‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 15 sur 483 · DENSITÉ DD GLOBE · texte numérisé non relu

DENSITÉ DD GLOBE

causes d'erreurs accidentelles ou locales. Non seulement lexpérience peut être répétée arec des sphères de diverses natures, sans cesser pour cela de donner des résultats concordants; mais elle dispense Tobservateur de faire aucune hypotltëse sur la forme et la constitution de la partie du massif terrestre qui lavoisine. Elle fournit donc bien un résultat d'ensemble, dont Texactitude ne peut être affectée (|ue par les causes qui, en chaque lieu, modifient plus ou moins l'intensité de la pesanteur.

Cmum d'crre«r p€»s»lM«s. — A cet égard il importe de remarquer qu'il en est de la densité du globe comme de son aplatissement. On en peut déterminer la Taleur moyenne, mais à la condition de reconnaître que la distribution des densités à l'intérieur du sphéroïde terrestre peut n'être pas la même dans toutes les couches elliptiques successives. Ce sont précisément ces différences qui, combinées avec les variations du rayon, déterminent celles de la gravité et si elles sont assez Cdbles pour ne pas empêcher l'établissement d'une valeur d'ensemble, elles sont susceptibles, en chaque point, d'une signification géologique sérieuse en nous renseignant sur la composition des parties invisibles de l'écorce.

Déjkf en i 755, le savant jésuite Boscovich avait calculé que, si une sphère, ayant un rayond'unmille géographique et une densité moyenne égale à celle de la terre, était placée en un point juste au-dessous de la surface, son influence accroîtrait la Iongueurda pendule de g de ligne. De même il évaluait à une ligne l'allongement que le même pendule devrait subir au pôle, si, en ce point, à la profondeur de huit milles géographiques, la densité était double de celle qui prévaut à l'équateur à la même distance de la surface. (Ce résultat a depuis été corrigé par M. Todhunter(i), qui a trouvé que l'allongement devrait être de 1 ligne et demie.) Ce que nous savons de la composition de l'écore terrestre rend des inégalités de ce genre très vraisemblables et ainsi le pendule peut, en chaque point, être soumis, sans qu'il soit possible de le prévoir, à des influences capables d'altérer ses indications.

c— tlMloau. — Quoi qu'il en soit, il demeure avéré que la densité moyenne du globe terrestre est supérieure à cinq fois et demie celle de Teau. Comme d'ailleurs l'eau de mer, dont la densité dépasse peu la valeur de 1, forme une notable portion de l'écorce superficielle ; comme en outre presque toutes les roches ccmnues dans la partie accessible de la croûte solide ont un poids spécifique compris entre 2 et 5, la valeur moyenne de 5,5 exige que la densité des matériaux terrestres augmente beaucoup avec la profondeur. 11 en résulte celte première conséquence, tout à fait en faveur de la fluidité primitive de notre planète, que les éléments du globe sont superposés par ordre de densités. Hais il n'est pas moins légitime d'en concliu*e aussi que les métaux doivent jouer un grand rôle dans la constitution du noyau interne. La géologie nous apprend que les roches basiques et lourdes, qui viennent de la profondeur, se distinguent par leur richesse en composés ferreux incomplètement oxydés. Le magnétisme terrestre trouve d'ailleui*s (i) Eiêtofy of ihe iheories of attraction, LondoD, 1873, 1, 512.

h% MORPHOLOGIE TERRESTRE.

une explication rationnelle dans cette conception, qui tend à assigner à Tintérieur du globe une composition analogue à celle des fers météoriques.

Sans doute on a objecté que, sous la seule influence de la compression produite par son propre poids, une substance aussi légère que Tair serait capable d^acquérir, à 75.000 métrés de la surface, une densité égale à celle du platine. Hais nos expériences de laboratoire ne peuvent rien nous apprendre de sérieux sur ce que deviendrait Tétat physique d'une pareille colonne de matières solides ou liquides, soumise à une température interne dont les effets tendent précisément à annuler ceux de la compression. 11 ne faut pas oublier non plus que le poids des corps est produit par l'attraction qui les sollicite vers le centre de gravité de la terre et qu'au centre même la valeur de cette attraction est nulle, puisque la matière attirante y est réduite à zéro. Enfm la masse des gaz emprisonnés dans les laves que vomissent nos volcans nous enseigne qu'il serait tout à fait imprudent d'assimiler l'intérieur du globe à un bain de métal fondu comme en peuvent contenir les appareils métallurgiques.

Pour toutes ces raisons, il nous semble que la haute valeur de la densité moyenne du globe, comparée à celle de ses éléments superficiels, doit conserver la signification théorique que nous lui avons reconnue. Comme l'aplatissement, elle plaide en faveur de la fluidité originelle de notre teiTe, qui seule pouvait permettre un arrangement des matières conforme à l'ordre croissant des poids spécifiques.

On a cherché, en supposant la densité moyenne du globe égale à 5,5, de quelle façon le poids spécifique des substances terrestres pouvait varier de la surface au centre. Legendre avait imaginé une loi de répartition assez simple, d'après laquelle la densité serait 2,5 à la surface, 8,5 au milieu du rayon et ii,3 au centre. Une loi différente, à laquelle M. Ed. Roche (i) est parvenu en partant de considérations théoriques, lui a donné, à la surface 2,1, au milieu du rayon 8,5, et au centre i0,6.

D'après cela et malgré l'influence de la compression, la densité de la terre, au voisinage du centre, n'atteindrait pas celle du plomb. Peut-être n'est-il pas téméraire d'en conclure que les gaz doivent jouer un rôle assez important dans la constitution du noyau terrestre, supposé liquide. Ces gaz, à l'état de dissolution dans la masse fondue, auraient, grâce à la haute température de cette masse, une tension considérable, qui contrebalancerait les effets de la compressibilité.

(1) Radau : ConulUution intérieure de la terre. Paris, iSSO.

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