U SA
480 LE8 PUÊNOMBXBS GÉOLOGIQUES
diverses mers du Globe va nous permettre de préciser dans une certaine mesure les conditions respectives de leur formation.
La plupart des fleuves qui se jettent dans l'Atlantique ont ronune embouchure des estuaires. On peut citer, en Europe, tous les fleuves^ d'An«rleterre, l'Elbe, la Seine, la Loire, la Gironde, le Ta^re; en Afrique, le Gabon, le Congo; en Amérique, le Saint-LaureuL le fleuve des Amazones, le Rio de la Plata. Dans la Méditerranée, par contre, tous les grands cours d'eau débouchent par des deltas, comme l'Èbre, le Rhône, le Tibre, le Pô, le Nil, la Medjerda, etc. ; de même, dans la mer Noire, le Danube; dans la Caspienne, la Volga; dans le golfe du Mexique, le Mississipi; dans la mer de Chine, le Mékong, etc. On pourrait croire, d'après ces exemples. que les mers intérieures, à très faibles marées, ne reçoivent qae des fleuves à deltas, les océans, à fortes marées, des fleuves à estuaires; mais les fleuves de la Russie méridionale se jettent dans la mer Noire par des limans, c'est-à-dire par des estuaires en voie d*obstruction, et, d'autre part, l'océan Indien reçoit des fleuves à deltas, tels que rindus et le Gange, et l'océan Arctique est dans le même cas, avec la Lena. Ce n'est donc pas la présence ou l'absence de marées qui fait de l'embouchure d'un fleuve un estuaire ou un delta, quoique le phénomène des marées soit évidemment préjudiciable à un alluvionnement intense au débouché d'un fleuve.
De plus, on voit quelquefois côte à côte, dans une même mer, un estuaire et un delta. Ainsi, à côté de l'estuaire du Gabon se trouvent les deltas de l'Ogôoué et du Niger; à côté du delta de la Lena, il y a, sur les mêmes côtes de Sibérie, les estuaires de l'Ob, de l'Iéniséi et de la Katanga. Il est, dès lors, difficile d'invoquer l'action des courants marins, qui déblaieraient l'embouchure et empêcheraient la formation des deltas.
Par contre, il est incontestable que les cours d'eau qui entraînent à la mer des quantités très grandes de matériaux détritiques ont une tendance très marquée à former des deltas, même si d'autres conditions favorables, comme l'absence de marées et de courants, viennent à manquer.
Le problème des embouchures prend un tout autre aspect si, au lieu de considérer le niveau relatif de la mer comme stable, on suppose qu'il s'est déplacé, soit par suite d'une oscillation du sol, soit par suite d'un changement dans la hauteur absolue des eaux^
Nous savons déjà que l'encaissement du cours inférieur d'un
1. Nous verrons dans le chapitre suivant à laquelle de ces deux alternatives il conyient de 9*arréter.
É. Haug. — Traité de Géologie.
Pl. LXIX.
Cliché Munier-Chalmas.
VALLF.rSE DANS LA CRAIK.
Falaises entre Mers et le Bourg d'Ault (Somme).
Cliché Ph. François.
RÉCIF DE MADRKPORAIRFS.
Entrée de Port Vila, île Vaté (Nouvelles-Hébrides).
É. Haug. — Traité de Géologie.
Pl. LXXI.
Cliché NeurdeÎD.
LE FORT socoA, PRÈS SA.IMT-JEAN-DE-LUZ (Basscs-Pyrénécs). Dalles de calcaires crétacés plongeant vers la mer.
Cliché communiqué par M. Maurice Lugeon. LR TEMPLE DE SKRAPIS, A POUZZOLES
fleuve dans une vallée étroite indique un déplacement négatif du niveau de base. Pour fixer les idées, nous pouvons supposer qu'il soit dû à un soulèvement du sol. Si maintenant un affaissement se produit, la mer envahira la vallée creusée dans la phase précédente, et il se formera un estuaire. Nous possédons d'ailleurs des preuves certaines que les choses se sont réellement passées ainsi. En effet,
Fig. 184. — Méandres encaissés de la rivière de Chàteaulin et rivière sous-marine
les continuant. Recoupement d\inc boucle par la montée des eaux marines.
(Échelle do 1 : 100000.)
