LV YIE SUR LES CONTINENTS
Les courbes îsochiménes sont importantes à considérer en ce qu'elles limitent vers le nord le développement de certaines espèces végétales. Les fougères arborescentes ne dépassent pas Fisochimène de -j-lO* et celle de -1-5® sert de limite à Tolivier, tandis que le hêtre s*étend jusqu'à Tisochimène de zéro.
La plante phanérogame la plus rebelle au froid qui existe dans Thémisphère boréal est le camillet moussier (Silène acaulis), qui a été observé par Saussure au rocher des Grands Mulets (3470 mètres) et par les frères Schlagintweit au Mont Rose (3630 mètres). La même plante s'avance au Spitzberg jusque vei*s 80^ de latitude, où elle se présente au niveau de la mer.
Les plantes qui résistent le mieux à la fois au chaud et au froid sont les algues simples microscopiques. M. Brewer a cité des conferves vivant dans les eaux chaudes des geysers de Pluton Greek, par une température de 60 à 65* et des diatomées résistant à une chaleur de 79*; 50 espèces de la même famille ont été trouvées dans une source de Pueblo-Valley, chaude de 73*. Par contre, sur les champs de glace de Tintérieur du Groenland, dans les cavités mêmes de la glace, HM . Nordenskjoeld et Berggren ont rencontré une algue brune polycellulafre, se rattachant à la famille des Desmidiacées. Il est naturel que cette résistance à des conditions extérieures défavorables se rencontre parmi les organismes les moins compliqués et que toute la splendeur du monde végétal soit réservée pour les pays où rien ne contrarie l'accomplissement des fonctions physiologiques les plus délicates. Aussi peut-on dire que, d'une manière générale et sauf les exceptions que justifient les conditions propres à chaque milieu, la richesse des flores va en croissant du pôle à l'équateur. Le Spitzberg ne possède que 90 espèces, quand la Silésie en a 1300, la Suisse 2400 et la Sicile 2650 (1).
bUtecace de im fomie des contineats. — Le nouveau monde parait beaucoup plus riche en espèces végétales que l'ancien. Ce fait s'explique sans peine par la disposition des montagnes américaines, presque toutes alignées du sud au nord; de la sorte, non seulement l'étendue en latitude de l'Amérique dépasse celle de l'ancien monde; mais, sous chaque parallèle, toutes les altitudes sont représentées, depuis le niveau de la mer jusqu'à la limite des neiges persistantes. De là une variété de climats qui a son principe dans la constitution même du continent. Au contraire, en Europe et en Asie, les grandes chaînes se développent de l'ouest à l'est, en sorte qu'il y a certaines latitudes où il n'existe que des régions élevées de plusieurs milliers de mètres au-dessus du niveau de la mer.
Il est encore un trait de la constitution du nouveau monde qui exerce sur sa richesse végétale une influence marquée; c'est la disposition de ses lignes de relief le long du littoral du Pacifique. D'après la direction moyenne des courants d'air, telle que nous l'avons précédenunent indiquée, des masses d'air chaud et
(1) Alph. de Candolle in Rechis: La Terre, U, p. 531.
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114 PHYSIOGRÂPHIE.
liumide viennent frapper, dans la région tropicale, la côte occidentale des deux Amériques. Si donc, sur cette côte, les courants atmosphériques rencontraient xle hautes chaînes de montagnes, ils y abandonneraient, sous forme de pluie ou e neige, toute l'humidité dont ils sont chargés. L^intérieur des deux continents^ ne recevant plus que de Tair sec et soumis, sur son bord oriental, à Tinfluence de vente froids desséchants, ne serait qu un immense désert. Hais la position remarquablement excentrique de la chaîne des Andes amène un résultat inverse. Aucun obstacle n'arrête les vents à leur entrée en Amérique; ils se déchargent peu à peu de leur humidité, d'une part au profit de Tinumense bassin du Hississipi, dont des pluies fécondes entretiennent les magnifiques forêts, de Tautre au profit des Pampas ou prairies de l'Amérique du sud. Ainsi, comme Ta depuis longtemps fait remarquer H. Arnold Guyot, FAmérique était destinée, par son relief, devenir le pays par excellence des forêts et des prairies. Ce n'est que da n l'espace compris entre les Montagnes Rocheuses et les chaînes côtiéres du Pacifique que l'air, privé de toute conununication facile avec les sources d'où l'humidité pourrait lui venir, entretient à grand peine une maigre végétation à a surface des déserts du Colorado et de la Californie.
Caraetére IocaI des flores. — Jusqu'ici nous n'avons considéré que l'influence des conditions physiques du milieu ambiant. Leur énumération doit suffire, à pricri, pour expliquer la présence ou l'absence d'une plante déterminée et il semble dès lors que, partout où les conditions extérieures sont les mêmes ^ on doive s'attendre à rencontrer des flores identiques. Il n'en est rien cependant et la localisation des flores, indépendamment du climat et de la nature du sol, est le fait le plus saillant et le plus instructif que puisse nous révéler la géographie botanique.
Tout d'abord, chaque espèce végétale est localisée dans l'espace et si l'aire qu'elle occupe dessine une sorte d'ellipse allongée dans le sens des isothermes, c'est-à-dire suivant la direction dans laquelle le climat se maintient le plus longtemps sans changement, aucune espèce n'occupe toute l'étendue de la zone climatérique dont les conditions conviennent à son développement. On remarque seulement que l'aire moyenne des espèces est d'autant plus vaste qu'elles ont une organisation plus simple.
En second lieu, une zone déterminée est loin d'offrir toutes les espèces végétales qui pourraient y prospérer et il dépend souvent, soit de l'intervention de l'homme, soit de circonstances fortuites, d'introduire dans sa flore des éléments nouveaux, susceptibles d'atteindre en peu de ^temps un développement exceptionnel. C'est sur ce principe qu'est fondée la pratique à laquelle on donne improprement le nom d'acclimatation et qui consiste simplement à naturaliser y dans une contrée, les plantes connues, dans une autre région, pour s'accommoder de circonstances climatériques identiques avec celles de la première. Cette naturalisation est souvent l'effet du hasard; c'est ainsi que le chardon, originaire de l'Europe et introduit, sans doute d'une manière fortuite, dans