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CHAPITRE XXVII

Données générales. — Ablation. — Transport et sédimentation. — Estuaires et deltas. — Formation du seuil continental. — Récifs coralliens.

DoiNNÉES GÉNÉRALES. — Sur Ics cùtcs, la mer est l'agent qui contribue le plus activement au modelé de la surface. Elle agit par la force des vagues qui déferlent sur le rivage et son action se traduit, comme celle des autres agents dynamiques externes, par les trois phénomènes d*ahlalion, de transport et de séditnenlation.

Nous n'aurons plus à nous occuper ici de la formation des sédiments au large : il en a déjà été question dans un précédent chapitre. Il suffira de rechercher dans quelles conditions prennent naissance les sédiments littoraux.

Tandis que, sur les ciMes abruptes, c'est Tablation qui prédomine, sur les cAtes plates, c'est la sédimentation. Quant au transport des matériaux, il se produit, comme nous le verrons, surtout parallèlement au rivage : il y aura donc tout intérêt à l'étudier en même temps que la sédimentation.

Nous devrons aussi diriger notre attention sur la formation de la plate-forme continentale, sur les caractères des embouchures, sur les phénomènes glaciaires du littoral et sur les récifs coralliens.

AblatiOiN. — La puissance dynamique des vagues qui déferlent sur les côtes est énorme : il est assez fréquent que des blocs pesant jusqu'à 1 000 tonnes soient déplacés par cet agent. Les mesures effectuées par Th. Stevenson au dynamomètre montrent que, dans le Nord de l'Kcosse, la pression par mètre carré exercée par cette poussée est en moyenne de 3 000 kgr en été, de 10 000 kgr en hiver et que, par une forte tempête, elle peut atteindre 30500 kgr. A Cherbourg, la moyenne est de 3 250 kgr, à Alger de 3 500.

Lorsque la vagiie s'avance perpendiculairement au rivage, toute la force est utilisée et agit comme un bélier. Si la côte est très plate, une grande partie de Ténergie est usée par le frottement et les vagues déferlent sans produire d'effet mécanique considérable; si, par contre, elle est abrupte, il se produit le phénomène du ressac, la mer se brise sur les rochers, les vagues peuvent s'élever verticalement jusqu'à 50 m de hauteur, puis elles sont rejetées vers le large.

Lorsque la vague s'avance non plus normalement au rivage, mais obliquement, on peut supposer sa force décomposée en deux composantes, l'une agissant suivant la normale, l'autre agissant parallèlement au rivage. La première se comporte comme dans le cas précédent, la deuxième donne lieu à un courant parallèle à la côte, qui constituera le principal agent de transport.

L'action des vagues sur une côte abrupte se traduit avant tout par un affouillement du pied de la falaise, suivant une zone qui correspond à l'intervalle de la haute et de la basse mer. Il se produit un plan incliné vers la mer et une excavation, dont la partie supérieure est en surplomb, de sorte qu'elle ne tarde pas à s'écrouler. Les blocs éboulés sont aussitôt saisis par les vagues et alternativement entraînés vers le large, puis violemment projetés vers la falaise. En même temps qu'ils s'entrechoquent, s'arrondissent par frottement mutuel et diminuent graduellement de volume, ils servent en quelque sorte de mitraille et augmentent, par leur masse, l'action de la vague. L'excavation, dont le toit s'était écroulé, se reconstitue rapidement, jusqu'à ce que l'écroulement se reproduise à nouveau. La falaise recule ainsi peu à peu vers l'intérieur des terres. En même temps, le plan incliné qui s'était formé en avant de l'excavation prend une largeur de plus en plus considérable et constitue ce que l'on appelle la. plate- forme côtière (fig. 179). Elle découvre presque entièrement à marée basse et peut être, suivant les cas, entièrement nettoyée par les vagues ou couverte de blocs arrachés à la falaise. Elle se transforme généralement en un herbier d'Algues vertes, où vit une faune littorale abondante (pi. LXIX, 1).

Une conséquence directe du recul des falaises est leur intersection avec les accidents topographiques du pays situé en arrière, en particulier avec les vallées creusées par l'action des eaux courantes. Le niveau de base des rivières se trouve primitivement au niveau de la mer. Les falaises reculent trop rapidement pour que la régularisation du profil puisse marcher de pair, de sorte que les rivières tombent en cascade du haut de l'escarpement. Ainsi prennent nais-

sance dos vallées suspendues ou valleuses, particulièrement bien déveloy)^>ées sur les côtes crayeuses (ph LXIX, 1).

