‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 54 sur 483 · DÉPÔTS DE PLAGES · texte numérisé non relu

DÉPÔTS DE PLAGES

Dans ce cas, la sticcession régulière que nous avons indiquée^peut être troublée par des alternatives entre les couches de sable fin et celles de gravier mélangé de ^lets. De plus, en pareil cas, le talus de galets offre généralement deux terrasses, dont Tune correspond aux hautes mère d'équinoxe et l'autre aux hautes mers ordinaires. Tantôt, vu la mobilité des galets, celle de ces terrasses qui se produit la dernière efface les précédentes ; tantôt les circonstances permettent leur maintien simultané.

C*Bip<MiitloB mteéralo^qaie des dépùim. La préparation mécanique que Feau fait subir aux sables a souvent pour effet d'y faire apparaître, sur certaines plages, des minéraux qu'on n'y remarquait pas tout d'abord en quantités appréciables; ainsi le grenat, le feroxydulé, l'étain oxydé, etc. La vague les accumule en des points spéciaux, où elle en augmente sans cesse la proportion. C'est ainsi que, sur la plage de Wissant, dans le Pas-de-Calais, on observe, sur une certaine étendue, une accumulation assez considérable de nodules de pyrite provenant de la destruction de l'argile du gault. A la Pointe des Poulains, h Belle- Ile, on recueille un sable, employé comme poudre pour l'écriture et qui contient 80 pour 100 de matières insolubles dans les acides, consistant en grenat mélangé d'un peu de quartz, de corindon-saphir et d'émeraude. Toujours par suite de la préparation mécanique de la vague, ce sable, déposé par les hautes marées, couronne une plage d'un sable gris-jaunâtre bien différent, dans lequel la proportion de calcaire peut atteindre 70 pour 100 (1).

M. Delesse a fait remarquer que, sur les côtes de Normandie et de Picardie, le sable du dépôt littoral contient beaucoup de quartz hyalin, quelquefois même en proportion supérieure à celle du silex, bien que ce dernier élément soit fourni en abondance par les falaises. Cela tient à ce que, en raison de la dureté plus grande du quartz, l'agitation des vagues doit tendre, à la longue, à le faire prédominer sur les autres minéraux.

Le dépôt littoral peut être vaseux quand les côtes voisines, exposées à l'action des vagues, fournissent surtout des éléments argileux. Tel est le cas de la côte de la Charente-Inférieure, où s'observe, entre la terre ferme et les îles de Ré et d'Oléron, un dépôt particulier dit terre de BrL C'est une vase gris-verdàtre, contenant de l'argile, des grains de quartz, dos débris de mollusques et des foraminiféres, avec une teneur en calcaire capable d'atteindre 10 pour 100.

Ma«ri, TrACs, Tan^ve. — Sur les cotes de la Bretagne, le dépôt littoral emprunte un caractère particulier à la présence des débris de nullipores qui le changent en maêrl calcaire, très propre à l'amendement des terres, surtout quand on le retire à l'aide de la drague, sans qu'une émersion prolongée y ait détruit la matière organique. D'autres fois, c'est l'abondance des coquilles qui transforme un dépôt de nature arénacée en un amendement calcaire» désigné en Bretagne sous le nom de traëz,

(1) Delesse : Lithologie du fond des mers, p. 200.

i6S DYNAMIQUE EXTERNE.

Sur les plages que la mer laisse fréquemment à découvert et où débouchent des cours d'eau tranquilles, par exemple dans la baie du Mont-Saint-Michel et en d'autres points du littoral normand ou armoricain, il se dépose une vase sableuse fine, connue sous le nom de tangue et dont Tagriculture fait un emploi considérable.

La tangue est essentiellement un produit marin. Les rivières dont elle occupe les estuaires ne peuvent guère y apporter d'autres éléments que des matières organiques, leur vitesse étant très faible. Le grain de la tangue est d'autant plus ténu qu'on s'éloigne de la ligne de basse mer et c'est aussi dans le voisinage de cette limite qu'on rencontre la [plus forte proportion d'éléments coquilliers. Le microscope révèle aussi dans] la tangue de nombreuses carapaces de diatomées. Mais l'élément principal consiste en menus débris de quartz, de mica et de feldspath généralement potassique ; ce mélange a pour effet de diviser mécaniquement les terres fortes, tandis que, par sa nature un peu argileuse, il est au contraire capable de rendre de la cohésion aux terres légères, en introduisant d'ailleurs, dans les unes et les autres, une certaine proportion d'alcalis.

Avec ces matériaux, qui proviennent de la destruction des terrains granitiques et schisteux des côtes de la Manche, on trouve dans la tangue du carbonate de chaux, en quantités très variables, depuis quelques millièmes jusqu'à plus de cinquante pour cent. L'origine de ce carbonate ne parait pas devoir être attribuée à une autre cause qu'à la trituration des coquilles apportées par le flot. En outre, la tangue contient du chlorure de sodium ainsi que les différents sels existant en dissolution dans l'eau de mer, notamment des sulfates alcalins ou alcalino-terreux, réduits à l'état de sulfures quand la tangue est fraîche, mais s oxydant rapidement à l'air et contribuant à augmenter l'action fertilisante de ce produit littoral. Quant à l'acide phosphorique qu'on y a quelquefois signalé» sa présence semble accidentelle et due à la décomposition de petits poissons plats qui abondent dans certains estuaires, en particulier dans celui du Mont- Saint-Michel (1).

StraiIflcatioB et stractare des sables de pla|r«»»* — Les dépôts de plages,, irrégulièrement stratifiés au-dessus de la ligne des hautes mers, parce qu'ils sont remanies par les vagues des tempêtes, offrent au-dessous de cette limite une stratification régulière, parallèle à la pente de la plage. En effet, c'est le flot de retour qui les y dépose dans sa retraite. Leur inclinaison, de 2 à 7 ou 8 degrés sur un rivage où la marée est faible, atteint jusqu'à 15 ou 20* quand la marée est forte et la côte en pente rapide. On y observe fréquemment des traces de ruissellement ou rtU-marks. Ce sont des rainures formant un V dont la pointe est tournée vers la mer. Ces 'rainures* prennent naissance lorsqu'un objet saillant, tel qu'un galet ou une coquille, arrête le flot de retour dans sa descente ; obligée de franchir l'obstacle, l'eau ruisselle avec une vitesse accrue sur le versant d'aval

(1) Bcsnou : Bulletin de la Soc. géol, de Normandie, VI, p. 725.

DÉPÔTS D^EAU PROFONDE. Itfd

et trace dans la plage un sillon qui va bientôt en s'effaçant. Les coquilles brisées et autres débris marins sont caractéristiques de ces dépôts.

En outre, dans la partie inférieure des dépôts de plages on obserie souvent de petites saillies en fonne de rides, dites ripple-marks. On les attribue à ce que la vague pousse le sable devant elle jusqu'à une certaine hauteur quelle ne peut dépasser; à ce moment, plongeant par-dessus la crête du petit bourrelet ainsi produit, elle en reforme un autre en arrière. Mais ces ridements paraissent dus plutôt aux vibrations que Teau éprouve dans la propagation des ondes qu*à une impulsion horizontale directe.

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