‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 197 sur 483 · SYSTÈME SILURIEN · texte numérisé non relu

SYSTÈME SILURIEN

§1 aÉMÉRALlTÉS SUR LA PÉRIODE SILURIEMHB

Caractère* généraux de la période. — Le système silurien (1) forme un ensemble aussi remarquable par la variété des sédiments que par la richesse de sa faune, où tous les embranchements du régne animal sont abondanmient représentés, à l'exception de celui des vertébrés. Ce dernier n apparaît qu'à la partie tout à fait supérieure du système, sous la forme de poissons, dont on connaît une quarantaine d'espèces, tandis que les autres embranchements en comptent au moins dix mille, avec prépondérance des trilobites, des céphalopodes, des brachiopodes et des lamellibranches.

Les conditions de la formation des dépôts paraissent avoir été tout à fait normales. On y observe toutes les espèces ordinaires de roches sédimentaires, grès,

(1) Ainsi nommé par Sii* R. Murchison en souvenir des Silures, qui habitaient autrefois la partie de l'Angleterre où ce système est le plus développé.

PÉRIODE SILURIENNE. 677

conglomérais, argiles, schistes, calcaires et, au moins dans les régions où, comme en Russie, aucune action mécanique n*est venue déranger Tassiette primitive des couches, celles-ci ont conservé une composition originelle qui ne permet pas de les distinguer des formations les plus modernes. A part quelques exceptions, Télément cristallin contemporain du dépôt, si abondant parmi les roches cambriennes, fait ici défaut et quand des cristaux se sont développés dans la masse des sédiments, il est toujours facile d*en reconnaître la source extérieure, soit dans le voisinage d*une roche d*épanchement, soit dans le métamorphisme mécanique déterminé par les dislocations que le terrain a âtibies.

Ainsi il est probable que dés le début de la période silurienne, les océans avaient acquis une composition à peu près identique avec celle quMls ont aujourd'hui. Leur étendue était d ailleurs considérable et la division en bassins, autant ' qu'on en peut juger par la distribution géographique des faunes, était infiniment moins accentuée que de nos jours. Tandis que la période primordiale n'offre guère que des espèces littorales, la faune silurienne comprend des familles qui s'accommodent d'eaux plus profondes. Néanmoins les formations de plages dominent encore et, ce qui le prouve, c'est la grande étendue occupée par chaque nature de dépôts. A l'heure présente les dépôts littoraux ne forment guère qu'une mince frange autour de continents bien définis; au contraire, l'étude des sédiments siluriens nous montre, la plupart du temps, des rivages très instables, constamment remaniés par une mer qui, au lieu de côtes élevées, ne rencontrait devant elle que des plages marécageuses et incertaines. Les rides dues au clapotement des vagues y abondent, ainsi que les fentes de retrait produites par le dessèchement des argiles et moulées ultérieurement par du grès qui est venu les recouvrir.

En tout cas c'est toujours le faciès marin qui domine sans partage ; à peine, au sommet du silurien, voit-on apparaître quelques plantes terrestres, et si des mollusques ont alors habité la terre ferme, du moins leurs dépouilles n'ont pas pu arriver jusqu'à nous.

MtIsIobs du système. » Depuis 1846, M. Barrande a nettement établi la division de la faune silurienne (non compris la faune primordiale, que nous en avons détachée pour la ranger avec le cambrien) en deux groupes : la faune seconde où dominent encore les trilobites, tandis que les céphalopodes y sont très peu représentés, et la faune iromème^ remarquablement riche en céphalopodes à coquilles droites ou enroulées ainsi qu'en brachiopodes et contenant de nombreux genres de trilobites qui lui sont propres.

La faune seconde étant celle qui caractérise les grés de l'Armorique ainsi que les schistes ardoisiers d'Angers, de Vitré et de tant de points de la Bretagne, nous donnerons à l'étage qui la contient le nom d'étage armoricain^ tandis que celui d'étage bohémien sera appliqué aux couches qui renferment la faune troisième, magnifiquement développée en Bohême et si magistralement décrite par M. Barrande. Notre étage armoricain représentera ainsi le groupe siluto-cambrien que

M. SteiTy-Hunt avait proposé d'établir avec la faune seconde, pour rappeler que, dans l'origine, ces assises étaient comprises dans le cambrien de Sedgwick. Caractères paiéMttotogiqms. — Conmie dans la faune primordiale, mais

fig. 175.