(D'après la carte à 1 : 300000 da Service Géographique de rÂrméo et la carte marine n*> 3799,
par ËMM. DE Martonne).
l'ancien lit du fleuve est quelquefois conservé au fond de la mer avec tous ses méandres, comme dans l'exemple de la rivière de Chàteaulin (fîg. 184), récemment décrit par Emm. de Martonne [14]. Plus souvent encore, la vallée se continue sous la mer, dans le prolongement de Testuaire, et sa présence se révèle par les allures des isobathes.
Supposons maintenant qu'une période de stabilité des lignes de rivage fasse suite à la période d'affaissement du sol. L'estuaire se comblera peu à peu, grâce à l'alluvionnement, et le phénomène finira par empiéter sur la mer. Un delta prendra naissance en face
Hauo, Traité de Oéologie. 31
de l'ancien estuaire, pour peu que la plate-forme côtière présente des conditions d'étendue et de pente favorables et que les marées ou les courants marins ne viennenlpasentraverraccumulation des sédiments. Les estuaires et les deltas sont donc des phases successives dans riiistoire d'un cours d'eiiu, qui nous renseijrnent sur le sens des oscillations qu'a subies la région littorale. On comprend dès lors que deux embouchures voisines puissent être Tune un estuaire, l'autre un delta.
Formation du seuil a)NTiXENTAL. — On a vu dans un chapitre précédent (ch. II, p. 29) que la véritable limite entre les océans et les continents n'est pas en général le rivage actuel, mais qu'elle se trouve au large, où une dénivellation brusque sépare, des grands fonds qui se trouvent au delà, une plate-forme sous-marine plus ou moins étendue, dont la profondeur dépasse rarement 200 m. Cette plate-forme a reçu le nom de seuil continentaL Nous devons rechercher comment elle a pris naissance et si les actions littorales sont pour quelque chose dans sa formation.
Il n'est pas possible d'attribuer à Faction des vagues une force suffisante pour que, par des fonds de 200 m, elle nivelle toutes les irrégularités du relief, pour aboutir par une pente insensible au rivage. Certes une surface couverte de dépôts meubles peut être ainsi aplanie par les vagues, qui font encore sentir leur action d*une manière très appréciable à de telles profondeurs; mais le seuil continental est souvent constitué par une plate-forme rocheuse et, dans ce cas, la force n'est pas adéquate à TeiTel.
F. von Hichthofen a démontré que c'est réellement l'action des vagues qui entre en jeu dans la formation du seuil continental, mais qu'il est nécessaire de supposer en même temps une invasion de la mer sur la région littorale [0,18].
Si l'on admet que le niveau de la mer se trouvait à l'origine aux environs de l'isobathe actuel de 200 m, c'est-à-dire sur le bord du seuil continental, il a dû se former, par l'action des vagues sur l'ancien rivage, une plate-forme cotière, dans les conditions qui ont été définies plus haut. La plate-forme augmente graduellement d'étendue, mais il vient un moment où, en franchissant toute sa largeur, la force des vagues est entièrement usée, de sorte qu'elle ne suffit plus à entamer le bas de la falaise. La plate-forme côtière se couvre de sédiments et le recul de la falaise prend fin (fig. 183).
Telle serait la marche du phénomène si le niveau où a commencé l'attaque du littoral restait fixe; mais si, à mesure que la plate-forme
s*étend davantage, le niveau de la mer s'élève, soit par suite d'un déplacement absolu, de sens positif, du niveau des eaux, soit par un enfoncement de la région littorale, le recul de la falaise ne s'arrêtera pas et la plate-forme côtière s'élargira de plus en plus. Il se formera ainsi une vaste surface déclive submergée, qui continuera à gagner sur la terre ferme, tant que b* mouvement de submersion continuera, ei <iui ne sera autre cbose que le seuil continental, tel qu'il existe dans beaucoup de mers. Sur les côtes de l'Atlantique les choses n'en sont pas restées là. Au mouvement d'immersion graduelle que nous avons supposé a fait suite un mouvement qui se traduit par un retrait de la mer et par l'émersion du seuil continental. Aussitôt cette surface a été entaillée par les eaux courantes, dont le niveau de base se
Fig. 185. — Invasion d'une plate-forme côlière par des sédiments et arrôt du recul
de la falaise (d'après F. von Richthofbn).
n, niveau dos basses mers ; n\ niveau dos hautes mors.
trouvait sans cesse reporté à un niveau plus bas. Ainsi prirent naissance les sillons, aujourd'hui submergés par une nouvelle invasion marine, qui prolongent vers l'océan le cours inférieur de la plupart des fleuves tributaires de l'Atlantique.
