SÉRIE CRÉTACÉE : P SYSTÈME INFRACRÉTACE
QtntWiAIslTtU SUR liA PÉRIODE INFRACRÉTACÉB
Caractères généraux et divisions de la période. — A la série jurassique succède la série crétacée, susceptible, comme la précédente, d'une double division. Pendant la première partie de cette phase de l'histoire du globe, le mouvement d'émersion des latitudes élevées de l'Europe, qui avait été le trait domi-
(\) Waagen, in fieues Jahrb., 1872, p. 984.
(2) Whileaves, Anieric. Journal, 3* série, XYI, p 71.
(3) Steinmann, Newn Jahrbuch, 1 Beilageband (1881).
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nant de la période oolitbique, s^accentue au point que les sédiments d*eau douce remportent de beaucoup sur les dépôts marins. Durant ce temps, les formations de la région méditerranéenne gardent le caractère pélagique et de véritables récifs, analogues à ceux de Toolithe, s'y élèvent en divers points. Par contre, la période suivante voit l'Europe septentrionale s*abîmer, en quelque sorte, sous les eaux marines, et ne plus guère recevoir de dépôts que ceux où l'action sédimentaire est sensiblement dépassée en intensité par celle des organismes microscopiques. En revanche, les mers subalpines semblent moins ouvertes et après que la grande famille des rudisles y a édifié ses puissantes constmctions, des symptômes d'émersion se produisent autour de la Provence et des Pyrénées.
Les temps crétacés doivent donc être divisés en deux périodes; c'est dans la seconde que se montre la ci^aie, cette roche tendre et traçante qui a mérité de donner son nom à la série. Par suite nous laisserons au système qui la représente le nom de système crétacé et les dépôts de la première période, desquels nous allons maintenant parler, constitueront pour nous le système infracrétacé.
Nous diviserons ce système, avec d'Orbigny, en quatre étages : à la base le néocomien, ainsi nommé de Neuchâtel en Suisse; puis Yurgonien^ qui tire son nom d'Orgon, près d'Arles; ensuite ïaptieity développé aux environs d'Apt; enfin Yalbien, dont le type a été choisi dans le département de TAube.
La période infracrétacée se relie assez étroitement, par l'ensemble de ses caractères, à celle qui l'a précédée. Sa flore, où dominent les cycadées et les conifères et où les dicotylédones angiospermes sont encore inconnues, est une flore jurassique (i). Si des pins, des sapins et des cèdres s'y montrent associés aux types tropicaux, cette association prévaut aussi bien près du pôle, au Groenland, que dans l'Europe centrale et atteste que les climats devaient offrir encore une grande uniformité. Toutefois, on ne peut manquer d'être frappé de ce fait que les formations de polypiers qui, pendant la période oolithique, s'avançaient jusque dans le Yorkshire, par plus de b¥ de lat. N., ont sensiblement reculé vers le sud; car les calcaires à réquiénies (caprotines), qui sont, pour la période infracrétacée, l'équivalent des calcaires à dicérates,, ne se montrent guère que dans la zone méditerranéenne. 11 ne semble donc pas excessif d'en conclure que déjà les conditions tropicales, qui seules conviennent aux formations coralligènes, avaient abandonné la partie septentrionale de notre hémisphère.
L'empire de la terre ferme, durant cette période, parait avoir appartenu aux grands dinosauriens bipèdes, pourvus de caractères mixtes qui les font participer à la fois des mammifères, des oiseaux et des reptiles. Quant aux animaux marins, à part la prépondérance relative des céphalopodes à tours déroulés, on peut dire qu'ils ne font que continuer les types oolithiques.
Néanmoins, comme un changement considérable se produit dès le début de la période suivante, on doit penser que la fin des temps infracrétacés a vu se pro-
(1) De Saportt, Le monde des plantes, p. 194.
duire des modifications importantes, dont l'exacte appréciation ne sera possible que le jour où l'on connaîtra des dépôts terrestres de cette dernière époque.
En tout cas on peut noter, comme un trait caractéristique des assises supérieures du système, l'abondance exceptionnelle, dans toute l'Europe septentrionale, des gisements de phosphate de chaux ferrifére en nodules concrétionnés.
Favne iafraerétaeée. — Les restes de mammifères faisant défaut dans les dépôts infracrétacés, il n'est pas possible de savoir si des types nouveaux ont
fiô'. -41,.
tijj. 414. tig. 416. Fig. 417.
rig. 414. Dent é'iguanodon Manfelli, Myr., du wealdien. — Fig. 415. Cypri* Wealdensiê, Sow., du we^Idien. - Fig. 416. Ammonites {Hoplites) Deshnyrsi, Leym., de Taplien. — Fig. 417. Amm. {Hoplites) radiatus. Drug., du néocomien.
succédé A ceux du Purbeck. Au nombre des reptiles, à côté de tortues, de crocodiles et de représentants attardés des genres Plesiosaurusy Ichthyosaurus, PterodactyluSy on voit surtout dominer le genre Iguanodon. Ce dinosaurien, dont l'annlomie entière a pu être reconstituée, grâce à une trouvaille d'une impor-
F.g. 418. Fig. 419. Fig. 4*».
