II. Salpingite purulente
1° Aiguë.
a. Septique.
a. Puerpérale (diphtérique),
(3. Non puerpérale ;
b. Gonorrhéique;
2° Chronique;
Sous-variété : Salpingite interstitielle disséminée (Zweifel.j La terminaison de ces formes peut être la suivante :
3° Sactosalpinx purulent.
En se plaçant au point de vue clinique et anatomique à la fois, je crois qu’il importe de diviser d’abord les inflammations des trompes, selon qu’elles aboutissent ou non à la formation d’une tumeur enkystée. Chacune de ces divisions comporte elle-même diverses variétés :
!a. aiguë catarrhale; b. aiguë purulente; /Variété hypertroc. chronique paren- j^hiqne ou végétante. chymateuse ) Variété atrophique
( pachy- salpingite ) . ( ou scléreuse.
la. hydro-salpinx ou séreuse.
II. Salpingites kystiques . . J b. hémato-salpinx ou hématique.
[c. pyo-salpinx ou purulente.
Je ne fais pas intervenir ici la notion étiologique, car une salpingite blennorragique, par exemple, peut évoluer suivant les types les plus divers : type purulent non kystique, salpingite purulente kystique ou pyo-salpinx, qui peut lui-même se transformer ultérieurement en hydro-salpinx ou aboutir à la formation d’une salpingite parenchymateuse.
Les lésions des ovaires sont, le plus souvent, solidaires de celles des trompes. Il est très difficile de décrire, au point de vue clinique, une ovarite qui ne soit pas une tubo-ovarite. Voilà pourquoi j’ai cru devoir subordonner l’inflammation de l’ovaire à celle de la trompe, au point de vue nosologique et clinique. Ainsi qu’on va le voir plus loin, une exception peut cependant être faite pour l’ovarite sclérokystique, avec ou sans œdème, qui existe parfois indépendamment de la salpingite et prend naissance dans des troubles nutritifs spéciaux, fonctionnels ou diathésiques, et encore à la suite de varicocèle tuboovarien.
INFLAMMATION DES ANNEXES DE L’UTÉRUS
Je reviendrai plus loin sur la classification des ovarites. Je me borne à mentionner ici celle qui a été proposée par Paul Petit1, au point de vue purement histologique.
1° Ovarite 1 non kys- ’
À. Aiguè.
la. Ovaritc d’origine corticale.
b. — interstitielle diffuse.
[c. — parenchymateuse.
a. Ovarite d’ori-[a' Ovarite hyper-
tique. • .[g Chronique ) gine corticale. J trophique
A. Hydro-kystique
2° Ovarite kystique.'
Par hémorra gies dans les follicules . . .
B. Hémato-kystique. <
,C. Pyo-kystique . . .
b. Ovarite disse- \b' Ovarite atrophi-
minée. [ que.
a. Par hydropisie du follicule.
b. — du stroma.
I I. Kystes multiples et de petit volume (origine infectieuse).
II. Kystes peu nombreux et assez vo- [ lumineux (dus à la péri-ovarite).
b. Par hémorragies dans les corps
jaunes.
c. Par hémorragies dans le stroma.
d. Forme mixte (kyste sanguin par ponte intra-ovarienne).
Au point de vue clinique, la véritable classification des ovarites consisterait à distinguer : 1° l’ovarite compliquée «Je salpingite ou salpingoovarite, généralement d’origine infectieuse; 2° Fovarite simple ou iso lée, sans lésion de la trompe, généralement d’origine trophique ou diathésique.
OOPHORO-SALPINGITE SANS TUMEUR KYSTIQUE
Pathogénie. Etiologie. — Existe-t-il une ovarite primitive, lésion initiale et originelle, liée aux troubles de la menstruation, aux excès vénériens, indépendante de toute infection ou lésion antécédente
1 St. Bonnet et P. Petit. Traité pratique de gynécologie, p. 215.
OOPHORO-SALPINGITE SANS TUMEUR KYSTIQUE.
