RÉGIONS DIVERSES
ou d'un pli 1res brusque. Les calcaires lithographiques du virgulien s'y trouvent relevés jusqu'à plus de 21 0" d'altitude, et si les agents d'érosion, profitant des fissures qui n'ont pu manquer de s'ouvrir au-dessus de la clef de voûte, n'avaient pas nivelé la contrée, ne laissant subsister aucune altitude supérieure à 240<°, la craie blanche atteindrait, sur le dôme du Bray, une hauteur de 600" au-dessus du niveau de la mer.
Cette dislocation est la ligne culminante d'un système de rides parallèles, qui comprend la vallée de la Seine. Le fleuve serpente, sans jamais s'en écarter beaucoup, autour d'une direction moyenne orientée 150^, exactement comme le Bray, et jalonnée, ainsi que l'a démontré M. Hébert (1), par une série d'accidents caractéristiques, dont les principaux sont les relèvements de Beynes, de Mantes, de Vernon, de Rouen et de Villequier.
Les travaux de MM. Hébert et N. de Mercey ont aussi montré qu'entre la vallée de la Seine et l'Artois, il existe, outre le Bray, plusieurs plis de même direction, à savoir : le pli concave de la vallée de Criel, le pli convexe de la Bresle, le pli concave de la Somme et le pli convexe de l'Authie, au delà duquel on soupçonne encore un pli concave sous la Canche. De plus, une direction presque perpendiculaire à la première est mise en évidence par les relèvements de Rouen à Arras et de Dieppe à Fruges. Enfin, dans toute la Picardie, les nombreuses fentes dont la craie est parsemée laissent voir l'influence de deux systèmes de dislocations dominants {2)^ celui de Isi Basse-Somme f orienté à Amiens 128^ et celui de la Basse-Oise^ orienté 52^. Ces deux systèmes conjugués seraient contemporains, mais les actions qu*îls accusent se seraient répétées à diverses reprises pendant le dépôt de la craie et de l'éocène, et les plis n'auraient pris leur forme définitive qu'à la fin de l'époque tertiaire.
RÉGIOMB ÉTRAMCIÊRCB DIVBR8B8
Angleterre BtérldloMae. — Le sud de l'Angleterre se fait remarquer par une série de plis parallèles, réunis par M. Barrois (5) sous le nom de ridement des
K. IGngiclere MfindiMtvr Porisd<ywn QedeW^i S.
Fig. 590. — Coupe N. S. de Ringsclere à l'Ile de Wight (d'api-éf M. Ch. Barrois). 1, système mfrtcréUoé ; % étages cénomanien et turonien ; 3, étage sénonien ; A, dépôts tertiaires.
Dotons et remarquables par la dissymétrie de leurs versants (fig. 599) . Dans ces plis, qui doivent être considérés conmie le prolongement de l'accident de l'Artois, le
(1) Bull. Soc, géoL de France, 2- série. XXIX, p. 453.
(2) De Mercey, Bull, Soc. géol. de France, Z* série, IV, p. 560; VIII, p. 422.
(3) Congrès géologique, 1878.
versant septentrional est partout le plus abrupt et il y a des cas où la ligne de plus grande pente des couches a dépassé la verticale, pour s^incliner vers le sud de 70 ou 80 degrés.
La crête qui limite au nord le Bas-Boulonnais entre CafBers et le Mont de Couple et celle qui forme la falaise septentrionale de la région wealdienne, à partir de Folkeslone, appartiennent à ce système de plissements. Ces deux crêtes, dont les sondages sous-marins ont permis de suivre le raccordement à travers le détroit, dessinent dans leur ensemble une série de lignes parallèles, de plus en plus rejetées vers le nord à mesure qu'on s'avance à Touest, chaque rejet correspondant, selon toute vraisemblance, à un accident transversal d'ancienne date, qui a dévié Feffort du ridementN. O.-S. E., en lui imprimant une sorte d'allure en crémaillère.
ApemiiBs. — La chaîne des Apennins, intimement liée à celle des Alpes, dont elle forme le prolongement méridional, n'a cependant pas tout à fait la même histoire. Les assises aquitaniennes y reposent en discordance sur l'étage ligurien (1), où abondent les épanchements ophiolithiques, et souvent elles sont entièrement composées de fragments de serpentine, de gabbro et autres roches liguriennes. Aussi peut-on les regarder comme le résultat d'une sédimentation postérieure aux grands plissements des Apennins, lesquels seraient ainsi du même âge que le soulèvement des Pyrénées.
Telle était d'ailleurs l'opinion d'Élie de Beaumont, qui signalait la direction des Pyrénées comme l'une des principales parmi les Apennins. On lui doit aussi cette remarque importante (2), qu'une ligne un peu sinueuse, menée de Londres aux bouches du Danube parallèlement à la direction pyrénéo-apennine^ semble avoir été le rivage méridional d'une vaste mer qui, à l'époque tertiaire, couvrait une grande partie du sol de l'Europe; au sud s'étendait un espace continental divisé par des bras de mer et où les montagnes parallèles aux Pyrénées formaient les traits dominants.
A partir de l'aquitanien, suivant la remarque de M. Mayer(5), la portion des Apennins qui domine le littoral de la Ligurie présente, au point de vue des mouvements du sol, la contre-partie exacte de ce qui se passait en Suisse à la même époque; on en jugera par le tableau ci-contre.
EnGn, après l'époque pliocène, un nouveau relèvement des Apennins a porté les marnes subapennines et leurs équivalents siciliens à des altitudes qui dépassent 4 000"».
L'Apennin est caractérisé par la grande diversité de ses deux versants, donl l'un abonde en plis et en refoulements, tandis que l'autre présente des déchirures par où les éruptions volcaniques se sont fait jour et est interrompu par des zones d'affaissement.
(1) Taramelli, Acad. dei Lincei, 1878.
(2) Notice êur les systèmet de montagnes, p. 4&2.
(3) Mayer in Heim, Mechanitmui, etc., II, p. 202.