Fig. 418. .4mm. [Olcostejthanus) Astirrinnus, d'Orb., du néocomien. — Fig. 419. Amm. (Acanthoceras) mamillaris, Brug., de l'albien inrérieur. — Fig. 420. Amm. (Hoplites) interruptus, Brug., de Talbien.
tance exceptionnelle, récemment faite en Belgique, atteignait 10 ou 12 mètres de longueur; muni d'une queue gigantesque, sur laquelle il pouvait s'appuyer, il se tenait vraisemblablement sur ses énormes pieds à trois doigts, tandis qu'avec ses membres antérieurs, bien moins développés, il embrassait le tronc des arbres, dont il mangeait les feuilles avec ses dents pourvues de replis (fig. i\A).
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Les crustacés offrent, dans les eaux douces, de nombreux individus de Cyprls (fig. 415) et, dans les eaux marines, des crabes tels que PalœocorysteSy Meyeriay etc.
Paimi les mollusques, les céphalopodes jouent encore un rôle très important.
Fig. 423. Fig. 424.
Fig. 421. Ammonitex (Hoplites) lanlits, Park., d<» Tnlbien. — Fig. 422. Amm. (noplites?) noricus, Schloth. de Taplien. — Fip. 423. Hamilen atteituntus, Sow., de l'albien. — Fig. 424. Ancyloceras {Crioceras} Matheronianus, d'Otb., de l'aptien.
Les ammonites (fig. 416 à 422) sont nombreuses, représentées surtout par le& sous-genres Hoplites (Cig. 417), Olcostephantm (fig. 418), Acanthoceras (fig. 419).
Fig. 42j. Fig. 426. Fig. 427. Fig. 428.
Fig. 425. Crioceras Duvali, Lév., du néocomien. — Fig. 426. Tut^ilttes catenatuSf d'Orb., de l'albien.— Fig. 427. Belemniies {Duvalia) Inlus, Blainv., du néocomien (le lest est fendillé). — Fig. 428. Belemnites (Ihivalia) Emerici, Rasp., du néocomien.
Avec elles apparaissent beaucoup de céphalopodes à tours disjoints ou enroulés en hélice, Crioceras (Ancyloceras) (ùg. 424, 425), Hamites (fig. 425), Turriliies
(fig. 426). Les Bélemniles (fig. 427 à 430), très répandues, offrent beaucoup d'espèces aplaties, du sous-genre Duvalia.
Dans le groupe des acéphales se montrent en abondance les Inoceramux (fig. 431, 432), Trigoyiia (fig. 433), Ostrea (fig. 435, 437, 438}, Perna(ûg. 436).
fil
Fig. 431.
Fig. 432.
Fig. 429. Fig. 430. Fig. 433. Fig. 434.
Fig. 429. Belemniien minimus, Lisler, de Valhien. — Fig. 430. Bel. (Duvalia) dilataiti*, Blainv., du néocomien. — Fig. 431. Inoceramus concentricuitt Park., de l'albien. — Fig. 432. Inoc. aulcatus^ Park., de l'albien. — Fig. 433. Trigonia caudata, Ag., de l'albien. — Fig. -134. Unio WealdensU, Mant., du wealdien.
Janira (Cig, 459), pendant que les eaux douces abondent en Unio (fig. 434), avec les gastropodes Melania^ Paludina. D'autres gastropodes, Cerithium^ Rostellaria, Aporrhais, JNalica, Plerocera^ sont à noter dans les couches marines.
Fig. 436.
mhm
Fig. 45.*). Fig. 437.
Fig. 435. Ostrea aquiln, Biong. {Eiog. nnuatn, Sow.\ de l'aptien. — Fig. 436. Perna Mulleti, D«h., du lower grôeii mnd. — Fig. 457. Ostrea lialiotidea, Ijinik., de l'aptien.
La famille des Chamacés présente, à la place des dicérates oolithiques et remplissant un rôle analogue, les Requienia (Chama. Caprotina aucl.) (ûg, 441), Toucasia, Monopieura (fig. 442).
Les oursins fourmillent dans certaines assises sous la forme des spatangues.
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Toxaster (Echinospatangtu) (fig. 440), avec les genres Heteraster, Pyrina, Bo-
Fig. 438. Fit'. 43y. ¥ï^. 410.