do l’utérus et des trompes? Dalché et Prochownick1 l’ont soutenu. Le cas me parait très exceptionnel et relatif à des faits rares d’ovaritc scléro-kystique, d’origine trophique ou diathésique. Dans l’immense majorité des cas, l’ovarite provient d’une endométrite ou d’une salpingite antérieure : à la vérité, l’une ou l’autre de ces étapes a pu être définitivement franchie sans laisser de traces anatomiques durables; mais on peut les reconstituer par l’étude des antécédents. Il existe enfin des causes prédispo'santes spéciales de l’ovarite. Je fais jouer un grand rôle, dans la production des lésions scléro-kystiques de l’ovaire, à la diathèse rhumatismale, au refroidissement pendant les règles, et surtout à la dilatation des veines des ligaments larges qui produit ce qu’on a appelé le varicocèle tubo-ovarien. Ces varices des ligaments larges sont parfois primitives chez des femmes, multipares ou vierges, généralement arthritiques. Plus souvent elles sont consécutives à une sorte de surmenage utérin chez des femmes ayant eu plusieurs enfants à des intervalles très rapprochés2.
11 faut aussi signaler les ovarites par infection sanguine que l’on a observées à titre exceptionnel, d’ailleurs, dans certaines maladies infectieuses : fièvre typhoïde, variole, oreillons3, etc. F. Jayle4 a développé cette idée que toute intoxication de l’organisme, soit par des produits toxiques chimiques ordinaires (alcool, plomb, mercure, etc.), soit par des produits toxiques d’origine microbienne (tuberculose, syphilis, pyrexies) retentit particulièrement sur la glande ovarienne et y détermine» des lésions à développement lent et continu. Cette théorie clinique trouve une confirmation dans des expériences faites par Matchinsky5 dans le but d’éclairer la théorie de Metchnikoff sur l’atrophie sénile. Cet auteur a démontré que l’injection de la toxine tétanique, de la toxine diphtéritique,de l’arsenic, détermine une atrophie rapide des ovules; il semble en outre que les ovaires chez la femelle et les testicules chez le mâle sont des lieux de prédilection pour l’emmagasinement des toxines; ces organes, chez les poules intoxiquées par la toxine diphtéritique, renfermaient une dose de toxine de beaucoup supérieure à celle des autres organes.
Les inflammations de l’utérus sont la grande source des inflammations des annexes. Il y a longtemps que Postello6 a comparé le pavillon
1 Dat.ciié. De l’ovarite. Thèse de Paris, 1885. — L. Procuownick. Arcli. f. Gyn., 1887, t. XXIX, n° 2, p. 185.
2 Cf. Paul Petit. Bull, et Mém. de la Soc. olist. et gyn. de Paris, juin 1891. — Voir sur le varicocèle : Dudley. New York mcd. Journ., 11 et 18 août 1888, t. XLYIII, p. 147 et 174. — II. Coe. Amer. Journ. of Obstet., mars 1889, p. 504.
3 II. Roger. Les maladies infectieuses , t. II, p. 1108, Paris, 1902.
4 F. Jayle. l{ev. de Gyn. et de Chir. abd., 1901, p. 916.
6 N- Matchinsky. Annales de l'Institut Pasteur, 1900, p. 115.
6 Postello (Mcdicinæ in Academia Cadoueni Professor). Acta erudilorum Lipsiæ (1092), t. III, p. 140.
Tozzi. — 4' édit.
INFLAMMATION DES ANNEXES DE L’UTERDS
de la trompe à l’épididyme et Bernutz1 a nettement formulé l’analogie entre la salpingo-ovarite de la femme, d’origine blennorragique, et l’épididymo-orchite de l’homme. C’est par continuité de tissus, de proche en proche, par la voie de la muqueuse, que se fait ordinairement l’infection, qu’il s’agisse d’une inflammation spécifique ou de toute autre. Schroder n’admet que cette voie. Dans une discussion à la Société de Chirurgie, celte opinion a été émise par la majorité des orateurs2. J.-L. Championnière5, à peu près seul, y a défendu la propagation constante par les lymphatiques, qu’il avait d’abord admise exclusivement pour les accidents puerpéraux. Il s’appuie, en particulier, sur l’intégrité relative de l’extrémité utérine des trompes, même dans le cas où les deux tiers externes sont excessivement altérés. On peut répondre à cela qu’il n’y a pas indemnité histologique, mais simple indemnité apparente, car la trompe, à peu près saine à l'œil nu, est, au microscope, notablement enflammée à ce niveau. Du reste, des interruptions analogues se trouvent dans les différentes lésions propagées de la vessie aux uretères et aux reins. Toutefois, le rôle des lymphatiques est loin d’être négligeable. On connaît la fréquence extrême des adhérences unissant le fond de l’utérus aux annexes. Or ces adhérences sont, comme Poirier Ta constaté, très riches en lymphatiques, mettant en communication le réseau sous-endothélial de l’utérus avec les lymphatiques des annexes. I! n’est pas douteux que ces adhérences ne soient le résultat d’une métrite antérieure, ayant agi sur le réseau lymphatique profond dont le réseau sous-endothélial n’est que le prolongement. L’inflammation du corps de l’utérus peut suivre cette voie pour se porter sur la trompe et sur l’ovaire, surtout si une nouvelle influence pathologique vient lui donner un coup de fouet.
