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GLACES HIVERNALES

Cette glace offre une apparence à demi stratifiée et n'a jamais la coloration <ie la glace des glaciers ; sa teinte est jaunâtre comme colle do Teau qui vient des tourbières. La teiTc qui la recouvre présente, en certains points, une odeur de pourriture que M. Dali attribue à des restes d*animaux en putréfaction, car on en extrait de temps en temps des débris de manunouth.

Aussi M. Dali conclut-il, comme M. Martins, à l'existence d'un massif de glace coiapacte, s'élevant à près de cent mètres au-dessus du niveau de la mer et de formation plus ancienne que la période du mammouth, aux graviers de laquelle il sert de support, coiiune pourrait le faire une roche solide.

Il convient de rapprocher de ces faits imc obsei*vation faite en Sibérie, où il existe, entre la tourbe et les graviers aurifères du Yenisei, un banc de glace de 6 mètres d'épaisseur (1). Les lentilles de glace cristalline, les glaçons brisés, les blocs épars plus ou moins mélangés de sable ou de boue, se rencontrent partout dans le sol.

«LAGBi HIVBBWAI.es

C^aracttéres ^nérmix. — Dans tout ce ({ui précède, nous n avons étudié que les manifestations permanentes du phénomène glaciaire. Mais il en est d'autres qui, pour se produire d'une manière plus intermittente, n'en sont pas moins dignes de mention. Dans toutes les parties de la zone tempérée froide, l'hiver a pour conséquence la formation temporaire de neiges et de glaces qui, pour un moment, impriment à ces contrées un caractère glaciaire souvent très prononcé. fl s'y fait alors des avalanches, entraînant des quartiers de roches que la pluie seule eût été impuissante à déplacer; on voit naître des glaciers en miniature, capables de quelques effets de transport, et se terminant parde petites moraines, que les pluies du printemps transformeront en cônes de déjection. Enfm la prise des rivières et des lacs donne lieu aussi à des phénomènes intéressants.

Laissant de c6té les effets produits par l'accumulation des neiges dans les vallons et les ravins, effets qui ne diffèrent que par l'intensité et la durée de c^ux que nous avons déjà eu l'occasion d'étudier, occupons-nous principalement des actions mécaniques auxquelles peut donner lieu la glace des rivières et dos facs.

Claee des laes ci des rivières. — L'eau douce présentant un maximum de densité aux environs de -h 4<», lorsque le froid commence à se faire sentir, l'eau de la surface d'un lac tend à tomber au fond à mesure qu'elle se refroidit. Le fond du lac doit donc être bientôt occupé par une couche d'eau à 4®, à partir de laquelle la température de la nappe superposée s'abaisse progressivement jusqu'à la surface. Mais pour que les choses se passent ainsi , il faut que le lac

(i) Kropotkin in Reclus: VAsie russe, p. C09. — id. Lopatin

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soit assez profond. En effet, les observations de M. Forel (i) ont établi que, dan» le lac de Zurich, dont la plus grande profondeur est de 141 m., le froid de la surface peut se faire sentir jusqu'à 110 mètres. La température est, en ce point, de 4® et demeure constante de là jusqu'au fond. Cette action du froid extérieur se manifeste malgré une couche de glace de 0'",10. Mais, ainsi que M. Forel a [>u le vérifier sur le lac de Morat, si le froid vient à augmenter, toute son influence sera employée à accroitre l'épaisseur de la couche de glace, sans que la distribution des températures dans la nappe liquide en soit affectée.

Le lac Baîkal, qui offre des profondeurs de 1400 métrés, possède, sur son fond,, une température constante de 5^,5. Les variations de la température se fontencoi*e sentir, quoique dans une faible mesure, à 150 mètres au-dessous de la surface (2).

