HERMAPHRODISME VRAI
G. -F. Blacker et Lawrence1 ont établi que, sur les vingt-huit cas réputés d’hermaphrodisme vrai qu’on trouve dans la science, trois seulement méritent d’étre discutés; celui de Heppner (qui nous parait si peu probant) serait un exemple probable d’hermaphrodisme bilatéral; les cas d’Obolonsky et de Schmorl seraient des exemples d’hermaphrodisme latéral; enfin G. -F. Blacker et Lawrence auraient observé un fœtus de huit mois et demi avec un ovo-testis d’un côté (hermaphrodisme unilatéral).
En somme, il n’existe pas actuellement un seul exemple avéré d’hermaphrodisme vrai bilatéral, de coexistence des ovaires et des testicules chez l’homme des deux côtés2. Cette anomalie ne semble toutefois pas impossible, a priori. Cette disposition est fréquente chez les poissons et les batraciens3. Elle constitue môme la règle chez le crapaud. Mais elle
Courtois (dissection dans l'alcool). « Cet hermaphrodite, ajoute la notice, observé par M. Folllv, est, homme par ses organes génitaux externes, femme par ses organes génitaux internes, femme et homme par ses organes génitaux profonds » (Follin, Gaz. des H6p., 4 déc. 1851, p. 561). — Ce cas est pour moi un simple hypospadias, avec testicule atrophié.
1 G.-F. Blacker et Lawrence. Obstet. Soc. of London. Séance du l*r juillet 1866 [The Lancet, Il juillet 1896, vol. II, p. 115).
2 F. Neugebauer, sur un total de 1200 observations d’hermaphrodisme humain quil a rassemblés, n'a pas relevé un seul cas où l’on aurait vu un testicule et un ovaire chez le même individu. Mais dans cinq cas l’examen histologique a permis de trouver une glande mixte, ovotestis, contenant du tissu testiculaire et du tissu ovarien, des ovules de de Graafetdes canalicules séminiféres : cas de Blacker et Lawrence (fœtus), cas de Y. Salen (femme opérée d'un myome utérin), cas de Carre (jeune homme herniotomisé), cas de Landau (tumeur ovarienne chez une femme mère de deux enfants, contenant du tissu testiculaire d’après Pick qui lui donna le nom d'adenoina testiculare ovarii), cas de Pick (ce dernier moins démonstratif) (Communication écrite, 1906).
5 On trouve fréquemment un ovaire et un testicule du même côté chez le genre de poisson serrâmes, et un peu moins souvent chez le hareng, la morue, etc. Quelque étrange que le fait puisse paraître, l’hermaphrodisme vrai est la condition normale du crapaud (bufo vulgaris ) et il est très fréquent chez la grenouille rousse (rana tempo varia). On trouve dans le mâle de cette dernière espèce, de chaque côté, le testicule surmonté du corps-adipeux avec un conduit qui fonctionne, à la fois, comme canal déférent et comme uretère ; les vésicules séminales existent ainsique des canaux de Müller; ces derniers, qui dans la femelle s’élargissent et deviennent les oviductes, forment, chez le mâle, des bandelettes délicates qui se portent des vésicules séminales jusqu’au-dessous du poumon (Bland Sutton).
Les vésicules séminales de la grenouille paraissent, à un examen superficiel, de simples dilatations du conduit de Müller, mais elles appartiennent, en réalité, au conduit de Wolff.
Chez le crapaud, entre le testicule et le corps adipeux, on voit un petit organe particulier appelé organe de Bidder, du nom de celui qui l’a décrit ; cet organe, d’après les travaux les plus récents, est tout simplement un ovaire rudimentaire et il paraît exercer une influence très remarquable sur le haut degré de développement des conduits de Müller chez le crapaud mâle. Chez la grenouille, les conduits de Müller du mâle sont ordinairement à peine visibles, mais, par une anomalie assez fréquente, les grenouilles mâles peuvent présenter aussi un organe de Bidder, ou ovaire rudimentaire, à côté du testicule, formant un véritable ovo-testis; en même temps, on voit alors le conduit de Müller ou oviducte prendre un volume considérable. Leur développement est ainsi en raison directe du volume de Yorganc de Bidder. En résumé, Yovo-testis (hermaphrodisme vrai) constitue la règle chez le crapaud et une malformation fréquente chez la grenouille. .1. Bland Sutton. Diseases of the lower animais [Trans.of the pat h. Soc. of London, 1885, p. 509). — A. F. S. Kent. A case of abnormal development of reproductive organs in the frog ( Journ . of Anal, and Pliysiol., juin 1885, t. XIX, 347).