Quoi qu’il en soit, pour peu qu’une endométrite dure depuis quelque temps, les trompes sont plus ou moins atteintes, mais les symptômes sont trop peu marqués de ce côté pour que cet épiphénomène arrête l’attention des cliniciens. Dans les métrites intenses avec salpingite légère, on ne voit et on ne traite que la métrite. D’autre part, dans la salpingite accentuée, une métrite légère, point de départ de l’affection tubaire, peut facilement passer inaperçue.
La très grande fréquence de l’endométrite explique celle des lésions des trompes, d’autant plus qu’à une métrite passagère succède généralement une lésion des trompes durable. Winckel4, sur 575 cadavres de
* Bkunutz. Conférences clin, sur les mal. des femmes, Paris, 1888.
* Trélat, Terrii.on, Que nu, Rodtier. Bull, el Mém. de la Soc. de chir., déc. 1888, p. 862 ci suiv.
3 J.-L. Championnière. Ibid., p. 927. — Ai.bërt Fraikin. Thèse, Bordeaux, 1899, p. 92.
* F. Winckel. Lehrb. der Frauenhrankh., Leipzig, 2” édit., 1890.
OOPHORO-SALPINGITE SANS TUMEUR KYSTIQUE. 801
femmes, a trouvé 182 fois des lésions plus ou moins accusées des annexes. Arth. Lewers1, sur 100 autopsies faites au London Hospital, a trouvé 17 fois les lésions de l’hydro-salpinx, du pyo-salpinx ou de l’hémato-salpinx. Galabin, de 1885 à 1880, a trouvé à Guys Hospital 12 cas sur 502 autopsies, soit 4 pour 100 : selon la remarque de Lawson Tait, cet hôpital se recrute dans une population moins pauvre que celle de London Ilospital, et l’infection blennorragique et la puerpéralité y sont moins fréquentes. Sur 20 605 affections gynécologiques, observées à sa clinique par Martin2 *, du 15 septembre 1886 au 51 décembre 1894, il y avait 1565 lésions des annexes; sur 2078 cas'1, la blennorragie a pu être invoquée 279 fois.
L’infection blennorragique est la cause la plus ordinaire de l’inflammation des trompes, d’après Nôggerath, qui a repris cette étude après Piicord, Requin et Bernutz4, et d’après les travaux de Zweifel5 et de Rosthorn. Ces auteurs attachent une importance particulière aux inoculations de virus blennorragique, pour ainsi dire atténué, qui est le résultat des vieilles blennorrhées chez l’homme, vestiges souvent négligés et réputés à la fois incurables et inolfensifs ( goutte militaire). Un nombre considérable de jeunes mariées sont ainsi infectées, et les prétendues fatigues du voyage de noces sont beaucoup moins responsables qu’on ne l’a cru jusqu’à ce jour. Une légère endométrite et une salpingite catarrhale intense sont souvent produites de la sorte; l’avortement en est la conséquence et aggrave la situation de la jeune femme, qui peut demeurer souffrante et inféconde.
L’infection blennorragique donne parfois lieu à des accidents beaucoup plus graves, amène d’emblée la suppuration des trompes qui s’y localise ou se propage au petit bassin6 *. C’est la forme que Bernutz a surtout décrite, et que j’ai, comme lui, fréquemment observée.
La présence du gonococcus de Neisser ne peut pas toujours être mise en évidence, même quand l’origine blennorragique de l’affection n’est pas douteuse. On l’a cependant nettement constaté un grand nombre de fois.
1 Artii. Lewers. On (lie frequenev of pnthol. condilions of the Fallopian tubes ( Trans . of ilia obstet. Soc., Londres, 1887, t. XXIX, p. 198;. — Discussion par Galabin, L. Tait.
