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M. Neumayr. Erdgeschichte, t. I, p

En Europe, les plissements alpins sont localisés dans la zone circumméditerranéenne.

Les Alpes méridionales se raccordent sous la plaine du Pô avec TApennin, qui, par la Sicile, se relie à l'Atlas. La branche tellienne de l'Atlas se continue par le Rif Marocain, par la Cordillère Bétique et par les Baléares, ces chaînes décrivant une boucle dont la concavité est tournée vers l'est. La branche saharienne de l'Atlas atteint l'Atlantique au cap Kir.

Les Alpes orientales donnent naissance à deux branches principales. La branche septentrionale forme l'arc Karpatique, qui se raccorde avec les Balkans de la même manière que le Rif se raccorde avec la Cordillère Bétique. La branche méridionale constitue la chaîne Dinarique.

Toutes ces bandes plissées de l'Europe méridionale correspondent à l'emplacement de géosynclinaux sinueux, dans lesquels se sont accumulés, pendant l'ère Secondaire et le début de l'ère Tertiaire, des sédiments du type bathyal, auxquels on a souvent donné le qualificatif de faciès alpins. L'épaisseur des sédiments, la prédominance des faciès vaseux à Céphalopodes, la rareté des fossiles de la zone néritique, la continuité des dépôts, voilà autant de traits caractéristiques des formations alpines jurassiques et crétacées. En dehors de la zone des plissements alpins les formations néritiques prédominent, les lacunes dans la série et les intercalations lagunaires sont fréquentes, et les terrains secondaires et tertiaires sont restés horizontaux ou n'ont subi en général que de faibles ondulations.

La même concordance des zones plissées et des géosynclinaux existe en dehors de l'Europe.

Les chaînes de montagnes de l'Asie occidentale sont la continualion directe de celles de l'Europe méridionale. La Crimée et le Caucase relient les Balkans au Kopet Dagh et au Paropamise. La Crète (t l'île de Rhodes établissent la jonction entre l'arc Dinarique et les arcs Tauriques. A ceux-ci font suite l'arc Iranien, l'Himalaya, l'arc Malais, série de festons à concavité tournée vers le nord.

Dans toute cette zone montagneuse, les couches secondaires et tertiaires affectées par les plissements présentent des faciès analogues à ceux de la région alpine. Les particularités du Trias alpin se retrouvent notamment en Asie Mineure, dans le Pamir, dans l'Himalaya, à Sumatra, dans l'ile de Rotti près de Timor.

Dans la Malaisie la zone plissée se bifurque. L'une des branches se Jirige vers le nord, comprend Célèbes, les Philippines, Formose, les archipels en guirlandes du Japon, des Kouriles et des Aléou-

Hal'C, Traité de Géologie- "

tiennes. En Amérique, elle suit constamment la côte pacifique, depuis FAIaska jusqu'au cap Horn, sauf dans l'Amérique centrale, où elle quitte momentanément le versant du Grand Océan pour former les arcs concentriques des Antilles, à concavité tournée vers l'ouest. L'autre branche s'étend de la Nouvelle-Guinée à la Nouvelle- Zélande, en passant par la Nouvelle-Calédonie et en s'épanouissant vers le nord en plusieurs rameaux.

Si l'on tient compte de la disposition des isobathes et de la répartition des volcans sur le pourtour du Pacifique, dont il sera question plus tard, on peut compléter le schéma de Neumayr, comme on l'a fait sur la figure 37, et fermer, au moins hypothétiquement, le cercle de plissements qui entoure l'océan, en raccordant la Nouvelle-Zélande à la Patagonie par les terres australes [12, p. 634].

Les plissements alpins semblent donc faire le tour complet de l'océan Pacifique et ce grand circuit est également caractérisé par la présence de formations « alpines ». Comme on le verra plus tard, le Trias du Japon, des Montagnes-Rocheuses, des Andes, de la Nouvelle-Zélande, de la Nouvelle-Calédonie présente des affinités nombreuses avec celui des Alpes orientales. Le Lias, le Jurassique supérieur, le Sénonien sont eux aussi développés, sur le pourtour du Pacifique, avec des faciès qui nous autorisent à admettre l'existence d'un vaste géosynclinal, décrivant probablement une courbe fermée et entourant entièrement l'océan actuel.

