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CRATÈRES RUINÉS

dans un état d'altération avancée sous l'action des gaz. Cette double influence se fera sentir de suite sur les bords du cratère le plus immédiatement exposés, qui seront rompus et renversés ; l'altération des parties supérieures des parois et de la nouvelle couronne du cratère suivra.

Ce travail de démolition sera aidé par les tremblements de terre, qui ne sont pas rares dans les environs des montagnes volcaniques. C'est ainsi que le fond d'un cratère s'exhausse par degrés pendant que ses bords

Fig. 29. — Coupe d'un ancien volcan stratifié (d'un mur circulaire) et d'un cône d'éruption plus récent dans le cratère détruit du premier.

a, ancien volcan détruit; b, remplissage et nivellement de son cratère par les débris des parois; c, nouveau cône d'éruption ; d, couches sédimentaires sur lesquelles repose le volcan.

diminuent en hauteur et arrivent à former autour de lui une ceinture de ruines qui se détruisent de plus en plus. Finalement, le fond du cratère peut se couvrir de végétation et même de forêts, de manière que les traces du volcan disparaissent presque entièrement.

Si une nouvelle éruption a lieu par le canal d'éruption anciennement bouché d'un cratère ou dans son voisinage, ses produits s'amoncellent à l'entour, exactement de la même manière que si aucune éruption n'était encore venue bouleverser la contrée. 11 se forme un cône de débris, d'où sortent des laves et des cendres : le nouveau cône volcanique s'accroît et peut quelquefois dépasser en hauteur la couronne de l'ancien cratère détruit. C'est évidemment là le cas du Vésuve. Si l'activité volcanique est suspendue pour un long temps, le deuxième cratère subit le sort du premier, qui s'est transformé en un mur circulaire autour de lui ; ses bords et ses parois se détruisent et il se forme un second cratère ruiné à l'intérieur du premier. On voit deux murs circulaires en pente peu rapide vers l'extérieur, abrupts vers l'intérieur, en certains cas concentriques, dont l'un se trouve dans le large atrium de l'autre. Ce stade de la vie d'un volcan est représenté par le double anneau des monts Albains près Rome. Le même phénomène peut se répéter encore une fois, et on en connaît des exemples.

La démolition et le nivellement des cônes volcaniques sont favorisés en certains cas par l'action des eaux dirigée sur les pentes extérieures, qui produisent de profonds sillons rayonnant de tous côtés du sommet de certains volcans javanais, par exemple, qui courent tout le long des versants jusqu'au pied de la montagne en devenant de plus en plus larges et pro-

MAÂRE. 129

fonds. Gomme les eaux de pluie qui tombent en averses, principalement sous les tropiques, creusent ces sillons de plus en plus, certains d'entre eux peuvent devenir des ravins si profonds, que le cratère central, primitivement fermé de toutes parts, devient largement ouvert. Le cratère et les ravins s'élargissant de plus en plus à mesure qu'ils se détruisent, il se forme comme produit définitif de ces érosions une vaste vallée encaissée, ouverte vers l'extérieur. L'ile Palma, l'une des Canaries, présente cette disposition de la manière la plus frappante : la vallée d'érosion que nous venons de décrire y porte le nom de caldera et la fente profonde qui l'a ouverte celui de harranco. On a transporté ces deux noms aux phénomènes correspondants que présentent les autres volcans lorsque leur forme primitive est modifiée par l'érosion. Le mode de formation de la caldera de Palma, de l'atrium du Vésuve et du pic de Ténériffe est essentiellement le même.

§ 6. Maare. — Tandis que les vrais volcans stratifiés sont formés d'un cône de débris ou de lave au centre duquel est le cratère, on rencontre dans beaucoup de régions volcaniques des cratères en forme de cuves entourés d'un mur tout à fait bas de tuf et de bombes, ou même dépourvus de cette enceinte et bordés seulement d'une couronne de fragments appartenant aux roches voisines. Ces cratères n'ont jamais servi à l'éruption de laves, lisent d'ordinaire un contour ovale ou parfaitement circulaire et sont souvent, quoique pas toujours, remplis d'eau ; ils forment alors des lacs réguliers pourvus rarement d'écoulement ou d'affluent. On les qualifie du nom de Maare. On est partagé au sujet de leur mode de formation, mais on les considère le plus souvent comme dus à une explosion souterraine déterminée par l'accumulation de gaz et de vapeurs (cratères d'explosion). Ils paraissent représenter le premier stade de la formation des volcans stratifiés, car on connaît des passages entre les cônes volcaniques élevés et les cratères dépourvus d'enceinte. Les maares et les volcans stratifiés reliés par des intermédiaires appartiennent donc à une même série. Dans les maares.^ par suite de la formation d'une solution de continuité dans les roches du sol, il se fait des éruptions répétées de gaz et de laves : l'accumulation successive de ces produits volcaniques finit par édifier un volcan stratifié. L'Allemagne possède dans la région volcanique de l'Eifel et dans les environs de Laach un certain nombre de ces rnaares. Les plus connus sont le Pulvermaar près Gillenfeld, le Weinfelder et le Gemund près Daun, creusés dans les schistes argileux et grauwacke dévouions. L'étang de Laach lui-même est un maar pour quelques-uns. Deux cratères remplis d'eau des monts Albains, le lac d'Albano et celui de Nemi, sont célèbres par leur beauté ; Java est extrêmement riche en formations analogues.

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