MALFORMATIONS DU VAGIN ET DE L'UTÉRUS
Développement du vagin et de l’utérus. — Les conduits de Millier forment la portion interne du canal génital, trompes et utérus (voir page 1562). Les parties supérieures divergentes des canaux de Müller deviennent les cornes utérines. Normalement, ces cornes sont peu marquées dans l’espèce humaine, étant, pour ainsi dire, absorbées dans le corps de l’utérus par l'effet du développement ultérieur. Mais, si l’espace compris entre l’insertion des ligaments ronds et le sommet du canal génital se trouve réduit à rien, comme cela est la règle chez certains animaux et une anomalie exceptionnelle chez la femme, le corps de l’utérus est diminué ou supprimé : l’organe se développe alors uniquement aux dépens des cornes, qui prennent une importance prédominante et s’ouvrent par deux orifices dis tincts dans le vagin; c’est ce qui a lieu chez le lapin, le lièvre, l’écu reuil. Si la limite entre le vagin et l’utérus se trouve augmentée, par suite de l'insertion des ligaments ronds, un peu au-dessous du sommet du canal génital, un petil corps utérin peut prendre naissance. Mais l’utérus sera très fortement bicorne; il en est ainsi chez le rat, le cochon d’Inde. Enfin, le corps de l’utérus sera d’autant plus considérable que la limite utéro-vaginale se sera produite à une distance plus grande du sommet (carnassiers, pachydermes, ruminants, solipèdes, etc.). Dans l’ordre des chéiroptères, les cornes utérines sont déjà très allongées: elles disparaissent chez les singes. Dans le type humain, cette disposition de simplicité de l’utérus "présente son [dus haut degré à l’état normal2, mais toute une série de malformations peut provenir de dispositions embryonnaires, reproduisant par anomalie réversive (Darwin) les types que je viens d’indiquer dans l’échelle animale.
On doit aussi rapprocher d’autres anomalies de faits fournis par l’anatomie comparée. Chez la plupart des marsupiaux (didelphys dorsigera),
1 Fit. Nedgebaeer. Ree. de Gyn. vl de Chir. abd.. 1900, p. 457.
2 Chez le foelus humain l'utérus est bicorne jusqu’au troisième mois do la vio embryonnaire (Meckki., J. Mom-er, etc.); mais déjà on peut noter la présence d’un espace appréciable où se développera le corps utérin, destiné à absorber et à effacer les cornes. En effet, dès le début du quatrième mois chez le fœtus humain, la distance entre les[ insertions des ligaments ronds est de 4 millimètres, alors que la largeur du fond de l’utérus ne dépasse pas 2 millimètres. Tourneux et Legay. Mém. sur le développement de l’utérus et du vagin [Journ. de l'anal, cl de la physiol. nonn. et path., 1884, p. 350).
MALFORMATIONS DES ORGANES GENITAUX
les conduits de Muller ne se fusionnent pas, mais évoluent isolément et donnent naissance à deux utérus et à deux vagins, s’ouvrant par deux orifices distincts dans le vestibule. D’autres fois, les deux vagins, séparés dans leur partie moyenne en deux canaux tout à fait distincts, sefusionnent à leur extrémité supérieure, qui reçoit les deux utérus, ainsi qu'à leur extrémité inférieure qui débouche dans le vestibule {halmaturns)' . Des traces de la division intérieure originelle du canal génital existent à un degré plus ou moins accusé chez tous les animaux, à I exception de l'homme et des singes. Chez beaucoup de rongeurs, les lièvres, par exemple, il y a ainsi un double utérusetun double vagin. Chez d’autres, comme la souris, la cloison ne porte que sur la partie supérieure do l’utérus.
Les considérations précédentes sont d'un intérêt tout aussi grand pour l’intelligence des malformations du vagin et de l’utérus que les notions d’embryologie humaine, qu elles complètent et éclairent. Ce n’est pas seulement en anatomie comparée, mais aussi en tératologie que la phylogénie doit être associée à l’ontogénie. Quelques notions relatives à cette dernière permettront maintenant de rendre compte des étapes que parcourt le développement du canal génital, et les arrêts qu’il peut subir.
Les conduits de Millier, parallèlement disposés dans le cordon génital, sont fusionnés dans tonte son étendue, sauf à l’extrémité inférieure, sur laquelle je reviendrai, au début du troisième mois. A ce moment, le canal génital n'est pas encore différencié en portion utérine et vaginale. Toute la partie inférieure du conduit génitales! encore dépourvue de lumière et les parois opposées du futur vagin sont soudées, comme le sont celles des paupières et du prépuce, qui se forment à la même époque 2.
A la fin du troisième mois, on voit la lumière du sinus uro-génilal progressivement augmentera mesure que ce conduit s’éloigne du vestibule; les deux canaux de Wolff cheminent sur les parois latérales du conduit utém-vaginal et viennent s’ouvrir au vestibule, en arrière de l’urètre. Ce conduit, qui était séparé par une cloison épithéliale, jusqu’au niveau du vestibule, devient unique parla disparition progressive de la cloison, qui se fait de bas en haut. Ce travail est complet au cinquième mois. La différenciation véritable du canal génital en utérus et en vagin commence à la fin du troisième mois par l’apparition du col de l’utérus; un mois plus tard, la saillie en est constituée3.
La surface interne de l’utérus reste inégale et plisséè durant toute la
1 L’obstacle apporté, chez les marsupiaux, à la fusion des conduits de Millier résulte d'une disposition spéciale des uretères qui, au lieu d’embrasser dans leur courbure le cordon génital, s’engagent entre les conduits de Muller et empêchent leur coalescence '(Tourneux).
4 li. Geigel. Ueber Variabilitat in der Entwicklung der Gë'schlecht.sorgane beim Menscben [Veffimiicl/. der phys.-med. Gesclléçh., Wiirzburg, 1883, n. s., t. XVII, p. 1).
r> Dohrn. Zur Kenntniss der Miillcr’schen Gange und ihrer Verschmelzung ( Silzwif/sber . der t/es. Natunvissensch. zu Marburg, 1865). — Le développement du col commence de la quinzième à la seizième semaine par la lèvre antérieure : une saillie arrondie bourgeon-