SYNCHRONISME ET ÉQUIVALENCE DES COUCHES
suivant une certaine courbe et en menant en A la tangente à cette dernière, on aurait Y inclinaison de la couche au point en question/Mais en général il ne sera pas nécessaire de procéder avec autant de rigueur. La plupart du temps le changement de direction des couches est assez progressif pour que, en chaque point, Télément de surface que Ton considère diffère très peu d'un plan. Il suffit donc d'estimer à Fœil la position de l'horizontale de ce plan et d'en mesurer l'orientation à la boussole.
11 est commode, en pareil cas, de compter les angles de zéro à 560 degrés dans le sens direct, c'est-à-dire celui de la marche des aiguilles d'une montre, au lieu de chercher â les évaluer dans chaque quadrant, de zéro à 45 ou 90 degrés, relativement à l'un des quatre points cardinaux. De cette manière, l'indication d'un seul nombre suffit pour faire connaître, non seulement l'orientation de la couche par rapport au méridien magnétique, mais encore le sens dans lequel cette orientation a été mesurée sur le terrain. Par exemple, dire qu'une couche est dirigée i\l^ signifie que la direction mesurée fait avec le méridien, en marchant de gauche à droite à partir du nord, un angle de 117^. Cette orientation équivaut à Est 27° Sud ou à Nord OS*» ouest. Si on l'avait obsei^vée dans l'autre sens, on eût obtenu 117<>-|-180«=297^
Pour pouvoir procéder aune lecture immédiate et n'avoir pas d'autre transformation à faire que celle qui résulte de la déclinaison magnétique, on doit se servir d'une boussole graduée de zéro à 360 degrés dans le sens inverse, en faisant coïncider la ligne 0® — iSO® avec la direction à mesurer. Il convient que la boussole ait un cadre carré, dont un des côtés puisse s'appliquer contre le plan de la couche, et soit munie d'un petit pendule permettant de mesurer l'inclinaison. Cette dernière doit d'ailleurs être cherchée suivant la ligne de plus grande pente du plan de la couche et non suivant l'intersection de ce dernier avec les escarpements naturels ou artificiels, dont le plan peut n'être pas du tout perpendiculaire à la ligne de direction.
En relevant ainsi les éléments d'une surface géologique partout où elle est directement observable, ou encore dans tous les points où l'on connaît avec exactitude la position d'une autre assise séparée de la première par un intervalle connu, on peut déterminer, avec assez de probabilité, ce que devient |a surface dans les parties où elle est masquée par le terrain superficiel et de cette manière, à la condition d'avoir bien clioisi la couche de repère, le travail de la stratigraphie devient une simple opération de géométrie.
Failles. — Mais cette représentation des surfaces, toujours fondée sur l'hypothèse de leur continuité, suppose qu'il n'y a pas de Fig. i59. - Exemple de fiiiie.
failles, c'est-à-dire de cassures accompagnées de rejets, pouvant mettre en contact immédiat (fig. 159) des couches très différentes, sans que, bien souvent,
654 FORMATIONS SÉDIMENTÂIRES.
on en soit averti par l'aspect du sol. Si cette circonstance se présente, la stratigraphie se complique singulièrement et peut offrir parfois des problèmes insolubles. Même dans les contrées dépourvues de failles, lorsqu^il existe des plis
renversés (fig. 160) et que la tète de ces plis a été enlevée par érosion, en rencontrant sur son che- Fig. 160. - Plis renTcrsés. ^ mi» des assises en concordance
apparente, on peut être exposé à prendre pour des couches différentes, en superposition régulière, les récurrences d'une même assise plusieurs fois recourbée et à exagérer ainsi singulièrement la pui$9anee, c'est-à-dire l'épaisseur de certains systèmes.
