‹ Traité de géologie et de paléontologieChapitre 117 sur 278 · U L'EAU LIQUIDE · texte numérisé non relu

U L'EAU LIQUIDE

vient en aide pour les décomposer, pour isoler ces éléments et les rendre ainsi transportables. La gelée agitd'uno manière analogue. Lorsque l'eau se solidifie, elle augmente de volume, en déployant une force si irrésistible qu'elle fait éclater les roches dans le feldspath desquelles elle est enfermée.

La voie que suit l'eau pour descendre des lieux élevés dans les lieux plus bas et se rendre de là à la mer est double. Une partie circule souterrainement, l'autre coule à la surface du sol.

Le soulèvement d'une contrée ne forme pas, du même coup, une montagne telle que nous la voyons aujourd'hui, et les masses rocheuses qui ont changé de niveau forment plutôt un ensemble d'abord informe, sans régularité, traversé de fentes. L'action de l'eau transformera la masse soulevée en un système de montagnes, et c'est la première pluie qui commence ce travail. Les gouttes d'eau courent vers les parties les plus déclives, en laissant derrière elles des marques légères ; elles se réunissent en ruisseaux qui impriment des sillons dans les roches, se précipitent dans les fentes qu'ils creusent et élargissent en formant des ravins. Les ruisseaux se réunissent en torrents qui creusent les ravins et en font des vallons et leur lit s'élargit ensuite en vallées dans des points plus bas ; les torrents, en se rencontrant, forment des rivières qui se rendent à la mer. Il y a là un système de canalisation dont les dernières ramifications se trouvent aux points les plus élevés des montagnes pour recevoir chaque goutte d'eau, l'utiliser et la conduire à la mer. A leur point de départ, les eaux se séparent en systèmes dirigés en sens opposés, et les ravins, les vallées partagent bientôt de la manière la plus variée les pentes dont l'uniformité primitive n'est plus accusée qu^ par les dos et arêtes rocheuses qui séparent les vallées : la partie supérieure de ces crêtes de séparation forme l'ancien culmen, la ligne d'où partaient les pentes de la montagne.

La formation des vallées par les eaux courantes n'est pas la fin de leur activité, c'est au contraire un moyen d'arriver à leur but. Le dépôt continu de nouvelles couches au sein de la mer et l'affaissement de parties émergées rachète tout ce que les soulèvements volcaniques lui font perdre : c'est aux ruisseaux et aux fleuves qu'incombe le rôle d'apporter à la mer une partie de ces éléments de compensation. Les vallées sont les points 011 l'action érosive des eaux sur les roches s'est surtout fait sentir, et les matériaux qui les remplissaient ont été emportés à la mer ; elles sont les routes par où courent à l'océan tous les débris arrachés aux continents. Chaque pluie, chaque orage vient à l'aide des eaux qui descendent des montagnes, en détachant sur les pentes escarpées des blocs qui roulent dans les torrents et se brisent dans leur chute, ou sous l'action de la gelée. Par le frottement, les fragments s'arrondissent, diminuent de

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volume jusqu'à ce qu'ils arrivent au pied de la montagne broyés, réduits à l'état de gravier ou de sable, ou forniantces particules légères qui restent en suspension dans l'eau des lleuves. Même sur les pentes très-douces des vallées, les eaux de pluie agissent continuellement pour arracher les matières sableuses et terreuses qu'elles portent aux cours d'eau. Par l'action de la pluie et des amas d'eau courante qu'elle forme, la plus grande partie de la surface exondée de la terre est en mouvement vers l'océan. C'est là en effet (|ue vont tomber les matières entraînées qui se durciront pour former des roches et qui, dans le cours des temps, s'élèveront de nouveau au-dessus des mers, peut-être sous forme de hautes montagnes. Les matériaux qui forment la croûte solide du globe sont donc dans un tourbillon continuel ; — ils parcourent un circuit déterminé par celui de l'eau, qui, arrivée dans la mer, retourne aux montagnes sous forme de vapeur, pour, de là, reprendre sa route vers son réservoir général. Mais la surface de la terre n'est pas la seule voie que puisse prendre l'eau. Par des fentes, par les [)ores des roches, elle pénètre à Vinlérieur des montagnes pour venir sourdre à leur pied ou dans la plaine. Dans ce parcours souterrain l'eau poursuit son rôle destructeur avec une nouvelle arme, en se chargeant de l'acide carbonique avec lequel elle est en contact. Son action alors est extrêmement énergique : elle change l'intérieur de la croûte solide de la terre en un atelier, où se préparent les phénomènes géologiques les plus importants. Elle pénètre d'abord dans les pores des roches, et vient même à bout de la résistance que lui opposent les espèces les plus dures ; puis commencent alors les dissolutions et destructions qui, au cours des âges, affectent presque toutes les substances minérales.

Chargée de matières étrangères, l'eau poursuit sa voie pour faire place à d'autres eaux, qui s'infiltrent et continuent l'œuvre de dissolution et de destruction. Par l'activité incessante de gouttes d'eau microscopiques, disparaissent des masses considérables déroches qui laissent des cavités souterraines, que l'action des eaux élargit, jusqu'à ce que leur voûte ne puisse plus soutenir le poids qui les charge : elles s'effondrent alors en ébranlant la surface de la terre, et des fentes se produisent sur le sol, qui s'affaisse et détermine par suite des phénomènes analogues aux tremblements de terre.

Les eaux minérales s'amassent dans la profondeur, au sein de fentes et de cavités d'où elles s'élèvent comme des sources à la surface du sol. Elles annulent ainsi une partie de leur effet : en effet, après avoir enlevé aux montagnes une quantité importante de matière, elles perdent leur activité chimique aussitôt qu'elles arrivent au contact de l'air, par suite du dégagement d'une partie de leur acide carbonique, et les matières en dissolution se déposent au pied de la montagne, ou en général, autour du point

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