A. Supan, II, 3, p. 18i
du pourtour du Pacifique. De mémey sur le bord de Tocéan Indien, les deux fosses parallèles de la Sonde (4 480 et 7000 m.), mises tout récemment en évidence par A. Supan [13], constituent, au sud de la chaîne tertiaire de Tîle de Java, deux géosynclinaux séparés par une crête (2 000 m), véritable géanticlinal médian, qui prolonge la chaîne extérieure de l'archipel Malais (fig. 39). Enfin, le golfe Persique formerait, lui aussi avec une profondeur bien moindre, un géosynclinal situé immédiatement en avant des chaînes plissées de l'arc Iranien.
Situation des géosynclinaux par rapport aux masses continentales. — Les auteurs américains, auxquels est due la notion des géosynclinaux, ont toujours pris comme point de départ de leurs théories orogéniques l'idée fondamentale que les chaînes de montagnes se forment sur le bord des océans et que les continents s'accroissent par adjonction de chaînes nouvelles, de plus en plus récentes. Dans cette hypothèse, les géosynclinaux prendraient naissance à la limite des continents et des océans, les sédiments qui s'y accumulent seraient exclusivement littoraux et la zone d'affaiblissement, où s'opère la sédimentation intensive, serait séparée de la haute mer par un simple bourrelet.
Si l'on n'envisageait que les faits que nous venons de signaler sur le pourtour de l'océan Pacifique, cette interprétation pourrait, à première vue, sembler fondée, mais en réalité elle ne répond pas à une loi générale; au contraire, loin de prendre naissance sur le bord des océans, les géosynclinaux sont toujours situés entre deux masses continentales et constituent des zones essentiellement mobiles, comprises entre deux masses relativement stables. Il suffira de quelques exemples pour s'en convaincre.
La plus gigantesque chaîne de montagnes du Globe, l'Himalaya, correspond à un vaste géosynclinal, où les sédiments atteignent d'immenses épaisseurs. Ni au Paléozoïque, ni au Secondaire les dépôts n'y présentent un caractère littoral et, à aucun moment, cette région ne s'est trouvée sur le bord d'un grand océan. Le géosynclinal Himalayen a toujours été limité au sud par une région stable, l'Inde péninsulaire, fragment d'un ancien continent beaucoup plus étendu. De même, les chaînes de l'Europe centrale, prises dans leur ensemble, sont situées, comme on le verra plus tard, entre les chaînes plus anciennes de l'Europe septentrionale et l'ancien continent Africain. Ici, comme en Asie, les conditions que suppose la théorie des géologues américains ne se trouvent donc pas réalisées. Il en
sera de même si nous envisageons les chaînes de TEurope centrale dans le détail. Les Pyrénées sont comme écrasées entre le Massif Central de la France et la Meseta Ibérique; T Atlas est de même pincé entre le continent Africain et la chaîne cristalline de la cAte, aujourd'hui en partie effondrée sous la Méditerranée.
En Amérique même, les Appalaches se sont formés sur remplacement d'un géosynclinal, limité au sud-est et au nord-ouest par des massifs très anciens, le « Piedmont Plateau » et le massif Algonkien.
Le continent Africain est séparé de Madagascar, reste d'un ancien continent aujourd'hui morcelé, par le détroit de Mozambique, qui existait depuis l'époque Jurassique et qui peut être assimilé à un géosynclinal.
Le géosynclinal Circumpacifique ne peut dès lors plus être cité comme un exemple à l'appui d'une loi générale; il constitue plutôt une exception, au moins apparente, dont la raison d'être devra être recherchée plus loin.
Les aires continentales anciennes. — En dehors des géosynclinaux, avec leurs énormes épaisseurs de formations bathyales, on rencontre de vastes surfaces où prédominent les formations néritiques ou continentales, avec des épaisseurs en général bien moindres, avec de nombreuses lacunes dans la série des dépôts. Alors que les terrains déposés dans les géosynclînaux sont fortement plissés, ceux des autres régions sont restés horizontaux ou n'ont subi que de faibles ondulations. Ces régions très étendues, situées en dehors des géosynclinaux, sont les aires continentales [12]. Elles n'ont été envahies que temporairement par les eaux marines, ou ne l'ont été que sur les bords, comme les masses contmentales actuelles, dont le « seuil » est recouvert par des eaux d'une profondeur inférieure à 200 m environ.
Les limites des aires continentales anciennes s'éloignent considérablement de celles des continents actuels, elles sont constituées par les géosynclinaux qui séparent les différentes unités continentales les unes des autres. En nous basant sur les données relatives à la distribution des géosynclinaux de l'époque Secondaire, que nous venons d'exposer sommairement, nous pouvons reconnaître l'existence, à l'époque Secondaire, des aires continentales suivantes (fig. 36) :
l** continent Nordatlantique ;
2* continent Sudatlantique ou Africano-Brésilien;
3" continent Sino-Sibérien;
4' continent Australo-Indo-Malgache ;
5*» continent Pacifique.