2 A. Martin. Die Krankheiten der Eileiler, p. 01.
5 A. Martin. Ibid., p. 112.
4 Requin. Eléments de palh. méd., 1846, t. XI, p. 201. — E. Noggeratii. Ueber latente und chronisclie Gonorrhoe beim weibliclien Geschleclit (Deutsche med. Wocli., 1887, n° 49,
5 P. Zweifel. Arch. f. Gyn., 1891, p. 571. Pour lui, la grande majorité des salpingites purulentes est due à la blennorragie. — A. v. Rosthorn. L’eber die Folgen der gonorrlnsclien Infeclion bei der Frau. (Prag. med. Woch., 1892, n08 2 et 5.)
6 Ah. Scii.midt . Zur Kenntniss der Tubengonorrlioe (Arch. f. Gyn., 1889, t. XXXV, n°l,
p. 162). — P. Charrier. De la péritonite blennorragique chez ta femme. Thèse de Paris,
INFLAMMATION DES ANNEXES DE L’UTÉRUS
C’est Westerraark 1 qui le premier a trouvé le gonocoque dans le pus d'une salpingite blennorragique. Depuis lors, les recherches se sont multipliées : en Allemagne surtout, où Schmidt2, Carsten3, Zweifel \ Witte5, Wertheim6, Schauta7, Prochownick ont publié des observations tout à fait concluantes. Martin8, réunissant les statistiques de Wertheim, Charrier, Prochownick, Schauta et la sienne propre, trouve 76 cas de salpingite purulente, dans lesquels la présence du gonocoque fut dûment constatée. En France, Hartmann et Morapr ont trouvé 15 fois le gonocoque sur 35 salpingites suppurées; Jayle10, 4 fois sur 50 cas.
Le gonocoque a été plus difficilement décelé dans les différentes couchés de tissus qui composent la trompe utérine. Cependant Wertheim l’aurait rencontré dans la muqueuse et dans la tunique musculeuse. D’après Reymond11, c’est à la surface delà muqueuse, dans une couche purulente, composée d’un grand nombre de leucocytes et de quelques cellules desquamées, que le micro-organisme est le plus abondant. Il siège dans les cellules épithéliales desquamées, dans les leucocytes et aussi parfois entre les cellules.
L'infection puerpérale, qui succède à un accouchement et surtout à un avortement fait dans des conditions septiques, doit être mise au premier rang comme cause d’inflammation des annexes; ainsi, dans la statistique déjà citée de Martin, on relève 574 cas d’origine puerpérale. C’est surtout dans les métrites post abortum, avec rétention de débris du placenta, que les lésions de la trompe sont à craindre tardivement, et ce n’est pas là une des moindres raisons qui rendent alors préférable une intervention énergique (nettoyage par la curette mousse et les irrigations) à l’expectation ou à l’intervention restreinte que préconisent encore certains auteurs12. La femme qui a conservé plusieurs jours des débris mortifiés dans la cavité utérine est presque fatalement vouée à une métro-salpingite.
Le streptocoque est l’agent infectieux de cette forme de salpingite. On ne compte plus les observations où la présence de ce micro-orga-
I F. Westermariï, Ccntr. f. Gijn., 1886, n° 10, p. 157. — E. G. Ortiimann. Berl. klin. Woch., 1887, n° 14, p. 286. — Menge. Centr. f. Gyn., 1890, p. 81, supplément.
4 Ad. Schmidt. Loc. cit.
3 Carsten. Zeit. f. Geb. u. Gyn., 1800, t. XXI, p. 214.
4 Zweifel. Arc li. f. Gyn., 1891, t. XXXIX, p. 571.
B Witte. Centr. f. Gyn., 1892, p. 435.
6 Wertheim. Arch. f. Gyn., 1892, (. XLII, p. 1.
7 Schauta. Arch. f. Gyn., 1893, t. XL1V, p. 574.
8 Martin. Loc. cit.. p. 165.
9 Hartmann et Morax. Annal, de Gyn. et d'Obs., 1894, t. XL, p. 2.
10 F. Jayle. Bull, de la Soc. anal., 1895, p. 222.
II E. Reymond. Contribution à l'étude de la bactériologie et de l'anatomie pathologique des salpingo-ovarit.es. Thèse, de Paris, 1895, p. 87.
