailleurs il n*a

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pas été Tobjet de mesures aussi précises. On sait seulement, suivant Forchharamer, que la pointe terminale du Jutland parait s'.exhausser de 0^,30-par siècle et que, au nord de Christiania, près de Trondbjem, la ligne de rivage s*est abaissée, depuis mille ans, d*un peu moins de 6 mètres. Plus loin, des amas en place de coquilles modernes se montrent à 150 et même à 200 mètres d'altitude et, dans le voisinage des cimes, on voit dépérir les forêts de pins que Témersion du sol, plus rapide à mesure qu'on remonte vers le nord, rapproche peu à peu de la région des neiges persistantes.

Divers indices portent à croire qu'un bras de mer réunissait autrefois la Baltique à la mer du Nord en passant par la dépression qui contient aujourd'hui les lacs Màlar, Hjelmar et Wenem ; car des amas d'huîtres se rencontrent en plusieurs endroits des collines qui dominent ces lacs, ainsi que dans les Kjœkkenmôddings ou débris de cuisine des anciens Danois. Or la Baltique, dans ses conditions actuelles de salure, ne peut plus nourrir d'huîtres. D'ailleurs, lors de la construction du canal de Troihatta, on a trouvé, à 12 mètres au-dessus du Gattégat, des débris marins. H. de Baer estime que la fermeture de ce détroit remonte à environ 5000 ans.

Si le Danemark émerge dans sa partie septentrionale, au point que plusieurs débris de cuisine sont aujourd'hui à 10 kilomètres de la mer sur le rivage de laquelle ils avaient été formés, il y a du moins, dans la partie centrale et méridionale de la région, des traces d'immersion, ce qui concorderait avec les faits observés en Scanie (1).

Bravais (2) avait reconnu dans l'Altenljord deux terrasses marines superposées, s'étendant depuis le fond du fjord jusqu'à Hammerfest, sur 50 à 35 kilomètres de longueur. Or la différence d'altitude de ces deux terrasses, qui est de 39",70 au fond du fjord, ne lui avait plus semblé que de 14'",50 à Hammerfest et ni l'une ni l'autre ne demeuraient horizontales. Le mouvement aurait donc été plus prononcé dans l'intérieur que sur le rivage et se serait fait sentir avec plus d'intensité la seconde fois que la première.

Mais les observations de Bravais semblent en désaccord avec celles de M . Mohn (3) , pour qui, à Tromsœ comme à Bergen, les anciennes lignes de rivage se tiennent à une hauteur, tout à fait constante, de 10 à 12 mètres au-dessus du niveau de la mer. D'après M. Pettersen, depuis Varanger jusqu'à Bergen, les lignes se montrent remarquablement horizontales et tout indique un mouvement d'émersion lent et uniforme, dont l'amplitude serait seulement plus considérable dans le nord de la Scandinavie que dans le sud.

On voit donc que, si le fait de l'émersion des parties septentrionales de la péninsule Scandinave demeure hors de toute contestation, il s'en faut de beaucoup qu'on soit aussi bien fixé sur la nature des changements de niveau qui s'accom-

(1) Valdemar Schmidt, le Danemark en 1867.

(2) Voyages en Scandinavie, t. I.

(3) Pettersen, in Geological Magazine^ juillet 1870.

plissent dans la région méridionale. Aussi a-t-on senti la nécessité de soumettre cette question à. une étude méthodique et, depuis 1852, des observations régulières ont été entreprises sur 13 points différents de la côte de Suède ainsi que sur les bords des grands lacs. Ce qui en ressort de plus net jusqu'ici, c'est que la valeur de la composante verticale du déplacement varie beaucoup avec les points observés. Ainsi se confirmerait l'assertion émise dès 1856 par Erdmann (1), -que le mouvement des côtes suédoises a un caractère ondulatoire, au lieu de se réduire à un simple balancement autour d'un axe unique.

Ecosse. Pays-Bas. — Les falaises de l'Ecosse présentent à divers niveaux des lignes parallèles de plages marines avec coquilles actuelles; au-dessus des estuaires de la Forth, de la Clyde et de la ïay, on trouve, dans ces anciennes berges, des poteries romaines. Le port que les Romains avaient créé à Alater\'a 'est aujourd'hui à une assez grande distance de la mer et l'émersion totale du sol n'y est pas inférieure à 7",50. Ailleurs, il y a des preuves que l'émersion a atteint 8 mètres d'amplitude (2) et c'est justement à cette même hauteur au-dessus •des hautes mers actuelles que s'arrête la muraille d'Antonin, qui servait autrefois 'de barrière contre les Pietés. L'exhaussement relatif aurait donc été de 0'",005 par an ; mais depuis 1810 sa valeur annuelle paraît s'être élevée à 0°»,014.

Le sol de la Hollande est évidemment en voie de submersion et il est probable •que, si les digues n'existaient pas, personne aujourd'hui n'aurait l'audace d'en •entreprendre la construction.

A l'époque romaine, les Pays-Bas formaient de grands marécages, entrecoupés de forêts et que la mer visitait fréquemment. Mais le sol y était plus haut qu'aujourd'hui, comme le prouvent les fondations du temple de la déesse Néhalennia, en Zélande, lequel, bâti au troisième siècle dans l'Ile de Walcheren, fut exhumé en 1647 des grèves où il était enfoui, une tempête exceptionnelle l'ayant mis h découvert. De même le château de Catwyk qu'on a pris, sans raison paraît-il, pour YArx britannica, a son soubassement dans la mer, qui en détruit peu à peu les débris. L'évacuation des eaux des polders, qui se faisait autrefois à marée basse par les portes des digues, ne se fait plus qu'à l'aide de machines. Enfin le sol de la Hollande repose sur une tourbe qui certainement ne s'est pas déposée h son niveau actuel.

La submersion du littoral des Pays-Bas atteint son maximum à l'embouchure des grands fleuves tels que le Rhin, la Meuse, l'Escaut; c'est au voisinage de l'Artois qu'elle est le moins prononcée. La zone qu'elle embrasse a 800 kilomètres de long et au moins 50 de large. Le mouvement n'est d'ailleurs pas uniforme et il y a des points où le niveau des plages parait n'avoir pas subi de changements.

Flandre, Picardie, Calvados. — Le littoral de la Flandre française, aux environs d'Ardres et de Nortkerque, est formé par des alluvions marines qui,

(1) Mém. de VAcad. des icienceê de Suède, 1856.

(2) A. Geikie, Edinhurgh new philo9. Journal, new séries, XIV.

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