Fig. 438. Oxtrea Couloni^ d'Orb. (Exogi/ra subsinuata, Leym.). du néocomien. — Fig. 439. Janir.t {Neitlien) atava^ d'Orb., du Béocomien. — Fig. 440. Toxa»ter comptanatus, kg. (Echinospatangus CDràiformut^ Breyn.), du néocomien.
tryopygusy PygauluSy etc. Quant aux polypiers, ils ont moins d'importance qu à
Fig. 441. Fig. 443.
Fig. 441; Requiema {Chama, Caprotina) ammonia, Goldf. sp., de Turgouien. — Fig. 442. Monofjleura trilobata, d*Orb., de Turgonien.
l'époque oolithique. Mais les foraminifères deviennent nombreux avec les couches à Orbitolina,
Flore infraerétaeée. — Nous avons dit que la flore n'offrait pas de caractères
Fig. 443. Fig iU. Fig. 445.
Fig. 443. Saliêburia pluripartita, Hr., du wealdien. — Fig. 444. Gleichenia Zippei, Hr., de l'orgonien. ~ Fig. 445. SphenopterU Harllebeni, Dank., du wealdien«
bien tranchés et demeurait analogue, dans Tensemble, à celle de Toolithe, étant composée surtout de fougères, de cycadées et de conifères. Parmi les premières
dominent les genres Sphenopteris {fig. 445), Lonchopteris, Gleichenia (fig. 444), tandis que les cycadées sont des Arwmozamites, Glossozamites, Podozamites, Pterophyllum, etc. et que, parmi les conifères, se montrent les genres Séquoia^ Cyparissidiurriy Salisburia (fig. 445), Pinus, Cedrtts, Abietites,
TYPE JURASSIEN DU SYSTÈME INFRACRÉTACtf
iVéoconlen du Jura. ValenKlBien. — Le système infracrétacé est puissamment développé dans le massif du Jura, où les assises de la base forment un ensemble, distingué pour la ^première fois par{M. de MontmoHin et pour lequel Thurmann a proposé en 1835 le nom de néocomien (i).
La coupe complète du néocomien, dans la région du Jura, a été résumée comme il suit par le Fr. Ogérien (2).
8. Calcaires à Hhynch. lata (15 à 20» aux Rousses, 40 à 60" à Saint-Claude), avec Ter, pne-
longa et Ter. tdmarinduê, 7. Calcaire chloriteux à Nautilua pêeudoelegam (20 à 00"*), avec Ostrea Couloni, Janira alava^
Toxaster complanatus,
0. Calcaires jaunes ou rouges à Ostrea Botusingaulti (15 à 45»), avec 0. Cauloni^ 0. Leymeriei, Crassatella liobinaldina,
5. Blarnes bleuâtres d'IIauterive à Ostrea Couloni (10 à 20"), avec Amm. radiatus, Perna MulUti^ 0. macroptera, Janira atava, Diadema rotulare.
4. Calcaire jaune à Tereb, Marcousana (6 à 50»), avec Trigonia carinata, Dysasler ovulum, Pjfrina pygœa.
5. Calcaire limoniteux h Pygurus rostralus (10 à 30"). avec Amm. Gevrilianus. 2. Marnes et calcaires à Nérinées gigantesques (7 à 15»).
1. Calcaires et marnera Strombus Sautieri {Nalica Leviathan)^ Pygurus rostratus et Toxaiter Campichei (20 à 40-).
Les trois premières assises constituent le sous-étage valengien ou valenginien (3), tandis que les cinq autres forment le sous-étage hattterivien.
L'assise n° i, aux environs de Neuchâtel, est à Télat de marnes avec bancs calcaires ou dolomitiques, à nombreux bryozoaires. L'assise 2 est un calcaire compact blanc, rose, jaune, ou un calcaire fen'ugineux en dalles brisées ; on y remarque Pholadomya Scheuchzerij Nerinea Marcotisana^ N. Favrei, N. Meriani, Quant au calcaire n* 5, c'est la limonite de Métablef de M. Harcou (4), ou le calcaire roux néocomien de M. Lory. Celte assise est formée d'un calcaire à oolithes ferrugineuses et d'une oolithe à grains verts. Le minerai y est souvent exploitable. On y rencontre Trigonia Sanctœ-Crucis et Acrocidaris deprasa.
iHaraes d*llaaterlve. — Les marnes d'IIauterive sont l'assise la plus caractéristique du néocomien supérieur. Ce sont des marnes bleues, parfois grises ou
(1) Du nom latin de Neuchâtel (Suisse).
(2) Hitt, naturelle du Jura.
(3) Nom tiré par Desor du château de Valengin on YalleDgin, près. de NeucblteL On écrit souvent aussi Valanginien,
(4) Mémoire sur le Jura salinois^ Mém. de la Soc. géol. de France^ 2« série, ÎIÎ.