15 Comptes rendus de la Soc. d'übst., de Gyn. et de Pcd. de Paris , séance du 8 mai 1905, p. 124.
OOPHORO-SALPINGITE SANS TUMEUR KYSTIQUE. 803
riisme a été constatée. Le streptocoque se trouve surtout dans le pus, libre entre les cellules épithéliales, plus rarement dans l’intérieur des leucocytes ou dans les cellules épithéliales elles-mêmes. On l’a rencontré dans l’épaisseur de la muqueuse1, dans les vaisseaux thrombosés2 3.
Presque toutes les femmes atteintes de salpingites à streptocoques ont eu, à un moment donné, des accidents puerpéraux. Cependant Kaltenbach5 aurait observé une ovarite à streptocoque chez une vierge.
Le staphylocoque peut, au cours de l’infection puerpérale, se comporter comme le streptocoque. Toutefois sa présence dans le pus des trompes est tout à fait exceptionnelle. Les auteurs qui l’ont rencontré l’ont toujours vu associé avec le streptocoque4.
Chez les femmes atteintes de blennorragie, au moment de la parturition, il se fait, semble-t-il, une sorte d’intection mixte puerpérohlennorragique, qui explique comment la métro-salpingite est si fréquente en pareil cas. Gerheim5, Wertheim6, Witte7, ont constaté l’influence que peut avoir le gonocoque sur le développement du streptocoque. L’élévation de température que présentent si souvent après l’accouchement les femmes atteintes de blennorragie 8 peut être mise sur le compte du streptocoque, dont le gonocoque n’a fait que favoriser le développement.
L’infection par l’exploration et l’intervention obstétrico-chirurgicale, rare depuis l’avènement de l’antisepsie et de l’asepsie, est encore observée (v. Métüites, p. 259). L’hystéromètre a causé de nombreuses victimes : la discision du col en a fait aussi beaucoup, à la période pré-antiseptique. Encore aujourd’hui, il faut se souvenir, pour que l’exploration intra-utérine soit dépourvue de tout danger, que non seulement l’instrument ou le doigt ne doit être souillé d’aucun germe, mais encore que la cavité vaginale ait, par des lavages successifs, été débarrassée de ceux qu’elle renferme normalement.
La présence d’une cause permanente de contamination dans la cavité vaginale pourrait rendre compte de la production de certaines métriles et salpingites qui n’ont d’autre étiologie appréciable qu’une gêne apportée à l’évacuation des sécrétions du col par une déviation ou une sténose; le drainage normal de ces mucosités ne se faisant plus facilement, l’auto-infection pourrait ainsi se produire. Ce qui n’est pas dou-
1 Bumm. Arch.f. Gyn., 1891, t. XL, p. 398.
2 E. Revmond. Loc. cit., p. 104.
3 Kaltenbach et Ebertii. Zeitschr. f. Geb. und Gyn., 1889, t. XVI, p. 573.
4 Witte. Centr. /'. Gyn., 1892, p. 435. — Schauta. Arch. f. Gyn., 1893, t. XLIV, n° 5. p. 574.
5 Geriieim. Ueber Miscliinlektion bci Gonorriioe ( Verhandl . der phys. med. Ges. zu Wùrzburg, 1888, t. XXI).
0 Wertheim. Die Asccndircnde Gonorriioe [Arch. f. Gyn., 1892, t. XLI, n° 1).
7 Witte. Zeitsch. f. Gcb. u. Gyn., 1893, t. XXV, p. 1.
8 Kronig. Centr. f. Gyn., 1892, n° 8, p. 57
INFLAMMATION DES ANNEXES DE L’UTÉRUS
teux, c’cst que l'inflammation de la matrice et des annexes est assez fréquente dans ces conditions1.
Les salpingites tuberculeuses peuvent coïncider avec d’autres désordres de même nature de l’appareil génital et se perdre, pour ainsi dire, au milieu des autres lésions. Mais, dans de très nombreux cas, comme on l’a observé depuis longtemps, la salpingite tuberculeuse est une lésion isolée2.
Est-ce à Y auto -infection ou à Y hétéro-infection (par l’introduction d’un sperme tuberculeux dans les voies génitales) qu’il faut attribuer ces salpingites tuberculeuses, dont la fréquence est peut-être plus grande encore qu’on ne le croit ?
