ECZÉMA DE LA VULVE
Cet exanthème peut se présenter sur les grandes lèvres et le mont de Vénus avec le caractère aigu ou chronique..
Dans la forme aiguë, le début est brusque et se manifeste par une sensation de brûlure, bientôt suivie de tuméfaction et de coloration rouge intense. De petites vésicules transparentes, du volume d une tête d’épingle, parsèment la peau, mais elles sont parfois difficiles à distinguer, parce qu’elles ont été crevées par le grattage; on doit, pour lis décou-
1 .1. Houvieh, (do Marseille). Quelques phénomènes supplémentaires des règles (Ann. de
Gi/n., 1879, t. XII. p. 120).
Voir Zweifel. Die Iir/inhlt. lier. ausseren weibl. Genilalicn, 1885, p. 50.
IIEHPÈS DE LA VULVE
vrir, regarder la peau obliquement au moyen de l’éclairage latéral. 11 y a souvent un peu d’embarras gastrique et de fièvre catarrhale. Ces éruptions se produisent, de préférence, au printemps chez les arthritiques. Au bout d’une quinzaine de jours, la poussée aiguë est terminée, mais la maladie peut passer à l’état chronique.
L'eczéma chronique affecte le plus souvent la forme à' eczéma rubrum (Ilebra). Tandis que, dans la forme aiguë, les grandes lèvres seules sont ordinairement atteintes, ici le mal peut s’étendre au mont de Vénus, aux faces internes el supérieures des cuisses, au périnée et à l’anus. Les lèvres sont gonflées, la vulve est maintenue béante, et, comme elle est baignée de muco-pus, on peut croire, à première vue, à l’existence d’une vulvite blennorragique. 11 existe des démangeaisons et une sensation de brûlure insupportables. Des fissures douloureuses peuvent se produire du côté de la fourchette et de l’anus ou dans les plis génito-cruraux. Des croûtes succèdent aux excoriations.
D’après Hebra, dans plus de la moitié des cas, cette affection s’accompagne de troubles de la menstruation; le même fait a été noté pour l’herpès, par Lagneau. On a signalé l’influence du diabète sucré; celle de l’arthritisme n’est pas douteuse.
On se gardera de confondre avec des ulcérations syphilitiques les excoriations et les fissures qui peuvent être la suite de l’eczéma chronique. Quant à l’herpès, il se distingue par la disposition agminée des vésicules plus grosses; le derme est plus épaissi dans l’eczéma. Le simple prurit vulvaire ne s’accompagne pas d’éruption.
Le traitement, dans la période aiguë, consistera dans l’application de cataplasmes de fécule, et dans l’emploi fréquent de laxatifs. On prescrira un régime doux, excluant les épices et la charcuterie. Dans les cas chroniques, on emploiera avec avantage les lavages avec une solution de sublimé à 1/1000 et les onctions avec une pommade contenant 2 grammes d’oxyde de zinc et I gramme d’iodoforme pour 50 grammes de lanoline. On ne négligera pas le traitement général de la diathèse arthritique ou scrofuleuse, ou du diabète.
HERPÈS DE LA VULVE
Cette affection est caractérisée par de petites vésicules transparentes, du volume d’une tète d’épingle à celui d’une lentille, réunies par groupes, tantôt peu nombreux, tantôt multiples, ce qui a fait distinguer une forme discrète et une forme confluente. Une forme plus rare encore est l’herpès solitaire (Fournier), qui est constitué par une érosion unique présentant parfois une assez grande étendue et résultant de l’excoriation d un groupe unique de vésicules.
HERPÈS DE LA VULVE
L’herpès cause toujours, au début de son apparition, des démangeaisons, une sensation caractéristique de chaleur et de cuisson.
On observe d’abord une rougeur diffuse ou en plaques, qui se recouvre ensuite de vésicules agminées, formant une sorte d archipel. Plusieurs ilôts rapprochés, se fusionnent parfois en une grande bulle pemphigoïde. Quand la vésicule est crevée, il reste une vésication du derme qui est rouge vif ou blanchâtre, comme recouvert d’une pseudomembrane; les bords de cette ulcération sont festonnés; elle est recouverte par une croûte, sous laquelle la cicatrisation se fait en 9 ou 15 jours. Quand elle tombe, la peau, rosée et turgescente, ressemble parfois à une papule syphilitique. Les ganglions inguinaux sont fréquemment engorgés, mais suppurent rarement; ils sont douloureux, ce qui distingue cette adénite subaiguë de l’adénopathie syphilitique.
