SYSTÈME TRIASIQUE
§i QÉHÉRALITÉ8 SUR LA PÉHIODB TRIA8I0UB
Caractères céaéraax et divisions de la période. — Le nom de triai a été créé par d*Alberti pour rappeler la division en trois étages dont ce système est susceptible dans les régions classiques de la Souabe, de la Franconie et-de la Lorraine. Hais cette division, qui comporte un étage marin intercalé entre deux formations d*eau douce, est en défaut en beaucoup de points, notamment en Angleterre et elle a singulièrement perdu de sa valeur depuis que l'exploration des massifs montagneux des Alpes, de THimalaya et de la Californie a révélé Texistence d*un faciès marin du système triasique, tout différent de celui qui caractérise le type, jusqu'alors réputé classique» du trias franconien ou vosgien.
C'est justement dans les dépôts alpins du trias que se dessine le caractère spécial de ce système, qui consiste dans l'association de formes paléozoîques, telles que les orthocères et les goniatites, avec de nombreuses formes nettement secondaires, comme les ammonites. Déjà ce caractère de transition avait commencé à se manifester dès le sommet de l'étage permien du Tyrol, dans le calcaire à bellérophons ; il se poursuit jusqu'à la partie supérieure du trias, montrant ainsi qu'entre Tère primaire et l'ère secondaire il n'y a pas eu de révolution brusque, entraînant le renouvellement complet de la vie organique.
Les formations littorales du trias affectent, presque partout, le caractère de grès et d'argiles aux couleurs bariolées. Les teintes vives, surtout le vert et le rouge, y abondent et d'importants massifs de gjpse et de sel gemme sont subordonnés à ce système, qui a vu les dernières éruptions de porphyres quartzifèi'es et de mélaphyres.
Sans attacher à la division du trias une signification aussi absolue qu'on le faisait autrefois, nous distinguerons néanmoins dans ce système trois étages; l'inférieur, si bien développé sous la forme arénacée dans le grès des Vosges et
(1) Nom créé par Conybeare.
PÊKIODfi TRIASIQUfi.
le grès bigarré, formera pour nous Tétage vosgien. Le nom de franconien désignera Tétage moyen, c'est-à-dire le muschelkdlk ou calcaire conchylien des auteurs. Enfin le mot de keuper étant depuis longtemps consacré pour la partie supérieure du système, nous lui donnerons le nom d*étage keupérien (1).
Faaiie et flore trlasl^ne». — Les vertébrés les plus élevés en organisation de la faune triasique sont des reptiles. On a bien signalé un mammifère didelphe au sommet des assises triasiques de rAmérique du Nord ; mais la série jurassique faisant défaut dans cette contrée, il est assez vraisemblable que les dernières couches qu'on y rapporte au trias sont contemporaines de Fétage rhétien, base du système liasique.
Les reptiles triasiques sont de véritables sauriens nageurs, Placodus^ Nothosauras y SimosauruSj de nombreux labyrinthodontes, Chirotherium (fig. 293), TrematosauruSf Mastodonsaurus^ etc., dont les traces de pas sont répandues à profusion dans les sédiments triasiques à faciès littoral ; quelques lacertiens, tels que Belodon et des dinosauriens, c'est-à-dire des reptiles ayant, comme les oiseaux, trois doigts à leurs pieds de derrière, avec une conformation qui -leur permettait de se tenir debout. A ce groupe appartiennent les Megadactyîtis, ClepsysauruSf Batkygnathus, etc., et probablement aussi le Brontosoum (flg. 294],
Fig. 295. Fig. 894.
Fig. 293. Traces de Chirotherium du grès bigarre. — Fig. 29-1. Traces de Bronloxoum giganteum^ HK, du trias supérieur, avec empreintes de gouttes de pluie.
malgré la grande analogie de ses traces avec celles des oiseaux. Du reste, plusieurs des labyrinthodontes triasiques du Gonnecticut, tels que Anisopus et Otozounit étaient certainement bipèdes.
(i) D'Orbigny ne disting^uait dans le trias que deux étages : le conchylien , comprenant le grès bigarré avec le muscbelkalk et le saliférien^ formé du keuper, et ainsi nommé à cause des gisements de sel qu'il renferme en Lorraine.
11 convient aussi de ranger parmi les reptiles des temps triasiques un certain nombre de thériodontes^ sortes de précurseurs des mammifères monotrômes et déjà signalés comme ayant apparu dans la faune permienne (1).