Pour compléter ce schéma des géosynclinaux de l'époque Secondaire et des plissements tertiaires, nous ajouterons que vraisemblablement une zone de plissements coupait encore en travers l'océan Atlantique, de manière à relier les Antilles à l'Atlas. Suess a insisté, en s'appuyant sur des arguments puissants, sur les analogies stratigraphiques que présentent les Antilles avec les régions méditerranéennes. Il a montré aussi que l'arc des Antilles et celui de la Méditerranée occidentale se font face des deux côtés de l'Atlantique. Il est probable que ces deux arcs étaient reliés par une chaîne qui leur était tangente et dont le Grand Atlas Marocain et l'archipel des Canaries sont les derniers vestiges.

Relations entre l axe d*u?c géosynclinal et la direction des plissements ULTÉRIEURS. — Lorsquc, par l'étude des faciès, on est arrivé à reconstituer l'emplacement qu'occupait, dans une région plissée, un géosynclinal, on peut souvent constater que la direction des plissements est sensiblement la même que celle du géosynclinal lui-même, ou plus exactement de son axe, déterminé par la ligne qui réunit les

points d'épaisseur maximum des sédiments. De plus, les limites des faciès d'un même terrain dessinent des lignes plus ou moins parallèles à la direction moyenne des chaînons, le faciès d'un terrain donné restant constant dans toute la longueur d'un même pli, tandis que l'on observe fréquemment des variations brusques de faciès lorsque l'on passe d'un pli ou faisceau de plis au pli ou faisceau de plis voisin. On a résumé cette constatation en disant que les zones tectoniques coïncident sensiblement avec les zojies de sédimentation. Essayons de nous rendre compte des causes de cette coïncidence. Souvent elles résident dans les différences de plasticité et d'épaisseur que présente une couche en raison des changements de faciès, et il est naturel, d'après ce que nous savons du fonctionnement des géosynclinaux, que les variations d'épaisseur et de faciès se produisent suivant des zones parallèles au bord du géosynclinal et à

Fig. 38. — Schéma de géosynclinal dédoublé, avec géanticlinal médian.

son axe de symétrie. D'autre part, l'histoire géologique d'un certain nombre de régions montagneuses nous apprend que le phénomène de plissement est souvent précédé par la naissance d'un géanticlinal médian dans l'axe du géanticlinal primitif, qui se trouve alors divisé en deux géosynclinaux secondaires, caractérisés chacun par des formations bathyales, tandis que l'existence du géanticlinal médian est attestée par une étroite zone à faciès néritique (lîg. 38).

Ainsi, dans les Alpes occidentales, deux larges zones de Lias à faciès vaseux sont séparées par une zone étroite, la « zone du Briançonnais » où dominent des faciès coralligènes et des brèches.

On pourrait aussi assimiler l'océan Atlantique tout entier à un immense géosynclinal en voie de dédoublement, la crête axiale (v. plus haut, p. 30) correspondant au géanticlinal médian.

Dans d'autres cas, rependant, la direction des plissements ne coïncide pas exactement avec celle de l'axe du géosynclinal primitif. Les lignes qui délimitent les divers faciès coupent alors obliquement la direction des plis.

Quoique certaines régions aient fonctionné comme des géosynclinaux pour ainsi dire pendant toute la durée des temps géologiques, nous aurons souvent lieu de nous demander, dans la suite de cet

ouvrage, si les géosynclinaux ne font que se rétrécir graduellement, leurs axes conservant la même situation sur la sphère terrestre, ou bien si leurs axes se déplacent d*une période à la suivante.

Ainsi les fosses disposées en chapelet dans les mers intérieures le long des plissements alpins, depuis la Méditerranée occidentale jusque dans Farchipel Malais, ainsi que dans Tare des Antilles et dans l'intérieur des guirlandes de l'Asie orientale (v. fig. 5), pourraient bien être les derniers vestiges de l'ancien géosynclinal, autrefois beaucoup plus large. On a pensé aussi que le déplacement

Fig. 39. — Les fosses de la Sonde, géosynclinal dédoublé par un géanticlinal médian

(d'après A. Supan).

de l'axe avait toujours lieu dans une direction déterminée, de telle sorte que, à chaque période, le géosynclinal, ou, en d'autres termes, la mer profonde, était situé immédiatement en avant de la chaîne formée au cours de la période précédente. La distribution des grandes fosses périphériques des océans actuels parle peut-être en faveur de cette manière de voir. Dans le cas du Pacifique, les fosses abyssales, on l'a vu dans un chapitre précédent, se trouvent situées sur le bord même des chaînes de montagnes qui se dressent sur le bord des continents. Comme les chaînes circumpacifiques datent de la fin de l'ère Tertiaire, les fosses peuvent être assimilées à des géosynclinaux refoulés sur le bord de ces chaînes*. Dans tous les cas, leurs axes semblent bien parallèles à la direction des plissements

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