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FIN DE L'EXTENSION DES GUGIERS

en Asie, à en juger par les observations recueillies sur le sol sibérien. L*abondance des ossements de mammouth et de Rhinocéros tichorhinus qu'on y rencontre semble désigner cette contrée comme la véritable patrie de ces deux espèces d*herbivores. On a d'ailleurs acquis la certitude {i) qu'à l'époque où elles s'y multipliaient, le climat de ce pays, attesté par les restes de végétaux et de coquilles terrestres, était doux et humide. De la sorte, la Sibérie septentrionale formait une steppe ou une forêt immense, abondamment pourvue de la végétation qui convenait aux pachydermes en question. Il est vraisemblable que l'invasion du froid s'y est fait sentir à la fois par le nord, sous l'influence des glaces polaires, et par le sud, en raison des neiges accumulées sur les montagnes des chaînes méridionales, déterminant la fuite du mammouth et du rhinocéros dans la direction de l'Europe. De plus cette invasion a dû être très subite; car non seulement on a de la peine à s'expliquer d'une autre manière l'innombrable quantité de restes de mammouth que recèlent les rivages septentrionaux de la Sibérie et plus encore les îles qui les bordent; mais il convient de ne pas oublier la rencontre, plus d'une fois réalisée, de cadavres entiers de cet animal, dont la chair a pu être mangée par des chiens. Ces cadavres étaient enfouis, quelquefois debout^ dans les alluvions des toundras, et pour que la chair en ait été conservée sans avoir subi la transformation en adipocire que produisent les tourbières, il faut que, peu après la chute de l'animal dans le marais où il avait péri, la gelée ait pour toujours pris possession du sol.

Fin de l'exiension des ylaeters. — Nous avons admis que les vallées, creusées ou tout au moins suffisamment dessinées pendant les périodes géologiques précédentes, avaient dû être atfouillées de nouveau à l'époque des grands cours d'eau. Cela suppose une série de mouvements contraires du sol, permettant, les uns le comblement, les autres Taffouillement. Or, à la fin de la phase des grands cours d'eau, le niveau du fond des vallées était à peu prés le même qu'aujourd'hui; puisque, d'autre part, nous savons qu'un fleuve, quelque puissant qu'il soit, ne creuse son lit et ne déplace ses gros graviers de fond que quand sa pente devient torrentielle, il est logique d'admettre que des mouvements d'exhaussement successifs ont marqué la phase des grands cours d'eau, et, à en juger par la fixité des terrasses, ces mouvements ont dû s'accomplir par un certain nombre de saccades.

Un tel phénomène d'émersion, en accroissant peu à peu Taltitude de la masse continentale, n'a pu manquer de se montrer de plus en plus favorable à la conservation et à l'extension de la glace. Aussi voit-on, dans nos contrées et en dehors de toute influence cosmique encore persistante, la température s'abaisser, depuis le temps de VElephas antiquus et de ses compagnons, l'hippopotame et le Rhinocéros Mercki, jusqu'à celui du mammouth, certainement couvert de poils et muni d'une crinière, et du Rhinocéros tichorhinus à la peau laineuse ; il semble donc que ce soit avec la phase à laquelle ces derniers animaux appar-

(1) Voir Howorth, Geol. Magazine, 4880, pp. 491, 550; 1881, pp. 197, 314, 551, etc.

mO ÉPOQUE QUATERNAIRE.

tiennent que l'extension glaciaire alpine et pyrénéenne a dû atteindre son maximum.

ÉtablIsMineat da régime née et froid. — Mais bientôt un changement notable se manifeste. Les cours d'eau ne donnent plus de marques de grande activité ; l'homme européen, qui jusqu'alors avait habité les bords des rivières, se retire dans les cavernes ; le mammouth devient de plus en plus rare et cède ia prédominance au renne, animal connu pour redouter les brouillards, taudis qu'il s'accommode sans difficulté des froids secs. Avec le renne se montrent l'antilope saïga, le glouton, le renard arctique, le lemming et autres animaux qui habitent aujourd'hui les latitudes boréales. La végétation comprend, comme à Schussenried, en Souabe, des mousses arctiques, Hypnum sarmento^untr H. Groenlandicum, et d'autres alpines, telles qu*H, fluitans, var. tenuissimum. Tout concourt à nous représenter nos régions, depuis les Pyrénées jusqu'à la mer du Nord, comme soumises à un régime de froid sec et rigoureux.

