‹ Traité de l'accent appliqué à la théorie de la versificationChapitre 30 sur 33 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

De la césure et de Thémistiche dans le vers

alexandrin.

Dans le vers alexandrin il y a un accent fiss sur la sixième syllabe; cette syllabe doit toujonn être la dernière d^on pied: Faccent acquiert par là plus de netteté, de relief et de repos. Oest ce que la plupart des grammairiens ont nommé la cisure du vers alexandrin, laquelle divise le vers en deux hémistiches (voyez ci-dessus, p. 38).

Les vers alexandrins bien faits ont effectivement un repos de sens à la sixième syllabe, dans la plupart d'entre eux; mais il ne faut pas outrer ce soin, et faire d^une règle large et générale une rèj^e étroite et absolue. C'est pourtant ce que fit Boîleau par son précepte célèbre, qu'heureusement il n*a pas pratiqué dans ses alexandrins si admirablement rhythmés:

„Qae toujours^ dans vos vers, les sens, coupant les mots, Sospende Hiémistiche, en marque le repos.^

Art poétique.

Souvent eût convenu.

Observons en passant que ce précepte est aussi peu

/Uffte d^expresMon que de sens» car rouper les iiiots

ce senit propremeul faire la ccsurf à la fa^n de» latins. c*est4Mlire mettre un mot« partie daii$ nn pied, partie dans un antre.

..La césure, dît Fauttnir dt» la .Vrikodr iotimr «Ir P^rt- ^Royai (Brère instnirtion sur les r^Jd^^s du* !« poi^e Ihui- «.çoîse), est un repos qui c«upo le rrrs en deux parlie^u «dont chacune s appelle hênu$tM(Ut\ eV$l<4-dirr demi^versr

..Dans le ver» de doute s}Uabes« ce repos «mf (ait apr^a ..les six premières:

..Comme on voit un rocher — dont Torpielllettse ti^te

Ne peut plus résister — aux coups de la tempête." {youreUe Méthode pour apprendra /WW/rmeiti In langr latine. Paris. 16^7. In-Ï^ p. 867.)

Richclet {La f'ersifictUion françoise* Paris, I672, p. 26) et tous nos grammairicos ont adopt<^ cette règle 4 qui par sa rigueur même, manque de justesse. Nos meilleurs poètes ont su ne pas Tobscryer avec constance. Il est même à remarquer que dans le métrème formé de quatre vers alexandrins, nos bons versificateurs déplacent an moins le repos dans Tun des quatre vers, ou même lui donnent trois repos au lieu de deux, en même tems quHls cherchent à le marquer avec moins de force» au moins dans Fun des quatre vers, lequel ils fout pour ainsi dire d^unc pièce, cmpêcliant ainsi les vers de tomber un à un, ou deux à deux, imperfection si fréquente dans les alexandrins de Voltaire, qui malheureusement a toujours trop bien observe de marquer un repos à la sixième syllabe. Prenons les quatre vers cités plus haut, qui forment une période mélodique ou un métrème. Voici com!caft.<QA. ils se coopent:

..J'ai lu dans tjuelqae fiitlruil — qn*un mennier et son fiiff. L'un YÎeilIard. — l'autre en fan L — non pas des plas petits. Nais garron de quinze ans, — si j*ai bonne mémoire. Allaient vendre leur âne un certain |onr de foire.''

Si je n'ai pas coupé en deux le qualrième vers, ce n'est pas qu'il n ait un appui, même un petit repos à la sixième syllabe, mais e^est pour faire remarquer combien ce repos est plus court que dans les autres vers. On aura remarqué aussi que le second vers a trois césures, dont deux de trois syllabes et et une de six. Quelquefois la pause on repos le place entre la quatrième et la cinquième syllab^ et entre d'^autres encore:

..Au pied du mont Adnlle, — entre mille ruisseaux, Le Rhin, tranquille — et fier du progrès de ses eaux, Appuyé d'une main sur une urne penchai^te, Dormait — au bruit flatteur de son onde naissante."*

BoiLEAU, Épître 4.

Les vers suivants, condamnés par nos grammûriens, sont excellents; seulement il faut bien reconnaître la place des accents et des repos.

,.Iris, — dont la beauté charmante — nous attire.

— Elle viendra — devant que la semaine passe.

— Frappe des yeux — avant — qu'il frappe de la main.'*

(RiCHELET, La P'ersificaiion franc, ^ p. 28 ^ 30.)

Les vers suivants, condamnés aussi, sont également bien coupés:

.,Et de jonc — qui le bord des rivières — habite.''

RONSABD.

..Jusques au coeur — du temple — me transporte.*^

Marot.

f^Paîsqiif le jour — de mon départ — approche.**

Vu.

„Toas les plaisirs champêtres s*assoapîrent.^'

Marot.

„Lor8qiie pins d'un désir — de liberté — me presse."

Théophile.

„La pitié, — qui fera révoquer son supplice,

N'est pas moins — la vertu d'un roi — que la justice."

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