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MORPHOLOGIE GÉNÉRALE DE LA TERRE

Distribution actuelle des terres et des mers. — Distribution des grandes profondeurs et des grandes altitudes.

On place généralement en tête des manuels de Géologie des notions générales sur la Terre, empruntées à TAstronomie et à la Géodésie : notions sur l'orbite de la Terre, sur Tinclinaison de son axe sur l'écliptique, sur les variations de Texcentricité, sur la précession des équinoxes, sur l'aplatissement du sphéroïde terrestre, sur la densité du Globe, sur les variations de la gravité, etc. Ces notions étant enseignées dans d'excellents ouvrages classiques, il suffira d'y faire appel toutes les fois que leur connaissance sera indispensable à l'iuterprétation d'un fait géologique. Leur discussion ne pourra d'ailleurs être présentée utilement que comme conclusion d'une étude approfondie des périodes géologiques, lorsqu'il s'agira de trouver une solution à quelques-uns des grands problèmes de la Géologie historique.

Supposant donc connues toutes ces notions générales, voyons quels sont les traits particulièrement saillants dans la morphologie du Globe terrestre.

Distribution actcelle des terres et des mers. — Si l'on jette un coup d'œil sur une sphère terrestre on s'aperçoit aussitôt que la surface occupée par les eaux est incomparablement plus grande que celle qui est occupée par les terres. La mer comprend environ 72 */^ de la surface totale du Globcj la terre ferme, 28 ^o seulement. Si l'on examine séparément les deux hémisphères, la proportion n'est plus la même, elle s'aggrave au détriment de la terre ferme dans l'hémisphère sud, où la surface solide s'abaisse à 17 ^/^ de la surface totale; elle s'améliore, au contraire, dans Thémisphère

nord, où cette surface s*élève à 40 ®/o- On peut envisager deux hémisphères, caractérisés l'un par la concentration des surfaces solides, l'autre par la grande prédominance de l'élément liquide. Le pôle de l'hémisphère continental se trouve un peu au sud-ouest de Paris, celui de l'hémisphère océanique est situé non loin d'une île voisine de la Nouvelle-Zélande qui, en raison de sa situation, a reçu le nom d'île Antipode.

L* « Ancien Continent » constitue en réalité deux continents distincts : d'une part, VEurasie, avec ses annexes, le Spitzberg, la Terre François-Joseph et l'Archipel Malais; de l'autre, Y Afrique, avec Madagascar, qui, ainsi que nous le verrons plus tard, peut revendiquer une certaine autonomie.

Le « Nouveau Continent » correspond également a deux unités continentales distinctes : 1* V Amérique du Nord, avec ses annexes, le Groenland et l'archipel de l'Amérique Boréale; 2° VA7nérique du Sud. V Australie, avec son annexe, la Tasmanie, et le continent Antarctique ou Antarctide forment en outre des unités continentales indépendantes.

Les océans actuels sont plus difficiles à délimiter que les continents. Seul le Pacifique est entouré de toutes parts par des masses continentales ou par des cordons d'îles disposées en chapelets. \J Atlantique et ïocéan Indien ne sont séparés au sud par aucune limite précise de Yocéan Antarctique. De même Xocéan Arctique peut être envisagé comme le prolongement naturel de l'Atlantique.

L'individualité des continents et des océans apparaît encore davantage si l'on fait abstraction des mei^s dites continentales, séparées des grands océans par des archipels côtiers ou des golfes qui pénètrent profondément dans les continents. Si, par la pensée, on imagine que le niveau général des eaux soit abaissé de 200 m environ, toutes les découpures des côtes se trouveront effacées et tous les continents, à l'exception de l'Antarctide, de l'Australie et de Madagascar, viendront se souder en une masse unique d'un seul tenant, à laquelle on a donné le nom de bloc continental.

Dans cette hypothèse, la Manche, la mer du Nord, la Baltique disparaîtraient entièrement; la Novaïa Zemlia et les îles de la Nouvelle-Sibérie se trouveraient réunies à l'Asie, et il en serait de même de Bornéo, Sumatra et Java; le golfe Persique, la mer Jaune n'existeraient plus. L'Amérique du Nord, séparée aujourd'hui de l'Eurasie par le détroit de Bering, large seulement de 111 km, viendrait se souder à l'Asie par un large seuil unissant la Sibérie orientale à l'Alaska. La baie d'Hudson deviendrait un lac de peu d'étendue.

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Les îles Malouines se trouveraient réunies à l'Amérique du Sud. La Tasmanie et la Nouvelle-Guinée feraient corps avec le continent australien. L'ensemble des continents prendrait une forme plus massive, mais nous ne verrions surgir aucune nouvelle unité continentale.

11 en serait exactement de même si nous supposons le niveau des océans abaissé, non plus de 200 m, mais de 2 000 m. Dans cette hypothèse, le bloc continental gagnerait encore en étendue et deviendrait beaucoup plus compact. Le Spitzberg et la Terre Françoi.s- Joseph seraient réunis à l'Eurasie, le Groenland ferait corps avec l'Amérique du Nord et il serait en outre réuni à l'Europe par deux seuils étroiLs, l'un qui le relierait par l'Islande et les Fiir-Oer à FEcosse, l'autre qui l'unirait au Spitzberg (fig. 6). Grâce à l'existence de ces deux barrières, l'océan Arctique est divisé en deux grands bassins entièrement séparés des autres océans, qui seraient d'ailleurs déjà isolés si le niveau général des mers baissait de 300 mètres seulement pour ce qui concerne la barrière méridionale, de 800 mètres pour la barrière septentrionale. D'autre part, la mer Rouge disparaîtrait et l'Australie serait soudée au bloc. Cependant, contrairement à ce que l'on a dit quelquefois, le continent Antarctique resterait séparé aussi bien de l'Amérique du Sud que de la Nouvelle Zélande, de sorte que les trois grands océans resteraient en communication dans les latitudes australes.