Les poissons offrent encore des ganoïdes hétérocerques, mais à queue moins dissymétrique et à colonne vertébrale plus complètement ossifiée que chez les ganoïdes paléozoîques. Avec eux se montrent des représentants du groupe actuel des dipnoés, curieux par la constitution de leurs nageoires, qui rappellent les membres des cétacés et pourvus, en outre des branchies, de poumons qui leur permettent de vivre dans la vase desséchée. De ce nombre est le Ceratodm, ce genre singulier qui semble s*étre conservé jusqu'à nos jours dans les rivières australiennes. Enfin si les poissons osseux font encore défaut, les squales, sélaciens et ceslracions, sont représentés par Acrodus^ Hybodtis (fig. 295), Saurichthya.
Fig. 295.
Fig. 296.
Fig. 298.
Fig. 299.
Fig. 295. Hybodus plicotilia, Ag., du muschelkalk allemand. — Fig. 296. Estheria minuta, Alb., du keuper. — Fig. 297. Ammonites (Trachycera») .4 on., Munster, du keuper alpin. — Fig. 298. .\mm. tof natuSf Brann, du même gisement. — Fig. 299. Cerntites nodoaus, Haan, du muschelkalk.
Les articulés, si Ton en excepte les ostracodes, notamment les Estheria (fig. 296), jouent dans la faune triasique un rôle assez effacé. En revanche, les ammonitidés, qui s'y montrent pour la première fois, atteignent de suite, à en juger par les formes alpines à' Ammonites [H^, 297, 298) et parles Ceratites (fig. 299) du trias franconien, une remarquable expansion. Les nautiles sont déjà en décadence, mais plusieurs types d'Orthoceras et de Goniatites persistent encore.
Des brachiopodes du genre paléozoïque Spirifer (fig. 30i) se montrent associés aux Lingnla, Retzia (fig. 30i) et Cœnothyris {Terebrattda vulgaris) (fig. 50i). La famille des ostracés fait sa première apparition, en compagnie de nombreux acé-
(i) Voir flfi/tf, p. 731.
PËRJODE TRIÂSIQUE.
phalés des genres Pecten, Posidonia (flg. 300), Cardita((ig. 305), Limay Gervillia (Hômesia) (fig. 304), Myacitesy %opAoria(fig.305), Trigonodus, Monotis (ûg. 302), Halobia [Daonella) (fig. 306), Megdbdus.
Fig. 301.
Fig. 302.
Fig. 300. Posidonia Clarx, Emm., du rôth alpin. — Fig. 501. a, Terebratula {Cœnoihyrix) vulgarisa Scblot; b, Retzia trigonella^ Schlot; c, Spirifer Meutzeli, Dunk.; d, Rhynchonella Mentxelij v. Buch, du muschelkalk. — Fig. 502. Monotis salinaria, Bronn, du keuper alpin.
Bien que d'importants massifs calcaires du trias soient regardés par plusieurs géologues comme des récifs coralliens, les restes de polypiers sont rares dans ce système. En revanche, les crinoïdes abondent, notamment Encrinus liliifor' mis (flg. 307).
La flore triasique n'a pas de caractères bien nettement tranchés; elle corres-
Fjg. 303.
Fig. soi.
Fig. 503.
Fig. 506.
Fig. 507.
Fig. 305. Cardita crenata, Uûnst., du keuper alpin. — Fig. 304. Gervillia {Hômesia) socialis, Qucnst., du muschelkalk. — Fig. 305. Myophoria Kefersieini, Goldf., du keuper alpin. — Fig. 506. Halobia [Daonella) Lommeli, Wism., du trias alpin. ~ Fig. 307. Encrinus liliiformis, Lam., du muschelkalk.
pond à une époque de transition ; les sélaginées ont disparu, aussi bien que les sigillaires; en revanche les conifères, les cycadées et les fougères arborescentes abondent^dans les forêts de la période. A la première famille appartient le genre
typique VolUia (fig. 308), analogue au cyprès, ainsi que le genre Alberiia^ de la famille des abiétidées, tandis que Pterophyllum (fig.SiO] représente les cycadées, les principales fougères appartenant aux genres Anomopteris, Clathropterii, Cau^
Fig. 308.
Fig. 310.
Fig. 306. VoUxta heterophylla, Brongt, du grés bigarré. — Fig. 309. Tœniopteris tuperba, Sêp., du keaper. Fig. 310. Pterophyllum Jaegeri, Brongt., du keuper.
lopteris, Pecopieris, Tœniopteris [Vig. 509). Quant aux équisétacées , le genre CalamiteSf si abondant aux époques houillère et permienne, est remplacé par de véritables Equisetum, auxquels s'associent des Schizoneura.