Ij£l nature des roches du littoral influe considérablement sur l'intensité plus ou moins grande de Tattaque des falaises par les vag-ues. Les roches meubles sont très rapidement détruites. L'éboulement des falaises constituées par des roches compactes est facilité par la présence des diaclases ; de gros paquets de couches, minés par l'excavation creusée par les vagues, s*écroulent en masse et sont ensuite rapidement dissociés. L'action corrosive de Teau salée sur certaines roches, en particulier sur celles qui renferment des silicates, facilite

Fig. 179. — Formation d'une plate-forme côtière (d'après F. von Righthofbn).

n, niveau des basses mers : n', niveau des hautes mers ; o, excavation formée par Tactioa

des vagues.

la formation de grottes, de couloirs, par où se trouvent multipliées les surfaces d'attaque. Les roches résistantes sont mises en saillie par l'affouillement que subissent les roches tendres. Les dykes de roches éruptives, en particulier, sont comme déchaussés par l'action des vagues [0,18].

Les allures tectoniques des couches déterminent également dans une large mesure les divers aspects que peut prendre une côte sous l'action des vagues.

Lorsque la direction des couches est parallèle à la ligne de rivage, le jeu des vagues produit son maximum d'effet dans le cas où les couches sont inclinées vers l'intérieur des terres (fig. 180, a), car, au fur et à mesure qu'un banc s'écroule, un autre banc, également en surplomb, se trouve à nouveau exposé au choc des vagues. Dans le cas, par contre, où les couches plongent régulièrement vers la mer (fig. 180, 6), les vagues remontent la pente sans rencontrer de résistance, la force est usée dans le frottement, de sorte que le travail

effectif est presque nul (pi. LXXI, 1). Enfin, dans le cas de couches horizontales (fig. 180, c), Texcavation à la base de l'escarpement se produit facilement, les couches en surplomb s'effondrent, mais la falaise tend à prendre une forme en escalier, qui diminue également le travail utile de la vague.

Lorsque la direction des couches est perpendiculaire au tracé moyen de la côte, que par conséquent la force des vagues agît parallèlement à cette direction, les couches résistantes sont mises en saillie et forment des promontoires, tandis que les couches lîf.

tendres sont facilement envahies et déterminent remplacement des baies ou riaSy comme on les appelle en Galice.

Avec F. V. Richthofen [0,18] on peut donner à ce genre de côtes le nom de côtes transversales, ou rias, par opposition aux côtes longitudinales . C'est un type qui est réalisé d'une manière particulièrement nette

dans le Finistère, sur la côte est de l'Angleterre et surtout dans la Chine méridionale, où il se poursuit sur près de 10 degrés de latitude. Les plis, qui donnent lieu à des alternances souvent répétées de couches résistantes et de couches tendres, subissent fréquemment, en arrivant à la mer, un abaissement d'axe, un ennoyage; alors les promontoires, qui correspondent aux anticlinaux, présentent des

Fi^. 180. — Formation d'une plate-forme côtière : a, dans le cas où les couches plongent vers l'intérieur des terres; 6, dans le cas où elles plongent vers la mer; c, dans le cas de couches horizontales (d'après F. von Richthofbn).

n, Diveau des basses mers ; n\ niveau des hautes mers ; vation produite par l'actioD des vagues.

, exca-

476 LES PHÈN0MËNB8 GÉOLOGIQUES

terminaisons périclinales et la mer pénètre assez profondément dan< les bandes synclinales. Il est peu de régions où c«tte forme particulière des côtes, que nous appellerons côtes cTennoyage, soit aussi bien réalisée que sur les deux rives du détroit de Gibraltar, qui correspond lui-même à un abaissement d'axe des plis raccordant l'Atlas à la Chaîne Bétique.

Il est des océans où le type transversal des côtes prédomine. L'Atlantique est dans ce cas, aussi Suess parle-t-il d'un type atlan-

Fig. 181. ~ Coupe schématique de Tlle d*Helgoland, dirigée S. W.-N. E., moDtraol le plus grand développement de la plate-forme côtière sur la côte sud-ouest, où les couches plongent vers Tintérieur (d'après Joh. Waltheb),

tique de côtes, par opposition au type pacifique, où les cAtes parallèles à la direction des plis sont la règle générale [0,22].

Transport et sédimentation. — Les vagues qui frappent normalement une ligne de rivage font subir aux matériaux qui s'accumulent sur la plate-forme côtière un mouvement de va-et-vient du large à la côte, qui les fait rouler sur eux-mêmes, de sorte qu'ils s'arrondissent rapidement et deviennent des galets. Une partie des matériaux finit par être entraînée au large, nous n'avons plus à nous en occuper.

