‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 148 sur 483 · IHTÉRFRÉTATIOH DES FAITS OBSERVÉS · texte numérisé non relu

IHTÉRFRÉTATIOH DES FAITS OBSERVÉS

Néeessité d'éearter ceHaias pliéiioiMéaes l<»caax. — Pour interpréter comme il convient les indications fournies par le déplacement des lignes de rivage, il importe tout d'abord d'écarter certains accidents purement locaux, b l'explication desquels l'intervention d'une cause générale n'est aucunement nécessaire. C'est ainsi qu'au voisinage de l'embouchure des grands fleuves, là où le sol peut être considéré comme le résultat du comblement d'un estuaire, il est permis d'invoquer le tassement progressif des sédiments pour expliquer des phénomènes de submersion. De même, il ne suffit pas qu'un dépôt de gravier et de coquilles s'observe, en quelques points, à plusieurs mètres au-dessus du niveau actuel de la mer, pour qu'on soit pleinement autorisé à admettre qu'on a sous les yeux un ancien rivage. Certaines tempêtes exceptionnelles parviennent quelquefois à jeter des sables et des coquilles à des hauteurs qui dépassent notablement celles des plus hautes marées. De plus il ne faut pas oublier que l'amplitude même des marées dépend, à un très haut degré, de la configuration des côtes. Tandis qu'en pleine mer elle se réduit à quelques décimètres, on la voit atteindre 15 ou 14 mètres dans certaines échancrures en forme de cul-de-sac. Supposons, par exemple, qu'au lieu d'être séparées par un détroit, l'Angleterre et la France soient réunies par une langue de terre. Le môme phénomène qui produit l'exagération de la marée à Saint-Malo se fera sentir sur le côté occidental de l'isthme et la haute mer s'y élèvera certainement beaucoup plus haut

(t) Suess, Yerhandlungen der k. h, geoL Reicli^anslalt, 1880, p. 171. (2) Voy. ante, p. 360.

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qu*elle ne fait aujourd'hui sur les plages voisines. Il suffît qu'un tel isthme ait existé autrefois pour que d'anciens dépôts littoraux puissent être observés maintenant au-dessus de la ligne des plus hautes mers, sans qu'on ait le droit de conclure à une émersion de la côte.

Ce n'est donc pas assez de cataloguer avec soin tous les cas d'émersions ou de submersions apparentes, il faut encore, autant que cela est possible, mettre à part ceux dont les circonstances locales peuvent rendre un compte sufBsant.

Défloltion exacte des déplacemeats eonstatés. — Cela posé, il est facile de voir que la plupart, sinon la totalité, des déplacements relatifs signalés dans le paragraphe précédent appartiennent à une tout autre catégorie de phénomènes et offrent une généralité qui oblige à les faire dépendre d'une cause profonde et universelle. Cette cause, plusieurs savants ont cru la trouver dans des déplacements d'ensemble de la masse océanique. Mais cette manière de voir ne concorde pas avec les faits observés. En effet, si l'écorce terrestre était immobile, il faudrait, pour que la mer cessât xl'aflleurer au même niveau, qu'il se produisît une augmentation ou une diminution dans la grande masse liquide de rOcéan. Mais alors, en vertu des lois de l'hydrostatique, la surface s'élèverait ou s'abaisserait partout en même temps. Or le seul fait que, dans une région donnée, certaines côtes sont envahies, par l'Océan, tandis que d'autres voient le rivage s'éloigner de plus en plus, indique avec certitude qu'il ne s'agit pas là de mouvements de la mer et que cette dernière se borne à fournir la surface de repère à l'aide de laquelle l'intensité et le sens des mouvements de l'écorce peuvent être déterminés.