Ce dernier est entièrement hypothétique, trois autres ne sont plus représentés que par des fragments, un seul, le continent Sino-Sibérien , subsiste encore dans son intégrité, agrandi même par Tadjonction de chaînes tertiaires et d'éléments étrangers.
Il est évident que les preuves de l'existence de ces cinq masses continentales ne pourront être données que dans la partie de cet ouvrage consacrée aux périodes géologiques. Il ne peut être question, pour le moment, que de définir sommairement chacune de ces unités, afin de bien préciser les éléments de Tun des grands problèmes dont la Géologie historique doit chercher la solution. On verra plus tard que les cinq aires continentales de l'époque Secondaire existaient déjà à une époque beaucoup plus reculée, bien qu'avec une étendue moindre. Pour ceux d'entre eux tout au moins dont l'histoire géologique commence à être connue dans ses grandes lignes, on pourra démontrer qu'ils se sont accrus graduellement par la formation, sur leur pourtour, d'une succession de chaînes de montagnes concentriques. On assistera ensuite, postérieurement h l'ère Secondaire, à leur morcellement.
Le continent Nordallantique comprenait les parties anciennes de l'Amérique du Nord, c'est-à-dire tout le continent actuel, à l'exception des plissements tertiaires de l'Ouest; puis le Groenland, le Spitzber«j^ et la terre François-Joseph; enfin, l'Europe septentrionale, c'est-àdire les îles Britanniques, le massif Finno-Scandinave et la plateforme Russe. Ces fragments ont dû former, au moins temporairement, une masse unique, limitée, à l'ouest, par le géosynclinal de la Cordillère nordaméricaine ; au sud, en Amérique, par le géosynclinal des Antilles, en Europe par la dépression alpine ou méditerranéenne, qui rejoignait probablement les Antilles, au travers de l'Atlantique. Au nord, le continent confinait certainement à un océan, situé sur l'emplacement de l'océan Boréal actuel. A l'est de la plate-forme Russe un géosynclinal existait pendant les temps paléozoïques dans l'Oural. Les plissements de cette chaîne sont bien antérieurs à ceux des Alpes, mais un bras de mer situé sur leur emplacement a continué, à diverses époques et jusqu'au milieu de l'ère Tertiaire, à séparer l'Europe de l'Asie.
Le continent A fricano-Brésilien comprenait l'Amérique du Sud, à l'exception de la région andine, l'Afrique, à l'exception de l'Atlas, et l'Arabie. Les deux continents actuels étaient certainement réunis en une masse unique, au moins jusque vers le milieu de la période Crétacée. Le géosynclinal des Andes limitait à l'ouest, celui des
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Alpes limitait au nord cette aire continentale. Un chenal, correspondant au détroit de Mozambique actuel, la séparait de Madajrascar. Quant à son extension >rers le sud, on en est réduit à des hypothèses basées sur la présence de dépôts crétacés marins dans la colonie du Cap.
Le continent Sino-Sibérien résulte, comme on le verra plus tard, de la soudure de plusieurs noyaux anciens en une masse unique, qui n'a été entamée que sur ses bords par les mers secondaires et tertiaires. Le noyau sibérien, situé au nord d'Irkoutsk, et le noyau « sinien », du Nord de la Chine, sont tous deux d'Age antécambrien. Les plissements du Laos et du Cambodge, ceux de la Chine méridionale et de Bornéo, qui datent de la fin de l'ère Paléozoïque, ont élargi ensuite le continent vers le sud-est. Les gc'osynclinaux sur l'emplacement desquels ont pris naissance les plissements alpins (arc Iranien, Himalaya, arc Malais, Philippines, Japon, etc.) délimitent ce vieux continent au sud et à l'est.
Le continent Australo-Indo-Ma/gache était une masse très étendue, dont le centre correspondait à peu près au centre de l'océan Indien actuel et dont l'Australie, l'Inde péninsulaire et Madagascar sont aujourd'hui les principaux vestiges. Les arguments qui militent en faveur de l'ancienne réunion de ces trois masses sont surtout d'ordn» zoogéographique, ainsi qu'on l'a vu dans un chapitre précédent; l'élude du système Permien nous en fournira d'autres qui sont d'ordre géologique et paléobotanique. Le morcellement du continent remonte probablement à une date assez reculée, mais les Seychelles granitiques et les Mascareignes, qui sont encore réunies aujourd'hui entres elles par un seuil sous-marin, devaient faire corps avec Madagascar à une date relativement récente.