La Manche est, d'après Edm. Hull [13], une de ces vallées submergées. En face de l'embouchure de la Loire, de la Gironde, de l'Adour, on observe des dépressions qui continuent, en mer, le lit de ces fleuves. On peut les suivre jusqu'au pied de la grande déclivité qui délimite vers le large le seuil continental. Le plus remarquable de ces sillons est la fosse du Cap Kreton, qui n'est autre chose que l'ancien lit de l'Adour, avec ses affluents (fig. 18(5). Sur les eûtes du Portugal, le Douro et le Tage se continuent très loin en mer par d'étroits sillons qui descendent jusqu'à près de 3000 m au-dessous du niv(»au actuel de l'Océan. Le Congo possède de même un prolongement sous-marin. Toutes ces vallées ont été submergées par un mouvement en sens inverse de celui qui avait donné lieu à leur creusement, et l'on doit admettre que, lors de cette nouvelle submersion, il s'est formé, sous l'action des vagues, une nouvelle plateforme littorale, qui a donné graduellement naissance au seuil continental actuel [11-14].
C'est W. Ramsay qui, le premier, insista sur le rôle combiné des vagues et des alTaisseraents dans la formation de ce qu'il appelait lê> plaines de dénudation marine. Richthofen a ensuite précisé les conditions dans lesquelles se produit ce qu'il appelle Vabrasion marine. Il lui attribue une grande importance dans le phénomène des transgressions, dont il sera question dans le chapitre suivant. A la suite de W. M. Davis, les auteurs contemporains ont plutôt une tendance à rabaisser le rôle de Tabrasion marine pour exagérer peut-être celui
Fifr. 186. — Le • Goiif • du Cap Breton, vallée submergée du seuil continental de l'Europe occidentale (d*après la carte de France du Dépôt des Fortifl cations, figure extraite de E. Suess, la Face de la Terre, t. II).
des agents atmosphériques et des eaux courantes. Pour beaucoup de géologues, la formation d'une pénéplaine à l'air libre aurait toujours précédé le phénomène de transgression. La question mérite d'être discutée dans chaque cas particulier.
Rkcifs CORALLIENS. — Daus Ics régions tropicales, une grande partie des côtes est accompagnée de récifs construits par des organismes qui sécrètent dans leurs tissus des quantités considérables de calcaire. Comme les Coralliaires jouent le rôle le plus important dans ces constructions, celles ci sont généralement désignées sous le nom de 7*écifs coralliens (pi. LXIX, 2).
Nature des organismes constructeurs. — Nous avons vu dans quelles condititions et par quels procédés certains animaux sécrètent des
organes de soutien constitués par du carbonate de chaux. Il existe beaucoup d'Invertébrés qui vivent en colonies et dont chaque individu sécrète un squelette. Les organes de soutien de toute la colonie sont réunis en une masse unique, en un polypier composé, sur lequel, dans les parties vivantes, les divers individus se reproduisent par scissiparité ou par bourgeonnement, alors que d'autres parties sont déjà mortes. C'est là un organisme merveilleusement adapté au choc des vagues, d'autant plus que de grands fragments de la colonie peuvent être arrachés, sans que l'ensemble en souffre. De nouvelles colonies s'établissent sur les parties mortes des anciennes.
Les genres qui contribuent à l'édification des récifs appartiennent pour la plupart aux Anthozoaires, mais certains Ilydrozoaires, tels que les Hydrocoralliaires, et de nombreux Bryozoaires y prennent part également, soit seuls, soit associés aux Anthozoaires. Parmi ceux-ci les individus simples, à reproduction sexuée, ne forment pas de récifs et s'accommodent très bien de fonds vaseux et vivent quelquefois à de grandes profondeurs, ce qui n'est que rarement le cas pour les Anthozoaires à polypiers composés. Ceux-ci se répartissent dans les deux sous-ordres des Porosa et des Aporosa. Les premiers s'accroissent beaucoup plus rapidement que les seconds, grâce à la faible densité de leur squelette et à la présence d'un cœnenchyme qui réunit les divers individus. Ils comprennent surtout les Madréporidés et les Poritidés. Parmi les Aporosa, on peut citer les Astréidés, les Fungidés, etc. A l'époque Secondaire, ce sont ces deux familles qui prédominaient dans les récifs. Au Paléozoïque, les organismes constructeurs appartenaient presque sans exception aux ordres éteints des Stromatoporidés, des Tétracoralliaires et des Tabulés.