Il importe donc peu que la masse océanique soit, en elle-même, invariable ou non et nous n'avons pas à rechercher si, comme l'admettent quelques auteurs, cette masse diminue constamment par suite des infiltrations qu'elle envoie dans l'écorce solide. Si cela était, le résultat de cette diminution seraif d'abaisser partout, d'une même quantité, le niveau de la surface de repère en exagérant la valeur des émereions. Mais il n'en resterait pas moins la discordance signalée entre les parties en voie de submersion et celles que la mer abandonne, discordance qui ne peut trouver d'explication que dans la mobilité du support dont l'Océan se borne à occuper passivement les dépressions.

Cela étant, on a coutume de donner à ces mouvements le nom d'oscUlatiom et de dire qu'une côte qui émerge se soulève, tandis qu'uile côte envahie s'affaisse. Relativement au niveau de l'Océan, ces expressions sont justifiées; mais, en toute rigueur, il est permis de leur adresser un reproche, celui de laisser croire que les mots de soulèvement et d'affaissement ont un sens absolu et signifient que les points correspondants se sont éloignés ou rapprochés du centre du globe. En outre ces expressions ont l'inconvénient de ne s'appliquer qu'à des mouvements exécutés de bas en haut ou de haut en bas, alors que les déplacements constatés à l'aide de la surface marine de repère n'expriment en réalité que la composante verticale d'un mouvement qui peut être très complexe.

ONDUUTIONS DE L*ËGORGE TERRESTRE. KS5

Pour ces motifs, nous admettrons la manière de voir récemment exposée par M. Suess (1), pour qui il n'y a ni soulèvements ni affaissements, mais bien des déplacements des lignes de rivage^ que l'auteur appelle positifs quand la mer envahit la terre ferme (c'est-à-dire quand cette dernière semble s'affaisser), et néga-tifs dans le cas contraire. Et comme les nombreuses alternatives qu'on observe entre les déplacements de ces deux catégories ne peuvent s'expliquer que par des plissements qui font naître dans l'écorce des parties saillantes et d'autres parties rentrantes, nous réunirons tout l'ensemble de ces mouvements dans une même formule en les appelant les ondulations de la surface terrestre.

Ces ondulations, partout où elles se produisent, entraînent, par leur composante horizontale, un déplacement, en longitude et en latitude, des points qu'elles affectent, tandis que, par leur compo3ante verticale, elles modifient l'altitude de la terre ferme. L'un et l'autre de ces déplacements influent sur la situation des lignes de rivage, absolument comme un liquide contenu dans une enveloppe variable traduit, par le mouvement de sa surface libre, les modifications survenues dans la forme du récipient. Quant à savoir si, en un point donné, il y a eu réellement un changement d'altitude ou un déplacement horizontal, cela dépend d'observations extrêmement délicates en raison de la petitesse habituelle et de la lenteur de ces mouvements. Il peut d'ailleurs arriver que la ligne de la mer change de place sans qu'une modification quelconque se soit produite dans la situation absolue de la côte qui en subit l'effet. Il suffit pour cela qu'à une certaine distance la courbure de l'océan vienne à changer, le fond s'affaissant ou s'exhaussant de manière à entraîner un déplacement correspondant de la surface libre. On comprend donc que rien ne soit plus délicat que l'appréciation du caractère intrinsèque des déplacements observés. Aussi, jusqu'à nouvel ordre, convient-il de s'abstenir d'aller, dans le détail, beaucoup au delà de leur constatation. Pour nous, il nous suffit pour le moment de les avoir rattachés à un phénomène général, celui des ondulations de l'écorce du globe.

Caractère f^énéral des déplacements. liCnr caase probable. — Voyons maintenant si, des observations recueillies, il ressort pour ces ondulations quelque formule d'un caractère général. Tout d'abord, le grand nombre des faits de ce genre que nous avon^ signalés nous sembJe justifier pleinement l'assertion émise par MM. Suess (2) et TouJa (3), que les changements dans le niveau relatif de la terre et de la mer constituent un phénomène universel, s'ètendant à toute la surface du globe.

