‹ Traité de géologie et de paléontologieChapitre 100 sur 278 · SODRCES CHAUDES · texte numérisé non relu

SODRCES CHAUDES

Nous avons déjà montré incidemment (p. 6 et 7) que les sources venant de l'intérieur de la terre possèdent une température d'autant plus élevée qu'elles proviennent de régions plus profondes, phénomène qu'il faut attribuer à l'accroissement de chaleur à mesure que l'on s'enfonce à l'intérieur de la terre. Comme cet accroissement de température est d'environ 4 degré par 55 mètres, c'est à une profondeur de plus de 5500 mètres que les sources acquièrent la température de Tébullition. 11 faut rattacher cette haute température à une manifestation du vulcanisme. fin fait, les sources chaudes se trouvent principalement dans les contrées volcaniques, où des chemins sont ouverts entre la surface de la terre et sa profondeur. Presque tous les volcans connus sont accompagnés de sources chaudes dont le nombre est souvent surprenant. Cependant on en rencontre qui sont éloignés de tout centre d'activité volcanique.

Comme l'eau chaude possède un plus grand pouvoir de dissolution que l'eau froide, la plupart des sources chaudes se chargent de substances minérales qu'elles prennent aux roches voisines (sources minérales), et il n'est pas rare de les voir abandonner ces matières dissoutes lorsqu'elles atteignent la surface de la terre. Les sources chaudes sont chargées le plus ordinairement de carbonates, de sulfates ou de chlorures de soude, de chaux ou de magnésie, d'acide silicique et d'oxyde de fer hydraté, parmi lesquels le carbonate de chaux, l'acide silicique et l'hydrate d'oxyde de fer sont surtout déposés au point d'issue, où, très-souvent, ils forment des amas puissants et étendus. C'est aux sources chaudes d'Islande et de la Nouvelle-Zélande qu'a surtout lieu la formation de tuf siliceux. En Islande, la teneur en acide silicique de l'eau des geysers est duc à l'altération du tuf palagonitique, qui a là une grande extension. Par suite de l'évaporation, l'acide silicique hydraté se précipite en tuf siliceux et en opale, et forme autour de la source des anneaux et des stalactites

ibi SOURCES CHAUDES.

<|ui s'élèvent quelquefois en petits cratères ou en grands bassins, ou même se disposent en digues rondes d'une grande régularité. La précipitation de carbonate de chaux et d'oxydule de fer par des sources chargées de carbonate de chaux ou de fer, marche beaucoup plus rapidement que ces dépôts de sources siliceuses (dépôts de tuf calcaire et de pisolithe des thermes de Carlsbad, et prompte incrustation des objets jetés dans ces sources). L'eau de Carlsbad contient, outre le carbonate de chaux, entre autres substances, un peu de fluorure de calcium 1/500 000 et cette quantité, qui semble insignifiante, se somme, dans le cours d'une année, par environ 12 500 kilogr. Les sources chaudes de Carlsbad amènent en outre à la surface de la terre, par année, plus de 600 000 kilogr. de carbonate de soude, environ 10 millions de kilogr. de sulfate de soude, et enfin des quantités très-importantes de carbonate de chaux et de chlorure de sodium. Les sources sulfureuses chaudes de Warasdin-Teplitz, en Croatie, donnent chaque jour 77 000 muids d'eau à 56° ', qui contient surtout, en parties solides, du soufre, de la potasse, de la soude, du fer, de la chaux, du talc, de l'argile et de la silice, en quantités telles que, depuis le commencement de l'ère chrétienne, elles ont déjà amené de l'intérieur de la terre 4000 millions de kilogr. de ces substances minérales, qui auraient formé un cube de plus de 140 mètres de côté.