C'est justement à cette époque que le boulder-clay s'avance en Angleterre jusqu'à la Tamise et que les ice-bergs vont disperser, sur les plaines immergées du littoral de la Baltique, leur charge de blocs erratiques. Nous avons vu que ces blocs ne se rencontrent en nombre considérable que dans le diluvium [supérieur, ce qui prouve que la grande extension des glaces Scandinaves a été tardive. D'un autre côté, si les géologues anglais admettent un boulder-clay ancien^ immédiatement postérieur au farest-bed, ce dépôt paraît avoir été moins étendu que le boulder^lay supérieur ou crayeux : et tandis que les preuves abondent de la superposition de ce dernier au loess et même à la terre des cavernes, rien n'est plus confus et plus douteux que les relations stratigraphiques du boulderclay ancien. C'est pourquoi, sans refuser à l'Angleterre et à l'Ecosse une première période de progression des glaciers, ^contemporaine de celle de la Suisse, nous croyons qu'il n'est nullement téméraire d'afQrmer, que le principal phénomène glaciaire de la Grande-Bretagne et de la Scandinavie a dû succéder au phénomène glaciaire alpin.

Dans ce cas, on peut admettre que la zone pluvieuse se serait transportée vers le nord, en même temps, peut-être, que les contrées boréales s'affaissaient, à l'inverse du mouvement qui avait exhaussé l'Europe centrale. Ainsi s'expliqueraient à la fois la sécheresse du sol français, le recul des glaciers alpins et l'énorme progression de ceux des régions septentrionales. El l'influence de ces immenses masses de glace, les unes labourant le sol anglais, les autres envoyant leurs débris flotter jusqu'en Lusace et en Bohême, justifierait encore l'abaissement de température qui paraît avoir coïncidé chez nous avec la phase du renne.

Probabilité d'mne transition brosque. Age dn renne. — Quoi qu'il en soit, sur notre sol européen, la transition du régime des grands cours d'eau à celui de l'âge du renne a dû se faire brusquement. Sans cela, les rivières, qui d'abord avaient roulé de gros graviers, eussent peu à peu comblé leur lit majeur avec du limon, suivant la juste observation de Belgrand. Au contraire, le lit

TOURBE. CHANGEMENTS DE CLIMAT. Hii

majeur qui, à Tépoque quaternaire, suffisait à peine aux crues du cours d*eau, a dû être asséché tout d*un coup, montrant à découvert sa surface horizontale de graviers, sur laquelle un mince filet d'eau a seul continué à serpenter. Aussi quand, plus tard, un régime suffisanunent humide a reparu, c*est la tourbe (i) qui a dû entreprendre le comblement du lit majeur, partout où la perméabilité des versants assurait aux rivières un régime exempt de crues violentes.

Jusqu'ici le renne n'est pas connu, à l'état fossile, au sud du 43* degré, qu'il atteint en France. Encore les gisements de renne des contrées méridionales paraissent-ils appartenir à des dépôts plus anciens que ceux qui sont situés plus au nord, comme si l'animal avait progressivement effectué sa retraite vers les hautes latitudes. C'est ainsi qu'on le trouve en abondance au milieu des dépôts diluviens supérieurs du littoral de la Baltique.

L'âge du renne ne paraît pas avoir laissé de traces bien nettes en Amérique ; cela peut tenir à diverses causes, telles que la rareté de cet animal dans le Nouveau-Monde, ou l'absence d'une période de froid sec semblable à celle qui, en Europe, a suivi la phase des grands cours d'eau.

Age de la toarbe. — Avec la tourbe commence le régime actuel. La température ne subira désormais que de faibles vicissitudes; à part quelques alternatives d'invasion et de retrait de la Wr dans les régions flamandes, plutôt par suite de la rupture des cordons littoraux qu'en raison de mouvements importants du sol, les contours du continent sont fixés et le récit des événements qui vont s'accomplir appartient à l'archéologie et à l'histoire plutôt qu'à la géologie. Aussi n'y insisterons-nous pas.

Caases possibles Jes chani^BieBts de cltmat. — Maintenant quels phénomènes ont pu produire cette succession de phases de sécheresse et d'humidité? nous pensons que ce doivent être des faits géographiques, du même ordre que ceux qui, en donnant naissance au courant chaud de l'Atlantique, ont si forteinent dévié vers le nord les isothermes de l'Europe occidentale. Enjoignant à des causes de ce genre l'influence indéniable des mouvements d'émersion ^ou d'immersion du sol, on a, croyons-nous, le moyen d'expliquer les particularités de l'époque quaternaire sans recourir à des causes astronomiques.

Quant à l'exagération des précipitations atmosphériques, qui a été, sous nos latitudes, le trait dominant des premières phases de cette époque, elle peut trouver une explication suffisante dans la grande émersion qui s'est accomplie pendant la période pliocène. Cette émersion, en définissant notre continent européen, jusqu'alors réduit à la condition d'archipel, a dû influer dans une mesure considérable sur la direction des courants d'air, si intimement liée à la distribution des surfaces continentales (2). Ce fait, joint à l'apparition des glaces dans les contrées polaires, laisse comprendre que le début de l'ère moderne ait pu être caractérisé par un trouble atmosphérique , capable de verser une grande

(1) V. antè, p. 335.