Mais si les lignes de rivage se déplacent à peu près partout, ces déplacements, pour un point donné, peuvent s'effectuer tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, quelquefois très lentement et d'autres fois par saccades. Ils ont donc un caractère oscillatoire assez marqué. Par suite, ce que l'on constate aujourd'hui en

(1) Verhandlungen der k. k. geol. Reicfuatutalt, 1880, p. 171.

(2) Loc.cil.

(3) Neueê Jahrbuch, 1881, 1, p. 59.

chaque lieu, quand on compare la situation actuelle du rivage avec ses étals antérieurs, c'est la somme, positive ou négative, d'une série de mouvements successifs qui peuvent n'avoir pas tous été concordants. Seules les obser\'ations de l'avenir, pourvu qu'elles soient conduites avec une suffisante précision, pourront mettre en évidence les divers mouvements élémentaires.

Or il paraît résulter de l'ensemble des faits observés jusqu'ici que la sonmie des déplacements est nettement négative dans les régions voisines du pôle et cela d'autant plus qu'on s'éloigne davantage des latitudes tempérées. Au contraire, dans les régions tropicales, la somme des déplacements est positive, c'est-à-dire que les apparences de submersion l'emportent sur celles d'émersion. La prédominance de ces dernières, dans les régions polaires, est attestée par le développement accentué qu'y prennent les anciennes terrasses littorales, si bien que la disposition en terrasses (terrassirtes Land) (1) a pu être donnée comme caractéristique des hautes latitudes dans l'un comme dans l'autre hémisphère.

On se fera une idée de cette disposition à l'aide de la figure 109, qui représente, d'après M. Kjerulf, l'aspect habituel des terrasses et des anciennes lignes de rivage en Norvège. Chacune des étapes de l'émersion peut se traduire non seulement par une ligne de côte, mais par la stagnation, au même niveau, des eaux douces des vallées, d'où résultent des terrasses d'alluvions, étagées à divers niveaux.

Maintenant, le fait que, môme dans les pays où le sens général de la résul-

Fig. 109. — Disposilion en terrasses des yallées littorales de la Norvège (d'après Kjerulf).

11, 2 3, anciennes lignes de riyage. — 5 5* niveau actuel de la mer. — AB, thalweg actuel. C, débouché d'une vallée latérale.

tante est parfaitement déterminé, les déplacements de signes contraires peuvent alterner ensemble, et cet autre fait que le signe d'un mouvement peut quelquefois changer avec le temps, interdisent d'attriblier ces déplacements à des impulsions verticales directes. Au contraire, ils s'expliquent sans difficulté si on les considère comme la traduction des mouvements généraux d'une écorce soumise à des efforts latéraux de compression, développés par la nécessité où elle se trouve de se plier aux changements de dimension du noyau interne. De cette manière, certaines parties se gonflent en refoulant l'Océan, tandis que d'autres semblent l'attirer dans des sillons qui vont se creusant de plus en plus.

En considérant que les grandes aires d'affaissement comme celles du Pacifique et de la mer de Chine sont limitées, parfois même complètement entourées, par

(l) Suess, loc, cit.

des chaînes volcaniques actives, M. R. Mallet (!) a émis l'opinion que ramplilude des affaissements peut représenter le volume des matériaux rejetés par les volcans. Tel est bien a peu près, en effet, l'aspect sous lequel nous envisageons le phénomène, à celte différence près que, même sans qu'il y eût d'épanchements volcaniques, la contraction déterminée par le refroidissement devrait sufQre pour amener des affaissements. L'important, à nos yeux, est de rattacher les grands mouvements de l'écorce du globe et les manifestations volcaniques au refroidissement progressif du noyau igné. Dans cette notion fondamentale sont contenues en geniie toutes les réactions de la dynamique interne, que seule elle permet de grouper, dans un harmonieux ensemble, autour d'une même idée directrice.

(i) British Association ^ 4'^ Report on Earlhquakes, p. 70.

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