Sur un lac de faible profondeur, comme le Loch Lomond, en Ecosse, le froid pénètre assez pour que la température, étant de zéro à la surface, soit de 2^,4 au fond, par vingt mètres. Mais de toutes manières, la congélation d un lac tant soit peu profond ne peut se faire que par la surface ; seulement, si les bords du lac sont plats, les glaçons formés sur ses rives pourront adhérer au fond et comprendre dans leur masse les cailloux qui le jonchent. C'est ce qui s'est réalisé,, d'après M. Benoit (5), pendant l'hiver de 1844 à 1845, dans la haute vallée du Doubs. Un temps très sec et très froid avait succédé à d'abondantes chutes de neige. Le Doubs n'avait presque plus d'eau et la glace du lac de Chaillexon, épaisse de près de 2 mètres, s'était affaissée sur le fond du lac en englobant du gravier. Lors de la débâcle, accompagnée d'une pluie chaude et abondante, tout fut soulevé et rompu ; on vil alors, dérivant doucement vers l'aval, des radeaux de glace qui offraient, à leur face inférieure, des lits de gravier de plusieurs décimètres d'épaisseur.

Des effets semblables s'observent sur les rivières, lorsque leur niveau s'est assez abaissé pour que, malgré le mouvement de l'eau, la prise en glaçons puisse avoir lieu de la surface jusqu'au fond. Du reste, il arrive souvent que, dans une eau courante et limpide, la congélation commence par le fond. Ce cas se produit par des nuits claires quand, sur le lit du cours d'eau, se trouvent des cailloux à surfaces brillantes, lesquelles deviennent le siège d'un rayonnement intense ; comme d'ailleurs l'eau qui est en contact immédiat avec le fond est celle qui offre la moindre vitesse, ces deux causes réunies déterminent sa congélation et alors on voit monter à la surface des plaques de glace qui y apportent les sables, graviers et galets du lit. Ce phénomène est constant sur l'Angara et les fleuves rapides de la Sibérie. Les plaques de glace ainsi amenées au jour et entraînées par le courant peuvent ne déposer leur charge qu'à une grande distance de leur lieu d'origine; ainsi, à la faveur de l'hiver, les rivières deviennent capables

(1) Comptes i-endui, XC, p. 522.

(2) Slnive: in Petermanns Miitheilungen^ 1880, n* 8.

(3) BulL de la Soc. géoL de France, 3* série, V, p. 73.

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de charrier des blocs que jamais Feau courante, demeurée liquide, n eût été en état de déplacer. Il n'est pas impossible que les gros cailloux de granité du Morvan, disséminés dans les anciennes alluvions de la Seine, aient été transportés par un procédé de ce genre.

BaiMbeles. — La puissance mécanique des glaçons charriés par les rivières peut être considérablement augmentée quand, à la faveur de certaines circonstances particulières, il se produit des embâcles conmie ceux qu'on a pu observer^ dans l'hiver de 1879 à 1880, sur le cours de la Loire et de la Saône. Ces embâcles naissent dans les rétrécissements que subissent les cours d'eau, par exemple à la rencontre d'un groupe d'iles. Les premiers glaçons, arrêtés dans leur marche, forment un barrage en arrière duquel les autres sont forcés de s'accumuler. Chacim de ces derniers essaye d'abord de plonger sous l'obstacle et ainsi le barrage finit par être solide de la surface jusqu'au fond, constitué par un enchevêtrement de glaçons fortement appuyés les uns contre les autres et mélangés au gravier, qu'ils ont arraché au lit de la rivière en le labourant profondément. D'ailleurs l'arrivée de nouveaux glaçons ayant surtout lieu au centre, l'embâcle est arqué en son milieu et offre la forme d'une voûte souvent rompue. La longueur d'un tel obstacle peut être considérable; ainsi l'embâcle de Saumur, en 1880, n'avait pas moins de 9 kilomètres de long. Les blocs avaient 0'",50 d'épaisseur et la surélévation au milieu n'était pas inférieure à 5 ou 6 mètres.

Quand, avec le dégel, l'embâcle réussit à descendre le cours normal de la rivière, il y a simplement répétition, sur une grande échelle, du transport par radeaux de glace dont il était question un peu plus haut. Hais il peut arriver que l'embâcle offre aux eaux d'amont un obstacle insurmontable et les oblige à chercher une nouvelle issue sur le côté. Alors plus tard, après la fonte des glaces, les matériaux solides que la banquise avait arrachés au fond demeureront sous la forme d'une digue confuse.

