VALLÉE GLACIAIRE DE NORVÈGE
Suledaisporten, Suledal.
noraine ait subi, sur une grande étendue, une altération à l'air ibre; puis qu'il est revenu prendre possession de la région, en y léposant une nouvelle moraine de fond.
L'existence de deux phases de glaciation, séparées par une phase de retrait, est rendue encore plus certaine, lorsque, entre les deux formations glaciaires superposées, on observe la présence de formations interglaciaires, telles que lignites, tufs, cônes de déjection torrentiels, alluvions lluviatiles, ou lœss d'origine éolienne, en un mot de dépôts qui n'ont pu se former tant que le glacier occupait la région et qui indiquent souvent, par les restes organiques qu'ils renferment, un climat inconciliable avec la présence des glaciers. On doit conclure de ces faits que les glaciers se sont retirés, au moins jusque dans leur région d'alimentation, pour un temps assez considérable.
Les arguments topographiques ne sont pas d'une moindre valeur. On rencontre dans beaucoup de régions, en particulier dans les Alpes, des moraines externes à des états de fraîcheur très différents. Il en est de très altérées, d'autres qui possèdent encore une telle fraîcheur qu'elles donnent l'impression d'un retrait tout à fait récent des glaciers. Les premières sont situées très loin des glaciers actuels, dans les plaines qui bordent la chaîne, elles marquent d'ailleurs le maximum d'extension des glaces. Ce sont les moraines externes. Les secondes se trouvent dans les vallées mêmes, elles indiquent une extension moindre et une plus grande individualité de chaque glacier. On les a appelées les moraines internes. Leur plus grande fraîcheur permet de supposer qu'elles sont beaucoup plus récentes que les moraines externes. Mais il y a plus : ces diverses moraines constituent des complexes glaciaires, des appareils fluvio-glaciaires, dans le sens qui a été précisé plus haut. On rettouve ces appareils aussi bien dans le cas des moraines externes que dans celui des moraines internes. Les nappes de cailloutis qui se raccordent avec les amphithéâtres morainiques par un cône de transition peuvent être rapportées à l'un ou à l'autre système de moraines et l'on a pu faire la constatation tout à fait capitale que celles qui appartiennent au système des moraines externes occupent un niveau bien plus élevé que celles qui se raccordent avec les moraines internes. Les deux systèmes de nappes forment des terrasses emboîtées, tout à fait comparables aux terrasses d'alluvions des cours d'eau, dont l'origine a été discutée dans le chapitre précédent. Il ne peut y avoir de doute que les hautes terrasses, qui appartiennent au système des moraines externes, sont plus anciennes que les basses terrasses, du système des moraines
Haug, Traité de Géologie. 30
internes. Elles sont séparées par une phase de creusement, qui correspond à une phase de retrait des glaciers, à une période inter-rlaciaire.
D'ailleurs, les nappes de cailloutis qui conduisent respectivement aux moraines internes et aux moraines externes ne sont pas \*^< seules que Ton rencontre sur le bord des Alpes.
Il existe encore deux nappes, qui forment des terrasses beaucoup plus élevées que les basses et les hautes terrasses, de véritables plateaux et qui, vers Tamont, passent également à des moraines beaucoup plus altérées que celles dont il a été question jusqu'ici.
La formation de ces quatre nappes de cailloutis correspond san^ aucun doute à quatre glaciations successives, séparées par des pha.s»'S de retrait des glaciers, pendant lesquelles les eaux de fonte formaient un cours d'eau torrentiel qui creusait son lit dans la nappe de cailloutis de la phase glaciaire antérieure, c'est-à-dire en contrebas «le Tancienne surface topographique, donnant lieu ainsi à la formation d'une terrasse.
La preuve de ces faits, avec exemples détaillés à l'appui, trouvera sa place lorsque nous ferons l'histoire de l'ère Quaternaire. 'C'est U aussi que l'on trouvera toutes les indications bibliographiques et les illustrations relatives aux données que nous venons de résumer.
L'emboîtement des terrasses correspondant aux quatre glaciations successives est non moins évident dans le haut des vallées alpines, où l'on ne rencontre plus de formations fluvio-glaciaires, mais uniquement des moraines. On a souvent pu observer que chaque système de moraines se trouvait en contre-bas de celui de la phase précédente, occupant un palier moins élevé. Le creusement dans los phases interglaciaires a donc remonté les vallées jusqu'à leur origine. Quelques auteurs ont voulu y voir une série d'auges formées parle surcreusement glaciaire et emboîtées les unes dans les autres [SG].
Nous laisserons entièrement de cAté pour le moment la question des glaciations antérieures à l'ère Quaternaire; elle sera traitée en temps et lieu.