Madagascar, enfin, se trouverait agrandie des Comores, mais l'ensemble serait encore séparé de l'Afrique par un détroit d'une très faible largeur. Cependant plusieurs dépressions profondes formeraient comme des trous dans l'immense masse continentale. Sur l'emplacement de la Méditerranée actuelle subsisteraient trois fosses profondes, correspondant à la Méditerranée occidentale (3 000 m) *, à la mer Tyrrhénienne (3 731 m) et à la Méditerranée orientale (4 404 m), auxquelles on peut ajouter la mer Noire (2 000 m). Le golfe du Mexique (3 875 m), la fosse du Yucatan (6 270 m) et la mer des Caraïbes (5 201 m) s'intercaleraient entre les deux Amériques exactement de la même manière que les trois fosses méditerranéennes s'intercalent entre l'Europe et l'Afrique. De même encore les fosses de Sulu (4 663 m), des Célèbes (5 024 m) et de Banda (3684 m) subsisteraient, dans l'Archipel Malais, entre l'Asie et l'Australie. Il y aura lieu d'examiner dans le cours de cet ouvrage si les trois groupes de dépressions intérieures n'ont pas une commu-

1. Les nombres entre parenthèses indiquent les profondeurs maximales actuelles.

nauté d'origine. D'autres fosses sont situées sur la périphérie du bloc continental et sont séparées, dans notre hypothèse, de Focéan voisin par une crête étroite, aujourd'hui transformée en chapelet d'îles. La mer de Chine (4 347 m), la mer du Japon (3 730 m), la mer d'Okhotsk (3 370 m), la mer de Bering (3 700 m), se trouveraient dans ce cas.

Distribution des grandes profondeurs et des grandes altitudes.

Des profondeurs bien supérieures à celles des mers intérieures se rencontrent dans les océans. Examinons si leur distribution est régrîe par une loi.

Dans TAtlantique, la plus grande profondeur reconnue se trouve au large de Porto-Rico, au fond d'une dépression peu étendue connue généralement sous le nom de fosêe de la Vierge (8 341 m). Des fonds voisins de 6 000 mètres se rencontrent en plusieurs points à. une distance plus considérable des rivages, mais il est à remarquer que les profondeurs sont bien moindres le long de l'axe médian de l'océan.

Dans l'ocÉAN Arctique (fig. 6), Fr. Nansen [S] a relevé également, contre toute attente, des profondeurs très considérables, allant jusqu'à 3 700 m.

Dans l'ocÉAN Indien, comme dans l'Atlantique (fig. 7, t), les plus grandes profondeurs connues se rencontrent sur la périphérie, à une faible distance des îles de la Sonde. Ainsi, au sud de Lombok, le fond n'a été atteint que par 6 205 m.

La disposition périphérique des profondeurs abyssales est encore plus manifeste dans I'océan Pacifique. Pendant longtemps la fosse des Kouriles ou du Tuscarora a passé pour la dépression la plus profonde du Globe : en un point la sonde y avait touché le fond à 8 500 m; mais on sait, depuis 1895, que des profondeurs plus considérables encore se rencontrent dans le sillon des Tonga (fig. 7, a) et dans celui de Kermadec, au large de ces deux archipels, qui prolongent vers le N.-N.-E. l'axe de la Nouvelle-Zélande. La sonde du Penguin a atteint le fond à 1)427 ni et le Nero a même relevé un ubime de 9 600 m. Enfin, plus récemment encore, un sondage a donné une profondeur de 9 633 m pour la fosse des Carolines, dans le voisinage des îles Marianes.

Les fosses des Aléoutiennes (7 383 m) et d'Atacama (7 635 m) se trouvent également sur la périphérie de l'océan Pacifique, tandis que dans le centre les profondeurs supérieures à 6000 m sont exceptionnelles (fig. 7, a).

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aune dans les océans les plus grandes profondeurs sont

5- — Carte bathyméiriqiie de Tocéan Arctique (d'après Fr. Nansen).

lansle voisinage des côtes, sur les continents les plus grandes ise trouvent presque toujours dans une situation excentrique

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et qui plus est le plus souvent juste en face des plus grandes fosses.

En Europe les plus hauts sommets se rencontrent dans la chaîne des Alpes (Mont Blanc, 4 810 m) et dans le Caucase (Elbrouz, 5646 m), c'està-dire sur le bord même de la dépression méditerranéenne.

De même en Asie les géants de THimalaya (mont Everest 8840 m) sont placés sur le versant de Tocéan Indien et les volcans élevés du Japon (3 800 m) et du Kamtchatka font face à la fosse des Kouriles. Le Tian-Chan, des altitudes 7 300 m, fait toutefois exception, car il est situé presque au centre du continent.

Sur tout le pourtour du Pacifique s'élèvent de très hauts sommets en regard des fosses profondes de l'océan : dans la Nouvelle - Ruinée (5100 m), dans la Nouvelle - Zélande (3 800 m), sur le bord

avec atteignant

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