Ainsi pourraient s'expliquer, selon M. Schrader (1), les anomalies que présente le. cours de certaines rivières ; par exemple, le coude que fait le Rhin à Sargans, la direction que prend le gave de Pau au pied du rocher de Lourdes, au lieu de filer à travers la plaine de Tarbes, etc. En tout cas il est incontestable que des embâcles glaciaires ont dû se produire plus d'une fois dans l'histoire de nos cours d'eau et influer notablement sur leur direction. De même, la violence avec laquelle les glaçons sont entraînés lors des débâcles a rendu les mêmes cours d'eau capables d'exercer, sur les parois de leurs vallées, des effets mécaniques d'une puissance exceptionnelle.

«lace des rivières sibériennes. — En Sibérie, l'épaisseur de la couche de glace qui se forme, pendant l'hiver, sur les rivières et les lacs, varie de 1 m. à 2",40 (2) . Il en résulte qu'à l'exception des très grands fleuves, tels que l'Ob, le Yenisei et la Lena, tous les cours d'eau de cette contrée sont, en hiver, pris jusqu'au

(1) Arutuaire du club alpin français^ 1879, p. 559.

(2) MiddendorfT: SibirUche Reite.

fond. La surface gôie d*abord et se soulève ensuite en forme de voûte, sous Teffort des sources demeurées liquides, qui cherchent une issue et atteignent Textérieur, où elles se congèlent aussitôt ; de cette manière, Teau solidifiée fini! par s*accumuler à une hauteur de plusieurs mètres.

Quand survient la débâcle, c'est par Tamont que les rivières recommencent à couler, les cours d*eau sibériens étant généralement dirigés du sud au nord, c'est-à-dire que leurs sources sont dans des conditions de climat beaucoup plus douces que leurs embouchures. L*eau coule d'abord à droite et à gauche des glaces ^pnoncelées, en formant deux rivières latérales; puis la glace, fissurée et brisée* par les froids de l'hiver, se met à son tour en mouvement. Les morceaux qui adhéraient au lit de la rivière arrivent à la surface, chargés de vase, de gravier et même de gros blocs ; cette masse, souvent arrêtée dans sa course vers le nord par des barrages de glaces demeurées solides, laboure le sol en y creusant de profonds sillons et traçant, à chaque hiver, de nouvelles rives au cours d'eau. Elle transporte ainsi, de proche en proche, des matériaux que jamais la rivière n'eût été capable de déplacer.

Jattes de giaee. — En Sibérie on observe souvent , dans les vallées, des jattes ou écuelles de glace (Ehmtdden) (1), qui résultent de la congélation des eaux de sources, lorsque ces dernières, sortant d'un point d'émergence où leur température est supérieure à 2éro, sont obligées de couler à la surface du sol gelé. Ainsi, dans la vallée de laTurachtach, à 2 kilomètres en aval de la source, la glace forme un amas qui, à la fin de Tété, conserve encore 97 m. de long sur 35 m. de large avec S'^ySO d'épaisseur.

Pans la Mandchourie chinoise, M. de Middendorff a vu de ces amas de glace, formés de couches superposées bien visibles, qui avaient de 200 à 750 mètres de largeur sur plus de trois kilomètres de long.

Olaees marines. — Des effets de transport semblables à ceux que produisent les glaces des rivières s'observent quand la mer vient à geler. L'eau salée étant d'autant plus dense qu'elle est plus froide, c'est souvent par le fond que se pix)duit sa congélation. 11 arrive ainsi parfois qu'au début de l'hiver, les marins de la Baltique et de la Norvège voient tout à coup leurs barques environnées de glaçons qui viennent de se détacher du fond et où sont encore emprisonnés des fragments d'algues. Au large du Groenland, du Labrador et du Spitzberg, ces glaces soulèvent fréquemment avec elles de grosses pierres (2) ; elles deviennent ainsi, comme les glaces côtières, un instrument de transport et de dissémination.

Ces effets ne sont pas limités aux seules contrées septentrionales et, dans quelques années exceptionnelles, ils peuvent se produire jusque dans les latitudes tempérées. Ainsi, durant les siècles historiques, le détroit de Constantinople et la partie avoisinante de la mer Noire ont été fréquenunent recouverts de glace. En

(1) Dolltus-Aiisset : Matériaux pour l'éiude des glacieri. H, p. 475.

(2) Edlund : Poggendorffs Annalen, - in Reclus : ia Terre, II, p. 46.

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