FJORDS
401 de notre ère, la mer Noire gela presqtié entièrement et, lors de la débâcle, «n vit des montagnes de glace flotter pendant trente jours sur la merde Marmara. En 762, la glace s étendit depuis les falaises du Caucase jusqu'aux bouches du Danube et fut recouverte, disent les écrivains du temps, d'une hauteur de neige déplus de SO coudées. Au mois de février, les débris vinrent former un immense barrage en travers de THeliespont (1).
rJOBDS, LACS BT GIBQUBS
Caraetér«s 4m Qords. — Nous ne saurions terminer le chapitre relatif aux formations glaciaires sans faire ressortir Tétroite liaison qui les unit à certains accidents caractéristiques de la surface terrestre, à savoir les fjords et la plupaii des lacs de la zone tempérée froide.
Tout le monde connaît ces profondes échancrures du littoral, désignées en Norvège et au Groenland sous le nom de fjords et par lesquelles la mer pénètre HU loin dans Tintérieur du continent en golfes étroits, diversement ramiflés. La iigure 52 représente Tun d'eux, le Sogne Qord, qui serpente en Norvège au pied
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Fig. S2. — Le Sogne Qord en Norvège, par 61* lat. nord.
du grand glacier de Justedal. Le nombre de ces échancrures est tellement grand, sur la côte Scandinave, que le développement total du rivage se trouve porté à J»" 000 kilomètres, au lieu de 1900 qu'il devrait avoir si ces dentelures n'existaient pas. Le Lyse Qord s'avance à ,45 kilomètres dans les terres; bien qu'en divers points il n'ait que 600 mètres de largeur, ses parois atteignent 4000 à 1100 mètres d'élévation et, à leur pied, la sonde ne touche le fond qu'à plus de 400 mètres. Un Qord est donc essentiellement une vallée profondément encaissée
(1) Tchihatchorr in Reclus : la Terre, II, p. 64.
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■et dans laquelle la mer pénètre. Mais ce n'est pas tout : b partie immei^e du Qord ne se distingue pas, par son allure, de la partie émei^[ée. Si, à Taide de sondages, on réunit les éléments d'une représentation topographîque, par courbes de niveau, de la portion du Qord située au dessous de la mer, on trouve •qu'elle prolonge exactement, et sans aucune modification de pente, les versants •émergés, en sorte que le fond du Qord, au lieu d'être plat, est un thalweg à inclinaison souvent très prononcée, formant une véritable vallée sous-marine.
Cette vallée n'a d'ailleurs pas toujours une pente continue et un grand nombre de fjords sont moins profonds à leur embouchure que dans leur intérieur. Ainsi le Hardanger fjord offre des profondeurs de 800 mètres, tandis qu'à son •entrée la sonde touche le fond à 350 mètres. Dans ce fjord d'ailleurs, comme <lans beaucoup d'autres, les grandes profondeurs observées sont sensiblement plus fortes que celles de la mer du Nord, non seulement dans le voisinage de la côte, mais à une assez grande distance au large.
Enfin au débouché de chaque Qord dans la mer se trouvent des chaînes d'îles caractéristiques, dont l'alignement est en général parallèle à la dernière branche •du Qord et qui représentent évidemment les cimes principales d'une chaîne de hauteurs, prolongement en partie émergé des falaises du Qord.
Or cette constitution ne se concilie pas avec ce que nous savons de l'action de la mer, qui peut bien dégrader ses rivages entre le niveau de la haute et de la basse marée, mais qui est incapable de creuser de profonds sillons dans son lit. On ne peut pas davantage attribuer le creusement des Qords aux cours d'eau actuels, dont la vitesse et, par conséquent, le pouvoir d'érpsion, sont complètement amortis aussitôt qu'ils atteignent le niveau de la mer. Upe seule conclusion demeure admissible, c'est que ces déchirures du sol, si exactement prolongées sous la mer, existaient à l'état de vallées continentales, lorsqu'un affaissement relativement brusque du sol est venu les enfouir en partie §ous la nappe océani- •que. Mais cela ne suffit pas et il faut encore que, jusqu'à une époque assez rapprochée de la nôtre, quelque chose ait protégé ces découpures contre l'action des vagues et celle des agents atmosphériques; autrement les uns et les autres eussent dégradé les falaises, adouci les pentes, comblé les dépressions et substitué au contour dentelé une ligne continue et régulière, comme celle qui caractérise tous les cordons littoraux.
Effets de l'oceupatloB des Qords par des glaciers. — Cela posé, il est aisé <le voir que des glaciers ont seuls pu accomplir cette œuvre de protection. Nous «avons qu'un glacier excelle à déblayer la vallée qu'il occupe de tous les matériaux meubles dont elle était encombrée et que, par le travail de polissage auquel il se livre sur les parois encaissantes, il les rend très peu accessibles à la dégradation par les agents atmosphériques. Supposons donc que, lors de la formation de la chaîne Scandinave, un puissant travail d'érosion, aidé par les déchirures naturelles du terrain, ait déterminé la production d'un système de vallées profondes, aboutissant à ce qui était alors la mer et qu'ensuite un accroissement