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Abstraction faite, bien entendu, des Bactéries

la nature du fond, sensiblement la même composition dans toute retendue de la région. Le plankton serait le même dans tous les océans, tous les fonds abyssaux seraient occupés par les mêmes êtres et les zones voisines des rivages auraient partout les mêmes habitants. En effet, les moyens de dissémination des Animaux marins sont très puissants, grâce surtout au genre de vie pélagique d'un grand nombre d'entre eux. Les formes nouvelles qui prendraient naissance en un point déterminé du Globe, par le fait de variations diffuses de types préexistants, ne tarderaient pas à gagner de proche en proche toute Tétendue des mers.

(]ette uniformité a peut-être existé au cours d'une période géologique très ancienne, avant le refroidissement des pôles, mais il n'en est plus de même depuis que se sont différenciés les climats. Un régime régulier de courants atmosphériques s'est établi et avec lui un régime de courants marins superficiels, en même temps qu'une lente circulation amène les eaux froides et lourdes des mers polaires dans les abysses des mers tropicales.

L'universalité dans la répartition géographique des êtres a cessé d'exister de ce fait et les différences de température ont créé un premier obstacle à la dispersion des êtres. Il en est résulté la coexistence de faunes néritiques toutes différentes, localisées à peu près suivant les zones climatiques. De même la répartition du plankton est réglée par les courants marins, de sorte que l'on peut observer en contact brutal deux faunes de composition différente, habitant l'une un courant chaud, l'autre un courant froid, qui se côtoient.

D'un autre côté, l'existence de terres émergées séparant deux océans et réduites parfois à un isthme étroit constitue toujours un obstacle infranchissable à la dispersion des êtres marins.

L'existence d'un seuil sous-marin oppose souvent à la propagation des faunes abyssales une barrière d'autant plus infranchissable que les conditions de température sont différentes de part et d'autre du seuil, et nous avons vu dans le chapitre précédent que l'écart est souvent très considérable. La faune pélagique seule franchit le seuil. Pour ce qui concerne les Animaux des régions néritiques, une profonde dépression océanique constituera, en raison des basses températures abyssales, un obstacle aussi difficile à surmonter qu'une terre émergée, surtout lorsque ces Animaux ne possèdent pas de larves pélagiques. C'est ce que nous démontrent les différences radicales existant entre les faunes littorales de deux côtes opposées d'un même océan, situées toutes deux dans la même zone climatique, comme c'est le cas pour les faunes tropicales des côtes du Brésil

et des côtes de Guinée. La dispersion ne peut se faire que si, d'une côte à l'autre, il existe une zone néritique continue, condition réalisée par exemple sur les côtes de l'océan Indien, depuis le Natal jusqu'en Australie. De la similitude des faunes néritiques de l'Amérique du Nord, à certaines périodes géologiques, avec celles de l'Europe occidentale nous serons donc en droit de conclure à l'existence d'une communication continentale entre les deux régions, sur l'emplacement de l'Atlantique nord.

Provinces zoologiques marines. — De tous ces obstacles qui s'opposent à la propagation des espèces il est résulté une différenciation du domaine maritime en un grand nombre de provinces zoologiques (et botaniques), caractérisées chacune par des faunes spéciales. C'est un des problèmes les plus passionnants que la Géologie historique ait à résoudre que de rechercher, pour chacune des grandes périodes de l'histoire de la Terre, s'il a existé des provinces zoologiques marines et quelle a été, dans chaque cas particulier, leur extension géographique respective. La solution définitive en est encore fort lointaine. D'ailleurs l'étude des provinces zoologiques dans les mers actuelles est à peine ébauchée. La plupart des essais qui ont été tentés dans cette voie sont établis sur des données purement empiriques, relatives, dans la plupart des cas, à un seul groupe du règne animal. Le seul essai vraiment scientifique, dû à A. Ortmann, n'est qu'une esquisse [3] et n'est basé également que sur un groupe unique, celui des Crustacés décapodes.

La répartition géographique des êtres abyssaux et du plankton est encore mal étudiée, les provinces zoologiques ne peuvent donc être établies, dans l'état actuel de nos connaissances, que sur les faunes néritiques.

Nous reproduisons ici, dans ses grandes lignes, la division du domaine maritime en provinces zoologiques établie par S. P. Woodward [1, 5] sur la répartition des Mollusques. Elle est essentiellement statistique, mais elle est devenue classique. Elle coïncide d'ailleurs sur un très grand nombre de points avec celle qu'Ai. Agassiz a fondée sur la répartition des Echinides [4]. Voici ces provinces :

1° Province arctique (district circumpolaire boréal Al. Agassiz), comprenant les mers arctiques au N. de l'Asie et de l'Amérique, l'Atlantique Nord jusqu'à Terre-Neuve, l'Islande et le cap Nord, plus la mer de Bering jusqu'aux îles Aléoutienncs.