Emploi de la paléontoiosie. Espèces earactérlstl^wes. — Dans toUS les cas de ce genre, la paléontologie, lorsque son application est possible, devient d'un puissant secours en permettant d'identifier les couches. à l'aide des restes organiques qu'elles renferment. La similitude complète des ensembles organiques n'est d'ailleurs pas absolument nécessaire pour établir le synchronisme des dépôts à distance. Il y a généralement, dans la faune ou la flore d'une assise, des espèces remarquables par leur constance et aussi, quelquefois, par la signification tranchée de leur organisation, qui implique dans le milieu des conditions très spéciales. Ces espèces deviennent, au moins pour une région délerminée, des fossiles caractéristiques d'un horizon. Le critérium qu'elles fournissent est assez sûr, quand il est bien employé, pour faire reconnaître les bouleversements et les renversements des couches ; même il permet très souvent de deviner des failles dont l'état du terrain empêcherait la constatation directe.
Toutefois, l'aire de dispersion d'une même espèce ne s'étend jamais à la surface entière du globe et à une époque donnée, un même ensemble de conditions physiques peut offrir des variations sensibles entre deux points très éloignés l'un de l'autre. Aussi, en raison de l'harmonie qui existe toujours entre les circonstances du milieu ambiant et la constitution des organismes qui l'habitent, il arrivera souvent qu'à une même époque les mêmes types spécifiques présenteront, d'un lieu à un autre, certaines différences de forme. C'est pourquoi la notion des espèces caractéristiques doit être complétée par celle des formes représentatives, en vertu de laquelle des fossiles assez différents pour former, aux yeux des naturalistes, des espèces distinctes, quoique très voisines, peuvent être considérés comme des variétés locales et contemporaines, appartenant à un même type organique.
Étabilssement des périodes. — C'est après avoir constaté, par les moyens qui viennent d'être indiqués, l'étendue, tant horizontale que verticale, ainsi que la valeur, au point de vue paléontologique, des assises homogènes distinguées par lui, que le géologue peut chercher à établir, entre plusieurs assises consécutives, des groupements naturels correspondant à des périodes géologiques. Cela suppose que l'histoire du globe est, comme celle de l'humanité, susceptible
SYiNGHRONlSME ET ËQUIYALENGE DES COUGUES. 655
de coupures et que, dans la série des événements terrestres, il y en a qui ont la valeur de dates.
Cette induction est assurément justifiée, à condition quon ne cherche pas à étendre trop rigoureusement la signification de toutes les périodes à la surface entière du globe. De même que la division du moyen âge et des temps modernes, légitimement fondée, en ce qui concerne TEurope, sur l'invention de Timprimerie et la découverte de rAmérique, n'a aucun sens quand il s'agit de l'histoire de la Chine ou de celle du Japon, de même une coupure de premier ordre, marquée, dans une région géologique, par une discordance accentuée, tant stratigraphique que paléontologique, s'effacera peu à peu, conune nous l'avons fait voir, dans une certaine direction pour faire place à une série continue d'assises concordantes. Plus on descend dans le détail, et plus cette impossibilité d*établir une série applicable à tout le globe devient manifeste. Autant donc il est convenable, pour une région déterminée, de multiplier les subdivisions, afin de répondre à tous les objets que la géologie doit avoir en vue, autant il faut mettre de largeur dans le choix des périodes d'ensemble.
KotioBs de •yncbronlsme et d'é^nlvalenee. — Il convient aussi de remarquer que la notion du synchrœiisine ne saurait, en géologie, avoir un sens absolu. De ce que deux assises, observées dans deux régions différentes, renferment des faunes tout à fait semblables, il ne s'ensuit pas que leur dépôt corresponde rigoureusement au môme instant de l'histoire du monde. L'identité organique implique seulement l'identité dans les conditions physiques. Or ces conditions peuvent cesser d'exister en un point, tandis qu'elles se transportent en bloc en d'autres points plus ou moins voisins, déterminant une migration correspondante des espèces animales ou végétales. De la sorte, deux groupes reconnus identiques ne représentent pas toujours deux formations synchroniques^ mais bien deux ensembles équivalents et peut-être successifs^ dont l'un, en raison des conditions extérieures, a pu se prolonger au point qu'il occupe beaucoup plus longtemps que l'autre.
Ainsi soient {£\^, 161) deux régions distinctes, 1 et 2, offrant chacune un même système de trois étages tels que A soit l'équivalent de A', B celui de B', et G celui de C. Si l'on affecte à ces trois étages des hauteurs proportionnelles, non à leurs épaisseurs réelles, mais à leurs durées respectives, il pourra très bien arriver que leurs limites
. , , . . -, Fig. 161. — Diagramme re-
lie coïncident pas d une manière rigoureuse. Pourtant, lors laiif aux équitaiences
même que des observations de continuité réussiraient à ^ ©'««'ques.
