A. PROCÉDÉS MÉCANIQUES ET CHIMIQUES
I maeroAcoptqwe. — L*étude des roches offre parfois de grandes difficultés en raison de la petitesse des éléments constituants. Très souvent ]e gi*ain est tellement fin qu'une forte loupe ne parvient pas à le résoudre et pendant longtemps on n'a eu d'autre ressource que l'analyse chimique en bloc pour pouvoir hasarder quelques conjectures plausibles sur la nature des espèces minérales formant la pâte des roches compactes.
La première épreuve à laquelle une roche doive être soumise est l'examen macroscopique, c'est-à-dire à l'œil nu ou simplement armé de la loupe. Quand le grain est suffisanmient gros, cet examen permet à un minéralogiste exercé de reconnaître les espèces. Il peut alors les isoler en cassant la roche et s'assurer de l'identité de chacune d'elles par ses caractères extérieurs, sa dureté, sa manière d'être en présence du chalumeau ou sous l'action de quelques réactifs simples, enfin, s'il est nécessaire, par une analyse chimique complète. Après quoi il ne reste plus qu'à évaluer par des pesées la proportion relative des éléments constituants. Mais outre que cette méthode n'est pas applicable aux roches à grain fin, elle ne peut fournir aucune indication sur les substances, parfois très intéressantes, qui sont interposées dans les minéraux eux-mêmes à titre de menues inclusions.
Examen mlcroscopiqae simple. Ses diffienltés. — En présence d une roche rebelle à l'examen macroscopique, il semble que le microscope doive offrir une ressource suffisante. Mais ici se présente une difficulté qui, pendant longtemps, a empêché l'emploi de cet instrument. L'éclat des images s'affaiblissant à mesure que le grossissement est plus intense, une plaque de roche placée sous le microscope et éclairée par simple réflexion cesse bientôt d'être distincte. 11 faut alors employer une plaque assez mince pour être transparente et l'éclairer par dessous on y concentrant, à l'aide d'un miroir, un faisceau de rayons lumineux. Mais
dans une plaque mince, les couleurs caractéristiques de presque tous les minéraux s'affaiblissent assez pour n'être plus sensibles à l'œil ; on n*a donc dans le champ de l'instrument qu'une masse incolore, parcourue par un réseau de lignes droites ou courbes parmi lesquelles les fêlures des minéraux ne se distinguent pas de leurs contours extérieurs. Tel est le motif qui a empêché l'application fructueuse du microscope à l'étude des roches, avant qu'on eût songé à l'emploi de la lumière polarisée, dont il sera question plus loin. Aussi longtemps que cette précieuse ressource a fait défaut, il a fallu recourir à des procédés spéciaux pour isoler, autant que possible, les minéraux constituants des roches à grain fin.
Séparation méeaniqae des éléments. — Dans CCtle YUe, le but à poursuivre est d'obtenir, de chaque espèce, une provision suffisante et assez homogène pour qu'on en puisse entreprendre l'analyse chimique quantitative. Plusieurs méthodes peuvent conduire à ce résultat.
L'une des plus ingénieuses, mais qui n'est applicable qu'aux minéraux contenant une notable proportion de fer, est l'emploi graduel d'un électro-aimant de puissance variable. Tandis qu'un barreau aimanté n'enlève à une roche pulvérisée que le fer oxydulé, deux ou trois éléments Bunsen grand modèle, mis en relation avec un électro-aimant, sufBsent pour lui permettre d'extraire l'hornblende, l'augite et le péridot ; huit éléments sont nécessaires pour les minéraux moins riches en fer et une machine Gramme, mue par un moteur à gaz, permet de recueillir en quelques instants tout le mica ferro-magnésien d'un granité (1), quoique d'ordinaire ce minéral ne contienne pas plus de 13 Vo d'oxyde de fer.
Les méthodes d'une application générale sont fondées sur une préparation mécanique analogue à celle qu'on fait subir aux minerais pour se débarrasser de leurs gangues. Si, sur un plan incliné, on étale une certaine quantité d'une roche finement pulvérisée et qu'on la soumette à l'aqtion d'un courant d'eau, les éléments les plus légers seront entraînés plus loin que les autres et, au bout de quelque temps, il pourra rester sur la plaque une série de bandes successives assez homogènes. On peut aussi, dans des appareils de verre conmie ceux qu'a imaginés M. Thoulet, soumettre une provision de poudre de roche à l'action d'un courant d'eau ascendant de vitesse déterminée, de manière à obtenir ime suite de dépôts superposés, dont chacun sera étudié à part.
Emploi des liqueurs titrées. — Mais il est des cas OÙ les minéraux qu'il est opportun de séparer ont des densités trop peu différentes pour qu'une préparation mécanique de celte nature, appliquée à des granules de dimensions nécessairement assez inégales, en opère le classement. On peut parer à cette difficulté à l'aide de liqueurs titrées, beaucoup plus denses que l'eau et dans lesquelles on cherche à mettre en suspension les éléments de la roche pulvérisée. Voici, par exemple, le procédé employé par M. Thoulet.
On prépare ime solution saturée d'iodure de potassium et d'iodure de mercure, qui atteint, à la température de 11*>, une densité de 2,77, suffisante pour
(1) Fouqué et Michel-LéTy, Minéralogie micrographique ^ p. 115.