2*> Province boréale (d. boréal américain Al. Ag.) : côte occidentale de la péninsule Scandinave, littoral nord-américain jusqu'au cap Cod. Se subdi-

vise en deux sous-provinces, boréale américaine et boréale européenne, qui ont chacune des espèces propres, à côté de nombreuses espèces communes aux deux rives de rAtlantique.

3° Province celtique : côtes de la Grande-Bretagne, mer du Nord, Baltique.

4" Province lusitanienne : côtes océaniques de Franco, d'Espagne, du Portugal, du Maroc, Açores, Madère, Canaries, Méditerranée, mer Noire.

5** Province aralo-caspienne : Caspienne, mer d'Aral.

6* Province africaine occidentale : côtes occidentales de l'Afrique entre les deux tropiques.

7^ Province africaine australe (forme avec 9 et 15 le district circumpolaire austral d*Al. Agassiz).

80 Province indo-pacifique, comprenant les régions côtières de l'océan Indien, les mers de la Chine et de la Malaisie, les archipels du Pacifique entre les deux tropiques (correspond aux 4 districts indo-pacifique, indoafricain, oriental-indien et indien d'Al. Agassiz).

9« Province ausiralo-zêlandaise, avec 2 sous-provinces : Australie (au S. du tropique) et Nouvelle-Zélande.

\ 0* Province Japonaise.

ll<> Province aléoutienne {dïstTic\ pacifique nord Al. Ag.).

12® Province californienne,

13« Province panamique : du golfe de Californie au Pérou.

ii° Province péruvienne (d. S. 0. américain Al. Ag.).

15<> Province magellanique : Chili, Patagonie, terre de Feu, Malouines.

16° Province patagonienne : côtes de la République Argentine et du Brésil au S. du Tropique.

il"^ Province caraïbe (d. tropical atlantique AI. Ag.).

iS^ Province transatlantique : côte atlantique des États-Unis (réunie par Al. Agassiz avec la province celtique en un district nord-atlantique).

Les subdivisions d'A. Ortmann [3], basées en première ligne sur la répartition des Crustacés décapodes, sont infiniment moins nombreuses, mais elles sont motivées par les données de la bionomie marine. Voici celles du milieu « littoral », c'est-à-dire de notre région néritique :

1*^ Région arctique, avec les sous-régions arctique-circumpolaire, atlantique boréale et pacifique boréale;

2° Région indo-pacifique;

3» Région ouest-américaine;

ki^ Région est-américaine;

^^ Région ouest-africaine y avec les aous-végions méditerranéenne et gainéenne;

6* Répion antarctique (s*étendant en Amérique vers le N. jusqu'au Pérou et à Tembouchure du rio de la Plata).

La réunion en une même sous-province atlantique boréale des eûtes nordaméricaines et européennes, celle des côtes australiennes, néo-zélandaises, sudaméricaines et sudafricaines en une région unique sont motivées par la dispersion des larves pélagiques des

Crustacés décapodes. La répartition des Mollusques est davantage sous la dépendance du facteur isolement, aussi les subdivisions de Woodward sont-elles mieux en harmonie avec les conditions géographiques.

1. — S. P. Woodward. A Manual of the MoUusca; or, Rudimentary Treatise of Récent and Fossil Shells. 1 vol. in-24r, xvi +.486 p., 272 fig., 24 pi., i carte. Part. III, chap. n, p. 349-407.

2. — Georges Pruvot. Essai sur les fonds et la faune de la Manche occidentale (côte de Bretagne) comparés à ceux du golfe du Lion. Arch, ZooL expér., 3« sér., V, p. 511-616, pi. XXI-XXVI, 1897.

3. — Arnold E. Ortmann. Grundzùge der marinen Thiergeographie. Anleitung zur Untersuchung der geographischen Verbreitung mariner Thiere, mit besonderer Berûcksichtigung der Dekapodenkrebse. In-8^ 96 p., 1 carte. Jena, 1896.

4. — Alex. Agassiz. Revision of the Echini. 1 vol. in-4'», 762 p., 94 pi., 69 fîg. Cambridge, 1872-74.

5. — Paul Fischer. Manuel de Conchyliologie et de Paléontologie conchyliologique. 1 vol. in-8<', Paris, 1887. Chap. ii, iv, v, Distribution géographique des Mollusques, p. 117-286, 1 carte.

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