Pig. 176.

Fig. 179.

Fig.l«,.

Marie Rouault. des schistes armoricains de Bretagne. WenJock. - Fig. m. Lmiymene Arafo».

avec un caractère beaucoup moins exclusif, c'est la famille des trilolntes qui forme le trait dominant de la faune silurienne. En effet les poissons n^paraissent

Pig. 183.

Pfg. 181.

Fig. 182.

Fig. 185. Pig. 186. Fi^. 187.

Fig. 184. Télé de Dalmanite» Uanamanni, Barr., de l'étage G de Bohème. — Pig. 182. Axapkut tyrannut^ Murch., de Llandeilo. — Fig. 185. Trinucleus Pongerardi, Hovault, des schistes araioricaint de BkvUgiM. Fig. 184. lllmnui DavUi, Sait, de l'éUge armoricain d'Angleterre.— Fig. 185. Tête d*Uomanolotua Brow gniarti, DesJong., du grés de May. — Fig. 186. Abdomen iTHomanololus delphinoeephahia, Kostg, éê Diidiey. >- Fig. 187. Abdomtn d'Homanolotus Yiearyi, Sait., du grés d« Maj.

qu^au sommet du système et dans des couches qui établissent son passage an système dévonien.

PÉRIODE SILURIENNE

Les trilobites siluriens appartiennent à un grand nombre de genres» parmi lesquels nous citerons Calymene (fig. 175 à 180), DalmaniUê (fig. 181), Aiophta (Og. 182), lUœnus (fig. 184), Homahnotus (fig. 185 à 187), Trinudeus (fig. 185), Harpex, Bronteus, etc.

Les crustacés sont encore représentés dans la faune silurienne par les Eurypterus et Pterygotus^ ainsi que par des ostracodes, Primiiia, Beyrichia.

Les céphalopodes atteignent, surtout dans la seconde partie de la période* un développement exceptionnel. On en compte plus de 1600 espèces, comprenant surtout les genres cloisonnés de la famille des Nautilides: Nautilus, Orthoceraa (fig. 189, 190), Phragmoceras, Trochoceras, Cyrtoceras (Cig. 188) et quelques Ganiatites, qui ne se montrent que tout à fait au sommet du système. Plusieurs Orlhocéres sont de taille géante et ont jusqu'à 2 métrés de longueur. Les ptéropodes abondent sous la forme de Theca, Ccnutaria (fig. 191), Tenlaculiles.ym^

Fig. i88.

Fig. 189.

Fig. i90.

Fig. 191.

Fig. 188. Cyrtoceras annulatum, Hall, du calcaire de Trenton. — Fig. 189. Orlhocera* bohemicum, Barr., du bohémien des Pyrénées. -- Fig. 190. Orthoceraa regulare^ Schlot., du silurien supérieur de ScandinaTÎe. — Fig. 191. Connlaria pyramidata, Deslong., du grés de Hay.

viennent les gastropodes, représentés par PleuroUmaria^ Murchùoniay Capidm, Turbo, Maclurea, mais surtout les brachiopodes, dont on voit pulluler les genres Lingula^ Atrypa, Orthis (fig. 192), Peniamerut (fig. 193), Spirifer^ Rkynchonella, Strophomena (fig. 195), etc.

Les lamellibranches sont proportionnellement beaucoup moins abondants; avec les Arca, Nucula, Avicula^ Ctenodonta, Redonia, etc., on trouve les Cardiola (fig. 194), dont quelques-unes sont très caractéristiques.

Parmi les échinodermes, il n*y a guère lieu de citer que les crinoîdes et no^ tamment les Cystidées, Echinosphcerites (fig. 196), Cryptocrinus, etc. et les vrais crinotdet^ Periechocrmus, Glyptocrinm, CroUUocrinu»^ etc.

