CONSIDÉRATIONS THÉORIQUES
De là résulte une eonséquence, très bien mise en lumière par M. Ueira (1): c*est qqe beaucoup des grands lacs de la Suisse et des pays de montagnes peuvent avoir été produits par des mouvements du sol, survenus pendant la formation des vallées. Les grands lacs résultant de barrages glaciaires ou torrentiels ne s*observent que dans les parties tout à fait extérieures des chaînes/ où le travail de Térosion parvenait toujours à marcher de pair avec celui du soulèvement. Mais, dans Fintérieur, quand TefTort des dislocations a pris Tavance, la pente naturelle a pu se trouver parfois rompue et des lacs ont dû se former.
AacleiiBeté de« détails du relief tenreetre. — Les considérations qui précédent ne font du reste que mettre en lumière quelques cas particuliers d*une loi très générale, celle de Y ancienneté de la plupart des détails du relief terrestre. Nous avons vu comment, dans le nord de la France, les failles post-éocènes de TArtois n*étaient que des réouvertures des anciennes fentes post-carbonifères du Hainaut. Rien ne serait plus facile que de multiplier les exemples de ces coïncidences. Ainsi, en Auvergne, le bord de la fente par laquelle le granité de la Haute-Dordogne s*était épanché entre le micaschiste et le gneiss est devenu, plus tard, une région d^affaissement, dans laquelle s'est formée cette longue bande de sédiments houillers qui s'étend des environs de Mauriac jusque dans TAllier et même au delà. Postérieurement, une dislocation s'est produite le long de cette bande, engloutissant les assises houillères et leur faisant subir les dérangements et les torsions les plus bizarres. C'est aussi sur une ligne de fente granitique que sont venus s'échelonner les cratères volcaniques de la chaîne des Puys, et c'est l'allure rectiligne du bord oriental du Plateau central qui a préparé de longue date la direction de la vallée du Rh6ne et de la Saigne.
On commettrait donc une grave erreur si, dans l'allure qu'affectent aujourd'hui les détails de l'orographie et de l'hydrographie, on négligeait la part qui peut revenir aux phénomènes dynamiques des âges antérieurs. Chacune des dislocations de la surface terrestre est une résultante^ influencée dans sa direction et son intensité par un certain nombre d'éléments plus anciens, dont il importe au géologue de savoir retrouver les traces, quelque voilées qu'elles puissent être.
Fermaaeaee poeslUe de l'effort oro^mlqne. — Enfin, SÎ le phénomène orogénique a bien la nature que nous lui attribuons, on peut se demander pourquoi son œuvre ne se poursuivrait pas même pendant les périodes d'équilibre relatif. Nous avons vu qu'il y a de sérieuses raisons dépenser que, de nos jours, l'écorce terrestre subit en divers points des mouvements en sens contraires. Ces mouvements sont faciles à constater sur les rivages maritimes, grâce à la surface de repère que fournit l'Océan. Mais on peut croire qu'il s'en produit d'analogues dans les régions montagneuses. D'après certains récits, quelques villages de Suisse sont devenus visibles de points d'où il était autrefois impossible de les apercevoir et, sans nier que les tassements et les éboulements puissent amener des résultats de ce genre, il est permis de penser que la cause
(1) Mechaniêtnuêt etc., II, p. 231.
1252 DISLOCATIONS DU GLOBB.
en est parfois plus profonde. Peut-être parviendra-t-on, par des niYellements précis, à mettre le phénomène en évidence. Pour nous, en réfléchissant que les tremblements de terre sont plus fréquents le long des chaînes de montagnes, si bien que nous avons été amené (1) à les considérer, avec MM. Heim, Suess et Dana, comme une des manifestations de T.effort orogénique, nous ne faisons aucune difficulté d'admettre que cet effort, se poursuivant en dehors des périodes de débâcles, est capable de se traduire par des mouvements devenant appréciables à la longue.
Rapports motneU des phéiionièB«a orofémlqaes et des phéBomèses éraptlfs. — On a pu remarquer, dans Tétude que nous avons consacrée aux massifs éruptifs, que les roches d*origine interne, aussi bien celles de la série ancienne que celles de la série moderne, apparaissent beaucoup moins dans les grandes chaînes de montagnes que dans les Ilots de terrain primitif, que tout nous porte à considérer comme ayant formé les premiers noyaux de nos continents. Ainsi le Plateau Central, le Morvan, les Vosges, la Forêt Noire, FArmorique, TËsterel, la Saxe, la Scandinavie, se montrent très riches en granités franchement éruptifs, en granulites et en roches porphyriques ou mélaph^-riques diverses. En revanche, la chaîne centrale des Alpes ne laisse guère voir que le granité qu'on peut appeler fondamental et qui passe par transitions insensibles au gneiss. Les porphyres y font presque entièrement défaut et il s'y trouve peu de roches franchement éruptives en dehors des euphotides et des serpentines. Encore apparaissent-elles sur le bord seul du massif.
De même, à l'exception des ophites, les Pyrénées sont très pauvres en roches internes et les variétés granitiques qui se montrent dans le noyau de la chaîne sont d'une date bien antérieure aux premiers essais de formation de celle-ci.
Quant aux épanchements volcaniques modernes, complètement absents des deux grandes chaînes des Alpes et des Pyrénées, ainsi que de celle des monts Scandinaves, ils abondent en Auvergne, au voisinage des Vosges, en Ecosse, en Bohême, et on en retrouve des traces dans le Morvan ainsi qu'autour de l'Esterel et aux abords de la Montagne Noire.
Si ces faits ne sont pas particuliers à l'Europe (et il semble que les chaînes himalayennes justiflent la même conclusion), il en résulterait que les manifestations éruptives se tiennent en général à une certaine distance en avant des montagnes en voie de formation. Tandis que ces dernières occupent des régions de plissement sur le bord d'anciennes zones de dépression, les roches éruptives recherchent les régions de fracture, qu'il est naturel de trouver dans les massifs rigides d'ancienne consolidation.
Mais les deux phénomènes n'en sont pas moins concomitants. Ainsi les éruptions de roches vertes, probablement de nature boueuse, ont accompagné, à la fin de l'éocène, le soulèvement pyrénéo-apennin. L'activité volcanique s'est éveillée, en Auvergne, dans ie Siebengebirge, en Hongrie, etc., au moment où
(1) Y. antè, p. 541.