La porte d’entrée des bacilles de Koch parait bien, dans certaines observations, avoir été les voies génitales (Conheim, Verneuil)5. Toutefois, il est un certain nombre de tuberculoses des annexes chez des vierges qui échappent, quoi qu’on en ait dit, à cette explication. Dans ces cas-là, il est probable qu’une auto-infection ordinaire, septique, a d’abord été provoquée par une sténose du col, et que le bacille introduit dans la circulation par la voie pulmonaire ou digestive s’est tixé sur les trompes enflammées, comme sur un lieu de moindre résistance. Cette hypothèse concorde avec les notions qui tendent à prévaloir, en patho logie générale, sur ce qu’on a appelé Y inflammation prétuberculeuse.
Les malformations et atrophies congénitales des trompes constitueraient aussi pour ces organes une véritable prédisposition morbide que Lawson Tait a indiquée1, et sur laquelle Freund5 a spécialement attiré l’attention.
Je ne mentionne que pour mémoire l’influence rare des fièvres éruptives0, notamment de la scarlatine ou de la variole, bien établie par L. Tait, et celle delà contagion très problématique de papillomes génitaux7, signalée par Alban Doran pour expliquer une salpingite papillomateuse dont la nature exacte reste indécise.
1 VV. Gill Wvlie. The med. Record. New-York, 1885, 24 janv., t. XXVII, p. 85.
s Drouardel. De la tuberculose des organes génitaux de la femme. Thèse de Paris, 1SG5. — Cayla. Bull, delà Soc. anal ., 1881, p. 550.
3 Voir Verchère. Thèse de Paris, 1884. — Derville. Thèse de Paris, 1887.
4 Lawson Tait. Br il. med. Journ., !Ü avril 1887, t. I, p. 825. — Voici comment s’exprime l’auteur anglais . « A ces diverses causes d’inflammation des trompes, L. Tait est disposé à en ajouter une nouvelle qui a besoin encore d’être étudiée, relativement à son modo d’action, mais qui fournit des indications beaucoup trop évidentes pour qu’il puisse la passer sous silence. Il a observé un nombre considérable de cas formant un groupe distinct, cas dans lesquels la seule explication qu’on pût donner de la production d’une inflammation chronique des annexes était la persistance d’un état infantile de l'utérus, dû à un arrêt de développement. Dans ces faits-là, en général, l’utérus était en rétroversion, complètement immobile, et les annexes augmentées de volume pouvaient être senties par le toucher de chaque côté; l’utérus lui-même était toujours infantile; quant aux annexes, leur état était tout à fait défiguré par des lésions inflammatoires, a
5 Freund. Volhm. Samml. /clin. Vortr ., 1889, n° 525.
0 Lawson Tait. I.oc. cit.
1 Alcan Doran. Traits, of lice obsletr. Soc., Londres, 1880, p. 223.
OOPHORO-SALPINGITE SANS TUMEUR KYSTIQUE. 8û5
T.es faits de salpingite syphilitique qu’on a cités ne résistent pas à la critique1 2. De nouvelles observations sont nécessaires sur ce sujet.
La salpingite actinomycosique 2 a été observée exceptionnellement.
J’ai signalé pour la première fois3 l’origine intestinale de certaines oophoro-salpingites. La propagation se fait alors soit par les adhérences réunissant les annexes à l’intestin, à l’appendice cæcal enflammé, plutôt que par des communications lymphatiques qu’avait cru voir Clado4 entre ce dernier
Fig'. 531. — Appendicite et salpingite (H. Barnsby).
.4. I/appendice est entouré par la trompe malade. — B. L’appendice est fixé à la trompe par des adhérences résistantes.
organe et l’ovaire et qui n’ont pas été retrouvées s. A côté de ces cas d’origine intestinale pure, il faut mentionner l’infection possible de pyo-salpinx blennorragiques ou puerpéraux par le tube digestif.
1 SIonprofit. Salpingites et ovarites. Thèse de Paris, T888.
2 Voir Ad. Zeii.man. Ueber die Actinomycose des Bauchfells und der Baucheingeweide beim Menscben (Med. Jahrb. der Ges. der Aerzte in Wien, 1883, p. 147, cas 4).
* S. Pozzi. Bull, et Mém. de la Soc. de chir., déc. 1890. t. XVI, p. 779.
* Clado. Gaz. des hôp., 6 févr. 1892, p. 150 (Soc. de biologie).
e II. Barnsby. Appendicite et annexitc. Thèse de Paris, 1898, et Rev. de Gyn , et de Chir. ald., 1898. p. 419.