Un embarras gastrique fébrile accompagne ordinairement l’herpès conlluent. C’est surtout un à deux jours avant les règles qu’on voit apparaître l’éruption. Liiez certaines femmes, elle se reproduit ainsi périodiquement (bouton de règles); elle se montre aussi très Souvent pendant la grossesse. La congestion des organes génitaux est donc évidemment une cause prédisposante.
Toute irritation de la vulve peut amener un herpès accidentel : infection blennorragique, syphilitique, négligence des soins hygiéniques; I herpès peut aussi être constitutionnel, selon le langage classique, c’ést-à-i I ire être amené par la moindre irritation locale chez les individus arthritiques et dartreux, ou herpétiques.
L’herpès de la vulve n’a pu être inoculé1.
Diagnostic. — Fournier a mis en garde contre la confusion entre le chancre et l’herpès solitaire, entre les plaques muqueuses et les ulcérations qui succèdent à un herpès discret ou confluent.
Le chancre syphilitique présente plutôt le caractère d’une érosion que d'une ulcération; il ne présente pas de dépression, mais plutôt, parfois, une légère saillie; sa surface est lisse, vernissée, rouge foncé. Quelquefois, pourtant, son centre se creuse légèrement; c’est ce qu'on a appelé la forme ulcéreuse. Mais, dans la forint' érosive, la lésion principale semble constituée, non par la perte de substance, insignifiante, mais par une petite plaque indurée, parcheminée ou foliacée, qu’on ne reconnaît qu’en saisissant un pli de téguments entre le pouce et l’index, à une certaine distance de la lésion, et parallèlement à sa surface. L’engorgement ganglionnaire indolent, en forme de pléiade , est caractéristique. Il n’v a ni cuisson, ni démangeaison dans le chancre. L’évolution typique des lésions herpétiques en 8 ou 15 jours,
1 Biiu.veau. E lutte sur les éruptions herpétiques qui sc font sur 1rs 01 (jattes génitaux de la femme. Thèse de Paris, 1880.
HERPES DE LA VULVE
pour le même groupe, la coexistence d’autres symptômes caractéristiques dans la syphilis, sont aussi d’un grand secours. Mais il faut savoir que, dans certains cas, le diagnostic peut rester longtemps douteux.
Le chancre simple pourrait être confondu avec la forme confluente de l’herpès. En effet, cette lésion est toujours multiple; mais la physionomie des ulcérations chancreuses est très différente des exulcérations qui succèdent aux vésicules d’herpès. Le fond en est inégal, anfractueux, jaunâtre; les bords sont taillés à pic, décollés; la suppuration est épaisse et assez abondante. H y a très fréquemment de l’adénite suppurée. L’inoculation donnerait un résultat positif; mais il vaut mieux ne pas avoir recours à ce moyen de diagnostic, qui peut donner lieu à des accidents.
Les syphilides de la vulve, qui se présentent sous les formes papuleuse, érosive et ulcéreuse sont disséminées, généralement, en beaucoup plus grande abondance et sur une surface bien plus étendue que les lésions de l’herpès. La forme érosive seule ne présente aucun caractère propre, et ne peut être distinguée que par les autres signes de l’infection syphilitique; la forme ulcéreuse consiste en ulcérations d’aspect circiné, en croissant, et coexiste avec des plaques muqueuses en d’autres régions, la bouche, la marge de l’anus, les espaces interdigitaux des orteils et d’autres lésions syphilitiques. La forme papuleuse offre un plateau aplati, rond ou ovale, rouge cuivré, à surface sèche ou exulcérée (forme papulo-érosive de Fournier). On voit combien une pareille lésion diffère de l’herpès; elle est, du reste, rarement localisée à la région vulvaire, mais disséminée sur tout le corps.
Traitement. — Il faut, au début, surtout dans la forme confluente, calmer les douleurs par des bains tièdes prolongés, des cataplasmes de fécule; les ulcérations seront saupoudrées d’un mélange à parties égales de poudre d’oxyde de zinc, de sous-nitrate de bismuth et d’iodoforme; si la cicatrisation tardait, on pourrait aussi les toucher avec une solution au 1 /50e de nitrate d’argent ou les laver avec une solution de permanganate à 1/1000. On traitera en même temps l’état général pour éviter le retour de la lésion, qui dépend surtout de la prédisposition diathésique.
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