Les choses se passent exactement de même quand les vagues rencontrent normalement une côte plate ; le sable y est constamment remanié, mais toujours suivant des directions perpendiculaires au littoral.

Par contre, lorsque les vagues frappent obliquement une ligne de rivage, l'une des composantes de leur force agit parallèlement à cette ligne et transporte suivant cette direction les matériaux qui résultent de la destruction des falaises, tout comme le feraient des vagues poussées parallèlement au rivage. Les gros éléments ne sont transportés qu'à de faibles distances, tandis que les sables cheminent souvent très longtemps le long de la côte, poussés par un courant, dont la direction constante est déterminée par la prédominance d'un certain vent.

Tant que le parallélisme du rivage et de cette direction subsiste, e transport continue, mais si la côte vient à s'incurver, de manière L faire face au courant, les matériaux se déposeront et donneront naissance à \xne plage de sable, localisée sur un côté de la rade seulement.

Si l'inflexion de la côte a lieu en sen& inverse, en d'autres termes, s\ vin rentrant se présente sur le passage du courant, le transport ne se trouvera pas arrêté, il continuera à s'opérer suivant la direction initiale et les matériaux se déposeront partiellement, de manière à former une flèche, une levée de galets ou de sables, dont l'axe prolongera l'ancienne direction de la côte et qui tendra à établir un barrage en avant de la baie (pi. LXX, 1). Si un fleuve se jette dans la baie, la formation de la flèche se trouvera interrompue par un chenal qui sert d'embouchure. Il se forme alors en arrière de la levée une lagune plus ou moins dessalée. S'il n'y a pas de fleuve, la levée est continue et la lagune peut être entièrement séparée de la mer.

Ces lagunes sont très fréquentes sur beaucoup de côtes : sur les côtes françaises de la Méditerranée, où on leur donne le nom à* étangs ; sur les côtes allemandes de la Baltique, où on les appelle Haf, les flèches étant connues sous le nom de Nehrung ; sur la côte est dei3 États-Unis; sur la côte est de Madagascar, etc.

Le résultat le plus intéressant qui découle du transport des matériaux parallèlement à la côte est la formation de rivages presque rectilignes, le long desquels se dépose ce que l'on appelle le cordon littoraly dont les levées de sable ou de galets font essentiellement partie.

Il existe des côtes où deux directions de courants parallèles au rivage travaillent en sens inverse, soit simultanément, soit successivement, de sorte qu'ils apportent des matériaux vers un même point, qui est généralement un détroit séparant une île de la terre ferme. Il se forme ainsi une langue de terre, une. levée de galets ou de sable, qui réunit File au continent, un tombolo, suivant l'expression employée par Gulliver [4]. Parmi les exemples les plus connus, on peut citer la presqu'île de Quiberon [5], celle de Cadix, celle de Nahant, dans le Massachusetts, le Monte Argentario, à triple pédoncule, en Toscane, etc. D'autres îles sont reliées à la terre ferme par un pédoncule discontinu, qui tôt ou tard se trouvera complété par des apports nouveaux. Le Pont d'Adam, dans le détroit de Palk, entre Geylan et l'Indoustan, est dans ce cas [6].

LES PHÉNOHÉUS GEOLOGIQUES

Estuaires et deltas. — Les grands cours d'eau se jettent dans la iner par des embouchures, que Ton peut classer dans deux catégories bien distinctes, les estuaires et les deltas [8, 9].

Les estuaires sont de larges goulots, relativement profonds, où le?courbes bathymétriques, qui, de part et d'autre, sont parallèles us rivage, dessinent des angles rentrants, de manière à donner ïimpression de vallées submergées.

Les deltas, par contre, sont des embouchures composées de bras

Fig. 182. — Hypsométrie du deUa du Nil (d'après Willcogks, flgure extraite de E. Suisb, la Face de la Terre, U II).

Échelle de 1 : 3000000. Hauteurs au mètre.

multiples, fréquemment subdivisés, donnant lieu à des îles triangulaires, d'où le nom de delta, tiré de la lettre grecque A, qu'on a appliqué d'abord à l'embouchure du Nil (fig. 182), pour l'étendre ensuite à toutes celles qui présentent les mêmes caractères. Les divers bras sont en général peu profonds. Les isobathes décrivent des lignes convexes vers le large, qui entourent le delta.

Si les estuaires évoquent l'idée d'une invasion de la mer sur le domaine continental, les deltas constituent manifestement un gain de la terre sur la mer, car l'apport de matériaux par le fleuve et leur dépôt en avant des îles du delta se poursuit encore sous nos yeux (fig. 183) (Mississipi, Rhône, Pô, etc.).

La répartition géographique des estuaires et des deltas dans led

ag

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