La limite occidentale de ce continent est le détroit de Mozambique, dont l'existence date probablement du début des temps secondaires *. Au nord le géosynclinal sur l'emplacement duquel se formèrent l'arc Iranien, l'Himalaya et l'arc Malais le sépare du continent Sino-Sibérien, tandis que le géosynclinal passant par la Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Zélande le délimitait à l'est. Il est tout à fait impossible de dire jusqu'où il s'étendait vers le sud, et s'il n'était pas relié jadis aux terres antarctiques de Wilkes et d'Enderby.
Le continent Pacifique est purement hypothétique, mais l'existence
1. Le détroit de Mozambique, par sn situntion et h cause de sun ancienneté, peut élre assimilé à un géosynclinal, d'une nature exceptionnelle il est vrai, car aucune chaîne de montagnes n*a pris naissance sur son emplacement. Cetle anomalie trouvera son explication dans la suite.
d'un géosynclinal circumpacifique, dans lequel les conditions de sédimentation étaient les mêmes que dans les géosynclinaux d'Europe et d'Asie, rend très vraisemblable l'ancienne existence d'une masse continentale sur l'emplacement de l'océan actuel. Huxley et G. Baur l'ont admise en se basant sur des considérations zoogéographiques. Neumayr a considéré les îles de la Polynésie comme des restes d'un continent très ancien, qui s'était déjà affaissé sous les eaux avant l'époque Jurassique. Les Marquises, constituées en partie par du granité et du gneiss, devraient être envisagées comme telles et il en serait de même, d'après Wichmann, pour beaucoup d'autres îles du Pacifique, dont le soubassement ancien serait aujourd'hui recouvert par des roches volcaniques ou par des récifs coralliens.
Le Pacifique — comme il a été dit plus haut — est d'ailleurs loin de former la vaste dépression concave que l'on se représente à tort; même si l'on fait abstraction de la courbure de la Terre, son profil est convexe, comme celui d'un continent (fig. 7, a). On peut se figurer que son fond n'est autre chose qu'une masse continentale, temporairement affaissée sous les eaux. Alors s'explique aisément l'existence des fosses périphériques.
Différents auteurs nient, il est vrai, de la manière la plus énergique l'existence de cet ancien continent. Pour Koken « la permanence de l'océan Pacifique depuis les temps les plus reculés est un fait avec lequel la Géologie est obligée de compter ». Frech professe la même opinion. Nous conclurons à la fin de cet ouvrage.
1. — James D. Dana. On the Origin of Continents. Amer, Journ. of Science^ 2d ser., m, p. 94-100, 1847.
2. — ID. On American (ieological llislory. Ibid,, 2<iser., XXII, p. 305-334, 1856.
3. — Id. On Ihe Plan of Development in the Geological History of Norlh America. Ibid., 2J ser., XXII, p. 335-349, pi. II, 1856.
4. - James Hall. Natural History of New- York, Palseontology, vol. IIÏ, p. 70. Albany, 1859.
5. — Joseph Le Comte. A Theory of the Formation of the great Features of tlie Earth's Surface. Amer. Joarn. of Science, 2^ ser., IV, p. 345-355, 460-472, 7 lig., 1872.
6. — James D. Dana. On some Results of the Earth's Contraction from coaling, including a discussion of tlie Origin of Mountains, and the nature of the Earth's Interior. Ibid., 3^ ser., V, p. 423-443, VI. p. 6-14, 161-172, 1873.
7. — Edward Hull. On Iso-diametric Unes, as means of representing the Distribution of Sedimentary Clay and Sandy Strata, as distinguished from Calcareous Strata, with spécial référence to Carboniferous Rocks of Bri ta i n. Quar/. Joarn. Geol. Soc, XVllI, p. 127-rt6, pi. VII, 1862.
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8. — EnuARD SuESS. Die Entstehung der Alpeu. 1 vol. in-8<», 168 p. Vienne.
9. — Emile IIaug. Les Chaînes subalpines enlrc Gap et Digne. Conldbulion à l étude géologique des Alpes Françaises. liuH. Serv, Carte géoL, III, n*' 21, 197p.,20fig., 4 pi., 1891.
10. — Id. L'origine des Préalpes Romandes et les zones de sédimentation des Alpes de Suisse et de Savoie. Arch, des Se. phys. et nat., 3* pér., XXXII, p. 154- 173, 1894.
11. — Marcel Bertrand. Structure des Alpes françaises et récurrence de certains faciès sédimentaires. Vl*Congr, gèol, inlern, C. /?., p. 163-177, 1897.
12. — Emile Haug. Les géosynclinaux et les aires continentales, contribution à Tétude des transgressions et des régressions marines. Butl. Soc. Gèol. Fr.^ 3«sér., XXVIII, p. 617-711, 3 fig., 1900.
13. — A. SUPAN. Die Sundagrâben. PeUrm. MUt., LUI, p. 70-71, pi. VI, 1907.