‹ Traité de géologie et de paléontologieChapitre 79 sur 278 · SOUS-SOL DES VOLCANS · texte numérisé non relu

SOUS-SOL DES VOLCANS

la pression de la colonne de lave qui s'élève selon l'axe central du volcan est tiop puissante pour que le cône volcanique formé de matières non cohérentes puisse la supporter. Il se produit alors dans la montagne des fentes qui rayonnent du centre et par où s'échappent les courants de vapeur, les cendres et les laves, qui forment bientôt des cônes parasites. Ils sont surtout réunis en grand nombre sur les pentes de l'Etna. Ils sont là disposés tantôt en groupes, tantôt en séries, ou disséminés sans ordre. La plupart ont un cratère net qui, en règle, est ouvert en fer à cheval, mais qui est quelquefois resté circulaire et fermé. Il arrive souvent qu'une éruption forme un cratère à côté d'un autre cratère plus ancien qu'il détruit en partie, mais jamais l'ancien canal d'éruption n'est employé de nouveau. Il semble que l'ancien canal se trouve à chaque fois complètement bouché par la lave devenue solide, qui offre plus de résistance que les autres points du cône. Le volcan tout entier se trouve ainsi traversé d'innombrables filons de lave semblables provenant de ses diverses éruptions et d'un nombre énorme de coulées que recouvrent des déjections plus récentes.

C'est par ces éruptions intermittentes répétées depuis des siècles que se sont élevés progressivement des volcans de plusieurs milliers de pieds de hauteur, avec des cônes accessoires qui se comptent par centaines.

§ 4. Sous-sol des volcans. — Les roches au travers desquelles se font jour les produits d'activité volcanique et sur lesquelles se forment les cônes éruptifs api)artiennent aux espèces les plus diverses et sont des formations géologiques les plus différentes. Ce sont, en partie, ^des roches de nature éruptive et déjà rejetées du sein de la terre, en partie des roches d'origine sédimentaire et appartenant à la série des roches stratifiées. C'est sur les granités que s'élèvent les volcans de l'Auvergne et une partie du volcan de Quito; les volcans des îles Canaries reposent sur la diabase, la diorite et la porphyrite ; ceux du Vivarais, du Yelay, d'Elbruz, sur le gneiss, le micaschiste et le talcschiste ; les volcans de l'Eifel et de l'étang de Laach sont sur les schistes paléozoïques et les grauwackes ; l'Etna et les volcans de la Nouvelle-Zélande, sur les couches tertiaires. ' :'i> t'-i

Les rapports de position des roches stratifiées, là oiJ elles sont traversées et recouvertes de masses volcaniques, donnent lieu à des considérations particulièrement importantes. On avait d'abord admis avec L. de Buch et A. de lluraboldt que l'activité volcanique déterminait un soulèvement central des roches qui se trouvaient au voisinage du foyer de l'éruption, de manière que les couches de débris, de tufs, de cendres qui reposaient d'abord horizontalement sur les roches sédimentaires voisines, devaient leur disposition inclinée autour de la cheminée d'éruption à la force d'expansion des produits éruptifs, surtout des gaz. Mais, dans ce cas, les

CRATÈRES RUINÉS. iîl

roches sédimentaires formant le subslratum des matières volcaniques auraient dû, nécessairement, prendre part au soulèvement, et c'est ce que l'observation n'a pas démontré. On a vu, au contraire, que la position des roches sur lesquelles reposent les cônes d'éruption n'était nullement influencée par les phénomènes volcaniques. Les quarzites et schistes de la région de Laach, comme les calcaires et schistes du mont Élic à Santorin (fig. 30), ont entièrement conservé leur situation primitive, malgré les nombreuses éruptions volcaniques qui les ont traversés. Par là seulement tomberait la théorie de l'origine par soulèvement de certains cratères et de la disposition en pentes rapides des couches volcaniques (cratères de soulèvement), si on laissait de côté l'observation du mode de formation de chacun des nouveaux cônes et le mode d'exhaussement de ceux qui existent déjà par l'amoncellement continu des déjections.

De tout ce qui vient d'être dit découlent deux résultats importants : 1* l'activité volcanique est indépendante de la constitution géognostique d'une région, sa cause en est donc indépendante aussi; 2" la disposition des couches sur lesquelles s'élèvent les volcans n'est pas altérée par les éruptions, et l'élévation centrale que forment les laves et les déjections détachées n'est pas en rapport avec la situation de ces couches.

§ 5. Remparts circulaires, cratères ruinés. — Les Volcans prennent

une apparence plus complexe quand leurs cônes d'éruption sont entourés à une distance plus ou moins grande d'un mur circulaire. Ce mur est formé de bancs de lave alternant avec des couches de tuf, de sable et de gravier et comme celles-ci inclinés vers l'extérieur, mais abrupts du côté intérieur, de sorte qu'il forme une large cuvette enfermant à son intérieur le cône d'éruption. La Somma est un semblable mur, conservé seulement en partie autour du cratère du Vésuve. Entre eux deux s'étend un espace uni qui est le fond de l'ancien cratère détruit, VAtrio del Cavallo. C'est ainsi que le cône du pic de Ténériffe est entouré d'un plateau et celui-ci d'un cirque (paroi abrupte du volcan détruit). On ne doit considérer ces remparts volcaniques circulaires que comme des ruines d'un ancien cratère stratifié en partie détruit, au centre duquel les produits éruptifs se sont ouvert une nouvelle voie et ont construit un nouveau cône.

Que l'on se représente comme résultat d'une éruption un cône volcanique stratifié peu élevé, ayant à son sommet un cratère profond aux parois abruptes, du fond duquel s'élèvent pendant longtemps encore de la vapeur chaude et des gaz et surtout de l'ammoniaque, de l'acide sulfureux, de l'acide chlorhydrique, qui rongent, altèrent ses bords. Que l'on considère en même temps l'activité mécanique des eaux atmosphériques, qui ont une action destructive si intense sur les sommets volcaniques formés de graviers meubles et aussi sur les bords et parois du cratère déjà

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