INFLAMMATION DES ANNEXES DE L'UTERLS
Schauta* (1 fois), Hartmann et Morax1 2 3 (1 fois), Reymond5 (6 fois), Girode4 (2 fois), Javle5 (6 fois), ont en effet rencontré le bacterium coli commune dans des salpingites suppurées d’origine nettement blennorragique on puerpérale, ayant contracté des adhérences avec diverses portions de l’intestin.
D’après Reymond, en présence du bacterium coli commune, lesmicroorganismes qui se trouvent préalablement dans les trompes semblent présenter un regain de virulence.
Enlin, on a publié un certain nombre de salpingites à pneumocoques6. Mais, dans aucun cas, on ne trouve de pneumonie dans les antécédents des malades ; Frommel et Witte ont observé le pneumocoque dans des salpingites puerpérales, Zweifel et Girode dans des salpingites blennorragiques. Une particularité intéressante de la salpingite à pneumocoques serait d’être toujours unilatérale.
Anatomie pathologique. — I. Lésions des trompes. —
Elles sont beaucoup plus constantes et caractéristiques que celles des ovaires, au moins dans les formes aiguës : leur surface muqueuse est, en elfet, plus vulnérable que la séreuse qui entoure l’ovaire.
On a beaucoup abusé du terme compréhensif de salpingite catarrhale. Toutes les inflammations des trompes non purulentes ont été, h vrai dire, placées pêle-mêle dans cette classe, depuis la simple endosalpingile légère, compagne éphémère d'une endométrite dont la guérison eût pu entraîner la sienne, jusqu’à la pachy-salpingite hypertrophique, avec végétation luxuriante des plis foliacés delà muqueuse et épaisseur excessive des parois. C’est cette confusion qui rendait si dil'licile l’appréciation exacte, au point de vue de leur mérite thérapeutique, des nombreux résultats opératoires autrefois publiés en France ou à l’élranger. Puisqu’il suffit qu’une trompe soif légèrement augmentée de volume et plus ou moins congestionnée pour mériter, de la part de certains chirurgiens, d’être accusée de salpingite et condamnée à l'ablation, on hésite à sanctionner la valeur de brillantes séries, qui ne démontrent, en somme, que la simplicité incontestable et l’innocuité réelle de la castration, laite avec les précautions antiseptiques. Pour qu'il en fût autrement, il serait indispensable que toute observation d’extirpation d’annexes fût accompagnée de la description sommaire,
1 SciiADTA. Arch. fur Gyn., 1893, t. XLIY, n° 5, p. 511.
* Hartmann et Morax. Loc. cil.
3 Reymond. Loc. cil., p. 117.
4 Girode (cité par Reymond). Ibid., p. 118.
3 F. Jayle. Loc. cit.
6 Zweifel. Archiv f. Gyn., 1891, t. XXXIX. n® 3, p. 553 (1 cas). — Frommel. Centr. f. Gyn., 1892, p. 205 (1 cas). — Wertiikim. Ibid.. 1891. p. 119 (1 cas). — XVitte. Zeil. f. Geb. u. Gyn.. 1892, t. XXIV, p. 522 et Ibid., 1895, t. XXV, p. 1 (4 cas). — Hartmann et Morax. Loc cit. (2 cas). — Girode, cité par Reymond. Loc. cit., p. 115 (1 cas).
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mais précise, des lésions, au lieu d’être simplement justifiée par une vague étiquette. Je crois aussi qu’il faut très soigneusement distinguer la salpingite aiguë, catarrhale, de la salpingite chronique à poussées aiguës que j’ai appelée parenchymateuse, avec laquelle on l’a parfois
Tig. h52. — Trompes utérines; état normal.
Coupes ; A, au niveau de la partie voisine de l’utérus; D, auprès du pavillon (Wyder).