Hypothèses relatives aux causes des périodes glaciaires. — On a vu» au commencement de ce chapitre, que la condition indispensable à la formation de glaciers c'est l'existence de reliefs s'élevant au-dessus de la limite des neiges persistantes. 11 est donc logique d'attribuer à un abaissement sensible de cette limite toute grande extension de^ glaciers. Toute hypothèse qui prétendra déterminer les causes des périodes glalciair^es devra donc^ en première ligne, expliquer cora-
ment cet abaissement a été provoqué dans les régions où la glaciation se produit; elle devra en même temps rendre compte de la périodicité du phénomène.
Les hypothèses qui ont été tour à tour invoquées peuvent être rangées dans tes deux catégories des hypothèses astronomiques et des hypothèses géologiques.
La plus connue des hypothèses astronomiques est celle de James Croll. Elle fait appel aux variations dans l'inclinaison de Taxe de la Terre sur Técliptique, qui se traduit par le phénomène de la précession des équinoxes. On sait que la période de ce phénomène est de 21 000 ans et que, en conséquence, tous les 10500 ans la durée de la saison chaude, c'est-à-dire du printemps et de Tété astronomiques, est, dans l'un des hémisphères, supérieure de 8 jours à la durée de la saison froide. Il en résulte que chaque hémisphère reçoit alternativement une trop grande quantité de chaleur au détriment de Tautre, qui, au moment des minima, peut suhire un refroidissement suffisant pour expliquer une plus grande extension des glaces. Les variations dans Texcentricité de l'orbite terrestre auraient des résultats analogues, mais ici la période est d'environ 86 000 ans. Que l'on ait recours à l'une ou à l'autre de ces variations astronomiques ou à une combinaison des deux, on est obligé d'admettre une alternance des glaciations dans les deux hémisphères, et alors l'ancienne extension des glaciers sous l'équateur, au Kilimandjaro et au Kenia, par exemple, ne s'explique pas.
D'autres auteurs ont cherché dans les variations de diamètre et dans les variations d'éclat du Soleil les causes du refroidissement de la surface terrestre, mais ces hypothèses manquent entièrement de bases sérieuses. Il n'en est pas tout à fait de même d'une hypothèse qui a recours aux modifications que subissent les taches solaires. La périodicité de ces variations expliquerait tout au moins les cycles de Bruckner et les oscillations à courte période des glaciers, qui en sont la conséquence.
Les hypothèses géologiques font intervenir soit les phénomènes volcaniques, soit les changements dans la répartition des terres et des mers, soit les oscillations du sol.
Les phénomènes volcaniques jouent un rôle capital dans la théorie de Svante Arrhenius [64], car c'est leur plus ou moins grande intensité qui détermine la teneur de l'air en acide carbonique. Or Arrhenius a démontré que ce sont les variations de cette teneur qui déterminent les différences d'intensité du rayonnement, et, par suite, les variations dans la température de la surface terrestre. Ainsi la
quantité d'acide carbonique contenue actuellement dans Tair atmosphérique est environ de 0,03 •/, en volume. Si cette teneur venait à être réduite des 2/3, il en résulterait un abaissement de température d'à peu près 3* par 55"* lat. N., et cet abaissement serait suffisant pour déterminer à nouveau l'envahissement par les glaces de l'Amérique du Nord et de toute l'Europe septentrionale Si, inversement, cette teneur augmentait du double ou du triple, les mêmes régions subiraient un échauffement que l'on peut évaluer à 8 ou 9' et qui correspondrait au climat de ces mêmes régions à l'époque éocène.
Toute augmentation de la température moyenne amènerait, de plus, une évaporation plus intense, par conséquent une augmentation de la teneur de l'air en vapeur d'eau, qui, elle-même, diminuerait encore le rayonnement terrestre et agirait toujours dans le même sens pour rendre le climat plus chaud, jusqu'au moment où une diminution de la teneur en acide carbonique déterminerait de nouveau une oscillation en sens inverse.
Si donc les phénomènes volcaniques présentent une certaine périodicité, ce qui n'est pas impossible, on peut supposer avec Frech [63] que les variations de climat aux périodes géologiques sont fonction des variations dans l'intensité du volcanisme. Il y aura lieu, dans la seconde partie de cet ouvrage, de tenir compte de cette h3rpothèse, qu'il est cependant difficile, dans l'état actuel de nos connaissances, d'appliquer aux multiples périodes glaciaires de l'ère Quaternaire.
Il est évident que des changements importants dans la répartition des terres et des mers devront occasionner des modifications dans la direction des courants atmosphériques et des courants marins et, par conséquent, donner lieu, le cas échéant, à des changements de climat. Aussi n'a-t-on pas manqué de faire appel à des hypothèses de ce genre pour expliquer l'époque glaciaire [66, 67]. Le phénomène glaciaire est pourtant beaucoup trop général pour, être expliqué par des causes tout à fait locales. D'autre part, la périodicité des phases de glaciation au Quaternaire demeurerait tout à fait inexpliquée.
Il reste les théories tectoniques, qui invoquent des oscillations verticales des continents. Nous allons avoir à nous en occuper dans les chapitres suivants et nous y reviendrons lorsque, dans la 2* partie, nous ferons l'étude de l'ère Quaternaire.
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