Pozzi. — 4e édit.
MALBpRMATIONS DES ORGANES GÉNITAUX.
paraît 1res rare ( liez les vertébrés supérieurs. On a pourtant trouvé I hermaphrodisme vrai chez la chèvre1 et chez le cochon2. L hvpospadias avec pseudo-hermaphrodisme a été plus fréquemment observé, et j’en ai vu un bel exemple chez le chien.
Traitement des malformations de la vulve et du pseudo -hermaphrodisme5.
Les malformations diverses que j ai énumérées intéressent, pour la plupart, plus 1 anatomiste que le chirurgien, et une intervention active est rarement opportune.
La soudure des lèvres sera désunie par décollement, et, au besoin, par incision4.
L hypertrophie des lèvres et du clitoris pourra nécessiter l'amputation des parties exubérantes, surtout si l'irritation produite par le contact des vêtements est pénible. Cette opération pourra être faite à l'aide de l’anesthésie locale, à l’instrument tranchant. On se rendra maître de 1 hémorragie par la forcipressure, par une suture en surjet, et, au besoin, par la cautérisation au thermocautère du corps caverneux du clitoris.
Dans l'épispadias, on devra suturer les parties, après un avivement approprié à la forme et aux dimensions de la tissure, comme Doser5, Scliroder6, Dobrn7, Uichelot* l'ont fait.
Les malformations de l’hymen peuvent exiger des incisions ou des résections partielles.
Le pseudo-hermaphrodisme peut-il donner lieu à des indications chirurgicales? Chez un des individus que j'ai observés, l’érection étant très gênée par la bride sous-pénienne, il m'avait prié de la détruire.
I ne simple section serait ici insuffisante; il faudrait faire l’excision de la bride, suivie d’autoplastie par glissement, .le me proposais de faire celle petite opération, mais le sujet s’y refusa.
Il est assez fréquent de reconnaître le pseudo-hermaphrodisme au cours
1 I . SciiNOi'FiiAGEN. Wien mcd. Jahrb., 1878, fasc. III, ji. 541.
- V. Kôli.iker. Uber einige Flille von Hennaphrodilismus beim Sehweine [Compte rendu du congrès périod. internat . des sciences mcd., 8' session, Copenhague, 1884. t. I. p. 47). Deux de ces observations sont de simples hypospadias chez des mâles, avec développement d’un vagin et d’un gros utérus bicorne, et trompes imperforées. Dans un troisième cas, il y avait hermaphrodisme vrai latéral (un testicule et un ovaire) ; utérus bicorne et organes génitaux externes du type femelle. Ces faits ont été l’objet d’une monographie de .1. Ueuteh. Dissert, inaug.. Würzburg, 1884.
3 Pour les opérations nécessitées par les atrésies vaginales de l’anus et de ses diverses variétés, je renvoie aux Traités de chirurgie générale.
4 Sanger. Oonglutiuatio labiorum (Soc. obs. de Leipzig, '20 juillet 1891, in Cenir. /’. Gyn., 1891. p. 1022).
* Koseii. Würlemb. Corrcsp., 12 juin. 1860.
0 Voir Moricke. Lo'c. cit. — Frummel. Loc. cil .
1 Donna. Zeitschr. /’. Geb. und Gyn.. 1880. t. Ml. n° 1. p. I.
s (I . [ticiiELOT. Union mcd., mars 1887, 5” sér., t. LX111. p. 367).