Les sources de vapeur et les sources chaudes intermittentes ou geysers présentent un intérêt tout particulier. Les premières, comme leur nom l'indique, consistent en jets de vapeur qui sortent avec bruit d'une ouverture en forme d'entonnoir ; elles sont surtout fréquentes en Islande, à Java et dans la Nouvelle-Zélande, où elles sont accompagnées de geysers, tandis que les sources chaudes sont répandues en des points extraordinairement nombreux de toute la surface de la terre. La source intermittente la plus célèbre et la mieux étudiée de l'Islande est le grand Geyser. Il est situé au sud-ouest du sommet le plus élevé de l'Ilécla, au milieu d'une plaine au pied du Barnafell. Par le dépôt continu de l'acide silicique que son eau tient en suspension, il a formé autour de son ouverture un cône de 10 mètres de hauteur environ pour 70 mètres de diamètre, qui présente au sommet un bassin uni de 2 à 3 mètres de profondeur sur 18 à 20 mètres de diamètre, au fond duquel s'ouvre un canal cylindrique large de 3 mètres, aux parois formées de tuf siliceux. L'eau qui remplit le bassin est d'ordinaire calme et sa température varie entre 16" et 89", mais, à l'intérieur du canal, la température augmente avec la profondeur et à 32 mètres, elle atteint 125° C. L'eau du canal serait donc en ébullition' à cette profondeur et elle se vaporiserait, n'était la colonne d'eau sus-jacente qui l'en empêche. C'est seulement de temps en temps, d'ordinaire toutes les 24 ou 50 heures, que se fait une éruption d'eau

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extrêmement puissante précédée de plusieurs éruptions plus petites. Celles-ci commencent par des éclats puissants de tonnerre souterrain et des agitations du sol, après quoi l'eau monte jusqu'aux bords du bassin, bouillonne, jusqu'à ce qu'enfin une puissante colonne d'eau, enveloppée de nuages de vapeurs, s'élance avec la rapidité d'une flèche jusqu'à une hauteur de 50 à 40 mètres , pour retomber après quelques minutes. La cause de cette éruption doit être attribuée à ce que l'eau au fond du canal peut être chauffée à plus de 100°, par suite de la pression de la colonne qui repose sur elle, tandis que sa température est beaucoup moindre à la partie supérieure. Aussitôt que l'eau du fond du canal, par l'augmentation continue de sa température, a atteint une force de tension égale au poids de la colonne qui la presse, elle se vaporise et chasse devant elle avec une très-grande force toute l'eau contenue dans le tube. Après quelque temps, l'eau de la surface du canal se refroidit; la surchauffe progressive des couches profondes se fait de nouveau, jusqu'à ce qu'une deuxième explosion chasse une nouvelle masse d'eau qui répète les phénomènes de l'éruption.

Le Strokr est une autre source jaillissante de l'Islande, à peine éloignée de cent pas du Geyser ; ella a tous les deux ou trois jours une puissante éruption.

Les sources chaudes de la Nouvelle-Zélande sont encore plus remarquables. Dans un point isolé, le plus petit de ses districts qui présentent des sources (Tokanu), on connaît, sur un rayon de 2 milles anglais carrés, plus de 500 sources d'eau chaude et de vapeur, et plusieurs grands bassins formés de silice concrétionnée remplis d'eau bouillante, qui se remplissent et se vident périodiquement. Sur les bords du Waikato, il y a, dans un espace d'environ un mille, 76 sources intermittentes ou continues de vapeur ou d'eau chaude, accompagnées de nombreuses mares boueuses en ébuliition. La source intermittente la plus remarquable de la Nouvelle- Zélande est le Te tara ta. Son bassin, à incrustations d'un blanc de neige, a 26 mètres de long sur 20 de large ; il est rempli jusqu'au bord d'une eau limpide, paraissant d'un bleu superbe, qui jaillit continuellement au milieu à plusieurs pieds de hauteur, sous l'influence de l'ébullition ; d'énormes nuages de vapeurs tournoient au-dessus. La température au milieu du bassin est voisine de 100° cent. ; aux bords elle atteint 84° C. Les pentes de la colline sur laquelle jaillit la source sont formées, par suite du dépôt siliceux laissé par les eaux, de sortes de terrasses blanches dont on peut comparer l'effet à celui d'une chute d'eau qui se serait solidifiée. Chacune de ces terrasses a un bord étroit auquel sont suspendues de délicates stalactites, et qui circonscrit un petit bassin plus ou moins large, rempli d'une eau du plus beau bleu. Au témoignage des

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