établir que les premiers lits de A se sont déposés en même temps que les derniers
lits de B', il vaudra généralement mieux, dans l'exécution des cartes géologiques
des régions 1 et 2, placer les limites à la séparation des étages locaux, afin
d'avoir, dans chaque région, des divisions vraiment conformes à son histoire.
656 FORMATIONS SÉDmENTAïRES.
BIvIsloDS foadameatales de la série sédimeotalre. — Sous ces résenes, il est néanmoins possible, si Ton s'en lient aux traits généraux, d'encadrer l'histoire géologique dans une série de grandes divisions , suffisamment reconnaissablés sur tout le globe. Nous allons indiquer sur quels principes ces divisions sont fondées, en nous servant, autant que possible, pour leur désignation, des termes dont le récent Congrès géologique de Bologne a reconunandé Temploi (1).
Le stratigraphe distingue, en dernière analyse, des liU, couches ou strates, caractérisés par la constance de leurs caractères minéralogiques et, s'il y a lieu, par celles de leurs restes fossiles. Ces couches forment des horizons^ d'une étendue d'ailleurs limitée, qu*on peut désigner par le nom de l'espèce fossile la plus typique parmi celles qui composent leur faunule ou leur florule.
Plusieurs couches possédant certains caractères conmiuns se groupent en une assise, dont la faune est caractéristique d'un âge déterminé. Les subdivisions homogènes des assises se succédant les unes aux autres à la manière des zones successives d'une agate ou d'un jaspe, on les désigne souvent, au point de vue paléontologique, sous le nom de zones^ qu'on définit par l'adjonction du nom du fossile dominant.
Les assises, à leur tour, peuvent être réunies en étages, correspondant à des époques (2), sauf, si les circonstances l'exigent, à y introduire des subdivisions sous le nom de sous-étages.
Une réunion homogène et rationnelle de plusieurs étages constitue un système (5) ou terrain, embrassant dans le temps toute une période.
Enfin les systèmes eux-mêmes sont susceptibles de former, par leur réunion, de grands grôUpes, chacun représentant Tensemble des sédiments qui se sonl déposés pendant une ère déterminée.
Tandis que la distinction des lits, celle des assises et souvent même aussi celle des élages peuvent n'avoir qu'une valeur régionale, il est désirable que les systèmes au moins soient applicables à toute l'étendue du globe, à la condition de reconnaître que les limites d'un système donné peuvent varier plus ou moins
(1 ) Session de septembre 1881.
(2) Le mot &*époque n'est peut-être pas très lieureusement choisi pour désigner une succession d'âges; car, au point de vue grammatical, ce mot doit être appliqué à un moment défini de l'histoire. Néanmoins et faute d'une richesse de termes que notre langue ne comporte pas, nous nous en tiendrons à cette désignation.
(3) On a fait au mot de syêtème, adopté par le Congrès de Bologne, une objection fondée sur ce que cette expression s^applique phitôt, dans le langage usuel, à un assemblage de propositions et de principes enchaînés entre eux. Nais, d'une part, ce mot a l'avantage de pouvoir être facilement accepté par les géologues étrangers et, d'autre part, le sens qui lui est ici donné est parfaitement conforme aux traditions de la science. Ainsi le Dictionnaire de l'Académie définit le Système, t^n Histoire naturelle, une diHribulion méthodiçtte et artificielle des êtret^ propre à en faciliter r étude et il ajoute que ce mot signifie aussi Msemblage de corp$, réunion des parties d'un louL Il est d'ailleurs évident que c'est toujours une idée systématique qui préside au groupement de plusieurs étages en un même ensemble. Enfin ceUe expression a fait dans la science, par la pul)lication du livre de M. Barrande sur le Système Silurien de la Bohême^ une apparition assez éclatante pour que, malgré la popularité dont jouit en France le mot de terrain, nous n'ayons aucune répugnance à accepter sur ce point le vote du Congrès Géologique.