Ajoutons que les prairies d'Algues de la famille des Corallines et en particulier celles du genre Lilhothamnium donnent souvent lieu à de telles accumulations de calcaire qu'on se trouve en présence de véritables récifs. D'ailleurs ces Algues s'établissent fréquemment sur les parties mortes des récifs d' Anthozoaires.
Conditions favorables à rétablissement des récifs. — La localisation des récifs coralliens dans les régions tropicales, et sur certaines côtes seulement, est due à la nécessité, pour les organismes constructeurs, de rencontrer certaines conditions d'existence qui ne sont pas réalisées ailleurs. Ces conditions sont les suivantes.
1° Température constante voisine de ^0°. Les régions où se trouvent les récifs coralliens sont donc comprises entre les isokrymes de 20o de l'hémisphère nord et de l'hémisphère sud. On sait que ces lignes d'égale température ne suivent pas partout un parallèle déter-
486 LES PHÉNOMÈNES GEOLOGIQUES
miné; elles présentent des irrégularités, qui sont dues aux courant^ C'est ainsi qu'à l'époque actuelle les récifs manquent totalement danl'hémisphère sud sur les côtes ouest de l'Amérique et de rAfriqu*^. en raison de l'existence de courants froids qui longent ces côles.
2° Salure normale. Les récifs ne peuvent s'établir ni dans les eaux saumâtres, ni dans les lagunes où la salure est supérieure à la salur»normale. On n'a pas constaté qu'une richesse particulière de l'eau en carbonate de chaux fût nécessaire au développement d*-^ organismes constructeurs, car, dans le voisinage des récifs, la teneur en chaux n'accuse pas de grandes variations.
3** Pureté des eaux. Les récifs font défaut dans les eaux qui renferment en suspension des particules argileuses, car celles-ci sont défavorables à l'existence du plankton, qui sert de nourriture aux animaux constructeurs. Aussi les récifs qui longent les côtes subissent-ils toujours une interruption devant l'embouchure de tous le^i cours d'eau.
4° Agitation des eaux. Cette condition découle de la précédente, mais elle est nécessaire en outre à l'enlèvement des parties mo^l«^^ de la colonie qui font face à la mer.
5** Sol rocheux. C'est sur un sol rocheux seulement que peuvent se fixer les jeunes colonies.
6** Profondeur. On indique 20 brasses (37 m) comme la moyenne de la profondeur où les organismes constructeurs rencontrent encore la quantité d'air et de lumière nécessaire à leur développement, h^ maximum extrême serait de 90 m.
Diverses catégories de récifs coralliens. — Depuis les travaux classiques de Charles Danvin [15] et de James Dana [16]. on distingue parmi les récifs coralliens les catégories suivantes :
1° Les récifs frangeants y ceintures d'édifices coralliens, qui bordent immédiatement la terre ferme, souvent sur une grande longueur;
2^ Les récifs-barrières, qui sont eux aussi disposés parallèlement aux rivages, mais en sont séparés par un chenal d'une assez grande largeur, comme par exemple la Grande Barrière d'Australie, qui, sur une longueur de 2400 km environ, laisse, entre elle et le continent, un chenal variant de 50 à 100 km de largeur;
3° Les îles coralliennes, dont la forme la plus habituelle est celle des atolls (fig. 187), ceintures complètes, entourant une lagune, qui peut communiquer avec la haute mer par un ou plusieurs passages, mais qui peut aussi être complètement fermée.
Dans ces trois catégories, les récifs extérieurs reçoivent le choc direct des vagues, aussi l'aération y est-elle mieux réalisée, la nourri-
t^ro plus abondante et Tablation des parties mortes mieux assurée, ^^ sorte que l'accroissement vers le large est assez rapide et donne lie VI à des contours très dentelés, avec chute très brusque du profil ^■ei*s la haute mer, à partir d'une plateforme submergée, d'une largeur variable.
I>ans les récifs-barrière et dans les atolls, par contre, les récifs inté-
Fig. 187. —Atoll des Marquesas (Floride) (d'après la carte du Coast Suroey,
figure extraite de E. Suess, la Face de la Terre, t. II).