La classe des hydrozoaires figure dans la faune silurienne par Timportante fimiUe des GraptolUkei^ où dominant les genres Monograpùts (fig. 200» 201), Phyhlographit (fig. 204), Didymograptus (fig. 202), Diplogtuptms [ùg. 203), IkutrUei^ (fig. 199), Retiolites. Aux polypiers appartiennent les Halyiites, FavonUê (fig.

197), Omphyma (fig. 198), Cyathaxonia, etc. et aux spongiaires libres ou aux méduses les Àstylospongia.

avec ces fossiles il en est d'autres, souvent très abondants, qui ont été dé-

Pig. 192.

Fig. 193.

Fig. i94.

FIg. 195.

Fig. 196.

Fig. 197.

Fig. 198.

>ig. 192. Orihis eleçantula, Daim., deLudlow.— Fig. 195. Pentameru» galeaiux^ Sow. sp., de V\^enlock. — Fig. 194. Cardiola interruploy Brod., du bohémien. — Fig. 195. Strophomena rhomhoidaln, Watil., de rassise de Wenlock. — Fig. 196. Eitchinosphxriles aurantium, Wahl., du calcaire èOrth. vaginatum de Russie. — Fig. 197. Favosites (Calamopora) gothlandica^ Lam., de Dudley. — Fig. 198. Omphyma turbinai um, Linn., sp., du calcaire de Wenlock.

crits parfois comme des algues, mais qui paraissent être des traces d'organismes divers et spécialement d'annélides et de crustacés. Ce sont les BilobUes, savoir les

Fig. 199.

Fig. 200. Fig. 201.

Fig. «02.

Fig. 206.

Fig. 204,

Fig. 199. Rastriics peregrinus. Ban*, du silurien de Bohême. — Fig. 200. Monograplu* priodon, Bronn. •p., du bohémien. — Fig. 201. Mon. lurriculatus, Barr. de Bohême. — Fig. 202. Didj/mogi-aptut geminus^ flis. sp. de t'élage armoricain. — Fig. 203. Diplograpttts palmeu; Barr. de Bohême. — Fig. 205. Phyllo' graptus tt/pm^ Hall, du groupe de Québec.

Arthrophycus (fig. 205) ou Harlania, Rhysophycus, [Cntziana (fig. 206,207) et les Vexillum^ Nereites, TigilliteSf etc. On remarque que les Bilobites se présentent toujours à Tétat de moules, faisant saillie sur la face inférieure dune plaque de ^rès, à son contact avec une couche de nature argileuse et que ces saillies demicylindriques ne se prolongent jamais dans la masse du grès. Elles s*entrecroisent

PÉRIODE SILURIENNE

d'ailleurs en divers sens, s'effaçanl les unes les autres et sont parfois interrompues par des crêtes rectilignes représentant le remplissage, par la matière des grès, des fentes produites par la dessiccation dans largile sous-jacente. Les Bilobites

Fig. 305.

Fig. 206.

Fig. 207.

Fig. 205. ArlhrophycHs Harlani, Hall, du silurien d'Amérique.— Fig. 206. Cruziana rugoM, d'Orb.. du grés armoricain de Bretagne. — Fig. 207. Cruziana bagnolensùif Mor.,du grés armoricain de Normandie.

sont donc bien, comme la d'ailleurs démontré M. Nathorst, des traces laissées dans la vase par la marche de certains animaux. Les annélides et les crustacés sont ceux qui les reproduisent le plus exactement.

La flore terrestre de la période silurienne est assez pauvre. Elle se réduit à quelques plantes, appartenant surtout à la famille des Lycopodiacées, trouvées généralement à la partie supérieure du système, où elles apparaissent comme les précurseurs de la flore dévonienne. Sans doute, à cette époque, les terres émergées n'occupaient qu'une faible étendue et leurs rivages, sans cesse exposés aux incursions des flots, se prêtaient mal à l'établissement d'une végétation continentale. Cette végétation s'essayait néanmoins, comme en témoignent les plantes recueillies en Amérique dans les assises de Cincinnati et d'Helderberg. Ces plantes sont (1) les Psilophyton gracillimum et P. cornutum (lycopodiacées), Annularia Romingeri eiSphenophyllumprimcevum (calamitoïdes) et Protostigma sigillarotdes.

