DISTRIBUTION DES TEMPÉRATURES
dans les deux hémisphères. L*extréme régularité de la coui^be australe» qui suit sans s*en écarter le parallèle de 65^ de latitude sud, s*explique sans peine quand on réfléchit que, sous cette latitude, la masse océanique règne sans partage. Au
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Fjg. 17. — Distribution de la température dans les deux hémisphères (d'après M. Supan).
contraire, la courbe boréale traverse à la fois des continents et des océans et il en est de même des deux isothermes de 20°. L'irrégularité de ces lignes tient donc uniquement aux conditions très différentes de réchauffement de l'atmosphère suivant qu*elle se trouve au-dessus de la mer ou au-dessus de la terre ferme.
L'isotherme de 0®,dans l'hémisphère austral, n'est pas la seule à jouir de cette régularité d'allure. Elle partage ce privilège avec toutes les isothermes comprises entre elle et le parallèle de W, comme on peut s'en assurer en consultant les cartes à grande échelle des atlas physiques. Au contraire, le [caractère capricieux des courbes boréales ne fait que s'accentuer avec la latitude. On peut donc poser en principe que la distribution de la température est beaucoup plus régulière dans V hémisphère austral que dans V hémisphère boréal; conséquence naturelle du fait que nous avons déjà signalé, à savoir que le premier de ces hémisphères est surtout océanique, tandis que le second présente une disproportion beaucoup moins accentuée entre l'élément continental et l'élément marin.
InflacBce des BUMses contliieotales sur la dlrecdoo des Isothermes. — Étudions maintenant le parcours des deux isothermes de 20° (ou en général, de
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toutes les courbes comprises, sur Tun et Tautre hémisphère, entre /réquateur et la latitude de 40®). Chacune d'elles se relève vers le pôle dans Vaxe des continents, tandis qu*elle s'abaisse vers Téquateur dans la traversée des océans. La raison en est simple : dans les basses latitudes, où la terre ne se couvre pas de neige, les continents exagèrent, par leur rayonnement, la température atmosphérique et agissent comme des réservoirs de chaleur. C'est ainsi que l'isotherme boréale de 20** se relève brusquement vers le pôle dès qu'elle a touché l'Amérique du nord, tandis que l'isotherme australe subit deux relèvements, l'un en touchant la côte du Chili, l'autre en atteignant l'Afrique.
On remarquera seulement que les ondulations de la courbe australe sont plus prononcées que celle de la courbe boréale et que la première empiète à deux reprises sur les latitudes inférieures à 20**, tandis que la seconde ne descend jamais au-dessous de 25**. Le secret de cette différence réside dans les courants froids qui amènent l'eau des mers antarctiques jusque sous l'équateur, tandis que l'hémisphère boréal a ses bassins océaniques presque entièrement séparés de la mer arctique.
Tout autre est l'allure des isothermes qui dépassent le 40* degré de latitude boréale. Elles se relèvent vers le pôle dans Vaxe des océans et s'abaissent vers l'équateur dans Taxe des continents. Ainsi l'isotherme de zéro descend d'une manière marquée sur l'Amérique du nord et sur l'Asie, tandis qu'elle subit dans l'Atlantique un relèvement d'une amplitude extraordinaire. C'est que les terres dont la latitude dépasse 40** sont exposées à se couvrir de neige en hiver et deviennent, la longueur des nuits aidant, de véritables réservoirs de froid. Au contraire, non seulement l'Atlantique ne gèle pas; mais les courants chauds venus de la région tropicale lui impriment, jusqu'au 70* parallèle, un excès de chaleur qui profite à l'atmosphère ambiante. Par là s'explique l'ascension de l'isotherme boréale de zéro jusqu'au TS** degré, tandis que la courbe australe ne dépasse pas le OS** : mais à peine la première a-t-elle atteint la côte Scandinave qu'elle est brusquement ramenée de plusieurs degrés au sud, en attendant que la traversée des plaines de la Sibérie la force à reculer jusqu'au 50» degré.
