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ANCIENS GLACIERS

C'est à cette phase, ou du moins à son début, qu'appartiennent les Kjoekkenmoeddings (1) (kitchenmiddens) ou déchets de cuisine observés sur les bords de la mer en Danemark, en Angleterre et même en Portugal, à Tembouchure du Tage. Ce sont des monticules, longs de 100 à 300 mètres, larges de 40 à 50°*, hauts de 2 ou ù'*\ et constitués par Tentassement de coquilles marines, telles que Cardium edulçj Ostrea edulis^ Lutraria campressaf que Thomme rejetait sur le bord après avoir fait sa nourriture des mollusques qu'elles contenaient. Avec les coquilles on trouve quelques silex taillés et de rares ossements. Ceux de renne font défaut, tandis qu'on rencontre les genres Urusy CervuSy Canis. Ainsi le renne avait déjà émigré vers le nord; mais les instruments de bronze n'étaient pas encore en usage. On les trouve dans les tourbières du Danemark, en compagnie du pin d'Ecosse et d'autres arbres qui, depuis, ont disparu de la contrée.

Des dépôts de tourbe, par lesquels l'époque quaternaire se relie insensiblement à Tépoque historique, abondent sur le littoral de la mer du Nord, où ils alternent plusieurs fois avec des vases bleues à coquilles marines, indice de la lutte qui avait lieu entre la terre ferme et l'océan.

§5 amgibuiie EZTEniioif des glaciers

AliuTioB ancleMBe. — Dans les régions montagneuses, par exemple dans les Alpes, les dépôts quaternaires consistent principalement en moraines et conglomérats glaciaires, habituellement superposés à une nappe de cailloux roulés qualifiée d'aUuvion ancienne et reposant directement, à Genève, sur la mollasse. 11 n'est aucunement prouvé que cette alluvion soit quaternaire, auquel cas elle serait tout au plus de l'âge de VElephas antiquus. Peut-être appartient-elle au pliocène supérieur à £. meridionalis. En effet, ce dépôt, dans les environs de Genève, occupe des altitudes qui peuvent différer parfois de 200 à 300™ (2). Pour M. Lory (3), la régularité de cette alluvion, dans les vallées de la Suisse et du Dauphiné, est telle qu'on doit la considérer comme le résultat , d'un phénomène très général, ayant amené la mer jusqu'au pied des Alpes, où ses eaux se mêlaient à celles des torrents. Plus tard, un relèvement se serait produit, par suite duquel les vallées, d'abord remplies d'alluvions, auraient été affouillé'es sur une profondeur capable d'atteindre 300«>.

Prennes de l'extension glaciaire. — Bloes erratiques. — Par dessus l'alluvion ancienne vient le terrain glaciaire, véritable boue morainique à cailloux striés, résultat des oscillations de glaciers qui, au moment de leur plus grande extension, couvraient la m^eure partie du massif alpin, lançant des émissaires de glace jusqu'aux portes de Lyon. La preuve de cette ancienne exten-

(1) Ou, plus exactement, Kjoekkenmoeddinger.

(2) Alph. Favre, Bull, de la Soc. géoL de France, Z* série, V, p. 465.

(3) Bull, de la Soc. géol, de France, 3- série, V, p. 468.

sion, si bien devinée par Charpentier, est fournie par les magnifiques surfaces polies et moutonnées qu'on voit à découvert, sur les parois des glaciers actuels de la Suisse, jusqu'à près de 1000 mètres au-dessus du niveau que leur surface atteint aujourd'hui. Elle n'est pas moins claire dans ces nombreux blocs erratiques, surtout ceux de protogine du mont Blanc, portant avec eux leur marque de provenance et perchés par la glace sur les flancs du Salève et du Jura. Même il en est qui ont pu franchir cette dernière chaîne, vers 1200"* d'altitude, pour tomber ensuite dans le domaine des glaciers jurassiens, lesquels, faisant pour les blocs alpins l'office de relayeurs, les ont distribués tantôt dans la plaine de Pontarlier, tantôt sur les pentes du mont Poupet (1).