Un fait remarquable est la façon en quelque sorte subite dont les divers types organiques font leur apparition dans la faune silurienne, i éjà, pendant la période précédente, nous avions vu la faune à paradoxides éclore, en quelque sorte, tout d'un coup après la fin de l'époque ardennaise. 11 en est de même des graptolithes, qui apparaissent subitement et par un grand nombre de types avec le début de l'époque armoricaine et des céphalopodes, qui, à peine annoncés dans la faune seconde, s'épanouissent avec une ampleur iiiouîe dès le commencement de la faune troisiénic. Enfin les poissons, au lieu d'apparaître peu à peu et sporadiquement, indiquent, par la façon dont ils se manifestent au sommet de l'étage bohémien, ce que sera leur développement dans la période suivante.

(1] Lfîsquerenx in American Philot. Society. » GeoL Magazine, 4878, p. 356.

€ftO(JPK PRIMAIRE.

De plus, loin que ces premières éclosions des (aroilles nouvelles se fassent par des types incomplets ou atrophiés, elies ont lieu, au contraire» par des genres physiologiquement très élevés et où la taille des individus est souvent supérieure à ce qu*elle sera dans Tavenir. Tel était le cas des Paradoxides ; tel est aussi celui des orthocères et des céphalopodes enroulés de la faune troisième, enfin des goniatites qu*on voit naitre à la fin de la période. Ces faits ne sont d*ailleurs pas particuliers aux temps siluriens ; plus d*une fois ils se reproduisent dans Thistoire du globe et il est impossible de n'en pas tenir grand compte dans Tappréciafion des lois qui relent le développement de la série organique.

LE STSTfeMB SILUHIBM »AMS L*EUllOPB SBPTEMT1IIOMAI.E

Angleterre. — La Grande Bretagne est la terre classique du silurien. C'est Ik,

dans le Shropshire, que sir Roderick Hurchison en a fait connaître la composition

^ dès 1859. La puissance totale du sys-

Svrrç^ç^S^ïmTriJ téme varie entre 5000 et 6000 mètres

.^^^^^^ et s'il y a des pointa où les assises supérieures reposent en discordance

¥ig. 206. — Coupe prise dans le Sfaropfthirc (ë'apréi ... , . .

Rimsay). — i. Série deLongmynd; 2. LinguU flags; Complète SUr le Cambnen, COmme

3, cooehet de Tremadoc et de Llandeilo; 4. couches «pU ^çf rpnr^opnf^ Aanti la fioiirp ^8

à Penumères; 5, schistes de Wenlock. ^'^ ®^^ représenté Uans la UgUTC ZU5,

il y en a d'autres où, depuis les Lingula flagn jusqu'au dévonien, la série des couches est absolument continue, le passage d'une faune à une autre se faisant de la façon la plus graduelle. Le tableau suivant résume la composition générale du système.

Couche de passage 14. Grès de Downton ayec bone-bed à pois-

(24") sons.

!( supérieure (3t0-*). . 13. Grès nOcacé:

Assise de j , ,.,. ^ -.. . C 12. Calcaire d'Ayraestry.

Ludiow i Inférieure (515-) . . | ^^ ^^^^ ^^ [^^^^^

t supérieure 10. Calcaire de Wenlock ou de Dudley i Ca-

Assise de \ /ymMe Bhmunbaeki,

i^n^rl^^ I WA^ i ^' Schistes de Wenlock.

(800 à 1000-) ( inférieure { g Calcaire de Woolhope.

f 7. Schistes de Tarannon.

Assise de ^"^® ^ S ««Périeure. • • i 6. Grès de May-Hili et calcaire à pcntimères.

Uandoverv < '

^^^^^ (120 à 750^") ( inférieure. ... 5. Sckistes inférieurs de Uandovery.

( Assise de r 4. Grès de Caradoc à rrinurlrti*.

k ^SSS^f i 3. Calcaire de Bala, a Cylidéê.

Étage I POOO-}

armoricain I ^^»^.J 2. Scliistes de Llandeilo, à Ogygia Buchi,

Assise de * Assise i- Couches d'Arenig et de Skiddaw, i

passage d'Arenig Grtptolithes.

Assise de Tremadoc On se rappelle que Tassise de Tremadoc. avec laquelle se termine le système

Page 1