CHAPITRE III
Après avoir étudié les traits principaux de la répartition superficielle des continents et des océans, il convient d'examiner les conditions générales du relief de la terre, qu'il s'agisse des parties positives de ce relief, c'est-à-dire de celles qui dépassent le niveau de la mer, ou des parties qu'on peut appeler négatives et qui, servant de zones de concentration à l'élément liquide, déterminent les profondeurs océaniques. Avant tout il y a lieu d'évaluer l'impoilance absolue de ces deux sortes d'éléments. C'est ce que nous allons faire en commençant par les continents.
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Faible importanee d« reHet ««rresire. — Quelque profonde que soit l'impression produite sur nous par la vue d'une chaîne de montagnes, surtout quand «lie se dresse, comme la ligne des Pyrénées, à l'horizon d'une plaine unie et de faible altitude, il n'en est pas moins vrai que les points les plus élevés de la surface terrestre ne dépassent le niveau de la mer que d'une insignifiante fraction du rayon de notre globe. La plus haute cime connue, le Gaurisankar, situé dans l'Himalaya, atteint 8840 mètres, c'est-à-dire ^ du rayon terrestre. Le Mont Blanc, avec ses 48i0 mètres, n'en représente que j^. Ainsi, sur un globe d'un mètre de rayon, la plus forte saillie de la terre serait figurée par un peu moins d'un mUlimètreetdemif ce qui a fait dire avec raison que les inégalités de la surface de notre planète sont à peu prés du même ordre que les aspérités d'une <2oquille d'œuf.
D'ailleurs ces hautes montagnes sont à l'état de très rares exceptions. Les chaînes au milieu desquelles elles se dressent n'occupent elles-mêmes qu'une faible portion de la superficie terrestre et la plus grande partie de nos continents appartient à des régions de beaucoup moindre altitude. On peut donc conjecturer à priori que le volume des terres émergées n'a qu'une faible importance et que, en répartissant d'une manière uniforme, sur tous les continents, la masse des inégalités dont leur surface est parsemée, on formerait un plateau bien peu élevé au-dessus de l'Océan. C'est ce dont un examen attentif va nous convaincre, en permettant de fixer approximativement l'altitude de ce plateau hypothétique.
AltUnde moyeiiBe des eontlnent». — La première détermination de l'altitude moyenne de la terre ferme est due à Humboldt. La méthode employée par ce savant consistait à mener, à travers les continents, une série de coupes verticales suivant des plans parallèles entre eux et à évaluer la surface comprise, pour chaque
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seetion, entre le profil du sol et la ligne représentant le niveau de la mer. La moTenne arithmétique des surfaces de deux coupes consécutives, multipliée par la superficie de la bande comprise entre les deux lignes de coupes, pouvait être considérée comme exprimant le volume de la portion correspondante du continent. 11 suffisait alors d*additionner tous les volumes élémentaires ainsi obtenus et de diviser le total par la superficie de Tensemble continental. Par ce moyen, Humboldt était arrivé aux chiffres suivants (1) :
Europe 205" Amérique du nord 228"
Asie 355" Améiique du sud 351*
Ensemble des terres 306".
D après cela, la surface de la terre ferme, supposée poui*vue d*un relief uniforme, eût à peine dépassé de trois cents mètres le niveau de l'océan.
Ce nombre est certainement trop faible. On n*en saurait faire un grief à Humboldt; car à Tépoque où il l'établissait, la connaissance du globe terrestre était encore bien imparfaite et lui-même avait dû déterminer, par des observations personnelles, un bon nombre des altitudes dont il s'était servi pour dresser ses profils. Les choses ont aujourdliui changé de face et, grâce aux progrès de la géographie, on peut, sans trop de témérité, entreprendre une détermination nouvelle. C'est ce que nous allons tenter de faire, en nous appuyant sur les cartes hypsométriques qui ont cours dans l'enseignement. Sans doute, en dehors de FEurope, dont le relief est bien connu désormais, ces docmnents ne représentent qu une première approximation et les chiffres qui en résulteront ne doivent être acceptés qu'à titre provisoire. Néanmoins, en complétant, à l'aide des cartes de l'excellent atlas de Stieler, les docmnents d'ensemble publiés par HH. de Sydow et Levasseur, nous croyons qu'on peut approcher asseï près de la vérité.
EmsI d'uM ■•«▼•lie éTai«att«m. — Cherchons d'abord à évaluer l'altitude moyenne de chacune des cinq parties du monde, en distinguant les zones d'altitude de 0 à 200 mètres, de 200 à 500, de 500 à 1000, de 1000 à 2000, de 2000 el au-dessus et évaluant la surface de chaque zone (2). Cette surface étant déterminée, il convient d'y aflecter un chiffre d'altitude moyenne : or la moyenne arithmétique entre les altitudes des deux courbes qui limitent une zone serait, en général, trop élevée, car l'expérience prouve que la pente augmente d'ordiiiaii^ avec l'altitude absolue. Sauf pour la première zone, où le chiffre de 100 mètres parait convenable, en raison du grand nombre de cétes qui finissent brusquement à la mer par des falaises, nous adopterons les chiffres suivants, inférieurs à la moyenne arithmétique.
Zone n (200 à 500-) 300". — III (500 à 1000-) 700-. — IV (1000 à 2000-) 1300-.
Quant à la zone V, le chiffre admis sera tantôt 2000, tantôt 2500, tantôt 3000, suivant les cas particuliers.
(i) Reclus : Le9 coniinenU, 89.
(2) Pour cette èvaluatioii, nous avons décalqué les courbes de nitean sur un papier quadrillé au miniroètre et le nombre des carrés contenus entre deux courbes consécutives a été pris pour la sorfàice de la zone intermédiaire.
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Mais en même temps, afin d'avoir \in minimum, nous calculerons aussi Taltitude moyenne, pour le cas où Ton ne donnerait à chaque zone, (à rexcepiion de la première), que Taltitude de sa limite inférieure.
Cela posé, voici les résultats obtenus pour diverses contrées: