‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 42 sur 483 · U VIE SUR LES CONTINENTS · texte numérisé non relu

U VIE SUR LES CONTINENTS

doute par M. Alph. de Candolle. Ce savant a constaté que sur 45 espèces qui, en Suisse et en Autriche, se montraient exclusivement silicicoies, 19, sous d'autres climats, étaient inMèles aux terrains siliceux; sur 67 espèces réputées calcicoles^ 56 ont été rencontrées, en Suisse, sur des terres dépourvues de calcaire. EuGn Wahlenberg a revu, sur les roches cristallines de la Suisse et de la Laponie, 22 des 45 espèces qui, dans les Carpathes, lui avaient paru cantonnées dans les régions calcaires.

La raison de Timportance qu'on attribue d'ordinaire à la nature du terrain tient sans doute à ce que la composition chimique du sol marche assez généralement de pair avec un ensemble déterminé de propriétés physiques, au point de vue de la porosité, de la perméabilité, de la capacité calorifique, du mode d'alté> ration à Tair, de l'hygrométricité, etc. Or ce sont ces diverses propriétés qui exercent le plus d'influence sur la végétation, parce que c'est sous leur action immédiate que s'accomplit le phénomène de l'assimilation, qui est Tacte physiologique par excellence. Si donc il arrive qu*une roche calcaire réalise, dans un pays donné, la moyenne des conditions physiques, qui, dans une autre région, étaient spéciales à un sol siliceux, les plantes réputées silicicoles pourront devenir calcicoles et réciproquement. C'est pourquoi, sans méconnaître la part qui revient en propre à la nature chimique d*un sol, il convient de ne pas perdre de vue qu^elle n*est qu*un des facteurs, et certainement pas le plus important, parmi tous ceux qui concourent au phénomène de la végétation.

bfliMiMe de la t«npér«tayre. — De tous ces facteurs, le principal est celui que fournissent les radiaticms solaires et, en particulier, les radiations calorifiques, c La végétation de chaque espèce, dit Ch. Martins (1), correspond à une section déterminée de l'échelle thermométrique. Le mélèze, le bouleau-nain, supportent des froids de — 40®, capables de congeler le mercure, tandis que beaucoup de palmiers, d'orchidées tropicales ou de fougères arborescentes succombent lorscpK^ le thermomètre marque encore 10^ au-dessus de zéro. Il est des plantes qui vivent couchées sur le sable des déserts de l'Afrique, dont la chaleur atteiiif souvent 60* et même 80®, tandis que les plantes alpines ou boréales se fléirisseni si le thermomètre se soutient pendant quelques jours à 10® au-dessus de zéro. »

Ce n'est pas cependant la température moyenne qui importe le plus au phénomène végétatif; car il y a des plantes qui peuvent supporter de grands froids. attendu qu^elles n*entrent en végétation qu'après la période hivernale, mais qui ne sauraient se contenter d'une somme de chaleur estivale inférieure à un cortain minimum. Pour connaître les besoins de chaque plante, il faut additionner les températures moyennes de tous les jours pendant lesquels le thermomètre a dépassé le terme au-dessous duquel la végétation de la plante s'arrêterait. Cette iomme de chaleur^ très variable pour les diverses espèces végétales, est plus ou noins rapidement atteinte suivant la latitude et les circonstances pailiculières

-(t) dm Spihher^ au Snkartr, ^i.

PflYSIOGRAPHIE.

du climat. G*est ainsi quQ, pour le blé, il ne s'écoule à Malte que 162 jours entre rensemencenient et la récolte, tandis qu*il en faut 299 à Berlin et 529 dans les Alpes.

teflaeiMe de im lounlère. — Mais les radiations calorifiques n*interviennent pas seules ; il faut aussi tenir grand compte de la puissance actinique des rayons, c'est-à-dire à la fois de leur influence lumineuse et de leur influence chimique. Aussi peut-on dire que la végétation des plantes est d autant plus active que la somme des degrés actinométriqueê se maintient plus élevée. C'est pour cela que, dans les latitudes arctiques, la présence constante du soleil au-dessus de Thorizon supplée à la moindre chaleur de Tété. Les brouillards contrarient beaucoup la végétation, tant par le refroidissement qu'ils amènent que par Taffaiblissement qu'ils font subir aux radiations lumineuses : ainsi, tous les quatre ou cinq ans, des convois de glaces flottantes, détachées du Groenland, viennent s'échouer sur la côte occidentale de Tlslande et y font naître des brouillards qui anéantissent la récolte des fouirages.

Etmem de ▼éi^étatfon. — En résumé, les espèces végétales sont aptes à traduire, avec une grande fidélité, toutes les circonstances du climat de la région qu'elles habitent et la flore doit varier beaucoup, d'un point du globe à un autre, non seulement en raison de la latitude et de l'altitude, mais aussi par suite du relief, de l'exposition, de la pureté de l'air et de la composition iniriusëque du sol. Néanmoins, à travers ces diversités, il est certains caractères généraux qui dépendent surtout de la température et qui permettent de diviser le globe en zones distinctes, depuis l'équateur thermal jusqu'aux pôles de froid ; ces zones, il est à peine besoin de le dire, ne sont pas limitées par des parallèles de latitude, mais bien par des lignes isothermes. En outre, la température diminuant avec l'altitude, une montagne sufQsanunent élevée peut, sous l'équateur même, offrir la succession complète des zones de végétation, jusqu'à cette limite des neiges persistantes au delà de laquelle le travail physiologique n'est plus guère représenté que par des organismes rudimentaires.

Le tableau suivant fait connaître la distribution moyenne, tant en latitude qu'en hauteur, des zones que distinguent les botanistes.

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