Succession des couches : 1. en haut et en dehors, tunique séreuse. — 2. Couches de tissu conjonctif fascicule, lâche, riche en vaisseaux. — 5. Tunique musculaire, beaucoup plus considérable au voisinage de l'utérus (segment utérin) que près du pavillon (segment abdominal). Elle consiste principalement en fibres musculaires. En haut et en dedans, il s’y joint des faisceaux de fibres longitudinales dont quelques-uns s’épanouissent dans la muqueuse; d’autres (plus externes) pénètrent entre les deux feuillets du ligament large ; d’autres encore vont au hile de l'ovaire, ou envoient des prolongements sur le fond de l’utérus: quelques fibres pénètrent dans la couche circulaire. — 4. Tunique muqueuse. La trame de cette tunique est formée par un tissu conjonctif embryonnaire, riche en cellules fusiformes; il s’avance dans la lumière de la trompe en plis longitudinaux que la coupe a attaqués plus ou moins obliquement. Au voisinage de l’utérus, ces plis sont trapus et donnent sur la coupe de la lumière de la trompe un aspect étoilé. Près du pavillon, ils deviennent pius allongés et sont en partie accompagnés de replis accessoires, ce qui donne à la coupe un aspect très déchiqueté et dendritique. Toute la surface de la muqueuse est tapissée d'une couche simple de cellules cylindriques à cils vibratiles ; le mouvement de ces cils, sur le vivant, est dirigé de l’ovaire à l’utérus.
confondue, sous le nom commun de salpingite catarrhale végétante ’, faute d’avoir tenu suffisamment compte de l’histoire clinique des malades d’où provenaient les pièces fournies à l’examen histologique. Ce qui facilite cette confusion, c’est que beaucoup de femmes sont, en
1 Voir Sawinoff. Arch. fur Gynakologic, 1889, xsxiv, p. 239.
INFLAMMATION DES ANNEXES DE L’UTÉRUS
effet, opérées d’une lésion ancienne, après une poussée aiguë qui rend
incertaine son exacte chronologie.
Dans la salpingite catarrhale aiguë, on constate d’abord une hypertrophie de l’organe, qui est tuméfié, tant par l'infiltration de sa paroi que par celle du tissu sousséreux. Son pavillon est parfois étalé et turgescent, plus souvent replié sur lui-même, en forme d’astérie fermée ou de fleur de marguerite non épanouie1. Mais l’agglutination de ses franges ne va pas jusqu’à l’oblitération complète comme dans les lésions chroniques. Cette perméabilité du pavillon est, à mon sens , pathognomonique de l’inflammation simplement catarrhale, c'està-dire superficielle et curable ne nécessitant pas fatalement l’extirpation. De fausses membranes, généralement fines, molles, lamellaires ou
1 Reymond ( Contribution à l'êtudc de la bactériologie et de l'anatomie pathologique de la salpingo-ovarile. Thèse de Paris, 1S95) a étudié d’une manière très complète le mécanisme de l’oblitération de l’ostium abdominal de la trompe, dans la salpingite. Le pavillon peut être oblitéré par adhérence #à l’ovaire ou aux organes voisins; mais le plus souvent il s’oblitère luimême sur place. D’après Reymond, cette oblitération ne se fait jamais aux dépens de la muqueuse, et toujours, au contraire, aux dépens du périloine. A mesure que les franges s’enflamment et s’épaississent, elles se replient sur elles-mêmes et tendent à rentrer dans le pavillon. A partir de ce moment les faces péritonéales des franges se font face et s’accolent par leur revêtement séreux ; — ces adhérences au bout de quelque temps deviennent très étroites et l’ostium abdominal se trouve définitivement oblitéré.
Fig. bêô. — Salpingite catarrhale (V. Rcndcr).
Les lésions sont très discrètes. L’épithélium est conservé. On observe seulement de la dilatation des vaisseaux et un léger épaississement œdémateux de la paroi musculo-conjonctive. (Grossissement 100/1.)
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filamenteuses, laissant voir par transparence des vaisseaux sanguins, relient parfois la trompe à l’ovaire et aux parties voisines. La surface de la trompe est rose, le pavillon d’une teinte plus vive. A la coupe, on voit la cavité pleine de replis normaux hypertrophiés, de couleur gris rosé ou gris argenté qui lui donnent un aspect végétant; cette cavité renferme une quantité plus ou moins abondante d’un liquide séreux, clair ou opalescent. Ce liquide est formé par de la lymphe épanchée tenant en suspension des cellules épithéliales desquamées et en voie de dégénérescence. D’après Martin1, cette sécrétion pathologique de la muqueuse tubaire présente une réaction acide, alors que la sécrétion normale est généralement alcaline.
L’examen histologique2 (fig. 553) montre que les lésions sont surtout
Fig. 5ôi. — Salpingite aiguë purulente, blennorragique. (S. Pozzi.)
T. Trompe épaissie, à parois lardacées. — P. Pavillon gonflé et incomplètement agglutiné.