Il est une autre particularité, que l'étude des cartes détaillées met bjen en évidence, c'est le transport des isothermes vers l'équateur à la rencontre des massifs montagneux. Cet effet est surtout marqué dans l'hémisphère boréal, lorsque les courbes atteignent la chaîne des Montagnes Rocheuses. 11 ne s'agit pas là d'une influence due à l'altitude, car cette dernière est éliminée par la réduction des températures au niveau de la mer. Mais un massif d'une grande étendue transversale et d'un haut relief agit comme un réfrigérant, dont l'action se fait sentir sur l'atmosphère ambiante avec une intensité proportionnelle à l'importance de la chaîne. Par conséquent, dans son voisinage, les isothermes doivent s'infléchir en se rapprochant de l'équateur.
Belattoo de» Isothères avee les ls€»cldiaènes. — Jusqu'ici nouS n'avons étudié que les isothermes, c'est-à-dire les courbes d'égale température moyenne
G'ooglc
DISnUBUrm DES TEMPERATURES.
annuelle. Mais c'est sui*tout par la considération simultanée des isolhères et des
isochîmènes que se révèle Tinfluence des masses continentales, dans la partie de
rhémisphère boréal située au nord du 40* parallèle. Sans vouloir entrer à cet
égard dans des détails dont Texposition est du domaine de la météorologie et de
)a géographie physique, nous croyons opportun
de foire ressortir les circonstances propres à
lïurope. Elles peuvent se résumer dans cette
proposition : Dam toute F Europe continentale^ les
courbes ûoihères coupent à angle droit les courbes
uochimèneê.
La cause de cette disposition, mise en évidence par la figure 18, est focile à comprendre. En hiver, les causes que nous avons énumérées relèvent les courbes dans Taxe de FAtlantique, surtout sous rinfluence du courant chaud qui adoucit, d'une façon si marquée, le climat du Spitzberg. Mais à peine ont-€lles touché, soit les cdtes des Des Britanniques, soit, mieux encore, celles de la Scandinavie, qu'elles sont brusquement rejetées en arrière. Parfois ce rejet se traduit a\'ec une telle énergie que les isochimènes reviennent pendant quelque temps vers le sudouest avant de se couder de nouveau, mais à des latitudes sensiblement plus basses, pour reprendre une route plus conforme à la direction générale des parallèles.
Au contraire, en été, sur un continent aussi petit que l'Europe et aussi profondément découpé par des golfes et des mers intérieures, l'action réchauffante de la terre ferme ne se manifeste pas avec assez d'intensité pour qu'il y ait une notable différence dans la température de l'air suivant qu'on l'observe sur la mer ou sur le continent. Les isothères sont donc peu éloignées des cercles de latitude, avec lesquels elles forment cependant un angle dont la valeur va en croissant à mesure qu'on se rapproche du continent asiatique. De cette manière, les deux catégories de courbes se coupent à peu près à angle droit.
Pour faire apprécier les conséquences de cette disposition, il sufQra de dire que risochimène de zéro passe en Islande, atteint presque le Spitzberg, puis, revenant au sud-ouest et longeant toute la Scandinavie, traverse l'Allemagne, côtoie la France, et dépasse, en Piémont, sous l'influence de la chaîne des Alpes, le parallèle de 49^, sur lequel elle rencontre l'isothère de 22^,5. A partir de ce point, elle se dirige, en subissant quelques ondulations, vers la Crimée et, brusquement rejetée en Asie-Mineure, jusqu'au parallèle de 36 degrés, par le massif du Caucase, elle va traverser la Caspienne et continuer sa route dans le Turkestan. Ainsi l'amplitude de ses oscillations atteint plus de quarante degrés en
W LJU>PjUIJt5T, TRAlTi DE GÉOLOGIE. 7
Fig. 18. — ComparaisoD des isochimènes (janvier) et des isothères (août) poor les lies Britanniques (d'après Garpenter). — Les isochimènes sont tracées en plein et les isothères en pointillé .
98* PÙYSfOGRAPHlE.
latitude et comme, au Caucase, elle rencontre Tisothère de -f-25®, it y a, en ce point, entre la moyenne du mois le plus chaud et celle du mois le plus froid,, l'énorme différence de 25 degrés centigrades.