De nombreux blocs erratiques alpins ont ainsi parcouru des distances de 200 et même 500 kilomètres. Les plus gros sont le Pflugstein^ originaire des Alpes glaronaises, aujourd'hui échoué près de Zurich et dont la hauteur atteint 20" ; la Pierre-à-Boty venue du Valais et perchée sur le Jura, près de Neuchâtel, a 16"* de long sur 5"» de large et IS"» de haut. Enfin la pierre des Marmettes, près de Monthey, originaire du Val Ferret, a 20"» de long sur 10" de large et presque autant de haut.

Andeii fflacier do Rhône. — L'étude attentive des blocs erratiques, des anciennes moraines et des roches striées ou polies a permis de reconstituer avec une grande exactitude la géographie des glaciers quaternaires. L'un des mieux connus est celui du Rhône, décrit par MM. Faisan et Chantre (2). Ce glacier a semé ses moraines sur 400 kilomètres, depuis le Schneestock, dans le Haut Valais, jusqu'au plateau des Dombes et au coteau de Fourvières, en face de Lyon. Ses névés s'élevaient à 5550"* d'altitude et sa puissance verticale mesurait en certains points de 1200 à 1680"*, selon M. Alph. Favre. Sa surface s'abaissait assez rapidement à la sortie des massifs montagneux et descendait de llOO"" d'altitude à la montagne de Lâchât, dans le Bugey, aux environs de 500", à Fourvières et à Bourg. La partie supérieure des conglomérats et alluvions de la Bresse est due à ce glacier, dont la moraine frontale formait, à son débouché daps la plaine, un immense cône de déjection, étalé en éventail sur une étendue de 100 kilomètres entre Vienne et Bourg. Des blocs énormes ont été charriés par la glace jusque dans ces parages. A Belley, un bloc de phyllade à moitié détruit cube encore 578'"**^ ; à Luzieu, un autre de même nature mesure 25()ni.c. . 3u Rancé, à l'est de Trévoux, sur le plateau bressan, c'est la pierre brune y granité porphyroïde alpin de 100 mètres cubes. Aux environs de Vienne, les déjections du glacier du Rhône se mêlent plus ou moins avec celles des anciens glaciers delphino-savoisiens. Là, une masse de chloritoschiste de 624 mètres cubes repose au milieu de la plaine.

Autour des anciennes moraines du bassin du Rhône s'étale une puissante formation de lehm ou loess, qui atteint des cotes supérieures à 500"* et où les

(1) Benoit, BulL de la Soc. géol. de France, 5« série, V, p. 61.

(2) Monographie de» ancienê glacien du Bhâne, Lyon, 1880.

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restes d'Vrsus spelxus et Elephas primigenius sont associés à El. antiquus, E. in-termedim et Rhinocéros Jourdani, Les vestiges de l'industrie humaine y font défaut, tandis qu'ils abondent, à lOO"* plus bas, dans les graviers à EL primigenius de la vallée de la Saône (1).

PTréBées» ¥osir««« Aa^eri^ne. — Les Pyrénées, aujourd'hui si dépourvues de glaciers, alimentaient, à l'époque quaternaire, des fleuves de glace de 50 à 70 kilomètres de longueur. Celui de la vallée de la Pique n'avait pas moins de 900™ de puissance à Luchon, et le glacier d'Ârgelès, reconstitué par CiOllomb et Martins, mesurait encore plus de 400" à son débouché dans la vallée du Gave. Ce dernier glacier a laissé, comme traces de son passage, de magnifiques surfaces polies et striées sur les rochers calcaires de Lourdes. Longtemps protégées contre la destruction par une couverture de gravier morainique, ces surfaces ont apparu dans toute leur fraîcheur lors du déblaiement opéré pour le dégagement des abords de la basilique.

Les Vosges, dont l'altitude atteint 1400", l'Auvergne, dont les principaux sommets dépassent 1800", ont eu aussi leurs glaciers quaternaires, dont l'expansion a dû coïncider avec plus d'une éruption volcanique. Les preuves en ont été fournies, pour l'Auvergne, par les observations de M. Julien. Ainsi se sont formées les anciennes moraines, avec gros blocs de granité, de la vallée de la haute Dordogne et celle qui, dans les Vosges, barrant au sud le lac de Gérardmer, l'oblige à chercher une issue par la gorge de la Vologne.

AneieBses osclUaaoBs des f^laeiers. — L'extension des glaciers a subi, sous le rapport de l'intensité du phénomène, des pliases diverses, et quelquefois l'extrémité libre des masses de glace s'est retirée assez loin et assez longtemps pour que, sur l'ancienne moraine, il s'établit des lacs où se formaient des lignites. Puis ime recrudescence des précipitations neigeuses est survenue, qui a déterminé le recouvrement des lignites interglaciaires par une nouvelle moraine. C'est ainsi que s'expliquent les lignites d'Utznach, de Dûrnten et Welzikon, près de Zurich, où l'on a trouvé des restes de Rhinocéros etruscus^ Bos primigenius^ Elephas antiquuSy avec une flore comprenant le sapin, le pin des montagnes, l'if, le chêne rouvre, le noisetier, le myrtil. Celte végétation, à peu près identique avec celle du forest-bed de Norfolk, atteste à quel point le voisinage des grands glaciers influait peu sur la température générale, et combien celle-ci était éloignée d'une excessive rigueur. Des alternatives de ce genre se montrent dans tous les anciens districts de glaciers, notamment en Angleterre, où, pas plus qu^aiileurs, il n'est nécessaire de recourir à l'hypothèse de plusieurs époques distinctes de froid. L'inévitable irrégularité des précipitations neigeuses, pendant la phase humide de l'époque quaternaire, suffit à justifier de telles oscillations.

Remarquons du reste que l'existence des lignites ne suppose pas toujours l'interruption du phénomène glaciaire, le combustible fossile pouvant provenir

(1) Arcelin, Revue des Questions scientifiques ^ Bruxelles, janvier 1881.

d'une forêt détruite par la glace et dont les débris seraient venus s'entasser en un point de la moraine.

Localisation des andeas f^laelers. — Le fait que les anciens polis glaciaires se montrent à nous, sans la moindre discontinuité, du haut en bas des gorges aujourd'hui occupées par les glaciers, prouve jusqu'à l'évidence que ces goi^es étaient déjà creusées, dans leurs dimensions actuelles, quand le phénomène glaciaire a commencé ses manifestations. Cette conclusion est pleinement d'accord avec celle que nous a fournie Tétude des dépôts des pays de plaines. D'ailleurs quelle qu'ait été, dans les Alpes, l'étendue des champs de glaces, il n'y a pas eu de calotte continue, mais seulement de grands glaciers distincts, capables, en raison de leur énorme puissance et de leurs nombreux affluents, de pousser leur extrémité libre jusqu'à une dislance considérable des champs d'alimentation (1), comme aussi de cheminer parfois, en vertu de leur pente générale, sur un sol où les détails du relief pouvaient être discordants avec le sens de la marche. Les observations de M. Lory ont établi que, dans les Alpes dauphinoises, il ne s'était formé de glaciers, à l'époque quaternaire, que sur les massifs dont les sommités atteignent, aujourd'hui, une altitude de 1600 mètres au moins (2). La vallée de la Durance, de Sisteron à la mer, n'a jamais laissé reconnaître aucun vestige de l'action glaciaire, et il en est de même des Alpes Maritimes, dont le déversoir était alors le Var, démesurément agrandi (5). A plus forte raison les manifestations glaciaires du Plateau central et des Vosges devaient-elles être localisées dans le voisinage des principaux sommets. La même conclusion s'applique à l'Angleterre, aux montagnes Rocheuses, ainsi qu'aux glaciers quaternaires des Alleghanies. Quant à la Scandinavie, non seulement le sens des stries et la forme des roches moutonnées y indiquent des glaciers distincts et définis, quoique largement étalés, mais la profusion des blocs erratiques, que les ice-bergs ont semés sur TAllemagne du Nord, prouve que partout c^s glaciers devaient être dominés par des crêtes rocheuses, dont les débris se disséminaient à leur surface.

BOULDER.CLAT. PLAGEl SOULEVÉES

Drift, Tiii, Bonlder-claj. — Dans les régions septentrionales, comme l'Ecosse, le nord de l'Angleterre et le Canada, le sol est presque partout recouvert d'un manteau de dépôts quaternaires, d'origine glaciaire, constituant le diluvium ou drift, ou encore le terrain erratique des pays du Nord. Le terme le plus caractéristique de cette formation est le tUl des géologues écossais, argile tenace, sans stratification, contenant des pierres disséminées en désordre et sans que rien,

(1) Voir anlè, p. 281, les considérations exposées mr le régime des glaciers.

(2) Bull, de la Soc. géol. de France, 3» série, X, p. 348.

(ô) De Saporta, Revue des Deux Mondée, 15 septembre 1881.

BOULDER-CLâY. 1099

dans leur disposition, accuse 1 action de la pesanteur. Quand ces pierres sont abondantes, le tiU prend le nom de houLder-clay ou argile à blocatix.

En général les pierres de ce dépôt ont des formes anguleuses, mais à contours plus ou moins émoussés, et beaucoup d'entre elles sont polies et striées, de telle sorte que leur origine glaciaire est incontestable. Leur composition n'est pas partout la même et se ressent beaucoup de celle des régions voisines; ainsi, dans un district gréseux, le till est chargé de blocs de grès; dans une région volcanique, les roches ignées abondent (1).

Le till atteint sa plus grande épaisseur dans les terres basses ; dans les hautes vallées, il tend à se distribuer en terrasses; sur les plaines, sa surface est généralement ondulée, formant quelquefois des crêtes allongées, arrondies et parallèles à la direction de la principale vallée du district; s*il rencontre des massifs rocheux formant saillie, il s'accumule de préférence sur Tun des côtés.

La roche sur laquelle repose le till est toujours polie et striée, et la direction des rayures, souvent indépendante de la pente du sol au point observé, coïncide du moins, en général, avec Torientation des vallées principales. EnGn, dans le voisinage, les collines et les montagnes ojffrent des contours sensiblement arrondis, surtout quand on les regarde d'en haut. A tous ces caractères, on reconnaît dans le till un dépôt à la formation et à la distribution duquel les glaces ont dû avoir une part prépondérante.

Gravier» marlMs da boulder-«laj. — Hais ce n*est pas tout, et fréquemment, surtout dans ses parties les plus basses, le botdder-day contient des cordons horizontaux de cailloux roulés, ainsi que des lits, des poches ou des lentilles de sable et de gravier (fig. 558). Ce phénomène ne peut pas toujours s'expliquer simplement par une fusion et une stratification ^

opérées dans la moraine

profonde d'un glacier ordinaire ou d une calotte

de glace sous l'action des Fig- ^SI59. — Coape du boulder-clay près de Sunderland (d'après Ramsay)

courants SOUS-^laciaireS ^* calcaire magnésien du pennien; 2, boulder-clay inférieur;

^ ' 3, sables et graviers ; 4, boulder-clay supérieur.

car dans bien des cas les

sables et les graviers du boulder-day contiennent des coquilles marines. Quand de tels graviers ne présentent aucun dérangement dans leur stratiGcation, on peut penser que le glacier qui déposait l'argile à blocaux débouchait dans un estuaire, où les oscillations de son extrémité permettaient le mélange des dépôts marins avec ceux de la moraine. Dans ce cas, l'altitude actuelle du boulder-clay donne la mesure des changements survenus depuis dans le niveau du sol.

C'est ainsi que, dans la partie du Yorkshire où affleurent les couches liasiques et oolithiques, toutes les vallées qui débouchent à la mer sont plus ou moins remplies de boidder-clay, de sables et de graviers. A la pointe de Gromer, ces

(1) J. Geikie, The great ice âge.

graviers, épais en certains points de 35", renferment en leur sommet, à 40" au-dessus du niveau de la mer, des fragments de coquilles marines (1).

Dans la baie de Gayton, on observe, séparés par des graviers à fragments de coquilles marines, deux horizons de botUder-clay^ dont le plus élevé forme une sorte de poche. Cette poche est tapissée par une argile à grain fin et une manie coquiilière à paludines, restes d*une ancienne flaque d*eau stagnante de Tépoque glaciaire. De même, en Ecosse, on trouve des coquilles marines m situ à plus de i50"» au-dessus du niveau de la mer. Dans le Gheshire, M. Prestwich a observé, intercalés entre deux nappes de houlder-clay, des graviers à coquilles marines à environ 360"» d'altitude (2). Entre Berwick et l'embouchure de THumber, les espèces les 'plus abondantes de ces dépôts sont Cardium edukf Cyprina isUmdicaj Leda ohlonga, Saxicava rugosa,

A Moel Tryfan, près de Gaemavon, un dépôt coquillier situé à 375"* d'altitude et formé de sables à fausses stratifications, recouverts par un boulder-day, contient Cardium edtde, Astarte boreaUSf Saxicava rugosa f Littorina littorea^ Murex erinaceuSf Trophon antiquum, etc., et les cailloux striés abondent dans les dépôts du voisinage. H. Ramsay pense que l'ancien glacier débouchait en ce point dans la mer, dont les vagues remaniaient les matériaux de sa moraine.

Modes divera de forniaaoïi da bomider-elay. — Les glaces CÔtières peuvent aussi donner naissance à un dépôt tout à fait semblable au boulder-clay. En effet, dans les terres arctiques, où les glaces côtiéres des Qords sont chargées de pierres et de graviers tombés des falaises voisines, ces glaces se détachent et fondent en été sous l'action des eaux plus chaudes des torrents. Alors la chaîne qu'elles portaient, tombant sur la boue d'alluvion des embouchures, y produit un véritable boulder-clay (3).

Quelquefois, les sables et gr^^viers du till sont étrangement contournés et bouleversés, comme si, pris dans la moraine et poussés en a^ant par la glace, ils avaient subi des pressions énergiques. Le fait s'observe à Berwick sur Tweed, à Bridlington, sur les bords de l'Humber et en beaucoup d'autres points (4). Il n'est donc guère douteux que, plus d'une fois, des graviers préexistants aient été labourés et entraînés par la glace, qui a pu ainsi les porter à des hauteurs supérieures à celles qu'ils occupaient primitivement.

Hais il n'est pas absolument nécessaire de recourir aux glaciers proprement dits pour expliquer cet état de contournement de certains graviers marins du boulder-clay. Les observations de M. Youle Hind (5) ont montré que, sur la côte nord-est du Labrador, les glaces côtiéres, épaisses de 3 à 4 mètres, et les glaces flottantes, brisées par les tempêtes, sont jetées avec violence contre le rivage; le

(1) Ramsay, Physical Geology, 1878, p. 391.

(2) Ramsay, loc. cit., 1878, p. 413.

(3) Observation recueillie lors de l'expédition polaire de Nares. — GeoL Society of Londan, 17 avril 1878.

(4) Ramsay. Physical Geology, 1878, pp. 386, 393.

(5) Canadian Naturaliet, YlII. — In Ramsay, Physical Geology, 1878, p. S96.

BOULDER-GLAY. llOi

courant arctique continuant à apporter son contingent d'ice-bergs, les blocs que ces derniers charrient finissent par monter sur les parties les plus basses de la côte, rayant et polissant les roches du rivage et poussant devant eux, avec une force irrésistible, tous les obstacles qu'ils rencontrent.

Enfin lorsqu'un bloc de glace chargé de gravier et pris dans une moraine vient à fondre, il en peut encore résulter des apparences de contournement analogues à celles qu'on observe dans les graviers du drift.

En résumé, le lill et le boulder-clay à graviei's sont des dépôts complexes, dus sans doute à des glaciei*s largement étalés, comme ceux du Groenland, et empiétant plus ou moins, par alternatives, sur le domaine maritime, de telle sorte qu'on y trouve à la fois les caractères des moraines profondes, ceux des moraines terminales subaériennes, enfin ceux des moraines sous-marines. On a cru quelquefois que ces dépôts s'étaient formés sous une calotte de glaces, couvrant uniformément toute la contrée. Mais partout'où la question a été étudiée à fond, notamment dans le pays de Galles (1), on a presque toujours pu reconstituer les glaciers locaux auxquels la formation du till était due. Seulement ces glaciers étaient considérables; leur extrémité inférieure devait être très large et cheminer sans souci des détails secondaires du relief sous-jacent.

Ce qu'il impoite de remarquer, c'est que ce relief était déjà constitué au début de l'époque quaternaire, car le boulder-clay a comblé des vallées dont les rivières ont ensuite repris possession d'une manière plus ou moins complète, en recreusant leur lit à travers le dépôt glaciaire (2).

Age et flore dm bomlder-elay. — La plupart des géologues anglais admettent qu'un premier dépôt de boulder-clay a précédé sur leur sol la formation des alluvions et du loess. Mais il en est survenu un autre, caractérisé par le grand nombre des morceaux de craie qu'il contient (d'où le nom de chalky boulder-clay) et qui s'est très certainement répandu par-dessus des limons avec silex paléolithiques (5). En réalité, la période du dépôt du boulder-clay doit avoir embrassé une longue durée, avec des alternatives diverses d'intensité, comme celles qui marquent habituellement le régime ordinaire des glaciers.

Les argiles du tiil ont été plus d'une fois, dans le cours de l'époque qui en a vu le dépôt, revêtues d'une végétation appropriée au climat qui régnait alors. D'après divers auteurs, là première flore glaciaire se serait montrée en Angleterre dans une couche qui sépare le fore&t-bed de Norfolk du boulder-clay. Cette couche, dite arctic freshwater bed, a fourni des os de Spermophilus et de glouton (4), en même temps que des plantes arctiques, telles que Salix polaris.

D'après M. Nathorst (5), les végétaux des argiles glaciaires de l'Europe se répartissent entre deux flores ; l'une, plus ancienne, avec Dryas octopetala^ Salix

(1) Keeping, Geol. Magazine, 4882, p. 251.

(2) Ramsay, Phy$ical Geology, p. 530.

(3) Ramsay. loc. ciL, 1878, pp. 481, 544.

(4) Newton, Geol. Magazine, 1880, p. 484; 1882, p. 51.

(5) Rewe géoL misse, XII, p. 76.

reticulata, Beivla nana, etc., est arctique; Tautre, à Betula nana^ B. odorcUa, Salix arbusada, serait subarctique et précéderait immédiatement la flore des tourbières, annoncée par l*apparition de Betuia verruemm.

Drirt amérlealB. — Le boulder-clay occupe des surfaces importantes dans les parties septentrionales de TAmérique du Nord, où il a été produit par de grands glaciers locaux, striant et polissant les rochers sur leur passage et débouchant par endroits dans la mer, où Targile à blocaux se mélangeait, comme celle d'Angleterre, avec des graviers à coquilles arctiques. Sa limite méridionale est voisine du SO'' parallèle. Ce dépôt a labouré les anciennes forêts qui couvraient le pays à la fin de Tépoque tertiaire et dont les débris sont enfouis à sa base sous forme tourbeuse. Les blocs erratiques ont parcouru parfois des distances de 1500 kilomètres et des morceaux de cuivre natif, originaires du lac Supérieur, se rencontrent jusque dans les États d*Indiana et d*Illinois.

La mer et les glaces flottantes ont certainement joué un rôle dans la diffusion du drift américain. Les preuves en sont nombreuses sur la côte du Labrador, où plus d*une strie a dû être produite par le frottement des graviers enchâssés à la base des glaces côtiéres.

Œsar. — Une des particularités des régions boréales où se rencontre le boulder-day est la présence de traînées de cailloux et de graviers, formant des digues longitudinales connues, *en Scandinavie, sous le nom d'a?«ar, dans FÉcosse et rirlande sous ceux de kamei et d'esiers. Ces traînées peuvent résulter du remaniement par les eaux d'anciennes moraines, lors des mouvementsdiversquele sol a éprouvés depuis le commencement de l'époque glaciaire. Mais il est des cas où leur origine peut être expliquée par comparaison avec les circonstances actuelles de la côte septentrionale américaine. Là, des nappes de glace solide sont quelquefois recouvertes par des graviers avec restes d*Elephas et détritus végétaux (1). Des ravinements entament ces nappes jusqu'à une certaine profondeur, en y découpant tout un système de vallées, et si, quelque jour, la glace vient à fondre, les graviers qu'elle portait formeront, en s'affaissant, des levées alignées comme les œsar.

Plages nowAtvéeu. — Les graviers à coquilles marines, plus ou moins subordonnés au boulder-clay, font partie d'un ensemble de formations particulièrement répandues dans les pays du Nord et connues sous le nom de plages soulevées (raised beaches). Avec celles que nous avons déjà citées en Grande-Bretagne, les plus connues sont celles d'Uddevalla en Suéde et de Beauport aux environs de Québec, Les coquilles de ces gisements, dont l'altitude varie de 50 à 200", ont un caractère très décidément arctique.

On a quelquefois rangé dans la même catégorie des plages de galets marins qu'on observe sur les côtes de la Hanche, par exemple dans le Marquenterre, entre la Somme et la Canche, ou encore aux environs de Sangatte et de Wissant (Pasde-Calais). Mais il importe ici de faire une réserve. Le cordon littoral du Mar-

(1) y.antè, p. 296.

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