(2) V. antè, p. 90.

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abondance de précipitations sur les régions tempérées de notre hémisphère. C*est ainsi que, de nos jours . le changement complet qui se produit, aux équinores, dans la distribution des centres de pression barométrique, a pour conséquence l'établissement momentané d'un régime de pluies et de tempêtes.

Ajoutons qu'aux époques pliocène et quaternaire anciennes, une cause puissante, aujourd'hui inactive, influait vraisemblablement sur la direction et l'intensité des courants d'air. Nous voulons parler des éruptions volcaniques dont, â cette époque, la Catalogne, le Plateau Central, TEifel et les bords du Rhin étaient simultanément le théâtre. Il semble impossible que de nombreux cratères aient vomi dans les airs des torrents de vapeurs sans que ces puissantes cheminées d^appel produisissent, sur Tair ambiant, un effet marqué d'aspiration. A ce point de vue, il y a lieu de remarquer que la fin du régime des grandes pluies sur notre sol a coïncidé justement avec l'inauguration de l'âge du renne, c'est-à-dire, à peu de chose près, avec le moment où les volcans à cratères de TAuvei-gne ont dû cesser leurs manifestations.

QoeatloB du Sahara. — La submersion du Sahara doit-elle figurer parmi Ifô particularités géographiques de l'époque quaternaire? La question demeure encore douteuse. Les coquilles marines ou saumâtres rencontrées aux abords du Chott Melrir diffèrent sensiblement de celles qui vivent dans la Méditerranée, et la présence, en divers points du désert, de Cardinm edule ne prouve rien, pas plus que celle des coquilles de Cyprxa moneta^ employées, comme on sait, par les indigènes dans leurs transactions commerciales. Cependant M. Desor (i) a signalé, au milieu même des gours d'alluA'ion de Bouchana, dans le Souf, la présence du Cardium edule avec Nassa gibbosula et Balanus muer.

Du reste, dans quelque sens que la question doive être tranchée, il importe de remarquer que l'existence d'une Méditerranée couvrant le Sahara ne suffirait pas à elle seule pour produire sur l'Europe un régime permanent de courants humides. Car cet état de choses a été justement réalisé lors de l'éocène nummnli-* tique, et nous savons qu'il a entraîné, au contraire, un climat caractérisé par la sécheresse et la chaleur extrême des étés.

iHodlflcattona aetnelles du climat. — Observons en outre que le déplace ment en latitude des courants d'air himiides ou secs est un fait qui se produit encore de nos jours, bien que sur une moindre échelle. A l'heure présente, le climat des côtes septentrionales de la Méditerranée est beaucoup plus sec qu'à l'époque romaine, et les régions de la Gaule et de la Germanie, certainement moins humides qu'autrefois, sont loin de justifier, par leur climat, la réputation de sévérité que leur ont faite les anciens historiens. En revanche, l'empiétement des neiges et des glaces aux abords du Groenland et de l'Islande dit assez que les précipitations atmosphériques y sont devenues plus abondantes.

C'est en vain qu'on voudrait attribuer ces changements à l'intervention de l'homme et, en particulier, à l'influence du déboisement. L'homme n'est pour rien

(i ) Bull, Soc. géol. de France, Z" série, YIII, p. 230.

dans le dessèchement du Sahara, si bien pourvu d'humidité à Tépoque quaternaire, et ce n'est pas lui non plus qui a réduit à leurs insignifiantes proportions les lacs, autrefois si étendus, du versant occidental des Montagnes Rocheuses. 11 vaut mieux avouer que nous ignorons encore les lois qui gouvernent ces modifia cations, dont Tavenir seul nous révélera peut-être le secret.

Ij'époqae quaternaire en dehors Je l'Emrope. — En terminant cet exposé, nous croyons utile de rappeler qu'il ne s'applique qu'à la région européenne, et encore à la condition d'admettre des épisodes locaux plus ou moins discordants. Les traces d'une époque glaciaire semblent faire défaut dans l'Himalaya, soit que les érosions pluviales, si actives dans ce massif, les aient effacées, soit que les glaciers n'y aient jamais eu plus d'extension qu'aujourd'hui. En Amérique, M. Dana ne reconnaît qu'une phase glaciaire, celle du drift et du hotdder-day, précédant la phase de Champlain ou des grands cours d'eau, dont l'auteur attribue les particularités aux inondations violentes causées par la fonte des glaces. Enfin les latitudes tempérées occupent trop peu de place dans l'hémisphère austral et les obseiTations recueillies sur ces régions sont encore trop incomplètes, pour autoriser des conclusions générales. Ce qu'on sait seulement, c'est que les prétendues traces d'une époque glaciaire, signalées par Agassiz au Brésil, se sont complètement évanouies devant une étude plus attentive.

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