Mais la différence serait bien plus sensible encore si, au lieu de l'Europe,, nous portions nos regai*ds vers l'Asie. En fi*anchissant l'Oural, l'isothère dt- 4-15*^ coupe à angle droit l'isochimène de — 20®, soit trente-cinq degrés centigrades de contraste et ce chiffre s'accroît encore dans la traversée de la Sibérie.
Les choses se passent d'une façon inverse au-dessus de l'Atlantique. Les ttothèreê y sont parallèles ^ ou à peu près, aux isochimènes* De plus, la température de janvier, pour un point donné de l'océan, offre rarement, avec la températui*e de Juillet au môme point, une différence supérieure à 5 degrés. Ainsi, à la pointe nord-ouest de l'Islande, l'isochimène de zéro coïncide avec l'isothére de -h 5° et, dans le voisinage des Açores, la courbe de -f- 20® en juillet renconli-e celle de +15® en janvier.
Ciasslfleatlon des eiimats. — On comprend donc sans peine la division des climats en climats constants appelés aussi marins ou insulaires et climats excessifs ou continentaux. Entre les deux viennent se placer les climats variables. Ce sont ceux des localités qui ne sont pas situées assez loin dans l'intérieur destem*s pour ne pas ressentir de temps en temps l'influence du littoral océanique voisin.
Le type des climats constants est celui des îles équatoriales, où la différence entre la température du mois le plus froid (-+-25®,8) et celle du mois le plus chaud (-h 27® ,2), ne dépasse pas 1®,4. A cette catégorie appartiennent encore le climat de Madère, où la différence n'atteint que 2®, celui des îles Feroé, où elle est de 6®, 7 et même aussis mais à la limite, celui de l'île de Man, où elle s'élév«^ à9®,5.
Les climats variables sont ceux de Londres avec 15®,55, Paris avec 44®,42 el Bruxelles avec 16®,45.
Enfin les climats excessifs comprennent depuis celui de Berlin, caractérisé par i8®,19 de différence, jusqu'à ceux de Moscou, avec 27®,77 et d'Irkoutsk avec 55®,88. En s'approchant davantage du pôle, on peut rencontrer, sous le 80* parallèle, des différences dépassant 50®. Encore ne s'agit-il, bien entendu» que des moyennes de Jamier et de juillet, établies pour une longue suite d'années et non des exti*émes de chaleur et de froid qui peuvent se manifester pai* exception.
Ztfnes de température. —-Pour résumer l'ensemble des conditions thermiques qu'exprime la position occupée par les lignes isothermes, M. Supan (1) a joint à la considération des moyennes annuelles, réduites au niveau de la mer, c-elle des moyennes relatives au mois le plus froid et au mois le plus chaud. Si nous conservons aux courbes qui expriment ces dernières les noms d'isochimènes et d'isothères, nous animons, sur le globe entier, les subdivisions suivantes:
(1) Die TemperatuT'Zonen dei' Erde, — in Peiertnann't MiUheiUmgen, 1879, 340.
DISTRIBUTION DES TEMPfiRATURES. 9»
1. La Zone chaude, commune aux deux hémisphères et comprenant :
I*. L'ne Bande tropicale j comprise entre les deux isochimènes de + 20* C. S*. Une Bande extratropicale dans chaque hémisphère, comprise entre Tisochimène de -h 20® et l'isotherme annueUe de -+- 20*.
H. Chaque Zone tempérée se divise en :
l». Bande équatoriale^ entre l'isotherme de -f- 20* et i*isochimène de 0®. 2^. Bande polaire^ entre Tisochimène de 0<* et l'isotherme de 0».
ni. Enfin chaque Zone glaciale comprend :
!•». Bande équatoriale, de l'isotherme de 0** à l'isothère de 0*.' 2*. Bande polaire^ de la courbe précédente jusqu'au pôle.
Quant à l'importance relative de ces diverses zones, voici comment, à l'aide des données recueillies jusqu'ici (et sujettes à correction au fur et à mesure des progrès de la Physique du globe), M. Supan croit pouvoir Tévaluer.
Si 1 on désigne par iOO la surface de chaque hémisphère, les divisions qui viennent d'être indiquées y occuperont respectivement les superficies suivantes: