‹ Traité de gynécologie clinique et opératoireChapitre 149 sur 217 · DÉVELOPPEMENT DU VAGIN ET DE L’UTÉKUS · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DU VAGIN ET DE L’UTÉKUS

période fœtale. Elle est pourvue des plis de l’arbre de vie, qui paraissent s’étendre jusqu’au fond de l'organe, parce qu’ils occupent tout le corps et que le fond n’est pas développé; ce dernier, en ellet, ne se forme qu’un peu plus tard par une sorte d’épaississement de l’espace compris entre les trompes. Celles-ci, d’abord pourvues d’un simple orifice, acquièrent un pavillon frangé.

Le développement de la partie inférieure du vagin n’est pas encore définitivement établi. Hoffmann1 avait déjà avancé que les canaux de AVolff prenaient part à sa constitution; Tourneux et Legay'2 ont, de nouveau, soutenu une théorie analogue, qui paraît très contestable. Mais il ne me parait pas douteux, d’après des faits tératologiques où l’on voit si fréquemment l’existence d’un très court canal vestibulaire coïncider avec l’absence du segment supérieur du vagin, que la région qu’on pourrait appeler avec Legay3 le canal vestibulaire, et que l’on confond d’ordinaire avec le vagin, en esL indépendante au point de vue embryogénique. Cette région, presque effacée chez l’adulte par suite des déformations et du tassement de la vulve qu’entraînent le coït et l’accouchement, est très appréciable chez les petites filles, et s’étend, chez elles, du bord interne des grandes lèvres à un millimètre au-dessus de l’hymen. Le développement prouve que c’est la portion inférieure ou externe du sinus uro-génital. L’embryologie (V. plus haut, p. 1569) et l’anatomie comparée (p. 1574) nous fournissent à cet égard des résultats qui concordent de tous points avec les faits tératologiques et qui permettent de dire : le canal vestibulaire est la partie du sinus uro-génital qui ne s’est pas cloisonnée. C’est ce canal vestibulaire qui constitue, par son énorme allongement, la majeure partie du pseudo-vagin des pseudo-hermaphrodites (hypospades mâles). On conçoit, dès lors, qu’il puisse être pourvu d’hymen, qui est, je crois, d’origine eclodermique et non mullérienne.

liant pii arrière refoule la paroi postérieure du vagin, qui elle-même donne naissance, un peu après, à la lèvre postérieure au-dessus de la dépression. — Tourneux et Legay ( loc . cil.) prétendent, au contraire, que le museau de tanche n'est pas formé par un épaississement de la paroi interne du canal génital, mais que c’est l'épithélium pavimenteux stratifié de ce canal qui, bourgeonnant en dehors et en haut, vient en quelque sorte sculpter, dans l’épaisseur de la paroi, la portion vaginale du col.

1 v. Hoffmann. Congrès des méd. et nat. ail. ( Cenlr . f. Gijn ., 1878, n” 21. p. 503).

2 Tourneux et Legay. Loc . cit.

r> La signification des mots sinus uro-génital a subi quelques variations, suivant les auteurs. — Joii. Muller (Bildungsgeschichte der Genilalien, etc., Düsseldorf. 1830) a ainsi désigné la portion antérieure du cloaque, détachée sous forme d'un conduit tubuleux de l’intestin postérieur et recevant, à son extrémité supérieure e, tout près les uns des autres, les uretères, les conduits de AVolff et les conduits de Muller. — Valentin ( Handb . der Entwicldungsgeschichte des Menschen, Berlin 1835) propose de remplacer le mot de sinus urogenitalis par celui de canalis uro-genilalis. Cette désignation, souvent employée depuis, est (mi effet plus exacte. — Kôlliker ( Traité d'Embryol. , trad. franc., 1882) et ses élèves réservent la dénomination de sinus uro-génital à la portion inférieure du sinus, à celle qui est commune à l’urètre et au conduit utéro-vaginal chez la femme. — Ch. Legay ( Développement de l'utérus jusqu'à la naissance. Thèse de Lille, 1 884) propose, très judicieusement, de l’appeler canal vestibulaire.

MALFORMATIONS DES ORGANES GENITAUX

L'hymen, pour lespailisans.de la théorie la plus communément admise, qui font provenir loul le vagin des canaux de Millier, se lormerail par une sorte d'invagination de ces canaux dans le sinus uro-génital. Son apparition est assez tardive. Dohrn1 place son apparition au début de la 19e semaine. Pour Tourneux et Legav, cette membrane résulte plutôt de la transformation du rendement primitif, dépendant de la paroi postérieure du sinus uro-génital, que traversent les canaux de Millier pour s’aboucher dans ce sinus ou plutôt pour adosser leur épithélium à celui qui le tapisse. J’ai déjà sommairement indiqué (p. 1583) que cette membrane ne forme pas un diaphragme isolé, mais se relie à un véritable petit appareil hyménal, qui est l'homologue du représentant embryonnaire de la partie de la muqueuse u ré traie qui donne naissance au corps spongieux de l’urètre dans le sexe masculin5. Quoi qu'il en soit, l'hymen ne revêt sa forme caractéristique et ne devient saillant dans le canal vestibulaire que lorsque le vagin se dilate par l’accumulation de cellules épithéliales pavimentcuses qui, vers la lin du 5e mois, le remplissent à la manière d’un boudin, bourré de matière caséeuse. V ce moment, les plis du vagin et la saillie de ses ctdonnes se prolongent sur la face postérieure de l’hymen, ce qui a contribué à continuer l’opinion que les deux membranes étaient absolument solidaires. Celte continuité du même revêtement pour des parties d'origine différente s'observe souvent en embryologie et n'est qu'un fait secondaire du développement. La constitution de l'hymen est essentiellement différente de celle du vagin : on n v trouve point, notamment, de libres musculaires lisses. 0. Schaeffer a démontré qu il était primitivement formé de deux lamelles indépendantes, qui ne s’unissent qu après le 5e mois. La membrane supérieure, seule, est un prolongement du vagin, et certains laits tératologiques tendent à prouver que la partie du canal, située immédiatement au-dessus de I hvinen qu elle tapisse et relie ainsi au vagin müllérien a, en réalité, une origine eclodermique et forme la partie supérieure du vestibule5.

A la naissance, l'utérus conserve encore un aspect sensiblement

1 Dohrn. Loc. cil.

* L'opinion qui représente l'hymen comme l'homologue du verumontaumn de l'homme se rapproche beaucoup de ma propre conception. En elle!, le verumontanum esl une portion non érect ilisée, demeurée embryonnaire, du tissu malriculaire, dépendance de la muqueuse urétrale, aux dépens duquel s'est développé le corps spongieux de l'urèlre, et que j'appelle, pour plus de concision, Yorgane (lu corps spongieux. L'homologie de l'hymen et du verumontanum a été soutenue par II. Meckei. (. Zur Morphologie der fiant and Gcschlrcldswerkzeugc (1er )Y i rbcllliicre. Halle. ISi8) et par II. I.ecckart [Wagner s Pfti/siol., 1855, I. IV. p. 7(16 et suiv.).

3 On a vu un hymen circulaire, situé à I millimètre au-dessous d'un vagin double et indépendant de la cloison verticale; dans des faits très nombreux d'absence d'ouverture inférieure du vagin müllérien, prise à tort pour une atrésie de l'hymen, on a observé l'intégrité de l’hymen juxtaposé à la membrane obturatrice qui correspond évidemmenl à la partie terminale im perforée des canaux de Muller. L'hymen est donc situé dans le canal vestibulaire, près de sa limite supérieure, mais ce n'est pas lui qui la forme.

Page 1