CONDITIONS PHY^QUES DE L*ÉPOQUE HOUILLÈRE
marines contribuent à la môme démonstration. G*est ainsi qu*un grand polypier constructeur, Lithottrotion^ commun à TEurope et aux États-Unis, a été retrouvé dans les régions arctiques, notamment près de la Pointe Barrow. Donc, à cette époque, la mer arctique était une mer à coraux, c'est-à-dire que jamais la température de Teau de la surface n'y descendait au-dessous de H- 20*. D'ailleurs cette haute température des régions polaires ne devait pas nécessairement entraîner une exagération correspondante du climat des tropiques ; car la présence, dans le carbonifère des Andes de la Bolivie, des Productus semireUculatus, P. longtgpinust etc., atteste que la même faune marine et, par conséquent aussi, les mêmes conditions physiques, régnaient de l'équateur jusqu'aux pôles, les mômes espèces ayant été observées par 82« de lat. N.
Nous verrons plus tard à quelle hypothèse on peut recourir pour expliquer un tel résultat. Contentons-nous, pour l'instant, de cette constatation expérimentale, dont on ne saurait méconnaître la haute portée. La moindre conséquence qu'elle entraîne est l'impossibilité d'admettre, avec certains géologues, l'existence de glaciers à l'époque permo-carbonifère. Sous les tropiques, la glace ne peut se former qu'à des hauteurs de plus de 4000 mètres; encore ce chiffre s'applique-t-il à l'atmosphère, relativement pure, qui nous entoure aujourd'hui et si on lui restitue par la pensée l'excès d'acide carbonique qu'elle possédait pendant la période houillère, on reconnaîtra qu'un milieu aussi dense devait mieux emmagasiner la chaleur et reculer encore la limite des neiges persistantes. Hais, sur des continents à peine émergés, d'une étendue encore si restreinte, il n'y avait certainement pas de place pour de hautes chaînes et le relief du globe devait être encore bien peu accusé. Concluons donc que la glace faisait sans doute défaut, aussi bien vers les pôles que dans les latitudes moyennes. Il est d'ailleurs bien inutile de recourir à cet agent pour expliquer la formation des conglomérats houillers et permiens, dont l'arrangement porte les traces évidentes du travail des eaux courantes et ne réclame qu'ime suffisante puissance de ruissellement.
CoBséquenees de la rapide ▼arlatlon des types Tégétaiix. — Un des traits caractéristiques de la période permo-carbonifère est la variation particulièrement rapide que les conditions physiques extérieures ont dû subir pendant la durée de celte phase de l'histoire terrestre.
L'étude des divers types du système nous a montré combien il était difficile d'y établir des subdivisions quand, de la base au sommet, il n'y avait que des calcaires marins. C'est à peine si Tapparition des foraminifères permet de distinguer trois faunes, celle des Productus inférieurs aux fusulines, celle des fiiSU' Unes, enfin la faune permo-carbonifère du Nebraska et des régions arctiques.
Si, de cette circonstance, on rapproche la facilité avec laquelle l'examen de quelques empreintes végétales permet de classer des bassins houillers ou des grès à végétaux complètement isolés, alors que toute donnée stratigraphique fait défaut, il en résulte cette conséquence nécessaire, que les conditions du milieu
(1) De Saporta, le Monde des plantes, p. 139.
océanique ont dû demeurer assez stables, tandis qu*il s^accomplissait, dans Tatmosphère où les plantes terrestres vont puiser leur principale alimentation, des changements marqués et relativement plus rapides qu'à toute autre époque. Ce fait, ajouté à l'absence totale des oiseaux et à la rareté des vertébrés à respiration aérienne, indique bien que la période carbonifère a été celle de la purification de Vatmosphère, L'air, sans doute chargé, à l'origine, d'une notable quantité d'acide carbonique, a cédé son excès de carbone à une puissante végétation, développée, sur les premiers continents définitivement émergés, à la faveur d'une température tropicale et d'une lumière abondante, quoique diffuse. Dans les conditions ordinaires, ces plantes, en se décomposant, eussent restitué à l'atmosphère l'acide carbonique qu'elles lui avaient enlevé. Mais les débris végétaux étaient, au fur et à mesure de leur chute, enfouis sous l'eau et la vase et leur transformation lente, opérée à l'abri de l'air, maintenait dans la houille qui en résultait la presque totalité du carbone. On comprend dès lors que ce changement incessant dans la composition du milieu ambiant et, sans doute aussi, dans le mode de transmission de la lumière, ait dû influer constamment sur la végétation terrestre et que celle-ci ait reflété, par la rapide succession de ses types, les phases diverses de la transformation atmosphérique.
BépartltloB des d^pôu de houille. — De ce que les conditions physiques de l'époque houillère ont été les mêmes sur tout le globe, il ne s'ensuit pas qu'on doive s'attendre à rencontrer de la houille sous toutes les latitudes. En effet, nous avons vu que les plus grandes accumulations de matières végétales s'étaient faites dans des lagunes et, par conséquent, sur le bord des continents existants, à l'intérieur desquels le combustible minéral ne pouvait se former que dans des dépressions assez circonscrites. Le pourtour des continents de l'époque houillère définit donc les espaces où l'on peut aujourd'hui s'attendre à rencontrer du charbon de terre en gisements étendus. Au delà des lagunes, dans la direction du large, il devait se faire exclusivement des dépôts calcaires, comme le calcaire carbonifère et le calcaire à fusulines.
Cela posé, les faits observés permettent de croire qu'une mer immense s'étendait, à l'époque houillère, au nord du 76« parallèle (i). Ce n'est qu'au sud de cette limite, dans les îles Melville, Bathurst et Prince Patrick, qu'on commence à observer des dépôts de houille. On n'en rencontre pas non plus dans les régions tropicales, sans doute immergées à cette époque. D'après cela, une zone s'étendant de l'est à l'ouest sur toute la terre, mais limitée au sud par le 40* et au nord par le 76® parallèle, embrasserait assez exactement toutes les régions de riiémisphère boréal pourvues de combustible permo-carbonifére.
(1) de Saporta, Le Monde des plantée.
TROISIÈME SECTION
GROUPE SECOIVDAIRE OU MÉSOZOIQUE
Caractères généranx et divisions de l'ère secondaire. — Le groupe secotldaire ou mésozoïque comprend les formations sédimentaires qui se sont déposées depuis la purification définitive de l'atmosphère terrestre jusqu'au réveil de l'activité interne. Cette dernière, après avoir été particulièrement efficace à la fin des temps primaires, où des épancliements de porphyres, de trapps et de mélaphyres avaient interrompu à diverses reprises le dépôt des sédiments houillers et permiens, paraît s'être endormie pendant toute la durée de l'ère secondaire, dont le début seul a été marqué par quelques éruptions analogues à celles de l'époque permienne. Durant cette ère de calme, où les fentes de l'écorce se sont tapissées de matières minérales diverses, les vertébrés de la famille des reptiles ont régné en maîtres à la surface du globe ; c'est à peine si l'on retrouve les vestiges de quelques mammifères inférieurs, précurseurs de l'âge à venir et les oiseaux, qui ont apparu vers la fin de cette division des temps géologiques, possèdent des caractères mixtes qui les rapprochent beaucoup des reptiles. La végétation terrestre a perdu la puissance extraordinaire qu'elle avait à l'époque houillère et la prépondérance appartient non plus aux espèces de terres basses et humides, mais à celles de la famille des cycadées et des conifères. Ce n'est que tardivement qu'on voit apparaître les premiers représentants des raonocotytédones et des dicotylédones angiospermes, destinés à prévaloir dans l'ère tertiaire, à la faveur des conditions physiques nouvelles que vont créer, d'une part le relief plus accentué du sol, d'autre part la distribution de plus en plus inégale de la chaleur et de la lumière. En attendant, la flore secondaire offre, comme la faune, un caractère mixte, qui a valu à l'ère correspondante Tépithète de mésophy tique (i) ,
Dans les mers, où le développement des formations calcaires et la rareté relative des conglomérats attestent la tranquillité du régime océanique, on voit prédominer les mollusques et surtout les céphalopodes de la famille des Ammonitidés, qui apparaissent avec le début de l'ère nouvelle, dont ils peuvent d'autant mieux servir à caractériser toutes les phases qu'ils ne doivent pas lui survivre. Enfin la classe des poissons s!enrichit d'un nouveau type, celui des téléostéens ou poissons osseux.
Le groupe secondaire a été divisé en cinq [grands systèmes. Le premier est le système triasique, si intimement lié au permien que quelques géologues n'ont pas cru pouvoir l'en séparer et ont décrit sous le nom de groupe pœcilien
(1) de Saporta, le Monde des plantes.
79S GROUPE SËCONDiORE.
{poikUitic) (1), cet ensemble caractérisé par ses couleurs bariolées. Au-dessus Tient la $érie juroisique^ comprenant le système liasique et le système ooliOdqwe. Enfin Tère se termine avec la série crétacée^ dans laquelle il convient de distinguer un système crétacé inférieur et un système crétacé supérieur.