APPARENTE RÉGULARITÉ DES CONTINENTS
leversements, qui n'ont que peu ou point affecté l'intérieur des continents.
0° Les lignes de côtes , les chaînes de montagnes et les séries d'iles, dans la plupart des cas, suivent une direction nord-est ou nordouest.
7° Les masses continentales de la terre sont partagées par des détroits ou des baies profondes, en une moitié nord et une moitié sud ; ces eaux de séparation sont riches en îles volcaniques (océan Indien, mer Rouge, Méditerranée, mer des Antilles; voy. p. 9 et p. 156).
C'est sur ces rapports parfaitement établis que s'appuient les idées de Dana sur le mode de formation des continents et des montagnes. D'après lui, la croûte terrestre est fendue en des directions déterminées de moindre résistance, qui courent dans les sens N. 0. et N. E. Dans les points où elles se rencontrent, ces lignes, de droites, peuvent devenir courbes. Par le soulèvement de certains des espaces séparés par les fentes et par l'affaissement des autres, furent produits primitivement les océans, les continents et les grandes îles à peu près dans la disposition horizontale qu'ils ont aujourd'hui. C'est la raison pour laquelle les continents apparaissent sous forme de triangles à sommet dirigé vers le sud. La pression exercée sur les parties exondées par l'affaissement de la plus grande partie de la croûte terrestre s'est surtout fait sentir sur les bords, sur les côtes, oîi elle a plissé, brisé, relevé les couches, mais en même temps élevé le niveau. C'est pour cela que celles-ci sont d'ordinaire plus élevées que l'intérieur du continent. Dans les points oîi s'affaissent de vastes étendues, une plus grande pression est exercée contre les côtés qui les limitent, et l'inverse est vrai lorsque l'affaissement est circonscrit. C'est pour cette cause que les hautes montagnes sont voisines des plus hautes mers, et que l'océan Pacifique est bordé de montagnes plus élevées et plus abruptes que l'océan Atlantique. Par suite de cette forte pression latérale, il se forme lors du soulèvement continu des montagnes côtières et, par la rupture des couches qui les forment, de nouvelles fentes, qui donnent naissance à de nouvelles voies de communication avec l'intérieur de la terre et qui peuvent ainsi permettre la manifestation des forces volcaniques. — C'est pour cela que presque tout l'océan Pacifique est bordé de volcans. Quelquefois, une pression particulièrement forte contre les côtes a déterminé la formation* d'une seconde montagne plus à l'intérieur des terres, mais parallèle à la première. Une telle pression à l'époque tertiaire a soulevé les Montagnes Rocheuses, les Andes, les Pyrénées, les Alpes, etc. Dans la théorie de Dana, il faut donc considérer trois phases principales :
a. Formation de fentes en direction régulière.
b. Soulèvement de certaines parties de la croûte terrestre, nlTiissc-
\^^ HYPOTHÈSES sur les soulèvements.
ment d'autres parties ; en conséquence, séparation des terres et des mers. — Formation des continents.
c. Par suite de la pression latérale exercée sur les bords des continents par les parties en affaissement et par les eaux auxquelles elles forment réservoir — soulèvement de montagnes dont la hauteur est en rapport avec les dimensions de l'océan limitant.
Daîia a récemment émis l'hypothèse suivante sur la formation des ■chaînes de montagnes. Par suite de la pression que la contraction de l'écorce terrestre dirige surtout contre les côtes océaniques d'un continent, la partie centrale se déprime progressivement et se creuse en un bassin dans lequel la mer pénètre et qu'elle remplit de ses sédiments au cours desâges. Dans l'exemple qu'il cite à l'appui (les monts Appalaches), Dana admet que la puissance de ces dépôts est de 40,000 pieds. La chaleur centrale du globe ayant à traverser une si énorme épaisseur, réduit à l'état igné la partie de l'écorce terrestre qui formait primitivement le bassin. La pression latérale continuant à s'exercer, le fond du bassin, ramolli par la fusion, cesse d'être uni, se plisse de dilTérentes façons, en même temps que les couches sédimentaires suivent ses mouvements et comme lui se courbent, se brisent, chevauchent l'une sur l'autre, sont comprimées, réduites à occuper des zones plus petites et à s'élever au-dessus de leurs anciens niveaux. Au stade de la formation des montagnes, prennent naissance, selon Dana, un certain nombre de plis parallèles dont les selles commencent à être attaquées par les eaux. Si cette dénudation des zones de selles est poursuivie pendant longtemps, elles finissent par être profondément creusées, et un nombre égal de zones de couches synclinales persiste sous forme de files de montagnes parallèles.
D'après Dana, il ne se forme pas seulement des dépressions en bassin par suite de la pression latérale que détermine la contraction de la croûte terrestre (synclinaux), mais des soulèvements se forment (anticlinaux), qui portent des étendues plus ou moins considérables de la surface de la terre à des milliers de pieds au-dessus de leur niveau primitif. C'est surtout aux périodes géologiques récentes, lorsque la croûte terrestre était durcie et résistante, qu'ont eu lieu de ces soulèvements. Aussi voyonsnous les terrains les plus récents prendre part à la formation des plus hautes montagnes.
Ed. Suess comprend la formation des montagnes comme résultant de la solidification de l'écorce terrestre. Il en recherche la cause dans les déplacements horizontaux que subit la surface de la terre, déplacements liés à la contraction du noyau solidifié. Lorsque ces mouvements sont empêchés par des obstacles, ils déterminent la formation de systèmes de plis qui sont les montagnes.
ACTION DES EAUX. 175
Pfaff a démontré récemment, toutefois, combien loin nous sommes d'avoir la solution du problème de la formation des montagnes et des discordances de stratification.
ACTION DES EAUX
L'influence du vulcanisme sur la configuration de la surface de la terre ne saurait trop être prise en considération, mais elle n'est pas la seule cause qui ait agi.
On avait pensé trouver dans la puissance mystérieuse des agents souterrains la cause unique de la disposition qu'offre la surface du globe ; on avait attribué aux paroxysmes volcaniques la diversité du contours des continents, la disposition des séries d'îles qui les environnent, les caractères des montagnes, etc. L'amour du prodigieux avait fait voir partout le fantôme du vulcanisme, parce qu'on dédaignait de chercher dans l'observation des phénomènes actuels la solution des problèmes géologiques. On se croyait obligé d'admettre des forces extraordinaires, des phénomènes tout particuliers : l'on fut bien étonné lorsque l'on reconnut enfm, dans la goutte d'eau qui pénètre partout, l'élément dont l'activité, tranquille mais ininterrompue, était la cause principale de la configuration actuelle de la surface de la terre.
L'eau détruit par places pour construire ailleurs; elle a un rôle opposé au vulcanisme, et elle renverse ce que celui-ci élève, nivelle tout ce qu'il creuse. Le but final de son activité est de ramener la surface de la terre à cet état primitif de régularité que le creusement des vallées et le soulèvement des montagnes sont venus modifier. Mais ce n'est pas seulement à l'état fluide que l'eau remplit ce rôle important, c'est aussi à l'état de glace. Nous considérerons donc le rôle de l'eau dans les phénomènes géologiques, selon qu'elle est à l'état solide ou à l'état liquide.