ÉPITHÉLIOME OU CANCER PRIMITIF DU VAGIN
pendant un temps assez long et, dans un certain nombre de cas, la découverte de la tumeur a été due à un pur hasard. D’autres fois, le début de la maladie est marqué par un suintement séro-sanguinolent ou même par une hémorragie abondante. Plus tard les symptômes s’accentuent. L’écoulement leucorrhéique devient sanieux et exhale une odeur fétide; les hémorragies deviennent plus fréquentes et plus abondantes; des douleurs apparaissent bientôt, parfois sous la forme d’une sensation de démangeaison ou de cuisson, plus souvent sous forme de crises paroxystiques avec irradiations vers le bassin et vers la racine des cuisses. Parmi les troubles de voisinage, il faut signaler la constipation et la dysurie traduisant la compression de la vessie et du rectum. L’état général est souvent bien conservé pendant un certain temps.
La marche du cancer du vagin est généralement rapide. Les métastases ganglionnaires sont précoces et la mort survient dans un laps de temps variant de 7 à 24 mois (Winckel). L’épithéliome leucoplasique parait avoir une marche plus lente.
Diagnostic. — Le diagnostic du cancer du vagin est ordinairement facile. Les lésions sont habituellement assez caractéristiques pour ne prêter à aucune confusion. Dans quelques cas cependant l’hésitation est possible.
Le sarcome en grappe sera facilement reconnu, mais il n’en sera pas de même quand le sarcome se présente sous la forme d’une infiltration diffuse ou d’une tumeur sessile ulcérée : l’erreur est alors difficilement évitable.
Le chancre mou se présente sous forme d’une ulcération circulaire, superficielle et généralement peu étendue ; mais lorsque le chancre s’excave et décolle les parties voisines, il peut être difficile à reconnaître. L’examen bactériologique y décèlera le bacille de Ducrev et l’on pourra, en cas de doute, avoir recours à la méthode de l’inoculation.
Le chancre syphilitique du vagin est exceptionnel ; on observe parfois sur la muqueuse vaginale des lésions secondaires ou même des gommes ulcérées qui seront reconnues à ce qu’elles guérissent rapidement par le traitement mercuriel1.
La tuberculose du vagin est également fort rare et sera rarement confondue avec le cancer : il en est de même de l'ulcère rond simple, lésion tout à fait exceptionnelle et encore mal définie2.
Dans tous ces cas, lorsqu’il y a doute, la meilleure pratique consiste à faire l’examen histologique d’un fragment prélevé.
1 PniEun .Syphilis vaginale secondaire. Thèse de Paris, 1881.
2 W. Zaiix ( Virchow' s Arc li., 1884, t. XCV, p. 388). a décrit, süus ce nom, un ulcère à bords taillés à pic et à fond rouge qu’il a trouvé dans le cul-ije-sac postérieur du vagin d une femme, âgée de 66 ans. Pas d’induration : infiltration du tissu conjonctif par de
Tl MEURS DU VAGIN.
Traitement. — L’extirpation des diverses tumeurs malignes du vagin (sarcomes, endothéliomes, chorio-épithéliomes, épithéliomes) n’a que peu de chances d’amener une guérison définitive1, mais il faut essayer d’enrayer la marche du mal. On ne tentera I extirpation que s’il est possible d’enlever tout le néoplasme2; la grande laxité des parois vaginales permet alors de faire la réunion primitive de plaies même très étendues. Hegar et Kaltenhach conseillent d’intervenir alors même qu’on devrait entamer la vessie et le rectum. .Mondé", dans un cas, ouvrit le cul-de-sac de Douglas, lit aussitôt une suture au catgut, et sa malade guérit, malgré une légère pelvi-péritonile consécutive. Dans un fait de cancer de la paroi postérieure, R ii 1er 4 a suturé la surface cimentée, provenant de l’extirpation, au col utérin préalablement avivé. Il semble que celte sorte de restauration par autoplastie ait empêché la récidive, et au bout de trois ans une grossesse était survenue.
Chez une femme dont le cancer occupait toute la cloison recto-vaginale en partie détruite el donnait lieu à un cloaque, von Eiselsberg5 pratiqua d’abord la résection du coccyx et établit un anus artificiel dans la région sacrée, après avoir extirpé tout le néoplasme. La plaie fut ensuite rétrécie par des points de suture, et, l’utérus ayant été abaissé, on fixa le col à l’extérieur, au niveau de la peau. La guérison se fil rapidement; les règles furent librement évacuées à l’extérieur, et les selles ne tardèrent pas à être retenues. Cette conduite hardie mérite d’être imitée.
Dans un cas d’épithéliome primitif de la partie supérieure du vagin chez une femme dont la vulve était étroite, j’ai abordé le néoplasme
petites cellules et dégénérescence graisseuse des libres musculaires : nombreux microcoques. Rétrécissement athéromateux des artères vaginales, oblitération d'une branche se distribuant à la région ulcérée. Zaiin compare cet ulcère par ischémie à certains ulcères de l'estomac. — Un cas analogue a été rapporté par Bnowicz ( Centr . /’. Gy»., 1887, p. 414), sous le nom de viens rodens de Clark. Il s'agissait aussi d'une femme âgée (59 ans), atteinte de sclérose artérielle. En somme, ces ulcères paraissent être le résultat de véritables infarctus el n'ont été observés que dans les conditions où ces derniers se produisent, ce qui pourra servir à établir le diagnostic. — 0. Beuttner (. Monal . /'. Gcb. u. Gyn., 1896, t. III. p. 121) en a rapporté récemment un cas sous le nom de ulcus rotund uni simple* vctginæ. — Voy. aussi Skowronsky [Wiener h lin. Rundschau , 1895). Il s'agit d’une femme de 57 ans opérée pour un ulcère vaginal que l'auteur, après examen microscopique, déclare analogue à l'ulcère simple de l'estomac. Guérison.
1 Herzfei.d [Ally. Wien. med. Zeil ., 1889, n° 48) a opéré un sarcome primitif du vagin qui a récidivé au bout de 5 mois. — lions [Mon. für Geb. u. Gyn., 1896, t. IV. n° 5 p. 409.) a vu la récidive ne survenir qu’au bout de 7 ans. 11 s'agissait d'un sarcome primitif. — - Kuoenig parle d'une opérée indemne depuis 5 ans [Arch. fur Gyn.. 1901. t. EXIII. nu 1).
- Brückner. Der primare Scheidcnkrebs und seine Beliandlung (. Zeitschr . f. Gcb. und Gyn., 1881, t. VI, p. 110).
5 Muxni". Two cases of primarv epilhelioma of (lie vulva and vagina [Amer. Journal of Obstet., 1889. t. XX 111, p. 476).'
4 II (ter (de Hambourg). Centr. f. Gyn.. 1887, n° 58. p. 606.
5 V. Eiseisderg. Soc. obsf. et gyn. de Vienne, 12 mars 1889 [Centr. f. Gyn., 1889, n° 55, p. 619).