Echelle de 1 : 200 000.
rieurs présentent, vers la lagune, un contour moins dentelé et un profil moins abrupt.
Le bord externe du récif est une vraie brèche corallienne, provenant de la trituration des polypiers exposés au choc des vagues. Il porte souvent une véritable armature d'Algues calcaires. Sur le bord interne, par contre, les polypiers sont à l'abri des vagues et s'accroissent librement, de sorte qu'ils atteignent souvent de grandes dimensions.
Dans le cas des atolls, la vie est particulièrement intense dans les lagunes, qui sont peu profondes, dépassent rarement 100 m et tendent souvent à se combler.
Toutes les îles coralliennes ne sont pas des atolls; il existe quelquefois au large de grands récifs plats, à contours très irréguliers, percés
comme des écumoires, dont la forme générale est celle d'un xk^ie champi^ion. On leur donne souvent le nom d'aôrolhos^ parce que des récifs de ce type constituent l'archipel des Abrolhos, près des côtes du Brt'sil.
Théories relatives aux récifs coralliens. — Il n'y a aucune difficulté à expliquer les récifs frangeants; en revanche, on a imaginé diverses théories pour rendre compte de la présence d'une lagune en arriére des récifs-barrières et au centre des atolls. La plus connue est celle de Darwin, développée et généralisée par Dana.
Darwin avait été frappé de la grande épaisseur que présentent certains récifs, c'est-à-dire qu'au-dessous des colonies actuellement vivantes se trouvent des accumulations de polypiers représentant des milliers de générations de colonies mortes. Si ces amas se rencontrent à une profondeur notablement inférieure à celle où les Coralliaires peuvent vivre, c'est-à-dire à 40 m, il va sans dire que l'entassement de couches successives de polypiers morts n'a pu se faire que si, en même temps, le fond s'aiïaissait d'une quantité .suffisante pour compenser l'accroissement en hauteur. Cet aiTaissement serait comparable à celui qui rend compte de l'accumulation des sédiments dans un géosynclinal. Dans ces conditions, le récif frangeant se transformerait progressivement en récif-barrière et un récif entourant un îlot donnerait naissance à un atoll, comme le montre le schéma ci-contre (fig. 188).
Dana a cru voir des traces d'un pareil aiTaissement dans toute la moitié nord-est du Pacifique, où les atolls sont si fréquents, tandis que la moitié sud-ouest accuserait au contraire des traces d'un mouvement en sens inverse. La ligne séparant les deux régions relierait le Japon aux îles Paumotou, c'est-à-dire qu'elle correspondrait au grand axe de l'océan.
Les travaux récents ne sont pas toujours venus confirmer les observations qui avaient servi de point de départ à la théorie de Darwin et de Dana. Souvent on a constaté une très faible épaisseur de formations coralliennes et d'autres fois des sondages ont montré que les grandes accumulations étaient en réalité d'origine détritique et correspondaient par conséquent au talus extérieur du récif. Aussi la théorie de Darwin perd-elle de plus en plus du terrain, tandis que des faits assez nombreux viennent à l'appui d'une autre interprétation, proposée par John Murray [17], géologue de l'expédition du Challenger.
Murray explique la formation des atolls de la manière suivante : Sur des fonds'd'une faible profondeur, situés en dehors de la zone
terrigène, il s'accumule sans cesse des sédiments organogènes, de sorte que la profondeur diminue jusqu'au moment où les conditions bathymétriques sont favorables à rétablissement de récifs. Ceux-ci ont une plus grande vitalité sur la périphérie que vers le centre, de sorte que peu à peu la forme annulaire caractéristique des atolls a dû se dessiner. De même, sur les rivages, s'établissaient des récifsbarrières toutes les fois que les eaux douces venues de la terre voisine rendaient impossible le développement des récifs frangeants, en donnant lieu à des conditions de salure défavorables et à un apport de particules argileuses. On conçoit aussi que, dans la lagune d'un atoll, la salure devienne rapidement différente de la salure
Fig. 188. — Formation d'un aloll (d'après James D. Dana). 1,2, 3. Niveau de la mer dans les trois phases successives correspondant aux trois profils.
normale, de sorte que le récif ne peut se développer que vers la périphérie.
