ACTION DES EAUX D'INFILTRATION
§i HAPPES 80UTERRAI1IE8 ET SOURCES
Formation des nappes d*infllcra«ion. — L'infiltration est la pénétration lente, à travers les fissures et les interstices du sol, de l'eau qui provient de la pluie, de la condensation des brouillards ou de la fonte des neiges. Ce phénomène ne peut se produire que dans des terrains perméables , que cette perméabilité soit inhérente à la roche, comme c'est le cas pour les sables, ou qu'elle résulte du grand nombre de fissures qui la traversent, comme dans la plupart des calcaires et des grès.
Les eaux, en pénétrant dans le sol, finissent par s'y accumuler en donnant naissance à des nappes d'infiltration. En effet, à mesure qu'elles s'enfoncent, elles deviennent de moins en moins accessibles à l'évaporation ; les parties de l'écorce situées à une certaine profondeur ne peuvent donc manquer, à la longue, de se saturer d'eau et ainsi se constituent les nappes souterraines, qui, toutes les fois que leur niveau est atteint par une dépression du sol, se répandent au dehors sous la forme de sources.
Pour plus de simplicité, supposons avec Belgrand (1) une grande plaine par-
Ci) Im Seine, Étudet hydrologigueê, p. OS.
faitement horizontale, constituée par un terrain perméable. Les eaux d*infiltration formeront une nappe dont la surface sera horizontale et d*autant plus voisine de la surface du sol que les précipitations auront été plus abondantes. Cela posé, si cette plaine vient à être entamée par deux dépressions profondes, ces vallées exerceront sur la nappe souterraine une action de drainage. Les eaux emmagasinées s^écouleront vers les deux thalwegs et ainsi la surface supérieure de la nappe sera relevée sous le faîte de partage, d'autant mieux que c*est là qu'elle est le plus efficacement protégée contre l'évaporation superficielle.
Ainsi les nappes dlnfiltration, dans un terrain perméable, ont une surface ondulée qui reproduit, comme une sorte d'écho affaibli, les accidents extérieurs du sol, et partout où elles viennent à être rencontrées par un thalweg, elles s y
Fig. 41. — Allure d'aae oappe d'infiltration, oo, niveau de la mer; ABC, surface de la nappe; B, point d'émergence de source.
écoulent en donnant naissance à une source (fig. Ai) ou plutôt à un ensemble de sources et de filtrations.
L'allure ondulée des nappes souterraines a été parfaitement constatée par M. Dru dans la région des Chotts sahariens (l). Une coupe menée du Chott Rharsa au golfe de Gabès montre la nappe d'infiltration suivant partout, à peu de distance, la surface du sol et subissant deux relèvements accentués, l'un sous le seuil de Mouîat-Sultan, où la nappe s'élève à environ 10 mètres au-dessus du niveau qu'elle occupe sous la plaine voisine, l'autre, encore mieux marqué, sous le faîte du seuil de Gabès. En ce dernier point, l'altitude du sol étant de 47"»,37, celle du sommet de la nappe atteint 45'",67, soit 5«,70 de différence. A cinq kilomètres de là, au pied du seuil, le sol étant à 52,46, la nappe se tient à 0",70 au-dessous, avant de retomber progressivement jusqu'au niveau de la mer.
De là vient que, quand on creuse un puits sur le bord d'une grande vallée, comme celle de la Seine, le niveau de l'eau dans ce puits est d'autant plus élevé qu'on s'éloigne davantage du cours d'eau. Ainsi à Paris, sous le faite de l'Arc-de- Triomphe, la nappe d'eau se tient à environ 8 mètres au-dessus du niveau de la Seine. Ce ne sont donc pas, comme on le croit trop souvent, des infiltrations de la rivière qui se font sentir en montant à droite et à gauche de son lit. Le cours d'eau lui-même ne se maintient stable, au niveau qu'il occupe, que parce qu'il constitue le déversoir naturel des nappes voisines, et, loin de les alimenter, il est au contraire alimenté par elles. Ce résultat est bien mis en évidence par les cartes hydrologiques de la Seine et de la Seine-et-Marne, publiées par M. Delesse.
. (1) Miuion Roudaire, Hydrologie, par L. Dru, Paris, i88i.