Pour ce qui est de l'océan Pacifique, on trouve souvent côte à côte, dans un même archipel, des récifs d'une grande vitalité et des récifs morts soulevés à des altitudes assez considérables, de sorte que Ton a conclu à un soulèvement général de la région vers la fin de l'ère Tertiaire. Rien, dans tous les cas, n'indique un affaissement récent et continu.
Il est fort possible qu'en certains points la théorie de Darwin puisse s'appliquer, mais il y aurait danger à vouloir en généraliser l'application. Nous ne pouvons nous appesantir davantage sur les discussions auxquelles elle a donné lieu. On en trouvera d'ailleurs, en divers endroits [0, I; 18; 19], d'excellents résumés.
i. — Ciï. H. Davis. A Memoir upon the Geological Action of the Tidal and other Currents of the Océan. Mem. oj the Amer. Àcad. Bos/o/i, IV, p. 117-156, pi. ï, II, 1849.
2. —F. G. K. Gilbert. The topographie features of Lake Shores. 5'* Ann. Bep. U. S. GeoL Sarv., p. 69-123, pi. IlI-XX, fig. 1-6, 188"».
3. — F. P. Gulliver. Cuspate forelands. DulL of Ihe GeoL Soc. of America^ VII, p. 309-422, pi. XVIII, 1896.
4. — Id. Shoreline topograpliy. Proc. Amer, Acad. Arts and Science^ XXXIV. p. 151-258, 32 fig., 1899.
5. — L. JuUBiN. La Presqu'île de Quiberon. Bull, de VlruL Oeèanogr., n^ V:î, 24 p., 4 pi., 19 fig., 1907.
C. — JoH. Walther. Die Adamsbrucke und die Korallenriffe der Palkstrasse. Peterm. MUL, Ergîinzungsheft n«» 102, 40 p., 2 cartes, 1891.
7. — Alfred Phiuppson. Ut'ber die Typen der Kâslenformen, insbesondere der Schwenunlandskûsten. Festschrijl Richlhofen, p. 1-14, 17 fi^., 1893.
8. — AuRED Tylor. On Uie Formation of Deltas : and on the Evidence anJ Cause of Great Changes in the Sea-Level during the Glacial Period. GeoL Mag., IX, p. 392-399, 485-501, pi. XI, 1872.
9. — Rudolf Credner. Die Deltas. Peterm, Miti.^ Ergânzuogsh. n*" 56, 74 p.. 3 pi., 1878.
10. — Charles Barbois. Sur les phénomènes littoraux actuels du Morbihan. Ann, de la Soc. GéoL du Nord, XXIV, p. 182-226, pi. IV, V, 1893.
11. -— J. W. Si»ENCER. Ileconstruction of the Antillean Continent. Bail, of the Geol. Soc. of America, VI, p. 103-140, 1 pi., 1895,
12. — WiLKRU) H. HrDLEST(>N, On the Eastern Margin of Ihe North Allant i» Basin. Grol. Mag., N. S.,dec. IV, vol. Vï, p. 97-105, U5-157, pi. lll, V-VIl, 18V*i,
13. — Edward Hrix. Des investigations récentes relatives aux anciennes vallées envahies par la mer et h divers autres traits physiques des iles Britanniques et de rOuest de l'Europe. C. /?. du Vîll^ Congrès géol. in/er/i., p. 321-320. Paris, 1900.
14. — EklM. de Martonne. La pénéplaine et les côtes bretonnes. Ann. de Géogr., XV, p. 213-236, 299-328, pi. IX-XII, XIV-XVII, 13 fig., 1906.
15. — Charles Darwin. The structure and distribution of coral reefs. 1 vol. in-8«, 214 p., fig. London, 18i2.
16. — James D. Dana. Corals and Coral Islands. 1 vol. in-8<>, 398 p., nombr. pi. et fig. London, 1885.
17. — John Murray. On the structure and origin of coral reefs and islands. Proc. Boy. Soc. Edinburgh, X, p. 500-518, 1880.
18. — R. Langendeck. Die Theorien ûber die Entstehung der Koralleninseln und KorallenrifTe und ilire Bedeutuug fur geophysische Fragen. 1 vol. in-S"*. 190 p., 5 fig. Leipzig, 1800.
19. — M. Caullery. Les récifs coralliens. Annales de Géogr., IX, p. 1-16, 193-210, 1900.